Rapportdu Oouverneur Ballot (21 août 1S
II serait difficile de retrouver la trace de tous ces princes et princesses. Nous connaissons déjà deux des fils (Behanzin el Agoli-Agbo) eu voici un troisième, dont la présentation nous éloigne quelque peu du Dahomey. En effet, c'est à Bordeaux que nous le trouvons : il est chef d'un détachement de liraillenrs haoussas qui vient d'arriver de Guinée et va partir pour Marseille, d'où on l'enverra tenir garnison à Djibouti (1899).
Un correspondant d»Temps pat interwieverau passage ce prince du sang devenu sergent de tirailleurs.
«A In caserne de passaqe, où ils sont en subsistance, les 50 haoussas ont une excellente tenue. Cinq seulement souffrent de la dysenterie.
Ils paraissent fort disciplinés et obéissent scrupuleusement au plus grand d'entre eux, un gaillard solidement rilblé, et musclé comme un athlète, qui porte les galons de sergent, et qui n'est autre que KouPery, un des frères de l'ex-roi Behanzin, Leur soumission à son égard va presque jusqu'à la vénération. Dès qu'il parlait, les Haoussas s'imposaient un silence religieux et gardaient une immobilité absolue, semblant écouter pour ainsi dire avec ferveur.
Koul'ery, qui parle très suffisamment le français, a pu nous fournir sur lui-même quelques détails intéressa nls.
De tous ses frères, Koul'ery est le seul qui se soit rallié loyalement à nous. Il nous avait cependant combattu avec tous les siens j mais il avail été pris en 1893, quelque temps avant les autres.
Quand moi pris, dil-il dans son langage imparfait, moi prisonnier dans caserne avec beaucoup soldats français ; moi colère, couché sur paille ; pensais que Français faire mal beaucoup moi, et moi têtu, rien dire, rester un mois sans parler. Alors tous soldats beaucoup gentils, capitaine promet si moi bon, lui bon, moi
devenir lirailleur, grand tirailleur ; alors moi content, sage, pas faire rien contre Français, bien obéir, et au bout deux mois bien travailler, manœuvrer et tout. Alors, après, colonel Odéode (Aodéoud) me toucher main, me donner costume tirailleur, moi content, juré aimer beaucoup Français et moi bon soldat.
Koul'ery ajoute qu'il a pris part à diverses expéditioDS et montre les cicatrices de deux balles qu'il a reçues en 1894, l'une au froul, l'autre à l'épaule gauche. Le capitaine sous lequel il servait à ce moment — et dont il n'a pu prononcer le nom — s'intéressa à lui, et, après l'avoir fait incorporer régulièrement dans les tirailleurs haoussas, il apprît patiemment ce qu'il sait de français. Durant les six ans pendant lesquels il a ainsi servi pour le compte de la France, Koul'ery alGrme, avec de grands gestes, qu'il n'a jamais laissé échapper une occasion de témoigner aux Français son amitié et sa reconnaissance.
Ce n'est pourtant pas tout à fait de son plein gré qu'il a quitté Kotonou avec son détachement.
Moi content aujourd'hui, dit-il, mais moi pas content il y a vingt-deux jours. Moi cinq femmes et quatre enfants au pays ; moi vouloir pas quitter. Alors chef capitaine Cettan (?) dire à moi : toi caporal et donner galons rouges. Puis commander accompagner tirailleurs sur bateau. Dit que moi rentrerais à terre tout de suite que les tirailleurs seraient sur paquebot ; mais chef tromper moi. Quand moi vouloir descendre de vapeur, vapeur tourné avec fumée et partir loin, loin. Et moi, moi colère, moi pas vouloir quitter femmes. Alors chef dire: « Toi sergent » et donner galons, argent et tabac. Alors moi content, plus colère ; aimer beaucoup Français.
Et, en effet, dans son naïf orgueil, il est content, très content :
— Ifi2 —
« Moi seul chef, répète-t-il ; eux loua Urailleura.moi un sergent, un chef ; si moi mori, pas aucun chef ! »
On voit que l'amoar du galon a quelquefois du bon : sans ce léger travers (que la majorité des Français ont de commun avec Koul'ery) aurions-nous jamais eu dans les rangs de nos troupes coloniales un prince authentique du Dahomey, et qui plus est, un rallié enchanté de son sort ?
L'armée de Béhanzin. — Le Dahomey de Béharzia devait son existence àla guerre et sa suprématie sur les pays voisins, à ce qu'il possédait une armée permanente ; les prédécesseurs de ce roi n'avaient jamais cessé de guerroyer contre les populations voisines, et c'est ainsi que leur puissance s'était étendue et consolidée. L'armée était donc restée l'instrument le plus important de gouvernement et de régne: aussi était-elle parfaitement organisée, entraînée et disciphnée. De fréquents exercices militaires la tenaient toujours en haleine. Les Européens ont de tout temps fourni aux barbares soit des armes soit des connaissances grâce auxquelles ceux-ci ont pu plus tard leur résister ou les chasser de leur pays. On a tu cela se produire aussi bien en Asie qu'en Amérique et en Afrique. La même chose était arrivée au Dahomey. On ne sait dans quelle mesure les Européens collaborèrent à l'organisation de l'armée de Béhanzin et de celle de ses prédécesseurs : ce qui est certain c'est que les Dahoméens étaient armés de fusils qui n'avaient point été fabriqués par leurs artisans. De plus, on a su qu'à l'un des principaux combats qui se livrèrent pendant la conquête, l'artillerie assez complète d'ailleurs de Béhanzin, était dirigée et servie par des Allemands.
On conçoit qu'il est difficile dedonnerle chiffre exact de l'armée contre laquelle nos soldats luttèrent si vaillamment. En 1890 M. Jean Bayol, très au fait des
choses du pays, l'évaluail à 12.000 hommes auxquels on pouvait incorporer 10.000 auxiliaires ou porteurs. Ce nombre fut augmenté certainement lorsque nos troupes menacèrent le polËOlat, L'armée sb composait de troupes permanentes et de contingents de réserve, que l'on appelait au service en cas d'expéditions sérieu- Bfis. Les forces de réserve, dans ce cas, s'encadraient dans les troupes permanentes.
L'ensemble formait quatre bricfades : deux à l'aile droite, commandées par le Migam ou Mîngam, grand dignitaire qui était à la fois premier ministre, préfet de police et bourreau;deux àl'aile gauche sous les ordres du Gaoa, qui était un chefpurement militaire. Au centre se tenaient les amazones, elles-mêmes disposées en un centre et deux ailes.
Toute l'armée obéissait à une discipline très sévère. Lorsque Béhanzin la rassemblait, soit pour une revue ou pour en donner le spectacle à des étrangers de marque qu'il croyait par là intimider, tous cesguerrîers se tenaient correctement alignés sous l'œil sévère et meoai;ant du mattre et des chefs ; on n'entendait pas une parole ; pas un geste ne rompait l'immobilité des rangs.
C'étaient de toutpointde rudes adversaires. Heureusement pournousque leur tactique routinière,trè8 bonne contre d'autres noirs sans orijauisation, devait fatalement les perdre, le jour où ils se trouveraient en face d'unearmée bien composée et bien commandée.
Ils n'étaient pas habitués à combattre en rase campagne, et surtout contre des troupes régulières.
Dans leurs expéditions contre les peuplades voisines, tandis que leurs réguliers soutenaient le combat, puis ensuite tuaieut les ennemis et incendiaient les villages, Us auxiliaires pillaient, et volaient les femmes et Us
Généralement, et c'est ainsi qu'ils opéraient aussi contre no'us, ils prenaient l'offensive. Pendant la nuit, yuerriers et amazones se rapprochaient du point à attaquer ensegllssanl dans les liantes herbes. Un peu avant l'aube, ils commençaient l'attaque, tous à la fois, mais dans un ordre parTait. Cette tactique faillit leur réussir quelquefois contre nous. Brandissant leurs coutelas ou leurs casse-téles, liraillant au hasard, ils se ruaient avec un courage sauvage contre nos soldats, venant se faire tuer jusqu'à quelques mètres de nos rangs. Les amazones, alors, apparaissaient, dans le tumulte, dans la futnée, comme de véritables furies ; en abordant nos lignes elles poussaient des cris à faire reculer des bêles féroces. Les Dahoméens passaient pour être de mauvais tireurs : C'est là une erreur ; en général, ils liraient fort bien, mais à la condition de pouvoir s'embusquer sur des arbres ou derrière des buissons, afin de viser à loisir : ils ont bien prouvé qu'ils avaient le coup d'œîl juste en réussissant à nous tuer un grand nombre d'officiers -, c'étaient en effet les officiers qu'ils visaient de préférence et il faut avouer que, de leur pari, cela était fort habile. Mais leurs fusils n'étaient pas toujours en état de seconder leurs desseins ; il y avait entre leurs mains de vieilles armes, ou bien des armes de modèles pour lesquelles il ne leur était pas facile de trouver des munitions.
Néanmoins l'ensemble de l'armement était bon ; des Winchesters, des Martini, des Mannlichers de petit modèle, ainsi que des fusils à alfjuille, tous de fabrication allemande récente. Les Dahoméens possédaient aussi des chassepots, mod. 1870 et ceux-là, comme les précédents, venaient d'Allemagne, où ils étaient entrés pendant la guerre de 1870-71. On raconte même là-dessus une anecdote instructive :un capitaine qui sortait du rang ramassa sur le champ de bataille
de Poguessa le fusil d'un soldat dahoméen qu'il venait d'abattre d'un coup de revolver. Quel ne fut pas l'étonnement de notre officier en reconnaissant, au numéro matricule de l'arme du noir, et à certaines marques, le chassepot qu'il avait rendu lors de la capitulation de Metz.
En mai 1801 M. Ehrmann, Résident par intérim au Bénin, signalait à M. Ballay l'importation de plus en plus fréquente d'armes et de munitions effectuées par les maisons allemandes de Ouidah. « Les armes intro- K duites par Ouidah sont déjà entre les mains des « Dahoméens, qui sont en train d'en expérimenter les « effets au détriment des Egbas. Il est évident en tous « les cas que le Dahomey arme avec activité : en ajou- « tant aux 800 fusils Snider et aux 15.000 cartouches « livrées par la maison Vohiber et Brohm 400 fusils « livrés par MM. Trangott, Sollner et Cie, 3.000 fusils « avec munitions et quatre canons {marché Barth), et « 600 fusils Goedelt, on arrive au chiffre de 5.000 * fusils à tir rapide ».
Les Dahoméens dirigèrent, vers la fin d'avril, une expédition contre Abéokoutah, « Il paraît, dit à ce « propos notre Résident, que jamais le Dahomey n'a mis sur pied une armée aussi considérable que celle qui est actuellement en campagne ; le ban et l'arrière ban de la population ont été mobilisés et l'on estime que l'eflectif actuel doit dépasser 20000 soldats des deux sexes ».
Cette expédition cependant ne fut pas heureuse pour Béhanzin, mais il n'en cessa pas pour cela ses achats (l'armes, de munitions, d'artillerie ; il engagea même comme instructeurs d'anciens sous-officiers allemands. Il se préparait évidemment à la guerre qu'il savait inévitable avec nous.
Béhanzin possédait aussi des canons : une dizaine
de Krupp : il ne s'en serrait arec quelque succès que lorsqu'il avait des Européens pour les manier. Dans le CBS contraire, on n'en faisait guère usage, et les hommes qui les gardaient avaient l'ordre de les emmener, dès que l'action était compromise, dans la crainte que nos soldais ne s'en emparent.
Il convient d'ajouter que pendant la conquête, chaque jour voyait diminuer le nombre des armes et la quantité de munitions que Bélianzin avait eues d'abord à sa disposition, car, par suite du blocus mis dès le début devant la côte, il lui était impossible de se ravitailler.
Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que la résistance des Dahoméens ne se découragea jamais, et qu'ils firent preuve d'une énergie peu commune chez les noirs. Pendant nos luîtes au Soudan français, nous avons souvent rencontré des adversaires pleins de courage, mais aucun d'eux n'a montré la constance et l'énergie indomptable par lesquelles se distinguèrent les Dahoméens. C'est qu'ils avaient des traditions militaires entrelenues avec soin par leurs chefs, que les troupes régulières et la garde personnelle du roi étaient dressées dans le mépris de la mort et dans la conviction de leur supériorité; enfin, Bébanain et les félicheurs qui lui dictaient sa conduite, luttaient pour l'existence. Mais il n'importe : ce sont les plus rudes adversaires que nous ayons encore rencontrés dans nos guerres en Afrique occidentale, et ils furent bien supérieurs même aus Ashantis. Battus dans toutes les circonstances, ils ont toujours reculé, mats en défendanl le terrain pied à pied pour aller nous attendre derrière des positions fortiilées qu'il nous fallait abattre à coups de canon et dont la conquête ne se fit pas sans que nous laissions sur le terrain quelques-uns des braves soldais de notre colonne expéditionnaire.
Les amazones. — Le « corps » des amazones du Dahomey, ou plutôt de Béhanzin, qui se conduisit si vaillamment contre nos soldats pendant la conquête, avait été créé par le roi Ghézo, grand-père de Béhanzin,
Il parait que ce furent d'abord ses propres femmes que Ghézo enrégimenta : il en avait sans doute... audelà de ses besoins, et ne sachant que faire de tant de compagnes, il s'en fit des défenseurs. L'expérience le combla au delà de ses vœux : grâce à sa troupe féminine, qui donnait l'exemple dans les combats, et en eut remontré pour la bravoure à tout le sexe fort du Dahomey, Ghézo arriva à soumettre bientôt toutes les peuplades voisines avec lesquelles, en vrai roi africain, il était perpétuellement en guerre. Les successeurs conservèrent l'institution tout en la perfectionnant et en augmentant le nombre des amazones. Lorsde la conquête elles étaient de 4 à 5000. 11 est permis de croire qu'à la fin beaucoup d'entre elles servaient volontairement ; elles étaient comme leurs devancières fort braves, et leur cruauté dépassait même celle des Dahoméens, qui étaient pourtant les noirs les plus cruels de l'Afrique occidentale.
Les Achanlis, qui ne passent pas pour être tendres, appelaient ces femmes de guerre les « bêtes féroces >. Elles vivaient du reste avec sans cesse de nouveaux exemples de barbarie sous les yeux. Quand elles ne se les donnaient pas entre elles à la guerre, elles les trouvaient à Abomey, dans les fréquents massacres que Béhanzin aimait à faire exécuter. Les amazones, pendant la conquûle, se chargeaient d'expédier les prisonniers et d'achever les blessés : elles avaient des raffinements de férocité, incroyables chez des femmes, même chez des noires, car en général la femme noire n'est pas sanguinaire. Il faut dire aussi que leurs instincts
éLaient surexcités par les consignes impiloyables et par la discipline de fer que leur imposait leur mattre. Elles étaient entraÎDées comme les soldats ; un de leurs exercices les plus fréquenls consistait à monter pieds nus, à l'assaut, sur des pentes que l'on avait d'abord garnies d'épines. Les amazones étaientdivisées en trois corps : celui qui, à la (juerre se plaçait au centre avait le titre de garde royale : ensuite, c'étaient l'aile droite et l'aile gauche. Comme elles étaient toutes vêtues à peu prf s de même, on les reconnaissait à la manière dont elles portaient les cheveux. Celles de la garde du reste n'en portaient pas dn tout, ayant la tète complètement rasée. Celles de l'aile droite ne gardaient qu'une ou deux boucles. Celles de l'aile gauche conservaient toute leur chevelure. L'uniforme était sommaire, maïs il convenait bien au genre d'occupationdes guerrières ; une chemise de coton sans manches ; une tunique de couleur, un pantalon ne descendant qu'aux genoux : point de chaussures. Pour armes, un fusil de traite qui faisait quelquefois long feu, mais qui pouvait toujours servir pour assommer un ennemi : une lance et un large coutelas à double tranchant.
11 y en avait de jeunes et d'autres qui étaient d'âge moyen. Toutes n'appartenaient pas au roi : et elles ne servaient qu'en temps de guerre ; en temps de paix, elles vaquaient aux besognes de leur case — car beaucoup de ces femmes étaient mariées ou esclaves, mais elles étaient « à la disposition ».
Leurs qualités guerrières, et la gloire qu'il y avait pour elles à être des « femmes de guerre » leur donnaient une valeur marchande que n'avaient pas leurs concitoyennes « civiles » ; aussi une amazone se payait-elle couramment de trente à cinquante mille cauris, c'est-à-dire de 300 à 500 francs.
Le coup d'œil de larmée féminine sous les armes
, était fort impressionnant, même pour des Européens habitués à ne pas s'étonner aisément : on en jugera par les quelques Iîr)nes suivantes :
« l,es principaux officiers de l'armée sont venus nous entourer. Notre yroupese met en marche; il nous faut plus d'un grand quart d'heure pour traverser les premiers rangs (de l'armée de Béhanzin), tant leur ordre de bataille est profond. Puis nous traversons un espace vide, de l'autre côté duquel l'armée noire continue. Ici, ce ne sont plus des guerriers. La seconde ligne, en effet se compose d'amazones sur trois rangs serrés, entourant comme d'un cercle immense le trône même du roi, que nous n'apercevons pas encore.
Elles sont là quatre mille guerrières, les quatre mille vierges (1) noires du Dahomey, gardes du corps du monarque, immobiles aussi sous leurs chemises de guerre, le fusil et le couteau au poing, prêtes à bondir sur un signal du maître.
Vieilles ou jeunes, laides ou jolies, elles sont merveilleuses à contempler. Aussi solidement musclées que les guerriers noirs, leur attitude est aussi disciphnée et aussi correcte, alignées comme eux au cordeau. Les chefs sont en serre-files, en tête de colonnes, reconnaissables à la richesse de leur chemisette, à leur air fier et résolu. Telles sont les amazones au repos sous les armes. 11 y a loin de celte discipline, de cet ordre, aux hordes sauvages et barbares que l'on s'imagine.
Sa Majesté Béhanzin peut être tranquille, ces viragos, ne le laisseront pas facilement enlever. Le triple cercle qu'elles forment est immense, sans un vide, sans un écart (2) ».
i. On a vu par ce que nous avona dit tout à l'heure des amazones ipie toutes n'étaient pas des vestales.
2, Gandoin ; Trois mois de capUoilé au Dahomey, Illustration, 1890.
Ajoutons que € l'autorité milîtBire » dahoméenne oe prenait pas, pour servir dans le corps des amazones, toutes les femmes qui s'offraient pour ce service, ou plutôt toutes les jeunes filles, car il ne fallait pas que les postulantes eussent dépassé un certain âge. Voici comment leur recrutement s'opérait, en général. Tous les trois ans les habitants du Dahomey étaient obligés de présenter leurs filles devant une sorte de conseil de révision qui choisissait parmi elles les sujets aptes au service militaire et les enrôlait comme officiers, soldats ou ouvriers, suivant la condition de leurs parents et surtout en tenant compte des instincts de cruauté qu'elles avaient pu montrer jusque-là.
A la guerre, non seulement elles se battaient avec la mfime audace que les hommes, mais encore parleur présence, par leurs cris, elles encourageaient et poussaient ceux-ci contre l'ennemi. Jusque dans la mort elles gardaient un air farouche ; après l'attaque île Kotonou (i mars 1890), M. J. Bayol en reconnut une parmi les morts qui jonchaient le sol : « près d'eux, une jeune fille était couchée sur le dos, les bras étendus. Elle était coiffée d'une toque blanche et portait le pantalon écarlate recouvert d'un pagne rétréci. Le couperet, dont la lame recourbée à l'extrémité montre les symboles fétiches, était retenu à son poignet gauche par une cordelette et sa main droite était crispée sur le canon de sa carabine couverte de cauris.
C'était le corps deNansica, l'intrépide guerrière qui, deux mois auparavant dansait devant son maître, eu présence de la mission française dont j'étais le chef et de nombreux envoyés de tribus soudaniennesfl) ».