‹ Promenades au DahomeyChapitre 6 sur 27 · Juin · texte numérisé non relu

Juin

du doiçjt ; deux ans, 2 cent. 5 ; trois ans, 3 cent. 5; quatre ans, 4 cent. 5 ; cinq ans, 5 cent. 5 ; six ans, (jrosseur du bras. Les fleurs sont jaunes, la pulpe du fruit est comestible.

11 serait bon de n'exploiter le lalex qu'à sa cinquième ou sixième année. D'après les indigènes, une liane de six ans supporte six sai/jnées faites le même jour ; elle rapporte de 10 à 15 boules (200 gr.), et, plus âgée, de 20 à 25.

Les incisions sont circulaires, très rapprochées, à 3 ou 4 centimètres et faites le plus souvent au pied de l'arbre, c'est-à-dire dans les plus mauvaises conditions. A Bédou, les saignées étaient pratiquées au pied de la lianeel au sommet des branches du buisson.

La récolte a lieu toute l'année à Bassila, au début de l'hivernage à Bédou. Ce moment semble, à première vue, le plus propice, la liane pouvant alors, dans la saison qui lui est favorable, fournir la quantité maximum de latex, avec le minimum de fatigue.

Le latex se coagule dans la main, par trituration,au contact de l'air.

Il serait très profitable aux intérêts de la colonie de permettre au chef de secteur, par l'envoi de manuels et de brochures, l'intervention dans la culture et la récolte du caoutchouc. Il convient d'insister tout particulièrement sur le rflle économique important qu'aura à remplir ce fonctionnaire, et il importe de lui fournir tous les moyens susceptibles de lui faciliter sa t^che. Des instructions aussi précises que possible lui seront données au sujet de la protection du caoutchouc.

Le lieutenant Drot termine ainsi ;

En résumé, rien à espérer de la population au point de vue industriel ; en revanche, tout à espérer des produits du sol. Améliorer les routes pour les transports futurs \ protéger à outrance, et par tous les

moyens, la croissance et l'exploitation rationnelles du caoutchouc ; diriger le plus po9sibie Tindigène vers la culture du sol, en prenant au besoin titre d'encouragement el pendant quelques années, sea produits au titre de l'impôt, enlîn, tenter des cultures nouvellcB, chercher à acclimater des végétaux de grand rapport, étudier à fond toutes les espèces indigènes.

Dana la région comprise entre l'Ouémé et le Lagos, les arbres à caoutchouc viennent en pleine forèl, confondus parmi les autres. Ce végétal est un de ceux dont l'administration de la colonie poursuit l'amélioration. II n'est pas douteux que d'ici quelques années le caoutchouc sera une des principales ressources du Dahomey. Lesindigènes recueillent le latex en toute saison. Sa valeur est de 5 fr. le kilog.

Karité. — Le fruit et le beurre de karité sont parmi les produits les plus précieux du pays; le karité sert aux usages les plus divers ; on mange la pulpe, et le beurre sert à l'éclairage, à la fabrication du savon etc. Le fruit du karité est en même temps undes produits qui sont le plus abondaiitsniiturellement. Sa récolte a Ueu en juin, Ouli; trouve surtoutdans lehautpayset dans la région de Sa va lou. La valeur du ieHrre, matière grasse, que l'on extrait de l'amande, est d'environ 1 franc le kilog. La consommation locale n'en emploie qu'une faible quantité de ce que te pays produit: le commerce en est limité entre les indigènus, qui ne récoltent que ce qu'ils peuvent consommer on vendre ; il est vrai qu'il s'en consomme beaucoup. Si les arbres étaient soignés el les Fruits recueillis méthodiquement, le beurre de karité pourrait être exporté en Europe, où il ae vendrait avantageusement.

Les indigènes ont deux excuses pour ne pas tirer un meilleur parti de cette richesse naturelle : ils en

sont rérluiis par l'absence de tout ouiillRge à une exploitation empirique et ils manquent de moyens de transport et de voies praticables. L'administration ne les laissera pas manquer longtemps de celui-ci ni de cenx-là.

Cacao et café. — Ces deux plantes sont-trop délicates pour que les dahoméeas s'en soient jusqu'à présent beaucoup occupés. Cependant le sel et le climat leur conviennent et quelques essais que l'on a faits de leur culture ont donné de bonnes espérances.

Porto-Novo, Wjdab, Atlada, sont les principaux centre^ de ces expériences, auxquelles s'intéressent visiblemeal quelques indirjènes i^clairés. On sait combien de soins il faut pour créer des planlations de ces arbustes, et combien un résultat rémunérateur est long à se produire. Il n'est donc pas surprenant que ces cultures si nouvellement introduites dans le pays, n'aient pas encore indemnisé les planteurs. Elles s'annoncent cependant comme devant réussir brillamment : les récoltes de café suffisent déjà, en 1900, à la consommation locale.

Haricots. — On cultive dans toute la contrée une espèce particulière, petite et brune, qui entre dans l'alimentation de la population. On sème en mars-avril ou octobre. Les récoltes ont lieu en juin, juillet, décembre et janvier. La valeur marchande est de 30 à 40 centimes le kilogramme.

Arachides. — Lelauxdes frets pour l'Europe n'en permet pas l'exportation de sorte que toute la récolte sert à la consommalîon des indigènes.

Les semis ont lieu en mars et avril. La récolle en juin et juillel. La valeur marchande est de fr. 30 à fr, 35 le kilogramme non décortiqué.

Maïs. 1— Le maïs esl la culture la plus répandue dans tout le Bas Dahomey dont le climat lui convient particulièrement ; les récoltes sont presque toujours très abondantes sauf quand les sRUterelles ont passé, ce qui fort heureusement n'arrive que rarement.

C'est la base de la nourriture des indigènes. On le réduit en farine et on le consomme sous diverses formes. Il s'en récolte des quantités considérables.

Les indigènes cultivent et consomment indifféremment le maïs blanc ou le maïs jaune ; le maïs rouge est d'une culture et d'un usage peu répandus.

En général le maïs se conserve mal et est rapidement attaqué par les insectes. Gela tient à l'humidité de l'atmosphère, et au manque de soins des indigènes qui le récoltent généralement avant sa maturité et ne prennent aucune précaution pour l'emmagasiner.

Sa valeur courante n'est que de 4 à 5 francs les 100 kilog. et si les indigènes apportaient plus de soin à le récolter il pourrait peut-être supporter les frais du transport en Elirope. Les semis se font soit en marset avril, au commencement de la saison des pluies, soit en octobre. Ou le récolte en juin, juillet, décembre et janvier.

Manioc. — Les indigènes consomment beaucoup de farine de manioc. Sa consommation semble même, depuis quelques années, augmenter au détriment de celle du mats. On plante le manioc par boutures en mars et avril, au début de la saison des pluies ; la récolte se fait en septembre. La valeur de lafarine de manioc est d'environ fr, 10 le kilogramme. Le manioc vient remarquablement bien dans tout le Dahomey et il serait facile de l'exploiter en grand pour produire de la fécule qui trouverait en Europe un débouché illimité à des prix rémunérateurs.

Mil blanc et rouge. — Le mi! blanc se aêtneiji^Qérdlemerit eu avril el le roinje en juin. Leur culture demande certains soins.

Au moyeu d'une liouc, les indigènes tracent des sillons eu rejetant la lerre au milieu, de façon à séparer chacun d'eux par une arête vive qu'ils aplatissent légèrement avec lu pied.

Dans celte terre fraîchement préparée, ils font des troua où ils placent une dizaine de graines qu'ils recouvrent de terre, ils lassent ensuite la terre légèrement.

La distance entre chaque semis est d'un paset 0m.50 entre chaque bande.

Quelques jours après que les graines ont commencé à germer, on pioche pour nettoyer el ameublir le sol durci par les pluies et le soleil. Dès que les planls ont pris une certaine cousislance, on élimine ceuxqui sont médiocres afin de permettre auxaulres de se développer avec plus de vigueur. Trois mois après les semis, (cinq mois pour le rouge),les indigènes foui la récolle en coupanll'épi, pour en retirer les grainesilsl'exposentau soleil et le frappent vigoureusement contre le sol, La récolte ne se fait qu'une fois par an; le prix de vente est de fr. 05 par kilogr. et de fr.04 le mil rouge. Le rail u'esl cultivé qu'à partir d'Abomey el de Zagnanado. Les indigènes l'emploient pour leur nourriture et pour celle des chevaux. II sert aussi à fabriquer une boisson fermentée qui remplace les alcools de traite dans le nord où ils ne pénètrent encore que difficilement par suite du manque de moyens de transport.

Au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la côte, la cullure du mil ^e subt.lilue à celle du maTs cl du manioc. 11 sert de baie à la nourriture des habiltints dans tout le Haut Dahomey.

Riz rouge. — On le eème le plus souvent à proxi-

mile des cours d'eau (en avril). Le lerraiii est préparé comme pour le rail blanc, on met les graines en terri: par 5 nu 6 dans des trous à m. 10 les uns des autres. Dès que ies graines apparaissent, ou fail u[i désherbage puis elles sont abandonnées à elles-mêmes.

I^a récolte se fait trois mois après, les indigènes coupent les épia au fur et k mesure qu'ils mûrissent. Us les exposent au soleil pour les sécher et les secouent pour en faire tomber les graines. Le riz se vendorr.07' en paille, l'r, 25 le kîlog, décortiqué.

Ou ne rencontre cette culture qu'à partir d'Abomey ; cependant elle réussirait dans les terrains marécageux de la côLe et pourrait devenir, en même temps qu'une ressource alimentaire de prumier ordre, un produit susceptible d'être exporté. Des essais dans ce sens sont tentés par les soins de l'administra lion avec du riz du pays et du riz de Cochinchine.

Coton. — Le coton est de qualité inférieure: sa culture est assez répandue mais il n'est employé que par les indigènes, qui le tissent. Il n'a été fait jusqu'ici aucun essai sérieux d'exportation, les soies en sont courtes et seraient en Europe d'une vente difficile. Il se vend fr. 25 le kilog.

Tabac. — Le tabac est cultivé plus particulièrement dans les environs de Savalou, les feuilles sont dures, fibreuses et ne donnent qu'un produit de qualité inférieure ; l'indigène place une certaine quantité de graines en terre ies unes près des autres et les couvre de terre en tassant légèrement. Les graines commencent à germer au bout de 6 à 8 jours. La récoite se fait 8 ou 9 mois après le semis (en janvii;r, saison sèche)en coupant les feuilles une à une quand elles ont complètement séché sur pied. La production ne suffit

pas pour les besoins du pays, et il faut importer de grandes quantités de tabac d'Amérique. Ce dernier, qui est naturellement préféré au produit indigène récolté d'une façon primitive, se vend de 1 fr. 80 à 2 fr, le kilog.

L'HYGiÊNE ET LES MALADIES (1)

Le climat du Dahomey est celui de la zone intertropicale. Chaleur humide continuelle, en temps ordinaire ; pendant que soufQe l'harmattan, chaleur un peu moins humide, mais tout aussi grande; l'Européen qui vient dans ces contrées souffre bientôt d'un état particulier de l'organisme caractérisé par de la paresse digestîve, pouvant aller jusqu'à l'embarras gastrique fébrile, de la congestion des viscères abdominaux (foie et rate surtout), une inappétence de durée variable et un certain degré d'apathie intellectuelle. Ces phénomènes, qui se manifestent plus spécialement aux changements de saison (avril, mai, octobre, novembre), constituent, à proprement parler, PiHal biliejt.r, autour duquel se groupent la plupart des affections qui composent la physionomie pathologique de l'Ouest africain.

Les précautions hygiéniques à prendre par l'Européen devront surtout avoir pour objet de modérer les influences nocives du climat.

Le Dahomey ne parait pas destiné à devenir avant longtemps une colonie de peuplement direct. Les Européens, quant à présent, ne peuvent songer à y faire souclie ; car, A de rares exceptions près, la santé de la femme blanche s'accommode fort mal de son cli-

1. D'après M. le D"' Paul liouzien. Médecin principal des Colonies; Chef du service de santé de la colonie liu Dahomey (Notice sur le Dahomey, pôiigée sons Iob auspices de l'Office Colonial ; Paris 1900).

iàL.

mat ; rapidement, elle a'anémie, il est rare qu'elle ptiisse, sans inconvénient, y prolonger son séjour audelà de RÎx mois.

L'Européen immigrant au Bénin ne peut actuellement songer à y résider d'une manière permanente. Il ne peut guère séjourner plus de deux années consécutires à la cfite, et bien souvent le rapatriement des fonclionnaires s'impose entre douze et dix-huit mois.

Mais si le paludisme et les diverses influences combinées, qui rendent l'anémie presque fatale au bout d'an temps relativement court, ne permettent pas à FEoropéen de prolonger son séjour colonial au-delà de certaines limites, il fautremarquer que le climat du Dahomey ne cause habituellement pas de lésions orga- DÏqaes graves ; en sorte qu'en faisant alterner convenablement les séjours à la c6te, avec des périodes de repos suffisantes en climat tempéré, la plupart de nos CoDctionnaires et commerçants arrivent à y résister. De •orte que le Dahomey peut être regardé au point de Tne de Phygiène comme une bonne colonie d'exploitation.

n serait oiseux d'insister sur les dangers pouvant résnller de l'action du soleil des tropiques sur l'orga- ■iraie earopéea, il importe de s'en défendre avec uue attention persistante. A moins de nécessité, il vaut ■îeox érîter de sortir, ou du moins de séjourner au •oieil eotre onze heares du matin et trois heures de raprèfi-midî. Mais il y a là une question d'accoutumance et d'acclimaté me al, car nombre d'employés des travaux pnblicK et d'agents de factoreries qui s'exposent, par métier, à llnsolation directe, en subissent rare- ■caAde fkheox effets, à la condition expresse cependaal de ^aalreindre an port d'un casque confortable à bvyes bords retombants et de ne point s'adonner à Twa^e des boissans fortes. On a assurément moins à

redouter, dans ces conditions, de l'action solaire, que ai, aux heures où le soleil est encore haut, on s'y expose avec une coilfure Irop légère, protégeant mal la nuque et les jeux. Il est probable que ce n'est pas à une aulre cause qu'il faut attribuer les uaaux de tête rebelles, compliqués d'insomnie, d'embarras gastriques et parfois d'accidents plus graves dont se plaignent souvent les Européens.

Au-dessus de l'insolation, le paludisme est une menace continuelle pour l'Européen au Dahomey. Mais ici encore, il peut se défendre efficacement en observant une bonne hygiène et en évitant de s'exposer à l'infection malarienne par des promenades le soir sur les bords de la lagune ou, de grand malin, à travers les brouillardsqui s'élèvent du sol,desexcur3ionscyné- (jéliques, des excès de spiritueux ou d'alimentation qui, par la fatigue qu'ils imposent à l'estomac et aux intestins, provoquent et préparent la voie à l'inlo-xication palustre. Il devra se mettre en garde contre les refroidissements surtout aux changements de saison et pendant les brises d'harmattan, époque que la faible élévation des eaux dans la lagune et un ensemble de conditions clîmatériques, rendent propices à l'éclosion de la malaria dans ses formes variées et, spécialement de la fièvre bilieuse hématurique, une des affections les dIus redoutables de la côte occidentale d'Afrique,

A de telles époques il conviendra à côté des mesures générales de précaution, telles que le port de la flanelle ou d'un tissu de coton (in sous la chemise, de faire un usage méthodique de la quinine à titre préventif. A cet égard deux opinions dominent : celle qui préconise l'emploi journalier du sel quinine à doses faibles (10 à 20 centigrammes), — c'est la pratique babîluelle des missionnaires, dont plusieurs sont indemnes d'accidents palustres, — et la méthode des doses plus

fortes, prises à iatervalles espacés. Celte dernière prévaut depuis les récents travaux du savant allemaud Koch, On prend par exemple, 50 centigrammes de quinine tous les 5 jours ou 75 centigrammes toutes les semaines, de préférence au repas du soir, et celte pratique que tout nouvel arrivant peut adopter, est surtout recommandaljle aux sujets déjà éprouvés par le paludisme. Mais ce précepte n'a rien d'absolu, et, nous serions porté à nous écarter de ce type régulier d'administration de la quinine, la périodicilédes prises provoquant chez certains sujets de légers malaises cédant à la quinine elle-même ; aussi conseillerions-nous plus volontiers une imprégnation en quelque sorte discontinue de l'organisme parle spécifique.

On pourra donc faire succéder les prises dans un ordre plutôt irrégulier, par exemple à intervalles de cinq jours, neuf, sept, etc., et en graduant les doses d'après ces intervalles, de manière à assurer la permanente influence de l'agent médicamenteux.

En deliors de cet emploi systématique de la quinine, on se Irouvera bien d'y recourir, toujours à titre palliatif, soit pour combattre une indisposition légère qui n'est souvent qu'un symptôme avant-coureur de la fièvre, soit pour se prémunir contre les influences malariennes auxquelles on peut se trouver occasionnellement exposé : voyages en lagunes, explorations, marches forcées sous la pluie....

La fièvre bilieuse hématurique est une des aflections les plus graves qui se rencontrent au Dahomey. C'est aussi l'entité morbide la plus fréquemment observée. On dispose pour la combattre, d'un ensemble de moyens efficaces et parmi lesquels la sérothérapie artificielle ou, pour mieux préciser, la solution physiologique de sel marin (7 pour 1,000), en lavements

ou en injections hypodermiques massives, tient la première place. Culte médication nouvelle, érigée en méthode ordinaire de traitement, adonné au Dahomey des résultats particulièrement encourageants et tels que cette affection, naguère redoutée des Européens, est en voie de perdre une bonne partie de sa fâcheuse renommée.

Un plante du pays que les indigènes connaissent sous le nom d'Ahoiiandémé (Djedji), liere (Nago), le Cassia Occidentalis, de la famille des légumineuses, parait douée de propriétés spécifiques assez remarquables contre l'iigent pathogène de la « fièvre à urines noires ». En effet, la décoction de Teuilles de cette plante, prise à haute dose, dès le début de l'affection, amène fréquemment l'arrêt rapide, presque immédiat de l'évolution morbide, arrêt qui se traduit objectivement par l'éclaircissement des urines et leur émission en plus copieuse quantité.

Sur plus de cinquante cas de fièvre bilieuse hémalurique traités dans ces trois dernières années, dans la colonie, aucun n'a été suivi de décès. Les quelques cas de mort survenus dans les localités dépourvues de médecin ne feraient que confirmer l'efficacité de cette médication devenue en quelque sorte classique dans les établissements hospitaliers du Dahomey ; en 1899, les 25 cas observés, dont 9 particulièrement grave», se sont terminés par la guérisou,

La statistique générale de mortalité, par causes endémiques, dans la colonie duBéuin,devientde plus en plus favorable, au fur et à mesure que se multiplient les efforts de l'Administration en vue d'améliorer les conditions d'hygiène générale et de salubrité de la Colonie. La construction d'une ligne de chemin de fer réalisera encore, à cet égard, un progrès appréciable, en atténuant les fatigues du voyage pour les fonctionnai-

ras que leur service appelle dans les postes du Nord.

U sera nécessaire de prévoir rétablissement d'un sanatorium sur un des points les plus salubres, les plus élevés, les mieux cultivés du la Colonie où l'eau de consommation soit saine et abondante, les ressources louales suffisantes pour alimenler un certain nombre d'Européens. Le poste de Za<^nanado situé à environ 120 kilomètres de Porlo-Novo, à 45 kilomètres d'Abomey, non loin du fleuve Ouémé semble particulièrement indiqué, car il réunit la plupart des conditions précitées et sera, en outre, fort peu distant de la voie ferrée projetée. Actuellement les convalescents sont habituellement dirigés sur Cotonou. Ils y trouvent, avec le repos, l'air viviflaut des bords de la mer et font ainsi provision de forces pour affronter à nouveau les régions moins salubres d'au-delà des lagunes. Mais cette localité est loin de répondre au but d'une station sanitaire type, notamment dans la période de décembre à février, correspondant aux brises d'harmattan, pendant laquelle les émanations de la lagune, balayées par le vent de N. E., traversent, avant de gagner la mer, la bande de sable qu'occupe la ville de Cotonou, occasionnant une recrudescence de paludisme et, à peu près toujours, d'accès bilieux hématuriques.

La dysenterie est assez rare et cède facilement au traitement ordinaire. Le foie n'est que très rarement le siège de lésions graves.

Une affection assez commune à la Côle est Pabstruction iiilestinale spasmodique, caractérisée par une stase l'écale, dont la durée moyenne est de trois jours et gui paraît due à une contracture nerveuse de l'intestin. Cette maladie, qui a de grandes analogies avec la colique sèche des pays chauds, est extrêmement douloureuse, d'allure inquiétante, mais sans gravité

immédiate, et n'atteint, en généra!, que les sujets déjà anémiés par le climat. Comme clic récidive le plus souvent, et que chaque crise accentue l'état de faiblesse du malade, le rapatrîemeat s'impose dans le plus bref délai.

Le tétanos existe à l'état endémique dans la colonie ; plusieurs Européens ont succombé à celte affection au cours de l'expédilion de guerre, et les indigènes lui paient un assez lourd tribut. En 1897, cinq décès de ce genre ont eu lieu à l'hôpital de Porto-Novo. Depuis que nous employons syslémalique ment les injections Bous-cutanées de sérum antitétanique, à titre préventif, dans les lésions traumaliques graves, notamment quand il s'agit de plaies anfractueuses, souillées par la terre et autres corps étrangers de nature suspecte, aucune complication semblable ne s'est produite dans nos posles médicaux de la Colonie.

La lèpre, sans être très répandue au Dahomey, atteint pourtant un assez grand nombre de noirs. On n'en cite pas de cas chez les Européens. La création prochaine d'une léproserie aux environs de Porlo-Novo permettra de surveiller les malades de cette catégorie et de prévenir la dissémination de cette endémie redoutable.

Quant aux morsures de serpents, elles sont fort rares, bien que le pays regorge de reptiles, parmi lesquels certaines espèces dangereuses, telles que le trigonocéphale, le serpent-minute et le serpent-cracheur. Aucun décès, à notre connaissance, ne relève de cette cause.

Les affections épidémiques sont rares à la Côte des Esclaves. On n'y connaît ni le choléra, ni la peste, ni la fièvre jaune. Quelques cas d'inlluenza y ont été observés. Par contre, la variole sévit gravement sur les indigènes, mais les Européens, qui tous ont été vacci-

DiSs, au moins une foîs,en sont généralement indemnes, On signale, de temps à autre, une épidémie de rougeole chez les enfants.

Parmi les affections parasitaires, les plus fréquentes, nous citerons ie uer de Guinée^ lewer du Caijor [Dermaiobia), la puce chique, le craw-craw, La gale y est assez rare, l'indigène étant relativement soucieux de sa propreté corporelle. Les parasiles intestinaux (ténias, lombrics, strongles) sont d'observation coulante chez les noirs,

hi furonculose apparaît surtout aux chanyemenls de saison, par poussées subites, atteignant aussi bien les tempéraments lymphatiques, affaiblis par l'anémie, que ceux qui se distinguent par des dispositions contraires. Cette affeclion est ordinairement bénigne.

Quelle est l'époque de l'année la plus favorable à l'acclimatation des Européens au Dahomey? Sur ce point, les avis sont assez partagés, les uns préférant la saison sèche et très chaude (décembre à février) parce que leur tempérament s'en accommode mieux ; les autres pour un motif analogue, la saison des fortes pluies, où la température subit une baisse notable et se rapproche davantage de celle de nos climats, l'état hygrométrique se maintenant toutefois à un taux fort élevé et souvent voisin du point de saturation. Celte seconde opinion est la plus communément admise. Juillet, août et septembre sont généralement réputés les mois les meilleurs de l'année, et l'époque la plus propice à l'acclimatation de l'Européen nous parait être la fin du mois de juin, le nouvel arrivant ayant ainsi devant lui une longue série de beaux jours pour permettre à son organisme de se façonner au milieu nouveau où il est appelé à vivre.

C'est souvent du quatorzième au vingtième jour de son débarquement dans la Colonie que l'Euro-

péen éprouve les premières manifestations du paludisme. Cependant, l'usage hâtif de la quinine préventive peut retarder Ja daie d'éclosion du premier accès, et l'on rencontre même des tempéraments absolument réfractaires à la malaria.

Chez un certain nombre de sujets, si la quinine n'inlervient à propos, la Gèvre se reproduit à des intervalles assez réguliers — habituellement quinze jours ou trois semaines — et l'accès lui-même a une durée de trois jours, ou, pour parler plus exactement, se compose d'une série de trois accès quotidiens, séparés par des courts moments d'apjrexie. C'est là un type assez communément observé; mais, fort heureusement, les choses ne vont pas toujours de même. Et par une hygiène bien entendue, eu évitant surtout les écarts de régime et toutes autres causes capables d'atîaiblir sa résistance au climat, l'Européen pourra passer de longs mois sans indisposition notable et mener à bonne fin son séjour colonial, s'il ne s'obstine pas à le prolonger audelà de dix-huit mois à deux ans, terme maximum, dans les conditions de vie ordinaires.

On trouve au Dahomey des races différentes : sur le littoral des Oualchis ou Eoaés sont des gens industrieux et paisibles, adonnés à la pèche, au commerce, à l'agriculture, à la culture du palmier. Les industries indigènes sont assez primitives : elles consistent en vannerie, sparterîe, poteries. Les Mahîs et Baribas dont le coraclôre offre à peu près les mêmes traits et qui se livrent à des occupations analogues, (sauf la pêche), habitent le Haut Dahomey. Les voyageurs s'accordent à reconnaître à ces peuples des penchants en général bons : ils sont gais, laborieux, relativement honnêtes ; en somme d'un commerce assez sûr.

M. Borellî disait d'eux dans une conférence : « J'ai parcouru le pays dans tous les sens, de nuit el de

— séjour, m'arrêtant le soir dans le premier village où les chefs s'empressaient de m'olTrir la meilleure case. J'étais toujours sans armes, et seul, (sans com- ] pagnon européen). Je n'ai jamais élé volé. J'ai trouvé | partout et toujours des gens très empressés à me servir ] et à m'aider. Plus encore que chez les autres nègres, i le fond du caractère dahoméen est la gaieté ».

Cette appréciation s'applique même aux Dahoméens proprement dits ou Foin, qui étaient plus immédiatement sous la domination de Behanzin et de ses prédécesseurs. Le régime de fer sous lequel les tenaient leurs sinistres monarques, les a rendus à la longue plus belliqueux que les gens des autres parties du pays mais sans leur faire perdre complètement les qualités i natives qui distinguent les noirs de cette contrée. 1

Au physique, Ouatchis, Foin et Mahis se ressemblent à très peu près : de taille moyenne, ils sont bien pris, agiles et souples, peu robustes d'apparence, mais résislanls à la fatigue et au climat.

Les Peuhis sont originairement étrangers au Haut Dahomey dans lequel ils se sont fixés en grand nombre. Ils sont en général pasteurs. Une autre catégorie d'étrangers se rencontre un peu partout dans le Haut Dahomey, ce sont les marchands haoussas, réunis en confédérations.

Depuis la conquête, et grâce aux voies de communications qui ont été ouvertes, grâce surtout à la paix qui règne dans le pays, les mœurs de ces peuples tendent à s'unifier. Cependant, dans chaque région, comme partout ailleurs, les occupations et les idées des populations dépendent beaucoup de la nature et des ressources du pays. Les principaux centres de population du Bas etMoyen Dahomey, centres (dont du reste on parlera ailleurs) sont Porto-Novo, capitale de la colo-

nie : centre agricole etcommerçant; Kotonou, ville de

Iranait; Grand-Popo liabittî par des pécheurs ; Wydah ou Ouida, qui centralise le commerce avec rinlérieur.

On trouve en assez grand nombre, dans le Bas Dahomey, des noirs étrangers au pays, mais qui méritent une mention spéciale.

Les Kioumen, {indigènes de la côte de Krou) forment une partie de la population normale dca villages de la côte,

C'est à ce titre que nous devons leur donner une place ici. lis viennent s'engager comme piroguiers sur le littoral de notre colonie, ou comme manœuvres, mais leur profession d'élection est le piroguage, et ils y rendent de vérilables services.

Feu M. le commandant Mattéi, dans son excellent ouvrage intitulé : Bas Nifjer, Bénoiié, Dahomey (1), donne d'intérettsants détails sur ces indigènes de lacâte de Krou. Ces noirs habilaienl autrefois l'intérieur de leur pays puis, quelque guerre les ayant chassés vers le littoral, ils devinrent pêcheurs et marins; ce sont aujourd'hui les piroguiers réputés les plus habiles de cette partie de l'Afrique.

Le Krouraen est grand el vigoureux, il offre les traits communs à tous les Nigritiens avec cette différence que sa peau n'est pas d'unnoir très foncé. Leurs yeux MOnt plutôt jaunes que blancs. Ils se tatouent le milieu du front jusqu'à la naissance du nez. lis se liment les dents de devant supérieures, à leur jonction, de manière àformer un vide en forme de V.

Ils soignent beaucoup leur personne : après leur travail, ils se lavent tout le corps et renlrés chez eux se frottent d'huile.

Ils sont vêtus d'un simple pagne qu'ils disposent avec

I. Bas-Niger, Bénoué, Dahomey, par le commandant Mattéi 1 vol. in-8. Librairie Africaine cl Coloniale.

une cerlaiiie coquetterie ; mais ils s'aU'ublenl de tout ce qu'on leur donne, et de tout ce qu'ils trouvent, en fait d'habillements, chapeaux, paletots, pantalons, eic,

Le Kroumeo est pIutiM courayeux que brave et puise surtout son courage dans le contact de ses gris-gris, dont il ne se sépare jamais.

Les Kroumen s'engagent principalement au service des Tactoreries, par compagnies de dix à trente hommes au plus. Lorsqu'ils s'engagent, ils prennent des noms de guerre, tels que : Grain-de-sel, Café, Biscuit, Graind'Orge, etc.

Ils sont ldol4treset chaque village a son grand-pr£tre, qui est félicité et récompensé quand quelque chose d'heureux arrive à la tribu, mais qui par contre est conspué, battu, voire destitué, si un fâcheux événement a été préjudiciable au village ou au pays.

Ils aiment beaucoup leur famille ; ce sont d'infatigables [ravailleurs, et ils n'ont pas leurs pareils comme piroguiers et comme nageurs. Malheureusement le Kroumen est fort voleur, et tellement habile qu'il est bien difficile de l'empêcher de se livrer à son penchant.

Nous allons examiner avec plus de détails les principales races du Haut Dahomey, en décrivant le pays qu'elles habitent (1).

Le Cercle de Borgoa (chef-lieu Parakou) est la circonscription qui fait suite au Dahomey proprement dit. Ce cercle comprend les pays actuellement désignés sous les noms de Niki et des Gomborîs ou de Parakou.

1 . D'après MNf, le Gouveroeur Ballot, le D- Bariel, médecinmajor de l'expédition du Borgou en 1397 et lea divers explorateurs de cette contrée.

Les deux cenlres principaux de commerce et de population sont Parakou, où est lè sÎÈge de la nïsideoce et de i'adminîslratioii (15.000 habitauts) et Niki, qui est, plutôt qu'une ville, une aggloméralion de villages (5.000 habitants).

Le pays est assez fertile: de bons pâturages y facilitent l'élevage du bétail. Le commerce est entretenu parles marchands liaoussas qui traversent continuellement le Borgou soit en allant à la côte, soit en en revenant. Les habitantsduBorgou, d'une manièregt^nérale, sont appelés les Baribas. Ils sont bien pris et robustes, sans laideur. Le vêlement le plus porté consiste en une tunique sans manches, verte ou rayée de jaune et de bleu, ouverte sur la poitrine et en une culotte boufTante; parfois àcela onajoute unpagoepour se préserver de la fraîcheur. Pour coiffure, une sorte de haute calotte blanche, verte ou jaune. Les cheveux sont rasés par places, formant des dessins géométriques. On porte les bracelets de fer et de laiton. Les chefs portent de longues robes, des sandales, et un bonnet orné d'applications de métal ou de drap. Le tatouage est à la mode: il consiste en cicatrices qui parlent da nez et expirent sur les joues. Ce tatouage est une sorte démarque de race.

Quoique très pillard, le bariba ne laisse pas d'être hospitalier etassez dévouépour ceux qui ont su gagner sa confiance.

Leur armement comprend pour les cavaliers, un sabre, une lance, un coutelas, un bouclier de peau de bœuf; pour les fantassins, l'arc ou le fusil de traite. Ils font usage de flèches empoisonnées au moyen d'un suc végétal.

Les femmes baribas se reconnaissent entre les femmes d'autres pays, par le haut turban qu'elles portent sur la tôle. Elles vont vêtues d'un grand pagne de

colonnade bleue qui couvre la poitrine ; pour parure, des anneaux de bras et de pieds.

Les baribas vivent dans des cases rondes, en terre battue ; les villages sont vastes, bien tenus, bien défendus. On trouve aussi dans ce cercle nombre de peuhis pasteurs, fixés dans le pays. Les musulmans sont nombreux parmi les baribas: tous les peuhis et les haoussas suivent la loi de l'islam : les autres sont Téticbistes.

Le Cercle de Djougou-Kouandé, au nord du précédent, a pour babilants des kodokolis, des baribas, des kafirs, des gourmabés, etc. ainsi que des haoussas (marchands), de même que le royaume de Konkabini qui a 4.500 kilomètres carrés de superficie. Il est bien arrosé, rîcbe, fertile. Il s'y fait un commerce important de produits agricoles: mil, ignames, maïs, arachides, etc.

La région que ce cercle embrasse est engénéral plus accidentée que le Borgou, la chatnc de l'Atfacora la traverse du nord au sud : la plus haute altitude ne dépasse pas 800 mètres, et de ces montagnes, des cours d'eau descendent dans toutes les directions. Les villages kodokolis et kaliris sont généralement cachés dans les belles Toréts dont le pays est couvert: ils sont nombreux et bien bâtis. On marche longtemps sans les voir : c'est par hasard pour ainsi dire qu'on les découvre, si l'on n'est accompagné d'un guide.

« Tout d'un coup, dit le D' Bartel, un village se dresse devant vous, fait de cases rondes à murs épais enterre, de hauteur d'homme et recouvertes d'un toit de paille. Elles sont reliées entre elles par des murs demicirculaires. Seules, deux ou trois ouvertures, qui indiquent l'existence de rues étroites et tortueuses, permettent de s'engager dans le village. Les hommes sont quelque peu vêtus. Il en est de même de la femme

mariée. Quant ik la jeune fille, jusqu'au jour où elle est demandée en mariage, elle est entièrement nue et porte seulement des colliers autour du cou et des reins et des bracelets aux bras. Les étoiles sont le meilleur objet d'échange dans la région. Hommes et lemmes, ont la tôle rasée, à l'exception de trois ou quatre toufles de cheveux découpées en îlot ; ils laissent un long toupet sur le sommet de la tête, mais la plus grande diversité existe dans les coiffures que chacun arrange à sa fantaisie. » Leurs armes, qu'ils quittent rarement, sous l'arc aux flèches empoisonnées et un couteau dont fe manche en forme de garde de sabre oblige à le tenir la lamehorizontale.

Les Haoussa, que l'on acités tout à l'heure, forment dans le pays de Kodo-Koli un groupement autonome, dans lequel sont entrés des gens d'autres races, marchands aussi, mais étrangers au pays. Leur village appelé en raison de leur origine* Ouangara^ou ville des étrangers est une place commerciale importante. Elle est bien défendue par un lata. Ces«élrangers sont un chef propre, qu'ils élisent eux-mêmes, et vivent en bon accord avec le voisinage dont ils dépendent et auquel par leur commerce ils sont indispensables. Cependant leur colonie, au milieu de la race autochtone est bien nettement délimitée.

Le gouverneur Uallol décrit ainsi les Ivafiris : « Les demeures de ces gens sont en pisé, reliées entre elles par des murs de 3 m. 50 à 4 mètres de hauteur, d'une grande épaisseur et sans ouverture pour y pénétrer. On entre et on sort au moyen d'une pièce dé bois entaillée sur lequel les gens grimpent à la façon des singes. Quand l'échelle est retirée, il n'y a plus de moyens de pénétration. Pas de toits en paille, mais une terrasse à l'épreuve de la pluie.

«; Hommes et femmes sont nus et prennent tous les

armes en cas de guerre. Rien n'est plus curieux que l'équipement de ces guerriers. Des plumes forl hautes sur la tête, des colliers de piquants de porc épie ou de plumes auA bras, aux coudes, aux genoux ; des anneaux dans le nez et dans la lèvre inférieure ; tels sont leurs ornements guerriers. Si on leur offre des étoffes, ils éclatent de rire, disant qu'ils n'en ont que faire. Un peu de sel est la seule chose qu'ils désirent. Ils délestent les étrangers, et c'est avec raison que les musulmans les appellent « Kafiris ou Kéfiris », c'est-à-dire sauvages, infidèles.»

Après les Kafiris on reirouve les Baribas. Ils s'étendent au Nord et peuplent le royaume de Kouandé, dont la capitale, (Kouandé), est située aupied du massif de l'Atlakora, à environ 100 kilomètres de Djougou. C'est un centre important moins par le commerce qui s'y fait que par l'étendue de ses cultures, qui permettent aux caravanes allant de l'Est à l'Ouest de se ravitailler.

Quant au royaume de Konkobini, il a été longtemps le carrefour où se rencontraient les caravanes venant de Say, du Sokoto, de Sansamé-Mango, etc. Les habitants de ce pays diffèrent peu des gens que l'on vient de décrire. Ils élèvent des moutons, des chèvres, des bœufs, de la volaille. La noix de kola est le principal objet de commerce, en échange de quoi les étrangers apportent l'ivoire, les plumes, le caoutchouc, de la gomme, etc., etc. Le commerce de cette région s'était beaucoup ralenti à la suite d'incursions de pillards baribas, qui arrêtaient les caravanes. Maisl'occupation française a ramené la sécurité et les affaires ont vigoureusement repris.

Le Cercle du Goarma (chef-lieu Fada N' Gourma) occupe le nord-ouest du précédent. Sa partie méridionale est encore accidentée et bien arrosée jmaîslapar-

tie méridionale en est plate, sablonneuse, dénuée d'eau. Sol ferrugineux, ingrat: végétaux maigres et rares. Cependant, on remarque beaucoup de troupeaux dans cette partie, car le sol étant périodiquement recouvert par des inondations, il y vient ensuite de l'herbe en abondance.

Les Gourmabés sont plus paciOques que leurs voisins les Baribas. Ils se vêtent de la môme façon, mais avec moins de recherche. L'aspect d'un groupe de ces gens est généralement assez gai, grâce à la disposition dans leurs vêtements de cotonnade, des couleurs blanche et bleue ; leur tunique par exemple est faite de bandes de ces couleurs. Il est à observer que les filles vont nues sauf un langouti qui pend de leur ceinture de cauries à terre, sur le devant du corps. Elles aiment beaucoup à passer dans le lobe de leurs oreilles des cylindres de bois ornés aux deux bouts de cauris. Elles ont aussi une préddection pour les gris-gris : elles en ont de toutes sortes, de toutes formes, qu'elles suspendent à leur cou au moyen d'un lacet de cuir. Quant aux bracelets que l'on trouve ici comme dansleresle du Dahomey, l'usage en est commun aux deux sexes; ils sont de métal, de bois ou de cuir d'éléphant : d'argent pour les chefs, qui se reconnaissent en outre à leurs vêtements plus riches et au bâton de l'extrémité supérieure duquel pend une queue de bœuf, qu'ils font porter, tenu verticalement devant eux.

La propreté est chez les Gourmabés une qualité plutôt rare ; des maladies d'yeux les déparent fréquemment.

Les villages, généralement ouverts, se composent de groupes de cases rondes, aux murs de terre ou simplement de paille, et recouverts de paille dans les deux cas. Les groupes de cases, abritant généralement des gens de la même famille sont entourés d'une

liîgèrc barrière en paille; pour toute ouverlure la case gourraabiS a une purle cintrée et fort basse. La malpropreté règne dans toutes, même dans celles des chefs, qui se reconnaissent aux œufs d'autruche dont elles sont surmontées.

Ce pays est loin d'être pauvre ; le maïs et le mil sont abondants ; le nz, l'igname, les haricots, les arachides viennent aussi facilement. Ce sont là du reste les produits agricoles de presque tout leHaut Dahomey. Les produits du pays sont échangés contre la kola, apportée du Sud, du sel, des colonnades, de la quincaillerie, différents objets ménagers de fabrication européenne, etc., sans oublier les verroteries et autres objets recherchés par la coquetterie féminine au Gourma comme dans toute l'Afrique noire.

De nombreuses routes commerciales rayonnent, de Fade N'Gourma dans différentes directions, tant vers le Nord que vers le Sud. Le commerce est fait principalement par les musulmans, nomades ou sédentaires : ces derniers sont très nombreux au Gourma, mais la masse est fétichiste.

Le travail du fer, la poterie, la teinturerie des étoffes, la sellerie, sont les industries les plus actives après l'agriculture. Il faut mentionner aussi la chasse aux éléphants et aux fauves, nombreux dans la contrée.

Le Gourma a été longtemps une riche mine d'esclaves, que les races plus guerrières d'alentour mettaient souvent à contribution.

En somme, ce pays est relativement avancé. Il a une histoire : il est resté environ deux siècles sous l'autorité de la môme dynastie et a conservé une unité de race remarquable. On peut même (chose rare chez les fétichistes) reconstituer ses annales jusqu'à une époque assez reculée.

« Le souverain actuel, Bantchandé, 23'^ roi du Gour-

ma, fail remonter sa dynastie à un nommé Lompo qui serait tombé du ciel sur un rocher que l'on montre encore prés de Madjori.

Tous les rois du Gourma ont soutenu victorieusement de nombreuses guerres contre leurs voisins : Kafiri de Pâma et de Sausanné Mango, Baribas du Borgou et Peuhls du iVord.

S'il faut et) croire la légende, les rois du Gambakha, du Mussi, du Boussangsé, leur payaient autrefois tribu! et les autres grands chels du Dendi, du Zabermah et du Borgou recherchaient leur amitié.

Lors de notre arrivée en 1895, la puissance des rois du Gourma avait hiea diminué. Non seulement tous leurs anciens tributaires avaient repris leur indépendance, mais encore Bantchandé luttait péniblement contre le chef de Malîacouali qui s'était révolté et qu'il ne put réduire qu'avec l'aide de la mission Baud.

Les rois du Gourma ont toujours été renommés pour leur luxe et leur orgueil. lU vivcit entourés d'une cour nombreuse, composée de dignitaires revêtus de litres pompeux, comme le « Tangari », introducteur des chefs, etc., de griots, de cavaliers et de mendiants.

Le roi ne se découvre jamais. Il porte dans les cheveux un fétiche qui vient du fondateur de la dynasrie et qu'une femme, la « Matanou », est spécialement chargée de couper à la mort du roi. Celle importante fonction lui donne en outre une certaine autorité dans les conseils » (1).

Le dernier cercle du Haut Dahomey est celui du Niger : plus exactement, c'est le cercle du Moyen- Nùfer et de la riue gauche du Niger : (capitale Kandi).

Les rapports des chefs de missions (2) contiennent

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