Rapports au Miaistre des Colonies
sur celte vaste région les renseignements les plus complets, Elle embrasse les territoires de Bouay et de Kandi, de Zabermah ou Dendi sur le Niger, et le pays indépendant de Baniquara.
Elle est limitée au nord par le Soudan français, à l'est par la frontière franco-anglaise.
Toute la partie sud de ce cercle est peuplée de Baribas.
M. le gouverneur Ballot décrivait comme suit celle contrée dans 1« rapportdu voyage qu'il fit au Niger en ISâô : « Le pays est inculte, les habitants en sont inhospitaliers, menteurs et fourbes.
« Les routes sont impraticables pour l'étranger, les caravanes qui descendent le Niger ou qui arrivent par terre évitent les pays baribas où elles sont rançonnées sans merci.
« Quand une caravane arrive, elle est reçue avec beaucoup d'empressement, surtout lorsque ses marchandises sont riches. Le chef lui fait bonne figure, comble ses membres de prévenances pendant tout son séjour chez lui, mais en leur soutirant le plus possible de cadeaux pour lui et pour sa famille toujours très nombreuse. Mais, quand les voyageurs demandent à partir, le chef jette tout à coup le masque, devient insolent, violent, déclare brutalement que les cadeaux sont insuffisants, peu en rapport avec le grand nombre des charges et la richesse des marchandises, bref, qu'il lui faut tels et tels objets pour autoriser le départ et donner un guide. Ce dernier est d'autant plus indispensable qu'il ne sert pas seulement à indiquer la route, mais qu'il est en même temps un protecteur, une sorte de sauf-conduit sans lequel les villages suivants ne laisseraient pas passer les voyageurs ou feraient des difficultés pour les recevoir. Les caravanes doivent, pour continuer leur route, satisfaire aux exigences de ces
bandits, en s'estimant encore l'jrt lieureuses de n'âtrc pas complètement dévalisées dès la première étape.
« Généralement, le chef se contente de la cinquième partie des marchandises, mais cette opération se répétant dans chaque village, on voit où eu est réduite la malheureuse caravane après quelques étapes... »
Depuis notre occupation les routes sont devenues sûres, et les habitants, privés des ressources qu'ils tiraient du pillage, se sont remis à l'agriculture. L'occupalion des territoires du Maouri silués sur la rive gauche du Niger, presque inconnus jusqu'à ce jour assurera la sécurité aux caravanes, de leur sortie du Sokoto à Djougou et contribuera à faire du Dahomey la roule commerciale des régions avoisinaiit le Tchad.
Rive gauohe du Niger. — Le pays reconnu à la France, par la convention du 14 juin 1898, entre leNiger et son affluent le DalloI Maouri, affecte la forme d'un ■ grand V et vers le Nord s'étend jusi[u'au Sahara. C'est un pays de transition entre le désert et les régions boisées du Sud. Le sol de cette région est sablonneux et couvert d'une brousse épaisse partout où les indigènes n'ont pas mis le feu pour les besoins de leurs cultures. On trouve dans toute la région de l'eau en abondance à des profondeurs variables, presque au ras de terre dans les DalloI, larges vallées qui recueillent les eaux de pluie et les conduisent au Niger, à une profondeur plus grande dans tout le reste du pays.
Les eaux qui tombent dans la saison des pluies, sont suifîsantes pour faire pousser les quelques plantes alimentaires et pendant la saison sèche les DalloI se couvrent de pâturages où les pasteurs Peuhls trouvent de quoi nourrir leurs troupeaux.
Le Niger dans celte région est large de 3 à .500 mètres ; assez rapide et peu profond. Sun lit est souvent embarrassé de rochers et de grandes îles marécageu-
ses. Des terrains d'inondation, quelquefois plus Ur^jes que le fleuve lui-même, rendent son abord malaisé. Ils sont couverts par les eaux au moment de la saison des pluies, en septembre et en octobre, mais la crue se prolonge au-delà de cetïe «époque par les apports de son cours supérieur qui atteignent leur maximum en décembre.
Les principaux affluents de gauclie sont : le Dallol Dosso et Je Dalloi MaourJ. Ce sont de larges rigoles plaies qui ne coulent que pendant trois ou quatre mois de l'année, maïs dont le sol, constamment Itumide, est très fertile.
Le Dallol Maouri est moins long et moins important, bien que tous deux semblent s'étendre fort loin dans le Saliara.
Un longue chaîne de collines suit la vallée du Dallol Dosso par Sar^adjié Koigolo et s'afTaisse près de Garbou après avoir détaché vers l'est une chaîne de hauteurs qui couvrent le pays de Dosso. Au sud de la Say, Tamkalla Tîlly, le pays est plat. Au nord on voit ses collines qui semblent être les derniers contreforts des montagnes du Sahara el diminuent de hauteur à mesure qu'elles s'e:i éloignent.
On trouve dans celte région plusieurs races fort différentes qui sont : les Peuhis ; les Zabermas ; les Touaregs.
Les Peuhis (Pouls, Foulbés et Foulanîs) sont maigres, nerveux, à peau bistrée, très intelligents, intrigants, mal avec tous leurs voisins, oppresseurs dès qu'ils cessent d'être opprimés, très attachés à leurs chefs et aux gens de leur race, ennemis jurés des blancs, dès qu'ils n'en ont plus besoin, au demeurant grand:! travailleurs ; ils se livrent surtout à l'élevage du bétail. Les femmes peuhis sont relativcmenl très belles.
Les Zabermas, au contraire, sont très noirs de peau
el diiTèrent aussi de leurs voisins au physique. Pauvres en bétail, mais possédant de nombreux clievaux, paresseux, ne cultivant que le mil qui leur est nécessaire, peu solidaires les uns des autres maif^ré leur groupement, de caractère brutal, peu experts en intrigues ne cédant qu'à la force, cavaliers infatigables, pillards invétérés, peu courageux et cruels. Les village, et les cbemins sont fort mal entretenus ; les femmes, [es enfants et les esclaves travaillent seuls pendant que les bommes se reposent ou font la guerre. Ils ont fmi par détourner de leurs pays les caravanes, aussi n'y n'y trouve-t-on aucun objet d'échange. L'industrie y est nulle. Vêtus de haillons sordides à notre arrivée, ils commencent k être moins déguenillés etmoins sales. Ils sont assez bien avec leur équipement de guerre emprunté en grande partie aux Touaregs : la ûgure voilée du litham, vêtus d'un pagne flottant et de grandes jambières de cuir, l'anneau de pierre au bras, un poignard passé le long de l'avant-bras, le large sabre k poignée en croix suspendu à un baudrier, un bouclier en cuir de bœuf suspendu à la selle, leur harnachement est généralement très pittoresque.
Les Touaregs qui habitent le pays de Tagazza (en peuhl Tapiari) et d'Immanan sont de race berbère, cuivrés de peau. Ce sont nos ennemis les plus acharnés, mais la petite fraction qui habite Tagazza et Immanan estdégénérée, isolée et ne pourrait nous résister longtemps.
Tous ces indigènes sont musulmans, mais fort lièdes ; Les marabouts, souvent totalement illettrés, sont peu influents, et la religion chrétienne trouverait ici des gens faciles à convertiretaurait une heureuse influence sur des polygames abrutis et fainéants.
Les villages sont fort nombreux; le seul chefdeTessa commande à 30 villages ne formant qu'une très faible
partie du Zabermah. Tous ces villages sont en paillotes (c'est nous qui avons coontruil les premières cases en maçonnerie) ; ils sont, par suite, aussitôt reconstruits que brûlés. Beaucoup sont entourés d'un tata ou d'une palissade. Ils sont groupés autour de puits qui Fournissent do l'eau presque toute l'année. Quelques-uns sont très profonds etieur forage constitue un véritable tour de force. Les traditions racontent qu'ils ont été creusés autrefois par des blancs venus du Nord qui sont allés ensuite au Borgou. On montrait encore récemment à Garbou des chaînes de ferdont ils se servaient ; mais on ne sait qui étaient, ni d'où venaient ces » hommes blancs »,
On peut dire que le pays Zabermah n'était pas exploré avant 1898, date rie notre occupalion. Le D^ Barlb l'avait bien traversé à deux reprises en 1853-1854. à l'aller et au retour, de Say à Kallioul (Kaoura), mais il ne s'y élail pas arrêté et n'en avait vu, à part Tamkalla, que la partie la moins impartante, actuellement déserte. Il existe encore de vieux Foulants qui se rappellent le voyageur déguisé en marabout, dissimulant ses traits sous une ample coiffure et une barbe noire. il se rendait, disait-il, aux lieux saints et recevait sur son passage le lait et les offrandes que les peuhls ofiraient à ce saint homme. Il avait bien été surpris à rédiger des noies de voyage, le soir, mais c'était, disait-il, de simples versets du Koran...
Pendant de longues années, cet itinéraire fut le seul renseignement sérieux qu'on eut sur ce pays. Dosso était à peine marqué, et encore beaucoup trop au Nord ; le cours du Niger, de Say à Gomba, était lui-même inconnu.
Le voyage dulieutenant de vaisseau Hourst, en 1896, éclairait celte dernière énigme. Si les caries portent
actuellement quelques noms de villatjes qui n'exialeiit plus sur les bords du lleuve, c'est que ces villages ont disparu par suite des brigandages d'Aij-Boury, qui n'eurent lieu qu'après le passage de Hourst.
En 1890, Monteil avait traversé le jiaya de l'Ouest à l'EstparSay, Dosso-Falakari, il laissa un excellent souvenir dans la mémoire des iiabitants.
I.e commandant Deslenave occup;i Say d^s les premiers mois de 1S97 et il j installa comme Résident le capitaine Betbeder. Notre occupation s'arrôla là pendant prés de deux ans. L'action de la résidence de Say (dépendance du Soudan) se borna sur la rive gauche du Niger à recevoir la soumission de deux villages riverains, Kollo et Dounga. La colonie du Dahomey faisait néanmoins tous ses efforts pour atteindre le Heuve en aval de Saj et y réussissait. Au Nord le capitaine Baud arrivait à Karimama et était nommé Résident du Moyen Niger; au Sud la mission Bretonnet occupait Boussa. L'occupation d'ilo et de Boussa nous assurait le cours du fleuve de Karimama à Boussa (1897).
De plus, en vue de négociations qui allaient s'ouvrir, la mission Cazemajou fut envoyée sur la rive gauche pour recueillir sur place des documents et des renseignements. Elle partit de Karimama en décembre 1897, traversa le Niger et remonta le Dalloll'ogha e( le Dallol Maouri pour aller à Argoungou par la route la plus directe.
Elle fut cordialement reçue dans celte ville par le Zerchi qui signa avec elle un traité qui mettait son pays sous le protectorat de la France.
Si cet événement se fût produit six mois plus tôt il nous eôl peut-éire assuré la possession du Kabbi ; malheureusement les ni'gociaiions qui devaient aboutir h la convention de délimitation du 14 juin 1898 étaient
Irop avancées. Toutefois on en lint compte en adoptant comme frontière sur la rive gauche du Niger, le llialwfij du Daliol Maouri qui cnupe en deux le Maouri et l'Arewa en laissant une moitié à l'Angleterre et l'autre à la France. I.a mi*me convention nous faisait perdre les 'd/3 de nos belles conquêtes sur la rive droite. Le cercle du Moyen Niger, considérablement diminué, eut son ctiet'-lieu transporté à Karimama.
Néanmoins le Dahomey continuait sa marche en ' avant et cherchait à s'établir solidement sur la rive gauche aussi bien pour se rapprocher de la route du Tchad que pour assurer la sécuri'é du pays et y attirer les caravanes allant de l'est à l'ouesl.
A la fm de septembre, le capitaine Lorho, Résident 1 du Moyen Niger, établit un posle à Kirtachi et le 15 ■■ novembre envoya le lieutenant LausBu occuper Dosso dont le chef nous avait demandé notre protection. La petite troupe du lieutenant Laussu eut è traverser un désert de cent kilomètres où elle souffrit beaucoup. Le 19 novembre elle arriva à Dosso, où elle fut bien accueillie par le chef, mais très mal par les habitants, La situation s'améliora cependant peu à peu grâce au caractère énergique et conciliant du lieutenant Laussu. En février suivant, le lieutenant Laussu fut remplacé par le lieutenant Cornu qui, dès son arrivée, tînt un grand palabre auquel vinrent tous les chefs de la région et les envoyés du Serchi MKabbi et qui établit d'une fai;oo définitive notre autorité dans le pays.
Quand celte région aura été complètement pacifiée, que les villages peuhis, qui commencent à se construire, auront atteint leur complet développement, que les caravanes auront repris la route du Daliol, le pays sera plus prospère qu'il ne l'a jamais été. II peut produire en abondance le petit mil (yéro) base de la nourriture des indigènes, que l'on peut cultiver
partout ; le fenioc (sorte de tapioca) ; les haricots, les pois, le maïs, les arachides. On trouve aussi dans certaines régions, surtout dans le Dendi, des arbres à Karité et des caoutchoucs qu'il serait possible d'utiliser. A Sourougué, les in h'gènes savent travailler le cuir et le fer, dans le pays Zabermah, on trouve des tisserands, des forgerons et des potiers, enfin certains villages du DalloI Fogha contiennent du sel, qui constitue un produit d'échange important.
L'IKSTOIltE
(1" partie : Des origines jusqu'à ta fin de 1390).
L'iiisloire des découvertes et des premiers étnblî^siiinents des Européens à la côle Occidentale d'Afrique - — au moins dans la parliu qui nous intéresse, — est I assez confuse. Ce qui a trait à la Côte-d'Or s'y confond j souvent avec ce qui reaarde la Ci*ite des Esclaves.
Les Portugais disputent aux Français l'Iionoeur d'avoir les premiers découvert la Guinée. Ce qui est certain c'est que nos compatriotes y allèrent commercer de lionne heure.
Suivant Villault et Rubbe, les Frauçais counureot la * Guinée plus de cent ans avant que les Portugais n'y ^ aient commencé leurs découvertes. Ces deux auteurs s'accordent à très peu près : suivant V'illaull, les Franf;ais auraient fait leur première apparition dans la contrée en 1346; suivant Robbe, ce serait en 136d, Oa « remarquera que cela ne fait qu'une différence de 18 ans.
Quel que soit celui des deux auteurs qui mérite la préféreace, ce serait donc dès le règne de Charles V, dit le Saye (13l34-1389) que des Français auraii^nt pour ■ la première fois fréquenté les ci^Ius dont une partie devait nous appartenir cinq siècles plus tard.
Ce fut d'ailleurh la Cite de l'Or (Cftte-d'Or) qui eut d'abord leur visite. '
Nous nous abstiendrons de discuter ici lesarjjumeuts
que [es Portugais invoquent en Taveur de leurs prétentions.
Ce travail a été Tait avec un soin parfait el beaucoup de savoir par M. Bingisr (1), après qui il n'y a rien à dire sur la question. M. Binger conclut que la priorité des découvertes en Guinée appartient aux Français inalyré la thèse de M. de Sanlarcm, géographe portugais, qui réclame celte priorité flatteuse pour sa propre ualion.
Quoiqu'il en soit, voici comment Robbe et Villault (2) racontent la première arrivée des Français en Guinée.
Suivant Robbe, c'est en 13G4 que plusieurs marchands de Dieppe firent plusieurs voyagea de commerce au « Cap Verd » et pénétrèrent jusqu'à Sestro Paris, sur la CôLe du Poivre ou de MalaguetLe. En 1382 les marchands dieppois, de concert avec ceux de Rouen, envoyèrent (.rois vaisseaux pour faire de nouvelles découvertes le long de la même côte.
LJii de ces vaisseaux, nommé la Vierge, alla jusqu'à Commeiido et de là jusqu'au lieu où l'on a bâti depuis la ville de Mina (Elmiiia) (Côte d'Or) qui a tiré ce nom de la quantité d'or qu'on y a reçue des nègres, ou de l'opinion que l'on s'est formée des mines du pays. L'année suivante les marchand» établirent, dans ce lieu, une maison forte (un fort) ou un comptoir, à la gnrde duquel ils laissèrent 10 ou 12 de leurs gens. Cet établissement fut quelques années à se perfectionner. En 1384, la colonie étant considérablemcnl augmentée, on y bfllit une chapelle et le commerce y fut très llorissant jusqu'eri 1413. Mais les yuerr es civiles de France
1. Bulletin du Comité de V Afrique .française; Siipplément au Duraéro de mai 1900.
:;. Histoire générale des Voyages, etc. (d'après ces auteurs)
le firent tomber dans une laiiijueur qui obligea bientôt les Normands d'abandonner Mina, Seslro Paris, le Cap Monte, Sierra Leone, le Cap Vird,et loua leurs autres élablïssemeHls.
[Jne autre preuve que les Français fout beaucoup valoir {ajoute le compilateur de l'Histoire Universelle des Voyages (1)) pour s'attribuer la fondation du Châl eau de Mina c'est qu'après tant d'années et de révolutions, un des bnstions de cette place conserve le nom de bastion de France et qu'on y Ht encore fort distinctement CCS deux chiffres ; 13... qui semblent étreles restes de 1383,iJatede l'érectian du fort pariesNormands. Se/on Villault : Vers 1346 quelques aventuriers de Dieppe accoutumés aux voyages de mer parla situation de leur ville, ayant fait voile au long des côtes de l'Europe, passèrent jusqu'à celles de Nigritie et de Guince où iU établirent diverses colonies, particulièrement au Cap Verd, dans la baie de Rio Frcsco et sur la côle Je Malaguette, (Côte du Poivre). Ils donnèrent le nom de Baye de France (Baie de France) k la baie qui s'étend du Cap Vert au Cap Mosao, celui du Petit Dieppe au village de Rio-Corse ; entre Rio-Junco et Rio-Sestos ; et celui de Sestre Paris ou de Grand Scstre a un autre village qui n'est pas éloigné du Cap Pal mas.
De touç ces lieux ils transportèrent en France beaucoupde poivre de Guinée, mais surtout quantité de dents d'élépbants ; et les habitants de Dieppe en prirent le goût défaire de leur ivoire nn grand nombre d'ouvrages et de bijoux précieux, qui leur ont fait une réputation dont ils jouissent encore.
Villault assure encore qu'en 13^3 les- Français jetè-
i, i/al>bé i'ré.vot, nui l\t co vaste ouvrage Régenl (2i vol ia 1°) (il'api-ès Barbol).
3U1' l'opiire (lu
rcnt les fondements du Chiîleac de Mina sur la Côte d'Or el ic possédèrent jusqu'en 1484 maia que peudant les guerres civiles de France, qui durèrent depuis 1380 jusqu'en 1461, c'est-à-dire l'espace de 81 ans, les Français se trouvèrent dans une confusion qui les obligea d'abandonner le commerce de Guinée.
Tous leurs établissements passèrent ainsi aux Porlu- [{ais, aux Hollandais, aux Anglais, aux Danois et aux Cour landais.
Encore d'après Villault, ce serait seulement en 1452 que les Portugais s'avisèrent d'envoyer un vaisseau pour découvrir ia cflte de Guinée : ils ne conn&issaient auparavant que jusqu'au Cap Vert. Ce voyage ne fut pas heureux au début : les maladies empêchèrent le bâtiment portugais de rester près de la côte : il fut obhgé de regagner le large mais les courants le jetèrent vers l'île San-Thomé, qui fut ainsi découverte par hasard. Quoi qu'il en soit, le vaisseau était de retour à Lisbonne en 1454, Mais cette expédition fut suivie de plusieurs autres.
Enfin, vinrent les Hollandais, les Anglais, etc. Les comptoirs se fondaient, disparaissaient, allaient se fixer plus loin : les Portugais prétendaient s'attribuer le monopole du commerce et la haute main sur les relations des autres nations avec les chefs du pays. De là, des luttes perpétuelles, des intrigues, et môme descombatsàmainarmée. Les rois du voisinage devaient intervenir fréquemment pour mettre le holà. Les établissements ne se Fondaient eji effet qu'avec l'assentiment de ces monarques et moyennant des redevances el l'observation de certaines obligations. Les rois indigènes avaient intérêt à maintenir la paix entre les comptoirs des différentes nations établis dans leurs états plutôt que de favoriser l'établissement d'un monopole, attendu que la concurrence que se faisaient
— 5fi —
ces (iiiïérenls marchands assurait la |iros[>érîté commerciale du pays. Le commerce d'une manière générale, embrassait, à l'exportalioa, ceux des produits régionaux dont alors on conanissait l'usage, et surtout , Its esclaves : à l'importation des marchandises et den- .' rées analogues à celles que l'on importe encore aujourd'hui sur ces cibles.
Les établissements de chaque nation étendaient leur action de proche en proche parleurstraitanls : des succursales se Tondaieni, loin quelquefois, du centre initial. T'est ainsi que, vers 1787, les Européens étaient relativement nombreux sur les côles de Guinée, de Bénin et d'Anyola.
Les ("rançais ne s'établirent qu'assez lard sur la Côte même des Esclaves : suivant les auteurs du temps ce Tut le « besoin d'esclaves > qui les attira : bien que le peuple fût souleré contre les Européens à cause des exactions et des mauvais procédés de tout genre des Hollandais et des Portugais, le chevalier Des Marchais se hasarda à venir Jusqu'à l*opo,où il laissa deux agents chargés de faire le commerce pour son compte, avec des marchands de Wvdah, et qui semblt;nl. malgré les circonstances dans lesquelles ils arrivaient, avoir été assez bien reçus de la population (1725). On n'a pas de renseignements certains sur les débuts des établissements ou comptoirs français à la Cilte des Esclaves : tout porte à croire cependant que nos compatriotes y commerçaient dans les mêmes conditions que les gens des autres nations, et qu'ils trouvaient même plus de bienveillance que les Hollandais. Anglais et Portugais, auprès des maîtres du pays. L'histoire de nos relations avec cette cdte ne commence à se préciser que dans la seconde moitié du xvii* siècle.
Comme on le verra dans mie autre partie de cet ouvrage, un commissaire de la marine nommé d'Etbée
Fut chargé en 1669 par la Compagnie des Indes d'aller organiser sur la Crtie des Esclaves le commerce du « bois d'élièue ». 11 fut JJÎen accueilli par le rot d'Ardra sur les terres duquel il avait abordé, mais ne put obtenir tout de suitiî l'autorisation de construire le fort qui lui élail nécessaire comme base des opérations qu'il projetait.
Ce fut seulement après 1671 e( à la suite de circonstances dont on parlera ailleurs (Ambassade du roi d'Ardra à la Cour de France) que les Français de la Compagnie des Indes établirent dans le pays de Popo un comptoir quifut, fori peu après, transporté àWydah, c'est-à-dire dans le royaume voisin. Des Marcbais apprécie ainsi ces événements :
« On ne saurait douter que si la Compagnie eût subsisté plus longtemps elle n'eût tiré de grands avantages de cette ambassade : mais diverses raisons la firent supprimer quelques années après et ses concessions furent réunies à la Couronne, l.a Compagnie du Sénégal qui suct;éda au commerce de Guinée, négligea l'éfablissement d'Ardra (Popo) et se détermina à fixer son comptoir dans le pays de Juda (Wydah). Telle est la méthode ordinaire des Français dans leurs établissements ; ils en jettent les fondements avec beaucoup d'ordre et de sagesse; mais ils ne souliennent pas longtemps leur entreprise».
On voit que ce n'est pas d'hier, que l'on accuse les Français d'être inconstants.
Depuis lors, la nation française Fut représentée sans interruption s"! Wydah par ses commerçants' nos compatriotes eurent d'autres comptoirs çà et là siu- la côte de ce qui est actuellement le Dahomey, mais le centre, en quelque sorte officiel, des résidents français dans le pays de Guinée fut Wydah jusqu'à l'époque où nous fut cédé en toute propriété le territoire deKotonou qui
— fin —
par le Tail de cette cessioD devenaîl terre française.
Les Français possédaient à Wydah un /brt ou plus exactemenl une factorerie fortifiée ; les négociants étrangers, du reste, en possédaient de semblables : chaque nation d'Europe représentée à la Cdtc des Esclaves avait le sien. Ces groupements d'Européens formaient autant de petites républiques indépendantes, doat le chef était le commandant du fort, lequel tenait son autorité au moins morale de l'importance dans la métropole des négociants dont il était l'agent. A l'origine le commandant du fort français était naturellement un agent de la Compagnie (des Indes, puisdu Sénégal).
Au début, on avait désigné sous le nom de fort la maison de commerce la plus v;iste et la plus facile à défendre contre les pillards, qui, malgré la protection des rois indigènes, ne laissaient pas d'être nombreux.
A Wydah notamment il y avait à prendre garde aux voleurs. Lesnoirs de ce pays (Juda) étaient, semble-lil, les plus industrieux et les plus policés de la CMc de Guinée. Mais s'ils surpassaient leurs congénères à cet égard, ils les surpassaient aussi dans leur penchant pour le vol. Lorsque le voyageur Bosman arriva dans ce pays, le roi prit la précaution de le prévenir que sa vie serait plus en sûreté dans l'état de Juda que n'importe où eu Guinée ; mais que par contre le peuple, fortexercé au vol, ne laisserait à l'étranger en fait de marchandises que ce qu'il ne pourrait lui prendre. Bosman éprouva la justesse de cet avis « à l'exception des principaux Seigneurs du pays, dit-il, toute la nation de Juda n'est qu'une troupe de voleurs, et ils entendaient mieux cet art que les plus habiles filous de Paris ». En effet, les indigènes lui volèrent jusqu'à ses ponles.Ilsavaientfait un trou dans la toiture du magasin où il serrait ses marchandises et ils en tiraient leur proie à l'aide d'an croc.
« S'ils sont pris sur le fait — il s'agil des jouriialîer3, qui, connaissant mieux le» allres des magasins élaient les plus voleurs — ils demandent avec une effronterie surprenante si on les croit capables de travailler pour un si petit salaire, sans l'espérance qu'ils ont de piller. Il sert fort peu de porter ses plaintes au roi: on n'obtient ni justice ni restitution. Sj ce prince ordonne qu'on fasse quelque recherche, personne n'ose l'entreprendre parce qu'on a toujours à redouter quelque Seigneur qui participe au vol et qui protùge les voleurs ».
Cette citation montre à que! point il était utile pour les négociants d'avoir ces logements et magasins mis en état de défense et qu'ils appelaient des forts.
Avec le temps, ce Furent de véritables forts qui méritèrent ce nom, soit qu'on les eût bâtis de toutes pièces pour cette destination, soit que l'on eût disposé quelque maison d'habitation de manière à lui faire remplir ce râle au besoin.
« A Savi, capitale de l'Etat de Juda (1) étaient installés plusieurs comptoirs où les marchandises européennes servaient surtout à l'achat dea esclaves.
Le mouvement des affaires nécessita l'installation de vastes entrepôts sur la Côte dite des Esclaves ; puis hi France, l'Angleterre et le Portugal furent amenés à construire des forts pour empêcher le piilagedes magasins et assurer la sécurité des nationaux. Le fort français fut élevé en 1671. H est postérieur au fort San Jao Batisto d'Ajuda, où les Portugais entretinrent une petite garnison, souvenir d'une situation prépondérante qu'ils ont depuis renoncé à exercer (2).
1. Il y avait trois royaumes pri ne [paux dans la coûtrée appelée aujourd'liui le Dahomey : les royaumea de Juda, d'Arda et de Fona ou Fouin.