Béhanzin prétendit pour justifier son invasion de ce pays
la région de Grand Popo, protégée par la France, brûla plusieurs villages, car la population à peu près désarmée ne pouvait lui résister, et emmena environ 2.000 noirs captifs à Abomey, pour les faire servir au sacrifice qu'il projetait. Cela se passait en novembre et décembre 1891.
Au commencement de 1892 (février) M. Ballot, qui était en congé en France pendant les derniers événements, reprit la direction de la colonie avec le titre de lieutenanl-youverneur (1).
II se rendit aussitôt à Wydah pour obtenir des explications sur les faits qui venaient de se produire dans Grand Popo. Le gouverneur dahoméen de cette ville le reçut avec honneur, mais, tout en protestant que son maître désirait vivre en bons rapports avec la France, il affirma les droits de Béhanzin sur la région que ce dernier venait de ravager.
Malgré les assurances de paix que le coassoagkan (gouverneur) venait de donner solennellement au représentant de la France, M. Ballot fui, quelques jours plus tard, l'objet d'une agression des Dahoméens, dans les circonstances suivantes, A peine était-il rentré de Wydah, il fut informé que des Dahoméens avaient pillé et saccagé trois villages du Bas-Ouémé. Il partit sur la canonnière la Topaze avec une faible escorte pour s'assurer par lui-même de la vérité de ces faits. Au village de Danko, sans nulle provocation dela^art des soldats qui l'accompagnaient, les Dahoméens mas-
que des gens des Popos s'étaient emparés par surprise de trentedeux femmes de son barem. Ce prétexte était à peine donné qu'il fut reconnu mensonger.
1. Un décret du 17 décembre 91 avait créé la colonie de la Guinée française, qni comprenait outre la colonie de ce nom celle de la Cote d'Ivoire et les établissements du golfe du Bénia.
— lassés sur le rivage, au nombre d'environ 600, ouvrirent le feu sur la Topaze qui riposta vigoureusement et ne réussit à les déloger de là qu'après deux heures de combat .
De retour à Porto-Novo, le rjouverneur prévint le Gouvernement, et demanda des explications au Yévogban de Cotonou, Celui-ci répondit d'abord par des déraites,puisiirinilpar déclarer que tout l'Ouémé appartenait au roi du Dahomey et que les Français n'avaient aucun droit sur ces régions, si ce n'est sur la ville même de Porlo-Novo.
Le lendemain (28 mars), le iieulenant-gouverneur adressa à Bébanzin la protestation suivante :
« A mon passage à Ouidab. le 2 de ce mois, vous avez envoyé le Coussougan porteur de voire b3lon me saluer et me déclarer publiquement el solennellement votre intention formelle d'observer fidèlement lesclauses du traité du 3 octobre 1890 afin de toujours vivre en paix avec le gouvernement français.
Aussi ai-je été fort étonné d'apprendre que le 26 de ce mois vos troupes avaient pénétré en armes sur le territoire du protectorat français de Porlo-Novo, attaqué, pillé et détruit les villages de Akanta, Biko et Danko,
Afin de ra'assurer de l'exactitude des faits qui m'étaient rapportés, j'ai remonté le Ouémé jusqu'à Danko à bord d'un navire français. Après avoir reconnu que les villages précités avaient en effet été saccagés, je me disposais à retourner à Porto-Novo, quand le navire qui me portait a été lâchement attaqué par plusde 600 de vos soldats el nous n'avons dû notre salut qu'à la bravoure de nos soldats et à la maladresse de vos guerriers.
L'article l" du traité du 3 octobre 1890 auquel vous
avez donné voire eulière adhésion, puisque vous avez euvoyé loucherle 9 oclobrel891volre rente de 20.000 francs, est ainsi conçu :
« Le roi du Dahomey s'engage à respecter le protectorat français du royaume de Porlo-Novo et à s'abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat ».
En conséquence, j'ai l'honneur de vous informer que je rends compte à mon gouvernement de la violation des engagements que vous avez cootractés et de l'offense grave que vous avez faite, au drapeau français arboré sur le navire eties villages que vos soldats ODt attaqués,
Victor Ballot.
En attendant les ordres de Paris, M. Ballot prît les dispositions de défense que commandait la situation.
L'affaire de la Topace n'était que le prélude de graves événements. Le 30 mars le gouverneur apprenait que les routes étaient fermées, que le roi concentrait ses troupes à Allada, que la population du Bas-Ouémé abandonnait les villages et qu'enfln les commerçants français de Ouidah étaient consignés dans leurs factoreries. Il recevait, le lendemain, des autorités de Ouidah une lettre dont voici la teneur :
Ouidah, le 30 mars, A Monsieur Ballot, gouverneur de Porlo-Novo.
Le message que vous avez fait porter au chef de Cotonou a été reçu par nous, chefs de Whydah, appartenant à S. M. le roi Béhanzin du Dahomey. Kous pouvons vous dire peu de choses maintenant au sujet de votre message.
L'amiral Cavelier de Cuvervîlle a envoyé le Père Dorgère à S, M, le roi du Dahomey pour régler les
alTairea du temps du blocus. Le roi du Dahomey a ordonné au Père Dorgère d'écrire à l'arniral,et celui-ci a répondu le 18 aoùl 1890. Nous avonscette lellre. Il est écrit dans celte ieltreque le Dahomeynecessera jamais de se battre contre le pays de l'Ouémé ; la raison en est que, du temps des anciens roîs, le Ouémé a fiiit une guerre contre le Oahomcy ! C'était au temps du roi Akaban 1 L". roi du Ouémé qui a fait celte guerre se nommait Yazaké. C'est lui qui a brûléetcompléteraent détruit le palais du roi à Abomey.
Le Ouémé dontje parle n'a jamais fait partie de votre royaume et n'appartient pas ù l'orto-Novo, mais est bien au Dahomey. Si l'amiral ne vous a jamais montré celte lettre, vous pouvez envoyer un messager pour en prendre copie.
Maintenant nous vous disons, nous les chefs, au sujet du message que vous avez envoyé au roi par le chef Zohoncon, que si les Français ont l'intention de faire la guerre au Dahomey, vous serez cause que Porto- Novo sera détruit ainsi que toutes les vides di; l'intérieur. Nous vous faisons savoir encore une fois que Porto-Novo n'étant pas dans la mer mais bien sur terre, est au roi du Dahomey ; car tout ce qui est sur lerre appartient au roi du Dahomey. Ce que nous pouvons vous conseiller, nous, chefs de Ouidah, c'est de monter voir S. M. le roi Béhanziu du Dahomey, vous-même si vous voulez arranger votre affaire. Yevogha.n, Goussougan et les autres chefs de l'Agora.
Cependant, les troupes dahoméennes, descendaient rOuémé, se rapprochant de Décamé. Le 3 avril, elles n'étaient plus qu'à quatre heures de marche de Porto- Novo, et une attaque de la ville paraissait imminente. Toutes les précautions étaient prises pour mettre la ville à l'abri d'un coup de main.
Le 4, M. Ballol recevait du roi du Dahomey une lettre insolente dont voici la traduction:
Dahomey, le 29 mars.
A Monsieur Ballot, gouverneur de Porto-Novo.
Je vous adresse ces deux lignes pour savoir des nouvelles de votre santé et en môme temps vous dire que je suis bien étonné du récade que Bernardin a apporté au cabécère Zohoncon pour m'être communiqué au sujet des six villages que j'avais détruits il y a trois ou quatre jours.
Je vous garantis que vous vous êtes bien trompé. Est-ce que j'ai été quelquefois en France faire la guerre contre vous? Moi, je reste dans mon pays, et toutes les Fois qu'une nation africaine me fait mal, je suis bien en droit de la punir. Cela ne vous regarde pas du tout. Vous avez eu bien tort de ra'envoyer ce récade,c'est une moquerie; mais je ne veux pas qu'on se moque de moi, je vous répèle que cela ne me fait pas plaisir du tout. Le récade que vous m'avez envoyé est une plaisanterie et je la trouve extraordinaire. Je vous défends encore et ne veux pas avoir de ces histoires.
Si vous n'êtes pas content de ce que je vous dis, vous n'avez qu'à faire tout ce que vous voudrez, quani à moi, je suis prêt. Vous pouvez venir avec vos troupes ou bien descendre à terre pour me faire une guerre acharnée.
Rien autre.
Agréez, monsieur le gouverneur, mes salutations sincères.
Behanzin.
Roi de Dakomey.
Le 5 avril, toute l'armée dahoméenne se retirait subitement sur AUada, La rive droite de l'Ouémé était
complètement évacuée ; un millier d'hommes était resté entre ALomey-Calavi et Godomey. Le bruit courut que ce mouvement était causé par la préparation d'une expédition contre les Egbas d'accord avec les Anglais, avec lesquels les Egbas se trouvaient en élat d'hostî- Hlé. Pendant quelque temps, en effet, il ne se produisit rien de nouveau. La région des Popos était calme. Le 23 avril, M. Ballay gouverneur de la Guinée française, était arrivé à Porto-Novo; et M. Ballot avait rei'u une nouvelle letlre du roi Béhanzïn ainsi conçue :
Dahomey, 10 avril 1S92.
S. M. le roi Béhanzin Ahidjeré à M. Ballot, à Porto- Novo.
Je viens d'être informé que le gouvernement frani;ais a déclaré la guerre au Dahomey et que la chose a été décidée par la Chambre de France, .le vous préviens que vous pouvez commencer sur tous les points que vous voulez et que moi-même je ferai du même, mais je vous avise que si un de nos villages est touché par le feu de vos canons tels que : Cotonou, Godomey, Abomey, Calavi, Avrékété, Ouidah et Agony, je marcherai directement pour briser Porto-Novo et tous les villages appartenant au Porto-Novo.
Pour ce qui s'est passé dans la rivière Ouémé, c'est vous qui en êtes cause car lorsque les Dahoméens sont en campagne il faut que personne ne puisse les voir ou les déranger. Si vous n'étiez pas venu me faire la guerre sur le chemin d'Atchoupa, je ne vous aurais rien fait le premier. Lorsqu'un étranger vient chez moi, il faut m'en aviser et comme vous êtes venu chez moi avec un canot à vapeur, mes trojpes ont cru que vous veniez leur faire encore la guerre; c'est pourquoi elles ont commencé à tirer des coups de fusil sur le vapeur. ,
Au sujet de la rivière Ouémé,je vous ai dit plusieurs rois et prévenu par lettre qu'il ne faut pas y aller parce que j'avais toujours des troupes de ce côté et c'est par là que les Dahoméens passent pour aller combattre leurs ennemis. Je vous ai dit plusieurs fois que ce fleuve m'appartenait et non à Porlo-Novoni à personne autre que moi.
Mpintenant je viens vous dire : si vous restez tranquille moi aussi je resterai tranquille etnous reslerona en paix. Si par exemple vous faites quelque chose, je ruinerai tout eu général et le commerce aussi et je ferai commerce avec d'autres nations.
La première fois je ne savais pas Faire la guerre, mais maintenant je sais. J'ai tantd'hommes qu'on diruït des vers qui sortent des trous. Je suis le roi des noîrs et les blancs n'ont rien à voir à ce que je fais. Les villages dont vous parlez sont bien à moi, ils m'appartiennent et voulaient' être indépendants; alors j'ai envoyé les détruire et vous venez toujours vous plaindre.
Je désirerais savoir combien de villages français indépendants qui ont été brisés par moi, roi du Dahomey ? Veuillez rester tranquille, faire voire commerce à Porto-Novo, comme cela nous resterons toujours en paix comme auparavant. Si vous voulez la guerre, je suis prêt. Je ne la finirai pas quand mâme elle durerait cent ans et me tuerait 20.000 hommes.
Personne ne saura jamais rien de ce que je viens de vous écrire. J'attends votre réponse ; mais si la France veut me faire la guerre, je ne veux pas que vous m'avertissiez car je suis toujours prêt sur tons les points.
Je suis informé de tout; je connais le nombre des millions que la France veut dépenser pour commencer la guerre. Je suis très bien informé. J'ai reçu la lettre que vous m'avez envoyée par Zodohncon, de Cotonou, à Ouidah, ainsi que celle que vous nvîez confiée au chef
de Décamé. Je les ai reçues toutes les deux el j'ai pris . note.
Behanzik Ahidjerb, Roi du Dahomey-.
A ce momentlestroupesdabocnéennesaTaientrepassé j l'Ouéraé le 17 avril et campaient à environ trois jours i de marche de Porto-Novo pendant qu'un groupe évalué ] à 4.000 hommes continuait à stationnner entre Abomey- Calavi et Godomey, les troupes du Dahomey étaient réparties comme suit: 4.000 hommes de vanlColonou; 4.000 sur la rive gauche de l'Ouémé; 2.000 entre Ouidah et Savi; 2.000 à Allada et 4.000 à Abomey. Il y avait en outre huit canons â Godomey et quatre à Ouidah. Le lieutenant-gouverneur écrivait k Paris : « La situation s'aggrave de jour en jour, l'envoi d'importanls renforts devient d'une nécessité absolue et je vous prie instamment de prendre les mesures nécessaires pour qu'ils arrivent au Bénin dans le plus court délai possible.
Ces craintes ne se réalisèrent pas tout de suite. Pendant les premiers jours de mai l'armée dahoméenne conserva les mêmes positions; elle paraissait vouloir se tenir strictement sur la défensive. Le roi, conseillé paraît-il par des négociants étrangers, cherchait à gagner du temps en attendant l'arrivée d'Europe d'armes et de munitions. Il forçait même M. Hoquetia, agent de la maisoa Fabre à Ouidah, à écrire au Gouverneur que les intentions du roi étaient très pacifiques. Singulière prétention après les lettres arrogantes dont nous avons donné le texte.
Pendant ce temps le Gouverneur constituait par arrêté du 12 avril le conseil de défense, H iasistail auprès du sous-secrétaire d'Etat des colonies pour la mise en état de blocus du littoral dahoméen, les navires allemands y débarquant librement des approvi-
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sionnements d'armes et de munitions desllnés à Béhan-
Le 2 mai, le croiseur le Sané arriva à Cotonou. La 3"= C» de tirailleurs sénégalais y débarqua.
Les forces françaises au Bénin se composaienl alors de 915 hommes et 27 officiers. Le 28 mai 1892, le colonel Dodds arriva à Colonou et, muni des pouvoirs nécessaires par le gouvernement, il prit le commandement civil et militaire delà colonie.
Il adressa aussitôt à Béhanzin une lettre pour lui rappeler les différents traités et engagements gue ce roi avait conclus avec la France, et pour l'inviter :
1" A mettre immédiatement en liberté, et à renvoyer à nos établissements les trois négociants français qui étnient prisonniers dans leurs factoreries ù Wydah.
2" A retirer toutes ses troupes des positions qu'elles occupaient en territoire français ou protégé.
Au lieu de répondre ou de s'exécuter, Béhanzin chercha à gagner du temps. Il envoya au commandant du Bénin des Cabécères qui habilement questionnés par le colonel confirmèrent celui-ci dans la pensée que le roi était fort mal conseillé et encouragé à la résistance par des négociants étrangers. Bien que la situation intérieure du Dahomey fût précaire, Béhanzin n'attendait qu'un nouvel arrivage d'armes pour pousser ses troupes contre Porto-Novo. Le blocus empêcha cet envoi d'armes d'arriver à destination.
Cependant Béhanzin relâcha les Français retenus à Wydah ; mais il ne retira point ses troupes des territoires de Colonou et de Porlo-Novo.
Avant d'entreprendre de grandes opéralions contre Béhanzin, et d'ailleurs en attendant les renforts que la métropole devait envoyer, le ^juillet, le colonel Dodds fit bombarder le village de Azaouissé, capitale du Dékamé dont le roi, vassal de Toffa, faisait cause
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commune avec Béhanzin, bien qu'il eût témoigné d'abord de bonnes intentions à notre égard.
En juillet et août les renforts attendus arrivèrent, ainsi que des hfttiments de guerre (I) destinés à exercer plus élroilenient le blocus. Les troupes du Bénin furent complètement organisées pour une action déci-
llébanzin de son crtlé ne cessait, au rapport des espions, de recruterdes auxiliaires dans l'arrière pays, et poussait activement ses préparatifs de guerre. II retenait toujours captifs les habitants du village de Gomé, que ses guerriers avaient capturés le 30 juin précédent, et faisait!» sourde oreille à toutes les sommations que le colonel Dodds lu! envoya d'avoir à les reiftcher.
En présence de son mauvais vouloir persislanl, de l'attitude hostile des autorités dahoméennes des territoires limitrophes des noires, le colonel Doddg se résolut à prendre l'offensive contre liéhanzin.
Le premier acte de la r^uerre proprement dite qui s'engageait fut le bombardement des villages dahoméens voisins du littoral ou sis sur le littoral même. En effet, de 9 août 1892, les avisos Tlèron et Ardent, les canonnières O/to/e, Topaze, Emeraude, et le Talisman bombardèrent les villages de Cotonou (indigène), de Zobbo, de Godomey et d'Abomey-Calavi à la ville de Wydah.
Le 7, un détachement de troupes françaises (commandant Stefani) parlitde Ivotonou dans la direction de Zobbo : à trois kilomètres de ce village, il rencontra un fort parti de Dahoméens qui après un engagement fort vif fut rejeté dans la brousse.
1. LeSawe, le Talisman,\9 Héron, YArrlenl. l'iua tarJ la Mésange fut adjointe à cette force navale.
Le colonel Dotids, commandaQt supérieur, ajatil mis à profit le temps écoulé jusqu'à ce moment pour prendre ses dernières dispositions, quitta l'octo-Novo le VJ août. Il établit son quartier rjénéral à Kouti, puis le porta successivement à Takon (le 24) à Galagon (le 26) à Sakété (le 28).
Le 19 septembre, comme la colonne française, continuant son mouvement en avant, bivouaquait à Dogba, les Dahoméens l'attaquèrent inopinément.
Ils étaient plus de 4.000, armés de fusils à lir rapide. Après quatre heures de combat, ils furent obligés de renoncer à la lutte et se débandèrent, poursuivis par les leux de salve de nos tirailleurs, et laissant sur le terrain un grand nombre de morts. De notre côté, malheureusement, il y a eu aussi des pertes sérieuses; quatre morts dont un officier etonze blessés, parmi lesquels le commandant Faurax.
C'était le premier combat vraiment sérieux de la campagne ; bien que nous eussions eu le dessus dans cette affaire, elle était de nature à nous montrer qui; lesDahoméens, grâce à leur armement, à leur organisation, ù leurs qualités personnelles, n'étaient pas des adversaires à dédaigner. Pendant que le corps expéditionnaire, sous les ordres du colonel Dodds poursuivait brillamment sa marche vers le nord, f Opale et le Corail, canonnières qui faisaient une reconnaissance sur rOuémé furent attaquées le 28 septembre par une grosse partie de l'armée dahoméenne, embusquée sur les rives du llcuve. Bien que très supérieurs en nombre, et ayant l'avantage de la terre ferme, les Dahoméens, après une heure et demie de combat, durentcette fois encore battre en retraite.
On peut dire sans exagération que, depuis la journée de Dogba jusqu'à la chute de la capitale de Béhanzin, les engagements avec l'ennemi furent in-
Cessants. Avec un graad sens de la guerre défensive, le roi noir se gardait iuen de nous oirrir< des batailles » ; son armée, dispersée dans la contrée harcelait notre colonne par des attaques continuelles, défendant le territoire pied-à-pied et ne se retirant jamais avant d'y èlre forcée par suite de pertes considérables.
11 faut ajouter d'ailleurs que nos troupes, durant ce combat presque ininterrompu de près d'un mois et demi firent preuve d'un courage admirable et d'une endurance k toule épreuve, Nouscrovons qu'il sera intéressant pour le lecteur de retrouver ici l'énumération des principaux faits de guerre, dans l'ordre chronologique.
Le 4 octobre, le corps expéditionnaire ennzarchesur Poguessa est attaqué sur un terraindifficilepar le gros de l'armée dahoméenne, sous les ordres de Béhanzin en personne ; les amazones du roi se distinguent par leur intrépidité ; néanmoins, la victoire reste de notre côlé, après deux heures d'une lulle acharnée.
Le 6, une reconnaissance, conduite par le commandant Gonard est surprise par l'ennemi 1res supérieur on nombre. Après avoir soutenu avec vigueur le premier choc des Dahoméens, nos troupes prennent l'oDensive. Des renforts leur arrivent du gros du corps expéditionnaire. Les Français délogent à la baïonnette de leurs positions, les gens de Béhanzin, et dégagent la rivière de Poguessa dont le roi voulait nous disputer lepassagc.
Le 10, les troupes françaises passent sans diflicultés sur l'emplacement d'un grand campementqueBehanzio occupait encore quelques heures auparavant, et qu'il venait d'évacuer précipitamment.
Le 12, la journée entière se passe en un combat entre toutes les forces des Français el des Dahoméens.
Le 13, nos hommes enlèvent brillamment une poai-
tion de ['ennemi en avant d'Akpa : des armes, des minulions et des vivres tombent entre nos mains.
Les 14 et 15 le gros du corps expéditionnaire, sur les bords de la lagume de Koto, repousse Iroia attaques des Dahoméens.
Du 16 au 2i, le colonel Dodds crut devoir laisser reposer ses troupes, qui étaient exténuées de Fatigue et de privations, et qu'il fil dans ce but bivouaquer à Akpa.
Le 26 octobre, le corps expéditionnaire reprit sa marche en avant. Ce jour môme et le 27, il enleva aux Dahoméens réunis en masse les positions de Koto.
Le 3 novembre, l'ennemi, qui tente à chaque nouvel échec de s'établir solidement en arrière des positions qu'il vient de perdre, est encore obligé de reculer : ii abandonne Cana, où il croyait avoir pris pied après un long combat d'une manière durable autour du palais de Wacoii que possédait là le roi Béhanzin. Le 3, au matin, Béhanzin était venu en personne lancer à l'attaque de notre bivouac les dernières troupes qu'il ait pu réunir. Après son insuccès, qui d'ailleurs lui copiait de grandes pertes, il alla prendre position à Dîoukoué, d'où, malgré sa résistance opiniitlre, il fut chassé le lendemain. Voyant son armée anéantie, le pays ravagé, les Français maîtres de Cana, età la veille de s'emparer d'Abomey, le roi Béhanzin demanda enfm la paix.
Pendant que se poursuivaient les négociations relatives à sa demande, nos troupes prenaient un repos bien mérité.
Sur ces entrefaites (13 novembre) le colonel Dodds reçut la nouvelle de son élévation au grade de géné-
Mais Béhanzin n'était pas en réalité disposé à déposer les armes. Il espérait que le répit qu'on lui accor-
derait lui permetirait de reconslîluer une armée et de recommeuccr la lutte, lut-ce en violalion d'un traité.
Il tenait surlout à conserver tout son prestige aux yeux de ses sujets, dont la désaffection commençait à se manifester. S'il avait pu arrêternos troupes, par ses lenteurs, à Cana, il eût annoncé i à son armée que les Lianes hésitaient, el finalement renonçaient à lutter contre lui. Il multipliait donc ses offres (que ne connaissaient point ses derniers fidèles) de nous donner des otages, ses armes, ses canons, une ffrosse indemnité en argent. Il eill promis tout ce qu'on lui eût demandé. Malheureuseracnl, ses adversaires étaient payés pour savoir le prix de sa parole.
Le ijénéral Dodds, sur le conseil du lieutenant gouverneur Uallot qui l'accompagnait duranlcelte campagne, décida de rejeter les oiïres du roi et de s'emparer d'abord d'Abomey, dernier rempart matériel et moral de la puissance dahoméenne.
("lelte ville, célèbre à des titres si divers, tomba eufia en notre pouvoir le 17 novembre 1892.
Béhanziii avait pu s'échapper, entouré seulement de quelques hommes. Alin de forcer les princes de sa famille et les principaux chefs dahoméens à le suivre il avait brûlé leurs demeures et son propre palaîs. Cet acte de despotisme devait d'ailleurs n'êire regardé par ses sujets que comme un acte de désespoir el un aveu d'impuissance h continuer la lutte.
Le jour même de l'entrée des troupes françaises à Abomcy, le commandant supérieur adressa aux habitants du Dahomey la proclamalion suivante :
Le général Dodds, commandant en chef le corps expé' ditionnaire du Dahomeij aux Cabécères, aux chefs ' et habitants du Dahomey.
Après de nombreux combats l'expédition française
s'est emparée de votre capitale et en a chassé le roi Béhanzin, détruit son armée et brisé à tout jamais sa puissance.
Les inlérèls du peuple dahoméen sont désormais entreles mains de la France et il m'appartient de donner une nouvelle constitution au pays abandonné par sou roi.
Ceux de vous qui, confiauls dans la clémence du (jouvernement français et dans ma parole, viendront francheinènt à moi, seront protégés dans leur famille et dans leurs biens. Ils pourront en toule sécurité se livrer au commerce et aux travaux de culture et vivre en paix sans aucune inquiétude sous la protection de la France.
Rien ne sera chanifé dans les coutumes et les institutions du pays dont les mœurs seront respectées.
Les chefs qui se soumettront de bonne foi à notre protectorat resteront en fonctions, ils conserveront les dignités qui en sont la conséquence. En revanche, ceux qui ne répondront pas ^ mon appel et qui essayeraient de fomenter des troubles dans un pays qui doit désormais être heureux et pacifié, seront impitoyablement châtiés.
Au palais d'Abomcy, le 18 novembre 1892.
Le résultat immédiat de la chute de Béhanziu fut la prise de possession du royaume du Dahomey par la République française. Elle fut notifiée en ces termes par le général ; '