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LA MONARCHIE, LE ROI ET LA COUR DE PORTO-NOVO

Nous avons donné, dans la première partie de cet ouvrage, la liste des rois qui ont occupé le trône de Porto-Novo avant notre excellent protégé et ami TolTa II.

On a pu remarquer qu'au Dahomey, les fils succédaient au père : en suivant la nomenclature des rois Porto-Noviens on a pu voir au contraire qu'il en était autrement au moins depuis un certain temps en Porto- Novo, Dans ce dernier pays, suivant une constitution sans doute pas écrite mais en tout cas fort bien observée, le fils ne peut pas remplacer « au premier tour » son père sur le trône. D'ailleurs, la famille régnante comprend trois branches, dont chacune doit fournir à son tour un roi au pays. C'est ainsi que les trois derniers rois ont appartenu h trois branches ditTérentes de la même famille.

Le roi cependant, au décès de son prédécesseur, ne monte pas sur le trône, quels que soient ses droits, sans y être en quelque sorte appelé, porté, par une élection en bonne forme.

Le mode d'élection est parfaitement réglé par les coutumes locales. Ce n'est pas comme on pourrait le croire par un plébiscite qu'elle a lieu. Il y a un certain nombre de < grands électeurs », appelés à cette fonction soit par leur naissance soît par leur dignité à la cour.

Ce sont, par nrdre de préséance, les membres {hommes} de la famille du roi défunt. On les appelle « princes des Malles » dès que le roi leur parent est mort. Ce litre signifie « princes de la brousse », et, s'ils prennent ce litre, et a'ils ne le prennent qu'à ce moment, c'est parce qu'aussilôl après l'élection ils sont obligés de quitter la capitale et d'aller vivre dans la brousse, où il restent rigoureusement exilés jusqu'à ce que le lour de leur branche revienne de régner.

Ils ne rentrent entre temps à Porto-Novo que si une nouvelle élection royale, en faveur de la troisième branche, les y appelle. Ce bannissement a pour but d'empêcher ces princes, si l'envie leur en prenait, d'intriguer contre le nouveau roi et de profiter de la popularité que feu leur parent aurait eue de son vivant.

Ensuite, les électeurs royaux sont :1e chef ou ministre de la justice (migan) qui, ici comme au Dahomey est en même temps le bourreau. Un cabéc ère qualifié Oogan, qui est une sorte de maître des cérémonies: c'est lui qui veille .'i ce que les formes imposées par la coutume pour l'élection soient observées: si elles ne l'étaient pas, il pourrait casser l'élection par simple Vélo. Le chef de la religion ou grand-prêlre , (Apoloffan), qui, une fois le roi nommé, lui donne une sorte de consécration religieuse. Le chef de la maison du roi et de tous les gens de guerre ; (ministre de la guerre : Mékou). Le grand-prêtre ou félicheur du serpent {Ligan).

Le grand écuyer : (Sogan) ; le premier « valet de chambre » ; {Adjagom) dont la fonction ordinaire est de réveiller le roi chaque matin ; le chef de la maison intérieure {Abazagom : gardien du siège) ; le grand-héraut : (Oaataca. Celui qui annonce la mort du roi ) ; et en mot, tous les grands dignitaires de la Cour,

Ces litres feront peut-èlre sourire. Les dignités ont cependant existé ; peu-à-peu les fonctions ont disparu ;la cour de Porto-Novo, tout comme d'autres, s'est démocratisée. Cela est peut-être venudufaitdes grands dignitaires eux-mêmes. Sans doute auront-ils trouvé qu'il n'y avait point de charges ni d'honneurs qui fissent compenser le désagrément de mourir, souvent prématurément, et toujours de mort violente. C'est qu'en elTet, les titulaires de "ces charges ne pouvaient pas survivre au maître qui les avait conférées et lorsqu'on enterrait un roi, l'on enterrait avec lui tous ses grands cabécères avec leurs insignes.

II paraît que malgré la sévérité de la tradition à l'égard de cette exécution, les grands seigneurs, il n'y a pas encore bien longtemps, se faisaient remplacer pour la suprême cérémonie par leurs esclaves, qui accompagnaient à leur place ad patres le roi défunt.

S. M. Toffa II est certainement une des figures les plus intéressantes et les plus sympathiques de Porto- Novo et de tout le Dahomey. Il est difficile, en le voyant, de préciser son âge ; d'un tempérament sec, de taille moyenne, bien pris, d'un beau noir, l'œil vif, l'air bon, et nullement dépourvu de grandeur : tel est l'homme. Il aime la France, l'Europe, notre civilisation, dont il a adopté franchement ce qu'il a trouvé d'appréciable, de compatible avec ses goûts, ses habitudes et son tempérament.

C'est ainsi que sa résidence suffirait à le classer parmi les monarques noirs les plus intelligents : ce n'est certes pas Versailles ou les Tuileries, mais comme cela est différent de la vaste case ou de la Zériba

de souverains africaias plus puiâsants que TofFa I Bécon, tel est le oom de la demeure du roi de Porto-Norvo, est un Mdment à l'Européenne, non pas beau et artislique, mais vaste et confortable, entouré d'immenses cours bien ombragées. Pour bien juger ce palais royal comme il mérite de l'être ît faut se souvenir que nous sommes en pleine Côte de Guinée, extrtmement loin de tout ce que nous appelons la civilisaliou. !1 faut ne pas oublier que les abominables Grandes coutumes florissaicnl à quelques Heues d'ici, il y a moins de vingt ans ; enfin, que !e prédécesseur de Toiïa II allait très bien en pagne et s<: conduisait en toute occasion comme un véritable chef nègre.

Tofb au contraire a l'abord et les manières d'un gentleman aimable et courtois. On peut sourire du goût prononcé qu'il a pour les uniformes : non point pour les uniformes dont on voit alTublés les rois noirs dans les opéra-comiques, et dans la composition desquels entrent un casque de pompier, un babil d'amiral et des bottes à l'écuyère, mais pour les beaux uniformes vraiment richeael très correctement composés. Oa peut, disons-nous, sourire de ce godt ; mais nous avons, en Europe même, des monarques très puissants qui eux aussi se font remarquer par leur amour du panacbe, eu somme moins excusable chez eux que chez Toffa. Qui sait d'ailleurs si le roi ToflJa «e doit pasune bonne partie de sa popularité, — car il est très aimé de ses sujets — une bonne partie de son prestige, aux brillants uniformes dont il aime à se parer ?Ce que l'ou prend chez lui pour une coquetterie un peu puérile est peut-être la manifestation d'un sens très profond de la politique : aussi bien que l'amour de la gloriole cela peut indiquer une connaissance exacte de l'humanité nègre. Et nous aurions tort de rire de cette

faiblesse , de cette vanilé si l'on veut, puisqu'elle a pour résultat, en augmentant le prestige de notre protégé, de consolider son autorité el par là de maintenir chez ses sujets un état d'esprit pacifique dont nous profitons.

Comme le roi Toffa reçoit volontierB, et toujours fort aimablement, les Français de inarque, on peut durant les audiences qu'il accorde, examiner sa mise à loisir.

C'est ainsi qu'un de nos corapatriotes a pu décrire un des uniformes de Sa Majesté Porlo-Novienne (1) «..,. grand babil de peluche grenat tout brodé d'or, culotte desatincerise, bottes â la hongroise en piquéde soie de même couleur et ornées d'un gland d'or, képi amarante, fort galonné et surmonté d'un haut plumet tricolore. Son manteau royal est une superbe pièce de brocart vert foncé et qui n'estni taillée ni mêmeourlée.

Des amulettes nombreuses, attachées à son cou, tombent sur sa poitrine et se mêlent aux décorations « plaques qui brillent sur la peluche de sou habit où elles ont l'air d'être en étalage ; des bracelets de métal, insignes du commandement font un bruit de ferrailles à chacun de ses mouvements».

Cela est complété par un foulard de soie mauve qu'il tient à la main, el «une canne en bois blanc verni, terminée par une pomme d'or où son chiUre est très joliment ciselé ».

Ce n'est pas là le seul costume du roi : il en {Hissède une quantité incroyable,toua des étoires les plus riches, tous chamarrés de broderies d'or, d'argent, de soie. Il possède aussi d'innombrables chapeaux, casquettes, képis, de tous modèles, tant militaires que civils; cependant le haute-forme, paratl-il, ne figure pas dans cette riche collection.

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