CHAPITRE IV
La prépondérance du goût latin. — Psychologie des San-Franciscains. — Le feu de 1906. — Comment on ressuscite une cité. — Plus de trente mille maisons rebâties. — La ville des plaisirs. — Quartiers étrangers. — Une colonie française prospère. — Le port et la baie de San-Francisco. — Oakland. — Les satellites.
San-Francisco, qui vit dans la joie des lumières orientales, est cependant aux Etats- Unis le boulevard des élégances européennes. C'est la ville la plus libre de ce pays. Nulle contrainte dans ses coutumes, nulle tyrannie puritaine dans ses modes. Carrefour éclatant où se joignent tant de races, la grande cité du Pacifique est renommée pour l'indépendance de ses allures. Elle apporte une surprenante coquetterie dans les pratiques de l'hospitalité. Il semble, en outre, que son cosmopolitisme, au lieu d'amoindrir son originalité, serve sa pittoresque beauté.
Les éléments composites de San-Francisco ne heurtent point le goût des amateurs d'esthétique. On se plaît, au contraire, à trouver tant d'harmonies particulières représentées sans contrainte sur les bords occidentaux du Pacifique! Tout le monde se meut à l'aise dans celte cité et la variété des couleurs forme un tableau d'ensemble d'un mouvement riche, mais nullement criard.
Le goût latin se manifeste chez les San-Franciscains plus que partout ailleurs. En dépit de l'immigration allemande, anglaise et Scandinave, le sang espagnol, français et italien parle toujours avec autorité. Notre idéal a d'autant plus de chances de triompher que la nature incline les esprits à la clarté et à l'altruisme. La clémence du ciel, comme la générosité de la végétation, invitent les conquérants nouveaux à des trêves joyeuses et à d'amicales communions d'idées.
Sans doute une intense activité règne à San- Francisco. Au point de vue commercial et industriel, d'éloquentes statistiques démontrent ses vertus financières. La ville, un instant abat-
tue, est ressuscitée de ses cendres avec une rapidité qui stupéfie les architectes du Vieux Monde. Mais les habitants ne souffrent pas de cette fièvre inlassable des affaires qui sévit sans trêve à New-York ou à Chicago. On ne se sent pas pris dans ce rush égoïste, dans cette formidable bousculade dont les lutteurs yankees ont répandu l'usage comme une épidémie.
Les auteurs des Annales de San-Francisco, passant en revue l'année 1853, notaient déjà ce curieux mélange d'utilitarisme et d'esprit chevaleresque, de courage et de lascivités soudaines : « C'est toujours ici, » disaient-ils, « la même énergie indomptable, le même amour du plaisir, le pouvoir d'amasser vite de l'argent et de le dépenser semblablement; le travail acharné auquel succèdent de farouches délices; l'assaut des fonctions officielles, la corruption politique; des vols, des cambriolages, des rixes violentes; assassinats, duels, suicides, jeux et beuveries, esprit débonnaire à l'extrême et dissipation générale... Les gens sentent la richesse à leur portée et les passions de la jeunesse les dévorent intérieurement. C'est pourquoi souvent ils dé-
passent les limites de la bonne tenue publique. Et malgré tout, les plus vieux résidents, les plus paisibles pères de famille adorent l'endroit avec ses hardis péchés et sa folie splendide. »
Ce tableau est encore exact avec des touches moins crues et une police mieux faite. Le duel a été interdit. On ne se bat plus dans les rues centrales — les épisodes sensationnels deviennent rares et n'ensanglantent que les quartiers excentriques. Mais toujours domine la sentimentalité héroïque alternant avec des ruées vers des joies truculentes, l'ambition d'abattre beaucoup de besogne pour s'amuser ensuite sans restrictions, la volonté d'être toujours occupé à gagner de l'or ou à le répandre sans compter autour de soi. Il s'y mêle en outre un souci grandissant de l'élégance. Un maire de la ville, M. Mac Carthy, s'est écrié un jour, en réunion publique : « Il faut que San-Francisco devienne le Paris des États-Unis! » Rien n'est plus typique que cette ambition. Elle domine les espoirs des colons de la capitale du Far-West. A tout instant, ils vous posent la question : « Estce aussi bien qu'à Paris? Est-ce que San-Fran-
cisco ressemble à Paris? Fait-on ceci, fait-on cela, à Paris? » Et ils sont enchantés quand on leur affirme qu'en effet leur cité emprunte quelque chose au génie parisien.
Certes, de revêches pasteurs et des sectateurs de la tempérance obligatoire protestent et parlent volontiers de l'immoralité de San- Francisco. Ces bons apôtres voudraient imposer des lois draconiennes et importer leur rigide tristesse en ce pays de soleil. La grande majorité des gens, ici, ne les écoute pas. Avec ses défauts, sa libérale exubérance, ses politiciens qui la pillent grassement et même ses quartiers mal famés, San-Francisco parait mille fois plus attrayante qu'elle ne le serait sous le régime des austères et terribles moralisateurs de la Nouvelle-Angleterre. Qu'importent quelques insectes malencontreux si la fleur croît magnifiquement à l'air libre ! Est-il besoin de l'emprisonner dans une serre?
Les San-Franciscains ont d'ailleurs une confiance inébranlable dans leur sol, qui recèle encore dans ses flancs tant et tant de richesses. Ils ont courageusement résisté à toutes les attaques
du mauvais sort. Six fois en deux ans au milieu du siècle dernier la capitale fut assaillie par de terribles incendies. Ces brûlures ne faisaient qu'exciter l'audace de ceux qui avaient été brûlés, ruinés, rejetés sur le pavé. Et qui ne se souvient de la plus grandiose de ces épreuves, du formidable tremblement de terre du 18 avril 1900? Le feu, une fois de plus, hâta l'œuvre fatale de ces convulsions souterraines au point que l'on crut que l'heure du jugement dernier avait sonné. Aucun incendie dans les temps modernes n'est comparable à celui-là. Si le vent n'avait point cessé de souffler, au bout de quatre jours la reine du Pacifique était anéantie. Heureusement, elle n'était que blessée...
Dès le lendemain du désastre, les habitants de San- Francisco se mirent à la besogne. Ils résolurent de rebâtir leur demeure sur le même emplacement tout encombré de cendres chaudes. Certes, il en est qui désertèrent et durent prendre le chemin de l'exil. La population de la ville, qui s'élevait à 473000 âmes lors du sinistre, tomba l'année suivante à 200 000 âmes. N'importe, c'étaient de vaillantes âmes...
D'après les statistiques municipales, 28188 maisons disséminées sur une étendue de 5 kilomètres carrés avaient été rasées. Le quartier des affaires, des grandes banques, des magasins, des imposants gratte-ciel n'offrait plus que la vue lamentable d'un monceau de ruines. De ces débris émergeaient seulement les carcasses d'acier des buildings éventrés se tordant dans les affres torturantes de l'agonie. Au total les pertes montaient à 1 750 millions de francs ! Elles furent en partie payées par les assurances, qui déboursèrent près d'un milliard ; mais la plupart des compagnies allemandes esquivèrent le paiement des polices.
Cependant avec les sommes ainsi perçues, l'aide des banques locales, le secours des institutions de crédit, on se tira très bien d'affaire. Tout en vivant clans des abris temporaires, les San-Franciscains relevèrent les murs de leur cité. Ils ont travaillé avec tant d'énergie depuis 1906 qu'aujourd'hui 31000 édifices sont terminés. Sans trêve les entrepreneurs jettent de nouvelles fondations. Ils procèdent par série et l'on voit un beau jour surgir du sol tout un
quartier neuf. Le travail mécanique est poussé aux dernières limites de la perfection, et les étages grimpent sur les étages avec une rapidité qui étonne l'œil des prolanes. On dirait que les constructeurs jouent avec les matériaux. Nul effort apparent. Tout à coup, les charpentes sont dressées, les crics à vapeur fonctionnent, les briques s'alignent comme par enchantement, et bientôt la cage est prête... Il reste encore bien des vides à combler, malgré que le chiffre des habitations soit déjà supérieur à celui de l'ancienne ville. C'est que le mouvement s'accentue vers l'ouest où les dommages ont été insignifiants pendant la période tragique. Il faudra encore deux ou trois ans pour que tout indice du feu ait disparu.
Pendant les deux premières années de reconstruction, on a déployé une si intense activité que toutes les deux heures une maison était achevée! Naturellement les sinistrés de la ville ont profité de cette occasion pour « beautifier » San-Francisco, rajeunir ses quartiers déjà vieux (car en vingt-cinq ou trente ans une bâtisse paraît antique en ce pays), élargir les avenues, percer
de nouveaux boulevards. Aucun sacrifice ne leur a coûté. « Nous avons dépensé 104 dollars par minute » , m'a fièrement expliqué un ingénieur.
Quarante mille écoliers erraient sans abri : aussitôt trente-cinq écoles neuves ont été ouvertes pour eux. L'Hôtel de Ville n'est pas encore reconstruit : il le sera sans doute en 1915. Vingt-cinq millions de francs ont été volés pour ce chapitre. Presque tous les autres palais municipaux, auxquels on a affecté des sommes non moins considérables, sont prêts ou sur le point d'être achevés. Et tous ces travaux ont été exécutés avec les ressources locales. Les gens de l'Est n'ont prêté qu'un nombre infime de millions pour cette résurrection et, malgré ses malheurs, San-Francisco reste une des villes les moins hypothéquées aux Etats-Unis.
« Chat échaudé, dit le proverbe, craint l'eau froide. » Tel n'est pas le cas des habitants de ce pays qui en prévision de semblables accidents ne veulent pas être pris au dépourvu. Bientôt seront terminés d'immenses travaux pour la protection de la cité en cas d'incendie. Sur les Twin
Peaks — collines jumelles qui dominent l'ouest de la ville — on construit deux immenses réservoirs. Le premier, situé à 250 mètres de hauteur, contiendra 400 000 mètres cubes d'eau, et le deuxième, placé à 175 mètres au-dessus du niveau de la mer, en renfermera 240 000 mètres cubes. Un réservoir supplémentaire installé sur Clay Hill permettra de disposer encore de 40 000 mètres cubes d'eau. Partout fonctionne un double système de tuyaux. Deux pompes élevatrices formidables pourront alimenter les réservoirs en leur fournissant 160 000 mètres cubes d'eau de mer par jour. Enfin, précaution extrême, cent citernes d'une capacité de 4 000 mètres cubes chacune ont été distribuées sur les points les plus utiles.
Tel est l'ensemble des précautions prises par les San-Franciscains pour combattre le fléau s'il s'avisait de les attaquer de nouveau. En attendant, ils pourraient en toute justice décerner à leur cité la glorieuse devise de Châteaudun : Extincta revivisco (Je renais de mes cendres), car cette renaissance est à coup sur l'un des plus beaux exemples d'énergie qui aient été
offerts au Vieux comme au Nouveau Monde.
N'insistons pas sur les misères du passé. Elles sont de jour en jour davantage oubliées. Parce de ses maisons neuves, et plus pimpante, plus fraîche que jamais, la reine du Pacifique commande la baie merveilleuse dont la clé est cette Porte d'Or (The Golden Gâte) que franchirent les premiers navigateurs espagnols.
Le terrain sur lequel se pose San-Francisco, et qui est extrêmement mouvementé, décroît de l'ouest à l'est. Sur une série de croupes arrondies ont été graduellement installées les maisons et ainsi s'étage toute une succession de quartiers en amphithéâtre. Quand on se promène en tramway par les rues, on se livre à une véritable partie de montagnes russes. C'est dans les quartiers de l'ouest, juchés sur les hauteurs, que l'on rencontre les plus belles demeures particulières. La plupart ont été inspirées par les modèles de la Renaissance espagnole, mais les San-Franciscains ont aussi pieusement copié quelques-unes de ces vieilles masures en bois où s'abritèrent jadis les missions espagnoles. On trouve encore à profusion : villas italiennes, cottages old style
écossais et irlandais, fines maisonnettes à la française qui alternent avec les banales résidences en briques d'un caractère purement américain et du vingtième siècle.
San-Francisco, dont la population flottante est toujours considérable, détient, après New- York, le record des hôtels aux Etats-Unis. Elle en possède plus de 1 250 et quelques-uns d'entre eux — tels le Saint-Francis ou le Fairmont, dont la masse blanche domine toute la ville — ont coûté de 25 à 30 millions de francs! Elle n'est pas moins riche en théâtres et en musichalls, puisqu'elle en compte plus de 300. Dans la section nord-ouest — où fut construite en 183G la première maison de la ville par Jacob Leese — s'étend maintenant le quartier chinois, avec ses 25 000 habitants, et la ville des plaisirs, surnommée « Quartier Latin » .
Là prospèrent des tavernes qui rappellent les bouges de matelots de Liverpool, des cafés-concerts comme ceux du Caire, des bars fréquentés par des nègres épris de cake-walks éperdus, des restaurants en sous-sol où gémit la musique italienne, des bals populaires, des cinématogra-
60 PROMENADES AU FAlt-VVEST
phes, des maisons de thé, des cabarets d'un style vaguement montmartrois. Presque toute la nuit, c'est un va-et-vient ininterrompu d'étrangers issus de tous les coins de l'univers, parmi lesquels se distinguent les Asiastiques et les noirs. Les policemen se montrent toujours indulgents pour les organisateurs de ces bas plaisirs populaires, car les municipalités peu scrupuleuses ont toujours, paraît-il, tiré d'excellentes rançons de ces quartiers bruyants.
Dans le bas de la ville — face à l'est — se sont développés les grands magasins et les maisons de commerce. Ce quartier, dont Market Slrect constitue l'artère principale, fut, comme nous l'avons dit, particulièrement éprouvé par les chocs sismiques et le feu. Il est aujourd'hui reconstitué dans l'ensemble. De même les restaurants de San-Francisco, célèbres dans toute la Confédération, ont été ouverts avec la même vogue et leurs caves ont été de nouveau bien remplies. Partout triomphe la cuisine française, notamment chez Marchand (un fin Berrichon qui s'y connaît en exquises recettes) et au Poodlc Dog.
Nos compatriotes ne se distinguent pas que par leurs œuvres gastronomiques. La colonie française de San -Francisco est une de celles dont nous avons le droit de nous enorgueillir. Depuis l'arrivée du premier groupe d'émigrants à bord du voilier la Meuse, qui avait quitté le Havre en 1849, jusqu'au temps présent, une série d'établissements prospères ont été fondes qui maintiennent dignement notre renom industriel et commercial. Deux banques, de grands magasins de nouveautés, tels que la City of Paris et la White Hou se, des compagnies de viticulture, des maisons de vins, des entreprises agricoles, d'importantes blanchisseries occupent plus de vingt mille Français. Basques, Béarnais, Aveyronnais, sont arrivés en grand nombre durant ces dernières années. Les premiers sont particulièrement prisés des agriculteurs californiens, comme bergers. Le Midi a bougé jusque dans le Far- West. Dans ces parages où retentit l'accent à l'ail, les journaux français les plus lus ne sont pas nos grands organes parisiens, mais la Dépêche de Toulouse, la Petite Gironde et le Petit Méridional.
La Société de bienfaisance française fondée en 1851, qui a construit un hôpital modèle, compte 6 000 sociétaires, payant 60 francs de cotisation annuelle. C'est un joli résultat. Ah! quand les Français veulent bien oublier leurs discordes! Citons encore la bibliothèque de la Ligue nationale française — qui est en voie de reconstrution après les pertes subies au moment de l'incendie (elle contenait alors plus de 20 000 volumes), le Cercle de l'Union, des ligues populaires telle que la Ligue Henri IV, où se retrouvent les descendants des compagnons du « bon roi » et une foule d'autres institutions, écoles, clubs, sociétés de gymnastique qui témoignent de la vitalité de l'expansion français. A San-Francisco aussi a été lancé le premier des grands quotidiens du Far-West, le Franco -Californien, dont nous aurons l'occasion de reparler dans une étude sur la presse.
Sans entrer plus avant dans le détail de la vie française sur la côte du Pacifique, à laquelle dans son livre Coins de France aux Etats-Unis, notre très distingué consul général M. Mérou a consacré une étude complète, on peut constater
que les Français de Californie font honneur à leur drapeau d'origine. Dans les affaires locales ils jouent toujours un rôle intéressant. Lors des dernières élections, deux des nôtres sont entrés à la mairie pour représenter l'élément français.
Naguère, nos compatriotes étaient réunis dans un quartier d'un caractère nettement particularisa. De même, il y avait la colonie espagnole, où se rencontraient Mexicains, Chiliens, Péruviens hispano-américains et de véritables Catalans ou Andalous : le décor était tout à fait le même que celui du Barbier de Séville et les Italiens aussi avaient conquis tout un district. La ville nouvelle a disséminé ces colonies ou les a obligées à fusionner plus ou moins avec les Américains. Seule la Chinatown a gardé intégrale son originalité asiatique.
Le charme de San-Francisco réside dans cette étrange mêlée des races — mêlée audacieuse qui se poursuit dans l'admirable décor dont la baie est l'ornement le plus grandiose. Sans peine on pourrait abriter là toutes les Hottes du inonde. S'étendant sur 677 kilomètres carrés, elle offre dans l'échancrure même, au bord de
laquelle se dresse la reine du Pacifique, un champ de 22 kilomètres carrés dont la profondeur va de 8 à 90 mètres. Les rivières de Sacramento et de San Joachim, navigables pour les bateaux d'assez fort tonnage, complètent harmonieusement le système des communications par eau. C'est un mouvement d'environ 7 millions de tonnes qui se produit chaque année dans le port même de San-Francisco (car il y a une foule de stations environnantes qui se développent de jour en jour). Jusqu'ici il n'a été fréquenté que par des vaisseaux de 6 000 à 12 000 tonnes, mais après l'ouverture du canal de Panama les plus grosses unités sont attendues. En vue de cette transformation on a entrepris nombre d'agrandissements. Le Corps législatif de Californie a autorisé l'année dernière un emprunt de 50 millions de francs pour les constructions des docks supplémentaires et l'aménagement d'un vaste bassin. De nouveaux sacrifices seront consentis afin que le long de 64 kilomètres de côte hospitalière les navires puissent aborder à leur gré. Les compagnies maritimes du monde entier étudient de leur côté
le moyen de créer des lignes de transit pour se disputer le commerce qui rayonne sur l'Australie, l'Océanie et l'Extrême-Orient.
Oakland, située sur la rive orientale de la baie juste en face de la capitale, essaiera de capter une part de ces bénéfices. Terminus de trois chemins de fer, reliée au territoire occidental par un service ininterrompu de ferry-boats, pourvue aussi de docks nombreux, Oakland est en train d'améliorer à grand renfort de dollars sa position maritime. Sans arriver à entamer la suprématie de San -Francisco, l'ardente cité saura bien fort défendre sa place au soleil. Cinquante ans auparavant, on se heurtait à une forêt de chênes orgueilleux là où maintenant travaille une ville touffue de 250 000 habitants !
C'est la plus importante des satellites qui gravitent autour de San-Francisco. Il y a encore Piedmont, San Rafaël, Sansalito, Alameda, Berkeley, Point Richmond, Mill Valley. Quelle admirable ceinture de filleules enfouies dans la verdure, protégées par des arbres géants, palmiers, pins, cyprès, eucalyptus, à l'ombre desquels poussent des champs d'héliotrope, de
verveine, de géraniums, de poppies! Près d'un million de gens vivent au total sous la tutelle de la reine du Pacifique. Et tous l'aiment, ardemment soumis à sa puissance magique . Comme ils ont failli la perdre une fois, elle leur est à présent doublement chère.