Gliauiloin : Trois moii de captimlé au Dahomey
cessé de flotter depuis le premier élallisse aient de nos compatriotes à Wydah,
Cependant, le commerce de la Côte dca Esclaves avait beaucoup diminué depuis l'abolition de l'esclavage, car c'était de nègres que se composaient eu majeure partie, autrefois, les cargaisons.
On les transportait en général au Brésil ou aux Antilles : nous verrons dans une autre partie de cet ouvrage d'où venaient les esclaves et comment ils étaient traités. L'exportation de cet « article » jadis si rémunérateur étant devenue impossible, les négociants s'attachèrent davantage au trafic des produits naturels du pays.
Autrefois, les représentants des négociants, qui géraient les comptoirs Tondes pour le compte de ceuxci sur la côte, portaient le titre de fadeurs : avec les choses nouvelles ils prirent ou on leur donna celui d'agent.
Il estasses singulier que le terme factorerie pour désigner les établissements commerciaux semble être entré dans le langage courant, précisément dans le temps où le terme d'agent commençait à se substituer à celui de fadeur. Au reste, la factorerie ne difîérait guère des anciens forts: les opérations commerciales qui s'y traitaient avaient seulement changé plus ou moins de forme et d'objet.
« Une factorerie au Dahomey est une vaste construction comprenant le logement des ouvriers, confortablementinstallés, des entrepôts pour emmagasiner les marchandises venant d'Europe, des magasins pour abriter l'huile de palme, des sémoris pour le triage des amandes, un ateUer de tonneliers noirs pour le remontage des futailles envoyées d'Europe eu bottes pour diminuer le prix du fret; à chaque factorerie est annexé un magasin de vente au détail, ouvrant sur la rue, sorte
de bazar où sont étalées toutes les marchandises de traite venant d'Enrope : tissu», liqueurs diverses, tabac, poudre el fusils, quincaillerie, verroterie, etc., etc. On peut estimer à 80.000 francs environ l'installation d'une factorerie établie dans ces conditions, bâtiments et matériel compris.
Les factoreries sont toutes bâties au bord de l'Océan ou des lagunes, qui permettent les communications faciles par eau avec la mer (1) »,
Pendant longtemps, à partir du début des relations commerciales de l'Europe avec la Guinée, le commerce se fit au moyen d'échanges, presqu'exclusivement. Les anciens habitants du royaume de Juidah par exemple étaient extrêmement industrieux et actifs. Des Marchais dit que U « tout le monde cherche à s'employer et à augmenter son bien ». Outre l'agriculture, l'industrie consistait à filer du colon, à fabriquer des étoiTes, à faire des calebasses, des ustensiles de bois, des pagaies, des instruments de fer, etc. Les femmes s'occupaient particulièrement à fabriquer des étoffes alors connues sous le nom de Juidah, des nattes, des paniers, du kanki, etc, etc. Cette étolïe de Juidah se tissait par pièces longues de deux aunes et large d'un quart. Oji en assemblait trois : elle était de différentes couleurs, mais ordinairement a raies blanclieset bleues. Pour une livre de mauvais labac Des Marchais achetait une mesure (3 pièces réunies) de cette étoffe qui aurait coûté plus d'un écu à la Barbade, « Il en obtenait la même quantité pour huit couteaux qui ne lui revenaient qu'à vingt-quatre sols la douzaine ». En fait de monnaie on ne connaissait guère alors que la
1. Philippot, chef du Service des Travaux publics de la Colonie du Daiiomey et dépendances : Notice sur le Dahomey: Office Colonial 1900.
poudre d'or et le caurie. L'usage du caurie est fort ancien, mais sa valeur a toujours été infime. Il n'est pas sans intérêt de donner quelques détails sur une monnaie qui lend de plus en plus à disparaître de la circulation.
Les cauries (que l'ona appelés aussi baj'ts ou bauges) sont de petits coquillages blancs dont la grosseur varie de celle d'une olive à celle d'un pois: on en avaitaussi de gros comme des noix, mais en quantité moindre. Suivant les auteurs anciens, on les tirait des Maldives.
Les habitants des Maldives lesemployaientpourlester leurs bâtiments dans les voyages qu'ils faisaient à Goa, à Cochin, ou autres lieux, d'où les Européens, surtout les Hollandais. les apportaient en Europe et s'en servaient fort avantageusement pour le commerce en Guinée et en Angola. « Le prix de ces utiles bagatelles, dit Des Marchais, augmente ou diminue en Angleterre et en Hollande suivant leur abondance ou leur rareté. Elles s'y vendent par quintal. Gros et petits coquillages sont mêlés. On les apporte des Indes occidentales en pelotons bien enveloppés, mais les Anglais et les Hollandais les mettent dans des barils pour la Tacillté du transport en Guinée ». Suivant cet auteur, les cauries servaient non seulement de monnaie, mais encore de parure. « Les liabitants, dit-il, percent chaque coquille avec un fer propre à cet usage. Ils les enfilent au nombre de quarante .dans un cordon qu'ils appellent Senre et les Portugais toqaos. Cinq de ces cordons de quarante caiiris font ce que les Portugais nomment gallinha et les nègres fore ; 200 senres ou 58 fores composent un al/coue et, dans le langage des nègres de Juidah (Wydah) un guinballon. Chaque aikove pèse ordinairement 60 livres et contient 4.UU0 cauris ».
Dans le commerce et pour la parure, les noirs de
Guinée préféraient ces cauris à toute autre valeur, même à l'or.
Au temps de Des Marchais le prix d'un esclave variait entre 70 el 80 000 cauris, « qui pesaient environ 180 livres du poids de Paris s..
Malgré leur prédilection pour celte singulière monnaie, les Guinéens finirent par adopter aussi l'échange : au surplus il est probable que le moment vint où les cauris, importés en moins grandes quantités, se firent plus rares dans la circuhtion. D'autre part les noirs ne tardèrent pas sans doute à connaître l'existence et la valeur de la monnaie européenne : le zèle que les fadeurs déployaient pour se procurer de l'or dut aussi les éclairer sur la valeur de ce métal.
h'échange se pratique encore dans beaucoup de pays de l'Afrique, pour ne parler que de celte partie du monde. A vrai dire, ce mode simpliste de commerce est encore le mieux en rapport avec le degré d'entendement de beaucoup de races noires.
Le noir apporte soit à la factorerie, soit aux traitants qui parcourent le pays pour le compte des factoreries, les produits de son indut^t^ie ou de sa récolte : eu retour, il reçoit la quantité de la marchandise de traite dont il a besoin, qui correspond à la valeur de ses denrées. Ces transactions se font d'après un tarif consacré par l'usage : tant de brasses de cotonnade, ou tant de perles, de fu'tils, de poudre, de litres de spiritueux, pour telle ou telle quantité d'tiuile ou d'àmaudcs de palmes.
Au Dahomey, après le caurie, après l'échange, la monnaie européenne a fait son apparition dans la vie commerciale. Aujourd'hui, les achals et les ventes ne se font guère plus que contre argent. Cela a été d'ailleurs une véritable révolution économique dont les négociants européens ont éprouvé durement les effets.
Mais elle était inévitable : les Guinéens étaient depuis 1 trop longtemps en rapporls avec les blancs, pour ne • pas prendre enûn quelque cliose sinon de leurs mœurs, au moins de leurs usages commerciaux.
L'avènemenl de la monnaie, toutefois, ne fit pas disparaître le rouage le plus essentiel du commerce en ^ pays noir : le traitant indigène.
Ce facteur nomade existait déjà depuis longtemps.
U devint indispensable le jour où la concurrence força les Européens pour élargir le cercle de leurs affaires, à aller chercher jusque sur les marchés de l'intérieur les produits qu'on ne leur apportait plus en quantités suffisantes.
Il y a encore des traitants dans toute l'Afrique occidentale. Au fait de nos usages commerciaux, connaissant aussi bien que nous la valeur de nos marchandises et beaucoup mieux que nous celle des denrées indigènes, le traitant a sur l'Européen cet avantage qu'il parie la langue des gens avec lesquels il va commercer, et auxquels sa présence ne porte pas ombrage. Enfant du pays, et, pourrait-on ajouter, enfant de la balle, il sait où il trouvera les récoltes les plus abondantes, les produits les plus beaux. Ses congénères ne se défient pas de lui et, étant des leurs, il connaît tous les arguments propres à les décider à conclure l'affaire qu'il a en vue. Les traitants ne trauaillent généfalement pas pour plusieurs Factoreries : chacui les siens ; bien que chacun soit indépendant, et puisse si bon lui semble passer à son gré de l'une à l'autre.
La factorerie avance au traitant les marchandises que celui-ci croit pouvoir placer. Après les avoir écoulées sur les marchés de l'intérieur, il reçoit en argent le montant de la différence entre la valeur des produits qu'il rapporte et celle des marchandises qu'on lui a confiées. Beaucoup de traitants laissent les sommes ainsi acqui-
ses en dépi'it à la factorerie, où elles servent de couverture pour de futures avances de marchandises : en général ils sont honnêtes, mais ils ne sont pas toujours heureux dans leurs uffaires et font quelquefois — volontairement ou non — « boire des bouillons » aux factoreries qui les emploient.
La factorerie est elle-même appelée à disparaître : elle sera inutile lorsque les moyens de communication se seront multipliés, et lorsque l'usage de la monnaie prévaudra dans tout le pays. Tant qu'il en existe encore, nous dirons quelques mots de leur personnel européen. Les principales factoreries se rattachent à nos places commerciales de Bordeaux et de Marseille : les maisons françaises qui entretiennent de ces établissements à la côle occidentale d'Afrique sont peu nombreuses : en même temps que le négoce, elles font l'armement, pouvant ainsi disposer de leurs propres navires pour le transport des denrées achetées à leur întenlion.
Le chef de la factorerie est l'agent principal de la maison qui a fondé cet établissement. On a vu que ses attributions étaient parfois assez étendues puisqu'il était en certains endroits revêtu de la dignité de consul. Cet agent a sous ses ordres des sous-agents européens, et tout un personnel de commise! gens de peine indigènes, sans compter les traitants. Les sous-agents, sous la direction du chef, sont chargés d'assurer les divers services ; les principaux services comprennent
I l'ordre intérieur des locaux et magasins et la bonne tenue des marchandises, de la comptabilité ; les manipulations des marchandises et denrées ; les relations avec les traitants et autres gens du pays ; les relations avec les navires pour le chargement et le déchargement des cargaisons.
De plus, quand il y a lieu, la surveillance, le com-
mande naent, l'entrelien de la batellerie indigène
tenant à la Facton
erie ; en el
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rjénéralement le nombre de piroyue lions, de baleaux plus ou moins yrands, nécessaires soit pour assurer les communications de rétablissement avec la rade, soit pour transporter par les voies fluviales dans l'intérieur les marchandises à échanger, ou â Rller prendre les produits achetés.
Le chef de factorerie est choisi en (jénéral parmi les souij-agents les plus anciens ou les plus capables.
En 18S4, une compagnie de Marseille engageait des sous-agenisaux conditions suivantes. On préférait parmi les postulants ceux qui étaient âgés de moins de trente ans. On leur demandait une instruction assez variée. On aimait mieux n'envoyer là-bas que des célibataires, afin que n'ayant ni femmes ni enfants en France, ils ne soient pas tentés de demander à rentrer avant un certain temps. En effet, la compagnie tenait à conserver }e plus longtemps possible dans ses comptoirs des agents qui avaient acquis la pratique du commerce africain ; aussi le postulant devait-il prendre l'engagement moral de rester en Guinée au moins 3 ans sans chercher à rentrer en France. Au bout de ce temps, le sous-agent, d'ailleurs à moitié fourbu par le climat, pouvait obtenir l'autorisation de venir passer dans la métropole six mois pendant lesquels il n'était pas payé ; et si pendant ce temps son remplacement à la cAte était jugé nécessaire, on le remplaçait sans lui offrir aucune indemnité.
A la cAte, le sous-agent avait il est vrai une vie matérielle assez bonne : la nourriture, le logement étaient convenables; le travail ne laissait pas d'être fort absorbant et le métier parfois périlleux, lorsqu'il fallait accompagner ou rechercher dans l'intérieur des traitants douteux ou infidèles. Les appointements de ces
employés ne leur étaient jamais versés en Afrique : iis restaient en France, dans la caisse de la compaiinie, qui ne leur en payait point Tinlérôt, mais qui les leur comptait à leur retour, h moins que des tiers ne fussent délégués par les absents pour en recevoir uuh certaine partie.
La raison de celle mesure était que l'argent monnayé n'ayant pas cours en Guinée — ce qui alors était vrai — le personnel des faclori;rics n'aurait pu en Faire là-bas aucun usage.
La Compagnie fournissait elle-même à ses agents, mais à leur compte, tout ce dont ils pouvaient avoir besoin comme vêlements, chaussures, etc. ; les envois destinés au personnel, y compris les lettres et journaux se faisaient deux fois par an seulement par les voiliers de la Compagnie, car il n'y avait point d'escale de steamers sur celte partie de la cflte et la Compafjnie se bornait à profiter He ce qu'elle avait des cargaisons à prendre à sa factorerie pour y envoyer des navires.
Le seul avenir auquel pussent raisonnablement prétendre les sous-agents était de devenir un jour agents: mais il faul remarquer que dans chaque factorerie, il y avait en moyenne 10 à 15 sous-agents pour un agent ; il est vrai que la mortalité, assez considérable, faisait dans le personnel des vides fréquents. Disons enfin que les sous-agents n'étaient guère payés plus de 120 k 150 francs par mois; mais la factorerie les nourrissait : le blanchissage leur était également assuré, ainsi bien entendu que le logement et l'éclairage. Quant à In situation de chef de faclorerie, ou agent, à laquelle lous pouvaient prétendre, mais à laquelle peu arrivaient, elle valait de 10 à l.j et môme 20-000 francs par an. Bien que ces conditions ne fussent pas précisément brillantes et que la carrière fût en fait fermée, même
pour les meilleurs sujets, à cause du petit nombre de postes d'agents auxquels le personnel secondaire put prétendre ; malgré l'insalubrité du climat sous lequel il fallait vivre et la monotonie atroce de l'existence que l'on menait là-bas, la Compagnie dont nous parlons recevait plus de demandes qu'elle ne pouvait donner de places ; et il en était de même dans toutes les Compagnies similaires.
La Côte des Esclaves comprenait autrefois en allant de l'ouest à l'est les royaumes de Kolo {ou Lampi),de Popo, de Wydah (ou Juidah) et d'Ardra.
Ces royaumes s'étendaient plus ou moins loin dans l'intérieur.
Koto occupait 16 à 17 lieues de la côle ; Popo (Grand et Petit Popo) en tenait 10 ; Wydah 15 à 16 lieues ; Ardra 25. En arrière, sans débouchés sur la mer se trouvait le royaume de Fouin. Popo et Wydah avaient fait partie du royaume d'Ardra.
Par suite de différents événements, ces divisions s'étaient modifiées.
«Il est certain (1) que les royaumes de Juidah, de Popo et de Koto sont des démembrements de celui d'Ardra, contre lequel ils sont fort souvent en guerre, mais plus souvent encore les uns contre les autres.
Le petit royaume de Grand Popo était donc autrefois soumis au puissant monarque d'Ardra,
Mais ce prince ayant établi sur le trflne de Popo le roi qui règne aujourd'hui, à la place de son frère dont