‹ Promenades au Musée de Saint-GermainChapitre 4 sur 8 · ALEXANDRE BERTRAND · texte numérisé non relu

ALEXANDRE BERTRAND

Aux jours et herires publics, les visiteurs entrent librement.

Les jours et heures réservés à l'étude, ils doivent s'adresser à un gardien de service, qui se trouve dans un cabinet à droite de la porte'(C).

Dans toute autre circonstance et s'il n'y a personnedans le cabinet du gardien de service, il faut s'adresser en face, à gauche (B), loge du concierge.

Bas -relier» en bronxe. — Le vestibuleest orné de trois bas-reliefs en bronze. Le plus grand, à gauche en entrant (n° 13),

Trajan harangue les cohortes, est tiré de l'arc de Constantin à Home.

Les deux autres, à droite (n° 15),

Embarquement des troupes romaines ,

Trajan force Us Daces dans leurs retranchements, sont tirés de la colonne Trajane. (Dons de l'Empereur.)

Ce sont des essais de galvanoplastie, exécutés par M. L. Oudry, dans son usine électro- métallurgique d'Auteuil, pour l'Exposition universelle de 18G7. Ces reproductions, comme travail industriel, difficultés vaincues, bonne exécution, peuvent avoir un grand mérite, mais elles sont sans valeur archéologique, c'est pourquoi elles ornent le vestibule. En effet, les originaux de ces divers bas-reliefs exécutésenpierreontsubi des accidents et des dégradations parti-

culières, qui ne se comprennent plus quand on les reproduit en bronze. En outre, la couleur claire du marbre ou le blanc du plâtre laissent infiniment mieux voir les détails de la sculpture que la couleur foncée du métal.

Autel (ullo-rtimjilii de Paris. — En face du grand bas-relief au milieu du vestibule, se voit (n» 14) un autel en pierre à quatre faces, trouvé à Paris en 178'f. Chaque face est ornée d'un personnage en pied, avec attributs divers. Il y a entre autres un Mercure avec un coq au sommet de son caducée. Est-ce Mercure vigilant ou Mercure gaulois ?

Mosaïque d'Autan. — Entre les bas-reliefs de la colonne Trajane, on a placé un fragment de la grande et belle mosaïque d'Aulun. Le Musée possède cette pièce importante, mais ne sait encore où la mettre. Bien n'est coûteux à restaurer et difficile a placer comme les mosaïques. C'est tout a la fois la ruine et l'embarras des Musées.

Pour parvenir aux autres salles des collections, il faut sonir par la porte D et traverser une petite partie de la cour intérieure.

REZ-DE-CHAUSSÉE Salles.

Ou entre par la porte E, qui s'ouvre sur la cour intérieure du château.

Actuellement le rez-de-chaussée ne contient que deux salles.

Arc de triomphe de Constantin, — Ces deux salles renferment le moulage des bas-reliefs de l'Arc de Constantin, de Home. (Bon de l'Empereur.)

Dans la première sal le sont placés (trois le long de chacun des murs latéraux (n"2) et deux adossés l'un à l'autre, au milieu de la salle) les médaillons qui ornent les deux faces de l'Arc, Ils représentent des sacrifices à diverses divinités et des sujets de chasse.

Le long du mur à gauche en entrant :

Sacrifice à Apollon.

Retour de la chasse.

Sacrifiée à Mars.

Au milieu de la salle :

Chasse à l'ours.

Sacrifice à Sylvain.

Contre le mur à droite :

Sacrifice à Diane.

Chasse au sanglier.

Départ pour la chasse.

Ces médaillons, pour la plupart, ont beaucoup de caractère ; malheureusement plusieurs sont assez fortement détériorés.

Dans rentre-deux des fenêtres, du côté des fossés (n° 1 ), sont placés dos à dos deux des grands bas-reliefs qui décorent, sur chacune de ses faces, le sommet de l'Arc.

Parihenaspates reconnu roi des Parihes par Trajan.

Retour de Trajan à Rome après la guerre de DacU.

Les six autres grands bas-reliefs occupent une position analogue dans les entre-deux des fenêtres de la seconde salle (n» 1).

Trajan ordonne la continuation de la voie Appienne.

Trajan apprend d'un transfuge dace que le dècébale a voulu le faire assassiner.

Trajan fait distribuer des vivres au peuple.

Parthamasiris , roi d'Arménie, redemande sa couronne à Trajan.

Trajan harangue les cohortes.

Suovelaurilta : Trajan sacrifie aux dieux un porc, un bélier

On est généralement surpris de voir figurer le nom de Trajan, et rien que le nom de Trajan, sur un monument appelé Arc de Constantin. La chose est bien simple. Certains empereurs romains, au lieu d'ériger des monuments nouveaux, trouvaient beaucoup plus économique et plus expéditif de s'approprier des monuments déjà existants. C'est ainsi qu'agit Constantin. Sur tous les grands bas-reliefs de l'arc il fit couper la tête de Trajan et la remplaça par la sienne, se substituant ainsi sans façon, a

son prédécesseur, s'emparent sans remords de ses hauts laits, de ses victoires, et même de ses sacrifices aui dieux.

Entre le siècle de Trajan et celui de Constantin, il y avait eu décadence, surtout au point de vue de l'art. Aussi, les basreliefs vigoureux, pleins d'énergie, donnent une date bien certaine à cet arc.

Deux photographies, exécutées par les frères Bisson, nous montrent les deux faces de l'arc de Constantin, et permettent de se rendre compte de la place qu'occupent les médaillons et les bas-reliefs sur le monument.

Une de ces photographies, prise un peu de coté, laisse voir que, sous la grande arcade de l'arc, se trouvent deux bas-reliefs encore plus grands que ceux des sommets. Les moulages de ces bas-reliefs, les plus beaux de tous, malheureusement assez endommagés, sont plaqués contre lesmurslatéraux(u° 3) de la salle.

Trajan chez ks Daces.

D'un côté c'est l'attaque. Des musiciens sonnent avec ardeur une charge de cavalerie pleine d'entrain.

De l'autre côté c'est la conquête. Les Daces sont vaincus et prisonniers. Un fait singulier montre la persistance de certaines habitudes : le costume dace est semblable à celui que portent, encore de nos jours, un grand nombre de paysans russes.

Autre fait bon à constater. Le porc que Trajan va sacrifier est certainement un Tonquin, un Siam, un de ces petits cochons d'Asie, que nos agriculteurs ont été si fiers de découvrir et de propager il y a quelques années.

Pour rendre à Trajan coquiappartient à Trajan, contre le grand bas-relief concernant la voie Appienne, on a placé, dans un petit cadre métallique, le moulage d'une monnaie, grand bronze, donnant le portrait authentique de Trajan. Sur le revers de la monnaie se trouve l'allégorie de la voie Appienne tout a fait analogue à celle représentée dans le bas-relief.

tue d'Aag<iste. — Au milieu do la salle (n° 8), on a placé le moulage en plâtre de la statue d'Auguste, découverte en 1863 dans les ruines de la villa de Livie, près de Rome.

L'original de ce chef-d'œuvre do sculpture esl eu marbre blanc. Il se trouve au musée du Vatican. Le moulage a été exécuté par ordre du Pape pour être offert à l'Empereur. Auguste a la téte, les bras et les jambes nus. Son corps est recouvert d'une magnifique cuirasse, ornée de nombreux sujets en relief. A ses pieds joue tin tout petit Amour.

Celte statue est réellement fort belle et captive l'admiration ; pourtant, si on l'étudié froidement, on est bientôt frappé des disproportions qui existent entre les diverses parties du corps. La tête par exemple, qui est magnifique d'expression, manque de développement postérieur. C'est, du reste, le défaut d'un Lrèsgrand nombre de statues antiques, même parmi les plus estimées, qui passent pour dus modèles.

Fait singulier, les proportions du corps humain ariislique, les proportions que nous admirons tant dans les œuvras de la Grèce et de Rome, sont des proportions hors nature. Un savant allemand a voulu posséder un squeletle humain dans les proportions acceptées et prônées par l'art grec. 11 l'a vainement cherché. Pour réaliser ce squelette idéal, il a fallu non -seulement emprunter des os à dus squelettes divers, mais encore en raccourcir et en allonger. Et vous ne vous figureriez jamais de quelle race ce squelette de convention se rapprochait le plus?

De la race nègre!...

Ancienne» pirogues des tourbières d'Ivrée. —

Plus avant encore dans la salle sont placées deux pirogues qui remontent aux temps préhistoriques.

La première (n° 9), moulage donné par M. le professeur Bart. Gastaldi, de Turin, provient de la tourbière de San Giovanni del Bosco, à Aglié, près d'Ivrée. Elle remonte probablement jusqu'il l'époque de transition de la pierre au bronze. C'est un tronc d'arbre creusé en forme d'auge, aux extrémités duquel on a laissé deux appendices d ■ .- s r. i 1 1 ^ s ;i servir de poignée, pour pouvoir transporter la barque d'un poiut à un autre. Cette disposition est trèsbien appropriée au service des petits lacs morainiques, sans communications entre eux, auquel cette pirogue était destinée.

L'original de cette pirogue s'est détruit. Le moulage a été exécuté à l'École d'application des ingénieurs du Valentino, à Turin.- Tout récemment, le 31 décembre J 8G8, mon excellent ami Gaslaldi m'a écrit qu'une autre pirogue, mieux conservée et plus élégante, accompagnée de trois avirons en forme de palettes, vient d'Être trouvée dans la même tourbière. Quatre autres ont été rencontrées dans le courant de 1868, et détruites par les instruments qui servent à couper et extraire les mottes de tourbe.

Ptregue de 1a Seine à Paris. — La seconde pirogue (n° 10) a été retirée du lit de la Seine, dans l'intérieur de Paris. Elle était accompagnée d'armes de bronze, et l'inspection du bois prouve qu'elle a été façonnée avec des instruments en métal. C'est l'original, donné par M. Arthur Forgeais à l'Empereur, qui l'a envoyé au Musée de Saint-Germain. Elle est aussi formée d'un seul tronc d'arbre, un énorme chêne, qui a été équarri avec soio à l'extérieur et creusé à l'intérieur. Mais par l'effet de la dessiccation du bois, celte pirogue, qui était bien conservée au moment de son extraction, s'est en grande partie déformée et même détruite. Vainement on a essayé, au moyen de ferrements extérieurs, de maintenir le bois, celui-ci en se fendant et se voilant a brisé et fait sauter toutes les armatures.

PUotln «tulnses. — Contre !e mur du câté de la cour se trouvent la base et le sommet de deux énormes pilots donnés par M. Schutz. C'étaient des troncs de chêne entiers, appointés à la base et taillés en profonde fourche au sommet, très-probablement avec des instruments en fer. On en trouve abondamment dans les marais qui séparent les lacs de Neuchàtel et de Bienne. Ils sont même exploités comme bois de menuiserie, pour la coafection et imitation de vieux meubles.

Onagre. — Dans les quatre embrasures de fenêtres, du câté des fossés, sont placées des restitutions de machines de guerre romaines, restitutions qui ont été exécutées avej beaucoup da soin et de savoir par M. le commandant d'artillerie de Reffye, officier d'ordonnance de l'Empereur. Ces machines de guerre, avant

d'être données au Musée par l'Empereur, ont été essayées et ont fonctionné pendant assez longtemps, avec un plein succès, au haras de Meudon.

La première [n° 4) est l'onagre, KxtaittktiK XiMÊoXot, exécuté d'après la description d'Ammien Marcellin.

C'est un bras de levier sur lequel presse un faisceau de tendons de cheval. On tend fortement ce levier au moyen d'un treuil, pois on attache à son extrémité une grande fronde contenant un boulet en pierre. Lorsqu'on lâche la détente, ce levier décrit violemment un tiers de cercle projetant au loin le boulet, et vient s'amortir sur un matelas placé à cet effet devant l'appareil.

Avec l'onagre déposé au Musée, on lançait à 250 mètres des pierres pesant 2 kilogrammes 1 /2.

Tout à côté se trouve une pyramide de boulets en pierre qui ont servi de projectiles à l'époque romaine, et qui proviennent d'Alise-Sainte-Reine dans la Côte-d'Or.

Catapultes. — Les trois autres machines sont des catapultes proprement dites, xKzanù.-n\ç iÇu&Vfc. Deux bras de levier eoboissont fixés par leur base aux bords d'une ouverture et maintenus par des faisceaux de tendons de cheval. Une corde réunit les deux extrémités et forme ainsi un arc avec les deux bras de levier. On agrafe la corde à une détente située sur un petit char mobile qui se tire au moyen d'un treuil et tend l'arc, puis on place une flèche sur la corde. En lâchant ladétente, cette flèche est projetée au loin, avec force, par l'ouverture qui exisle entre les deux bras du levier. La rainure sur laquelle court le char repose sur une crémaillère qui sert h pointer en inclinant plus ou moins le trait. L'appareil entier porte sur un pivot pour qu'on puisse l'orienter. Les flèches ou traits sont armés d'un fort carreau ou pointe quadrangulaire, dont le Musée possède des originaux, entre autres dans la collection des armes d'Alise.

La plus grande des catapultes (n° 5) a été exécutée d'après les proportions données par Héron et Philon. C'est l'équivalent, bien primitif il est vrai, de notre grosse artillerie de siège ou de rempart. Les traits lancés par cette machine percent à d'assez grandes

distances do gros madriers. Mais outre l'action directe de la pointe, il y avait une action indirecte qui devait être assez meurtrière. Quand le carreau s'arrête brusquement contre un corps résistant, la force d'impulsion acquise fait voler le bois en éclat, et l'on a là, sur une faible échelle, un effet de destruction analogue à celui de l'explosion d'une bombe.

Sur la base do la grande catapulte on a placé le moulage de la pierre tumulaire d'un artilleur romain, découverte à Home, depuis l'exécution de la reconstitution, pierre qui démontre que l'œuvre de M. de Reffye est on ne peut plus exacte.

Dans la troisième embrasure de fenêtre se trouve une catapulte de grandeur moyenne (n° G), exécutée d'après une représentation de la colonne Trajane (1). Cette catapulte étant destinée à lancer des pierres aussi bien que des traits, a l'ouverture, pratiquée entre les deux leviers ou bras de l'arc, beaucoup plus grande. Pour lancer les pierres on remplaçait la corde simple, par une corde double contenant dans son milieu une poche destinée à recevoir le projectile.

Enfin à la quatrième embrasure est placée, une petite catapulte (n° 7), exécutée comme la plus grande d'après les proportions données par Héron et Philon.

Lors de la visite du Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques au Musée de Saint -Germain, le 21 août 1867, M. de Reffye a fait fonctionner cette petite catapulte dans la cour du château. A une distance de 50 mètres, il plantait profondément tous ses traits dans une poutre servant de mire, ayant 40 centimètres de large sur un mètre de haut.

Char romain. — La catapulte moyenne (n° 6) est montée sur son char. Les chars romains fortement charpentés, à roues solides, Étaient traînés par deux chevaux, que réunissait une espèce de joug fixé aux deux tiers du timon par un anneau.

(1) Voir dans la première salle de l'entre-sol les catapultes de la colonne Trajane, et dans la seconde de petits modèles n° 31.

Couloir».

Bh» relie!* de la colonne Trajane. — La grande salle du rez-de-chaussée est précédée et. suivie d'un couloir. Ces couloirs sont ornés do bas-relicfe tirés de la colonne Trajane.

Dans le premier: .

Embarquement de Trajan pour l'expédition de Dam. Dans le second :

Attaque d'un oppidum dace t par les Romains.

Daces culbutés dans le Danube.

Bien des visiteurs s'étonnent de voir un Musée français d'archéologïo nationale débuter par des monuments qui se trouvent en Italie, et qui célèbrent les victoires remportées par un empereur romain sur les Daces. Mais cet étorinetnent cessera bien vite si l'on se rappelle ce que j'ai dit précédemment sur l'idée première qui a présidé à la fondation du Musée. Il s'agissait de mettre en évidence et à ia disposition du public les matériaux qui ont servi à la rédactisa de l'Histoire de César. Or, parmi ces matériaux se trouvaient les moulages de la colonne Trajane et de l'arc de Constantin, les deux monuments qui fournissent le plus de détails sur le costume et l'art militaire romains. Rien de plus naturel donc que de trouver au rez -de chaussée et dès l'entrée du Musée la reproduction de ces monuments.

Entrée du grand escalier.

Pierre sépulcrale. — En face du second couloir, dans le vestibule d'entrée de l'escalier d'honneur, se trouve plaquée contre le mur (n° 11), la pierre sépulcrale de Julia Paullina, trouvée à Bourges, en 1704. Ce beau morceau gallo-romain masque une porte actuellement condamnée, qui donnera plus tard accès dans une autre salle du rez-de-chaussce, destinée à contenir le moulage des bas-reliefs de l'arc d'Orange, Vaucluse.

Are d'Omnce. — Les moulages de cet imporlant monument gallo-romain sont déjà exécutés, mais, faille de place, ils sont maintenant déposés dans l'ancienne salle des fûtes , au premier, portion du château qoi sera restaurée la dernière. Il eut bien fâcheux qu'on ne puisse lés montrer dès main tenant au public, car les bas-reliefs de cet arc, bien que fort endommagés, offrent le plus grand intérêt. Ils reproduisent des sujets qui certainement se rapportent à notre histoire, mais de quelle époque? c'est ce qu'on n'a pu encore délerminer.

Comme parmi les trophées gravés surl'arc, un des boucliers porte l'inscription MARIO, quelques auteurs ont prétendu que le monument avait été élevé en l'honneur de Caïus Marins. Ils n'ont pas remarqué que ces trophées suiil exclLiaivu.n-jjiL eujiipo.-iîs d'armes appartenant aux vaincus, sans aucun mélange d'armes romaines. Le Marius dont il est ici question, était donc un des chefs vaincus et soumis, et non le héros en l'honneur duquel on a élevé le monument.

0'autres ont fait hommage du monument à Domitius Ahénobarbus, à César, à Auguste. L'architecte A. Caristie, dans son magnifique ouvrage, Monuments antiques à Orange, rajeunit encore bien davantage cet arc. a L'ordonnance générale de ce monument, dit-il, page III, rappelle, jusque dans les moindres détails, l'état de l'art tel qu'on l'observe sous Trajan et les Anton ins. D

La vérité, je crois, est entre deux. L'arc d'Orange doit être rapporté à l'époque d'Auguste. Sous la Hépublique, on n'élevait que des arcs provisoires en bois. Ce ne fut que sous Augusle qu'on commença à élever de vrais monuments, témoins- les arcs de Susa et de Rimini, mais ils furent d : abord à un seul passage. Les arcs de Saint-Rémy et de Carpenlras sont de ce genre. Ces deux derniers arcs ont de grandes analogies avec leur voisin, celui d'Orange. Ne doit-on pas en conclure qu'ils sont de la même époque, bien que le dernier soit un arc à trois passages ?

Ce qui vient pleinement confirmer cette détermination, c'est que Tins crip lion de l'arc parait avoir commencé par AVGV

Celle inscription était, placée sur l'architrave. Elle formait deux lignes composées de lettres en métal, fixées à la pierre par des crampons. Les lettres ont disparu, mais les trous des crampons sont restés. C'est en interprétant ces trous que l'on a cru lire AVGV... Le reste n'a pu encore être déchiffré. Il paraîtrait même que deux inscriptions ont été successivement fixées sur cette architrave.

Les pièces moulées sont, outre l'architrave dont je viens de parler :

1° La frise ornée de guerriers combattants, scènes pleines de vie et de mouvement.

2° Trois grands trophées contenant, au milieu de faisceaux de lances et do grandes trompettes presque droites, terminées par nne gueule de dragon largement ouverte, des enseignes, les unes en étoffe, les autres formées du sanglier gaulois. Au milieu est un costume complet, avec fépée suspendue à droite, à un beaudrier orné sur toute sa longueur d'une série de boucles rondes ou quadrangulaires en métal. Au-dessous de chacun de ces trophées se trouvent deux prisonniers. Malheureusement ils sont en si mauvais état, qu'on n'a moulé qu'une seule de ces parties inférieures.

3° Les deux grands bas-reliefs du sommet, représentant la lutte, la bataille. Ce sont deux combats acharnés entre des Gaulois culbutés et des Romains triomphants. Les Romains sont recouverts de cottes de mailles et de cuirasses à écailles. Les Gaulois , au contraire, sont presque dus. Pour tout vêtement, ils ont leur braie ou pantalon venant jusqu'à la ceinture, et un manteau jeté sur l'épaule. On reconnaît bien là le caractère national ; c'est une ostentation de courage, plus brillante que sage. De nos jours, ne voyons-nous pas se produire un fait équivalent? Nos officiers, au lieu de revêtir, les jours de combat, une capote analogue à celle des soldats, comme cela a lieu en Russie, en Prusse, eu Autriche, ne vont-ils pas avec leur costume si tranché survir de point de mire aux armes de précision?

4° fleuï bas-reliefs latéraux, l'un représentant une téte de

femme au milieu de draperies ; l'autre des instruments sacrés, le fouet ou aspergille, un vase pour contenir le vin, la palère, le simpulum ou cuillère recourbée et le bâton augurai ou lituus , l'ancêtre de la crosse épiscopale.

5° Un trophée maritime.

G° Diverses parties des grands trophées qui ornent les deux faces. Les sangliers enseignes sont nombreux. Les boucliers abondent et portent les décorations les plus variées. C'est bien là l'origine du blason et des armoiries. Plusieurs de ces boucliers contiennent des noms ou portions de noms gravés au sommet ou à la base; on lit : VDILLVS — BODVAGVS — CAIVS — SÀCROVIR — OSRE — AV OT — VÀVNE — BENE — MARIO — DAGVRD. Le général Creuly y reconnaît des noms gaulois.

Le casque caractéristique de ces trophées est une calotte hémisphérique, avec larges jugulaires, une rouelle pour cimier et au-dessous sur le devant deux espèces de petites cornes.

Dans ces trophées, semés do têtes coupées, il y a jusqu'à une culotte ou pantalon, une braie. C'est le vêtement national, surtout pour la Gaule narbonnaise, qui avait été surnommée par les Romains Gallia Eraccata.

Pierres sépulcrale» romaines. — Mais revenons à notre escalier et montons à l'entre-sol. Nous trouverons sur un palier intermédiaire (n° 12) deux belles pierres sépulcrales, dressées contre le mur : celle de C. Deccius et celle de C. Vétiénus, trouvées toutes les deux à Cologne.

ENTRE — SOL 1*0 salle.

Èpigraphic, bas-reliefs.

Sur la porte on lit :

Salle gallo-romaine, costumes gaulois et romains, divinités topiques.

Mythologie gauloise. — La Gaule possédait un grand

nombre île divinités topiques, c'est-à-dire de divinités locales. Recueillir et réunir tous les documentsqui peuvent servir à reconstituer la mythologie gauloise, presque inconnue, est un des buts que cherche à atteindre le Musée de Saint-Germain et que poursuit avec ardeur son savant conservateur M. Alexandre Bertrand. La salle que nous allons visiter renferme déjà de nombreux autels consacrés à une série de dieux et de déesses dont, bien certainement, la plupart des visiteurs n'ont jamais entendu parler.

Dès l'entrée, on voit, adroite (n° 3), le moulage d'un charmant petit autel (lig. 4) dédié à la dcesse Lahé. Dans la base est percé

Fit.

Atuel dédié à la déesse Lalii', 1/10* de ta grandeur.

un trou communiquant avec une cavité intérieure qui contenait un tronc pour recevoir les offrandes. De tout temps on a sollicité les fidèles pour les besoins du culte.

Dans l'intérieur de la salle sont disséminés les moulages ds sept autres petits autels analogues dédiés :

Un à la Mère des Dieux.

Deux au dieu Sexarbor.

Un au dieu Léhérenne, un autre à Mars Léhérenne.

Un au dieu Édelat.

Un second à la déesse Lahé.

Tous ces autels, trouvés dans les vallées des Pyrénées, sont actuellement au Musée de Toulouse. La dédicace est inscrite sur la facB de devant. Sur les côtés sont sculptes d'une part un vase à liroum >1~ f fw vjn->. i+it—- if-.Wlépuin ; J juif- pari unpatère, espèce de lasse ou assiette généralement discoide, parfois garnie d'un manche comme une casserole.

Le moulage d'un neuvième autel (n° 15), dont l'original {fig.5],

pie- b.

Autel dédié au dieu Bacscrlo, htso sanglier, 1(10" de grandeur.

existe aussi au Muséo de Toulouse, diffère des précédents en ce que sur un des côtés est représentée une amphore et de l'autre un

sanglier gaulois. 11 est dédié au dieu Baeserte, divinité éminemment locale puisque l'autel a été trouvé à Basert, près lluos, Haute -Garonne.

Dans le centre de !a salle (no ! 6) existent les moulages de deux autels du Musée d'Autun. L'un a deux faces portant chacune un personnage, un homme tenant un vase des deux mains, et une femme nue, espèce de Vénus pudique, masquant d'une main sa nudité et caressant sa chevelure de l'autre. Cet autel a été trouvé aux sources du Mesvrin, Saône-et-Loire.

L'autre autel a trois faces ornées chacune d'un personnage, dont deux complètement vêtus et un entièrement nu. Malheureusement ces deux monuments qui auraient pu nous faire connaître les attributs des divinités gauloises, sont sans inscription.

11 en est de même d'une stèle du Musée de Beaune, Côte-d'Or, dont le moulage se trouve appliqué contre le mur, à droite de la seconde fenêtre du côté des fossés. On y voit trois satyres, dont un, celui du milieu, a trois têtes, ce qui l'a fait désigner sous le nom d'Hermès Triccphalc.

Aux deux extrémités du groupe des pièces placées en quinconce dans le centre de la salle, se voient de grands moulages quadran • gulaires, jouant admirablement la pierre. Ce sont quatre fragments d'un autel élevé par les nautoniers de la Seine. Ils furent découvertsen 17 f 1, dans les fouilles faites sous le chœur de Notre- Dame de Paris et sont maintenant placés dans le Musée des Thermes et de Cluny. Le christianisme triomphant, imitant en cela l'exemple de toutes les religions nouvelles, a, pour mieux terrasser son adversaire et constater sa victoire, jeté les fondements de la basilique chrétienne sur les ruines de l'autel païen.

Un fait analogue s'est produit à l'église de Saint- Landry, également à Paris. Dans l'intérieur de la salle (près du n° 1 3) on voit un moulage, etsous les fenêtres du côté des fossés se trouvent trois autres moulages de pièces découvertes sous cette église et actuellement, comme les précédentes, au Musée de Cluny.

Le couloir faisant partie de la salle contient de nombreuses pièces ayant rapport à la mythologie gauloise.

Ce soDt, en commençant du côté de la porte d'entrée :

Deux petits bas-reliefs (no 6) représentant la déesse Epona,

assise sur un cheval, les pieds appuyés sur le dos d'un poulain,

qui vient lécher une palère que la déesse tient à la main droite.

L'un est un original provenant de Vitleaux, Côio-d'Or (don de

M. Ph. Beaune), l'autre un moulage d'une pièce du Muséed'Autun,

trouvée a Alose, Saône -et- Loire.

A gauche de la seconde fenêtre, le moulage d'un autel votif à

la déesse Séquana, trouvé aux sources de la Seine, Musée de

Dijon.

Sur le pilier du côté opposé du couloir !e moulage d'un autel votif du Musée d'Autun, représentant trois déesses assises.

En face de la fenêtre du milieu, des deux côtés, des bas-reliefs mythologiques à deux ou trois personnages encore indéterminés; trois moulages du Musée d Autun et un original provenant de la montagne de Vesvres, près Vitleaux, Côte -d'Or (don de M. Ph. Beaune).

A la quatrième fenêtre, se voit à droite le moulage d'un ex-voto deC. Julius Magnus, fils d'Eporédirix, aux divinités Bormo et Damona, dont l'original est à lîourbon-Lancy.

Sur la gauche est placé le moulage d'une dédicace à ApolSon Coblédulilavus, provenant de Périgueux.

En face {no 10), au-dessous du moulage d'une plaque de marbre, du Musée de Narbonne, représentant des ours et des hommes dans des tonneaux, scènes des jeux du cirque., on voit, gravés en creux sur une plaque de pierre, un hippocampe et une lyre, plaque trouvée h Sainte-Colombe, Yonne (don du D' Robineau desVoydis).

Tout à côté (no 9) les moulages d'un autre hippocampe du Musée de Dinan, recueilli aux environs do la ville, et d'un quadrupède ailé, espèce de dragon,- en fort relief, du Musée d'Autun.

Enfin dansle compartiment de la cinquième fenêtre, tout à fait au bout du couloir (surtout au no 11) le moulage de seize autels votifs : onze du Musée de Toulouse, un de celui de Nevers, trois de celui d'Autun et un original, trouvé sur le Monl-Auxois, Côte-

d'Or (don de-M . Ph . Beaune) . Dans le nombre il y en a de très-petits qui dépassent à peine vingt centimètres de haut. On lit 15 trois nouveaux noms de divinités : Baicorix, Abélion et Hercule Toltandossus.

Parmi les tout petits autels de Toulouse, sans inscriptions, quatre portent sur leur face de devant des croix paltées ou à bras repliés à angles droits, comme on en trouve fréquemment au premier âge du ter, surtout dans le nord de l'Europe. L'autel à Abelion porte aussi une croix à branches égales, dont l'inférieure s'élargit en guise de pied support, et les (rois autres s'épanouissent en trèfle a l'extrémité.

Sciilptnres de Vniaon. — Vers la fenêtre du milieu du couloir sont groupés divers débris d'inscriptions et de sculptures provenant de Vaison, Vaucluse (achat de M. Al. Bertrand, don e l'Empereur).

Devant la fenêtre est un grand autel, dont on avait fait une auge, dédié au Génie du Collège des Centonarii de Vaison. .

Quatre autres petits autels sont placés contre le mur à droite et à gauche de la fenêtre.

Dans un cadre en chêne, on voit une charmante petite inscription, sur marbre blanc, ex-voto d'un notaire de Vaison, Vasimsis tabularius, au génie du Forum.

En face de la fenêtre est une large pierre, qui ëlaït profondément fichée en terre, ainsi qu'elle l'est maintenant dans son socle. Elle se termine au sommet par une espèce de disque portant sur chaque face une inscription. C'est une limite de concession funéraire. Deux de ces disques sont fixés contre les murs.

Il y a aussi un torse, une main et quatre têtes provenant de diverses statues en marbre blanc et en pierre du pays, un fragment de tête avec draperies, angle d'un très-grand tombeau, enfin un petit chapiteau portant de chaque côte un amour qui court après un animal.

Gaulois d'Avignon. — Une des pièces les plus curieuses de cette salle, est le moulage (n° 2) de la grande statue du Musée Calvet, à Avignon, représentant un Gaulois, malheu-

reusemeat fort mutilé. Il s'appuie sur ud grand bouclier placé devant lui. Le haut de son corps est simplement recouvert d'un grand manteau, agrafé sur l'Épaule droite et dont les bouts, frangés comme un cbàle ou un plaid écossais, viennent reposer sur les bords du bouclier. Le bras porte en haut un fort bracelet. L'épée placée à droite est garnie à la poignée d'une garde courte et d'un pommeau Épais. L'timbo du bouclier allongé est d'autant plus intéressant que l'analogue a été recueilli dans une tombe gauloise du département de la Marne, bien antérieure à la conquête (voir la salle gauloise du second élage).

Bas-reliefs d'Entre mon t. — Derrièr&la slatue du Gaulois, sont trois moulages (n° 4) provenant de l'oppidum d'Eotremont, près d'Ail, Bouc lies- du- Rhône. Les originaux out été recueillis au Musée d'Aix. Ce sont, peut-être, les plus anciens spécimens de l'art gaulois; spécimens qui montrent bien, ce que les monnaies ont confirmé, que les Gaulois n'étaient pas artistes. Sur ces trois bas-reliefs, on voit des têtes coupées, ligures 6 et 8; sur deux d'entre eux, on voit aussi de ces chevaux mal proportionnés, très-allongés, ligure 7, qui se retrouvent si fréquemment sur les monnaies,

Fig. 6. — Bas-relief d'EDireraani, léle coupée, 1/9.

Pierre de Saint-Michel. — ■ Dans le couloir, à gauche de la première fenêtre (tout près du n» 6), se trouve fixé contre le mur, lu moulage d'une grande pierre qui , au premier

abord, parait tout à fait frusle. Mais en l'examinant avec soin, on ne tarde pas à y reconnaître des traces de sculpture ovales, comme une grappe formée de cinq ou six lûtes coupées, qui seraient tenues suspendues par une main. L'original a été découvert par le feu duc de Luyues, en faisant pratiquer des fouilles, près d'Hyères, sur les ruines d'une vieille chapelle dédiée à saint Michel.

Fig. 7. — Bas-relief d'En Ire mont, cheval gaulois, I/O.

Fig, 8. — Bas-relief d'Entre mont, ICIos coupées, 1/3.

Corps d'état gallo-romains. — Dans le couloir, contre les piliers, ont été groupés les moulages de diverses pierres tombales gauloises, provenant presque toutes du Musée d'Autun. Ces pierres nous montrent que les Gaulois, après leur soumission, étaient constitués en corps d'état, en corporations, et qu'ils faisaient mettre sur leur tombe les insignes de leur profession.

Ainsi la première (a" 6), pierre tombale de Sabinianus, porte les attributs des fabricants de cuir, des peaussiers. Devant le personnage est l'était qui sert à pincer la peau, et il a à la main le maillet qui sert à la battre.

La seconde (n"7),deGaiius, est celle d'un constructeur ou d'un architecte. Il tient à la main gauche une truelle et un marteau, à la droite un ciseau, et sur le bord de la pierre sont gravées une ascia ou hache et une scie tout à fait semblables à celies de nos jours.

La troisième (en face du n° 7), pierre tombale de Pricilla , femme deNertomarus, ne représente que leur amour sous le symbole d'un cœur.

La quatrième (en face du n° 8) porte un homme tenant au* mains deux outils qu'il n'est pas facile de déterminer. On dirait presque une serpe taillant un instrument en bois.

La cinquième (n° 8) est la pierre tombale d'un verrier, nommé Maélio. Il tient d'une main un creuset et de l'autre de grandes pinces à bouts arqués pour retirer le creuset du four- La sixième (n° 9) est la pierre tombale d'un débitant de boisson remplissant un verre.

Il s'en trouve une seplième dans le compartiment de la dernière fenêtre (n° 10). Le personnage tientd'une main un éventail circulaire à manche, et de l'autre un pot.

4'oitnnie gaulois. — Vers l'extrémité de cette série de pierres tombales, sont groupés ( n u 10) des moulages de personnages portant le costume gaulois. Les originaux se trouvent dans les Musées d'Aulun et d'Epïnal. Ce sont des hommes, le torques au cou, avec des braies ou pantalons collants, une espèce de justaucorps ou blouse ouverte par devant et croisant sur la poitrine, avec une large ceinture ; parfois, il y a un baudrier et un manteau sur l'épaule.

Cavaliers gaulois. — - Deux moulages de pierres tombales de soldais gaulois servant dans les troupes romaines, nous fournissent des documents sur le costume des cavaliers gaulois. On sait que ces auxiliaires conservaient leur costume national.

L'une (n° 12) est la pierre tombale de C. Roraanïus, cavalier dans l'Ala Noricorum. Il porte au coté droit la longue épée gauloise en fer, dont nous retrouverons de nombreux et très-beaux échantillons au second étage. Les soldats gaulois , comme les

Fig. 9. — Pian loiutiale de l'Ublen Albanus, 1(10'.

soldats romains, portaient tous l'épée à droite. L'arme se tirait on trois mouvements. Du premier on saisissait la poignée de l'épée avec la main droite, et appuyant dessus on faisait soulever

l'ensemble de l'arme. Le second mouvement consistait à empoigner le fourreau, ainsi soulevé, avec la main gauche. Du troisième on dégainait, le fourreau étant retenu par la main gauche. Ces trois mouvements sont faciles et rapides, le port do l'arme a gauche les simplifie très-peu, et si l'on songe que dans l'antiquité le côté gauche était occupé par le bouclier, on comprendra très-bien pourquoi Gaulois et Romains portaient l'épée à droite.

La seconde pierre tombale, ligure 9 (n° 13),. est celle de l'Ubien Albanus, cavalier dans l'Ala Asturum, bas-relief dont l'original orne une habitation particulière à Chalon-sur-Saône. Albanus porte l'épée romaine, large et courte. Mais le cheval a un harnachement tout à fait analogue a celui du cheval de Romanius. On y remarque surtout de grosses rondelles ou plaques métalliques qui recouvrent les points d'attache des diverses pièces du harnachement. L'Ala ou aile, dans l'armée romaine, était un corps d'alliés ou auxiliaires qui appuyait le centre composé des légions romaines. Les auxiliaires gaulois, comme les cavaliers romains, n'avaient pas d'élriers.

D'après les collections du Musée et surtout d'après les deux pierres tombales qui viennent d'être décrites, un peintre d'histoire de beaucoup de mérite, M. Chazal, a dessiné une fort intéressante restitution du cavalier gaulois. Il a bien voulu nous en donner une gravure réduite que nous sommes très-heureux de reproduire, figure 10.

Costume et armement romains.— A la suite de la pierre tombale de Romanius (n° 1 3) se trouvent appliquées contre les trois autres piliers de la salle, en se dirigeant vers la cheminée:

Pierre tombale de P. Flavohius, soldat, de la XIV légion. Pierre tombale de Q. Petilius, soldai de la XV légion. Pierre tombale de C. Valerius, soldat de la VIII' légion Auguste.

Ce sont lés moulages de has-reliefs que possède le Musée de Mayence (don de l'Empereur).

Les trois iégionnaires portent l'épéeà droite.raais les deux pre-

miers montrent en outre un poignard au coté gauche. Pélilius et Valérius sont de plus armés du pïlum.

rig. 10.

lleslilulion d'an cavalier gaulois, lirêo du Coure /uiforiftu de dessin Saprèt tel inonumcnff originaux, par L. Chazal. — Hachette, 1800.

Dans le fond du couloir du coté de la cheminée {en face du n» 6) est placé le moulage d'un bas-relief pris sur le monument romain de Besançon nommé la Porte-Noire. C'est un soldat gallo-romain en fort mauvais état, armé d'un pilum assez bien conservé.

Tout à côté est le moulage d'un bas-relief du Musée de Mayence, ainsi étiqueté :

Pierre tombale, de Leponiius?

La sculpture est fort grossière. On y remarque surtout un grand bouclier circulaire et une enseigne surmontée d'un coq.

Colonne Trojaue. — liais pour avoir des renseignements et des détails sur les costumes et sur l'armement romain, on est toujours obligé d'en revenir à la colonne Trajane, cet immense répertoire, si bien conservé. Aussi a-t-on multiplié dans la salle les scènes provenant de cette colonne (don de l'Empereur). On voit en allant de la porte d'entrée à la porte de sortie :

Cavalier romain au repos.

Escorte de Trajan attendant le départ.

Soldats romains blessés pendant un combat.

Romains à l'attaque.

Légion en marche, passage du Danube.

Soldats romains travaillant aux retraiidievients da camp.

Cavaliers romains devant leur camp.

Trajan offrant un sacrifiée aux dieux.

Catapulte armée de javelots.

Têtes de soldats daces exposées devant les tentes romaines. Ecuyer et cheval de Trajan.

Porte-enseignes de la colmrle.

Trajan visite les travaux du camp.

La tortue.

Trajan encouru;;,:, les combattants par sa présence Romains passant une rivière à gui.

Passage du Danube sur un pont de bateaux.

Combat entre la R'ju:ains et les Daces.

Attaque d'un oppidum en Dacie.

Catapulte de campagne traînée par des chevaux. Catapulte 'Je cuiiiMyiib en position.

Les Daces défendent un de leurs retranchements. Inscriptions diverses. — Les salles de l'entre-sol contiendront aussi une série d'inscription;; diverses :

i« Donnant des noms gaulois, comme le moulage d'une belle .

inscription du Musée d'Autuu, qui se trouve au-dessus de la porte d'entrée. G'est un ex-voto de G. Julius Proculus, petit-fils de C. Eporédirix.

?" Fournissant dss détails ^i.i^rai.iliiqaiii, conimi; mit in.scriptioû, également du Musée d'ÀUtun, dont le moulage se trouve sur ie montant d'une des fenêtres du cùté de la cour.

3° Exposant des titres ou signalant des charges, tels que Ja belle inscription de la préïeclure du Cahors, dont le moulage se trouve plaqué dans un entre-deux de fenêtre du cùté de la cour (en face du n° 15). G'est l'inscription honorifique du cadurque M. Luctérius, prêtre de l'autel de Rome et d'Auguste a Lyon, monument élevé à ce magistrat par la nation, civtias, des Cadurques.

Le moulage d'un monument analogue tres-im portant est placé dans le milieu de la salle en face de la cheminée. Il est connu sous le nom de Marbre de Thorigny et se trouve au Musée de Saint-Lô. 11 a été élevé en l'honneur- de T. Sennius Sollemnis, délégué à Lyon à l'Assemblée des Trois Gaules. Sur laface du milieu sont inscrits en gros caractères les titres de Sennius Sollemnis; sur les cotés, à droite et à gauche, sont gravées deux longues lettres ou certificats honorifiques.

Pierres chrétiennes. —Le Musée de Saint-Germain, qui doit contenir tous les matériaux qui concernent l'origine de notre histoire, ne peut négliger le mouvement chrétien en Gaule. L'introduction du Christianisme est un fait trop important pour n'être pas largement représenté. Mais pour le moment cette série qui sera développée avec activité ne fait que commencer.

Contre les piliers des fenêtres du côté de la cour sont places cinq moulages de bas-reliefs et d'inscriptions chrétiennes : quatre du midi de la France viennent du Musée de Narbonoe et sont d'un art assez grossier. Le cinquième est la reproduction d'une inscription chrétienne du Musée de Lausanne, portant les noms du roi Gudomaret du consul Mavorlius, c'est-à-dire de l'an 527de noire Ère. On reconnaît à la grossièreté des lettres la barbarie du temps*

Plans de east ruina. — En attendant le local définitif de la salle de César ou de la conquête, on a déposé dans la première salle de l'entre-sol, le plan do trois castrums ou camps retranchés romains (n° 14 du côté de la cour). Ils ont été exécutés avec beau-

l'intérieur. Échelle, 40 millimètres pour 10 mètres ou f /250 e .

Gastrum do Wiesbaden, rectangle à angles arrondis, triples fossés extérieurs, mur d'enceinte sans conlre-forts en terre, flanqués de six tours carrées de chaque côté, plus quatre tours d'angles; quatre portes, une au milieu de chaquo côté; à l'intérieur, abondants détails de constructions. Echelle, 58 millimètres pour dix mètres, soit 1/176' environ.

Castrum de Tébessa, forte enceinte rectangulaire en murs épais, flanqués de tours carrées irrégulièrement distribuées, sans fossés à l'extérieur ni conlre-forts en terre à l'intérieur; également sau* vestiges de constructions au dedans; deux portes seulement. Échelle, 25 millimètres par 10 mètres, soit 1/400-,

Attaque d'Avarie uni. — Cette salle 1 contient aussi, provisoirement, le plan d'ensemble de l'attaque d'Avaricum, Bourges (n» 14, derrière la statue du Gaulois). On voit le tracé de la ville, celui du camp romain, et les travaux d'attaque dirigés par les troupes de César cuntre [■:<< murs de h ville (don de l'Empereur).-

Dessine d'inscriptions. — Le Musée possède une belle et riche série de dessins d'inscriptions, exécutés sous la savante direction du général Greuly. Ces dessins ne peuvent encore, faute d'espace, être exposés au public, lis seront groupé f dans des meubles à nombreux cadres mobiles qui, sous un petit espace, pourront en renfermer une grande quantité. On retrouvera là presque toute l'épigraphie gallo-romaine.

Strf'e provisoire de O'sar o<; Je la conquête

Laseconde salle de l'entre-sol est destinée, comme la première, à contenir plus tard des autels, des tombeaux et des inscriptions, des bas-reliefs et des statues, mais pour le moment elle est transformée en salle provisoire de la conquête, ou salle de César. L'Empereur fait tous les frais de celte salle qui l'intéresse d'une manière toute spéciale.

Plan d'Alise. — En entrant dans la salle, le plan en relief d'Alise-Sainle-Reiue , Côte-d'Or(n° 17), attire immédiatement l'attention. C'est un travail remarquable, exécuté avec la plus grande précision, par M. Abel Maître, chef des ateliers du Musée, sur les relevés do l'État-Major, complétés par des travaux spéciaux et des vues photographiques. Les moindres détails sont figurés avec une scrupuleuse fidélité. L'oppidum se détache trèsnettement au milieu du pLn. Le chemin de fer de Paris-Lyon et le canal de Bourgogne se développent au-devant dans la grande plaine des Laumes. Des lignes ronges dessinent les travaux de César roconnu.spar les fouilles. L'écliollo est de 50 centimètres par kilomètre, soit 1 /2000 e . La longueur représentée est â peu près de douze kilomètres sur huit. Quatre petites cartes présentant le plan vu de ses quatre faces, servent à indiquer les noms des diverses localités.

En examinant le plateau d'Alise, si isolé, si facile à défendre, on comprend très-bien que Vercin^itnriv ot les Canlnis s'y soient retirés pour résister à César. On objecte que ce plateau est Irop petit pour contenir le nombre de Gaulois cité p;;r César. Mais on sait que, de tout temps, les généraux dans leurs rapports ont exagéré le nombre de leurs ennemis pour augmenter le mérité de

Quant aux textes anciens, je n'en dirai rien, ne les ayant pas

étudiés. Mais il me semble qu'ils doivent être bien peu clairs puisqu'ils ont donné lien à tant de discussions, entre des hommes éminents, qui les ont interprétas de manières si opposées. En les invoquant on a prouvé que l'Alcsia de César était en Bourgogne, en Franche-Comté et même en Savoie. Il faut donc abandonner ces textes et chercher ailleurs des preuves plus claires, plus convaincantes, plus certaines.

Eh bien l'archéologie fournit ces preuves, et ellessont toutes en faveur d' Alise-Sain le-Reine.

La démonstration est des plus concluantes. Pour s'en convaincre il suffit de jeter un coup d'œil sur les monnaies et les armes trouvées autour d'Alise.

monnaies des fossés d'Alise. — L'Empereur a fait, les .Commentaires de César en main, exécuter de nombreuses fouilles autour du plateau d'Alise. On a retrouvé et suivi d'une manière à peu près continue les fossés de circonvallation et de contrevallatiou, ainsi que les autres défenses que décrit l'auteur romain. Sur les points où les fossés étaient pleins d'eau et où il y a eu des combats, on a trouvé do nombreux débris d'armes et beaucoup de monnaies. Le chiffre de ces dernières monte à 619. Toutes sont anléricures au siégé d'Aksia qui eut lieu l'an 702 de Rome, 54 ans avant notre ère. Parmi ces monnaies les unes sont romaines, les autres gauloises. Les premières sont toutes des monnaies consulaires frappées sous la république et dont la plus récente est de l'an 700 de Rome.

Les monnaies gauloises, au nombre de 187, appartiennent à vingt-quatre peuples des Gaules, ce qui montre bien qu'il y avait là une armée de confédérés, venus des divers points du pays, parmi lesquels les Arvernes dominaient, et en effet, i! y a 103 de leurs monnaies. Une de ces monnaies arvernes porte le nom de Verc ingétorix ; 61 portent'le nom d'Epasnactus, autre chef arverne , qui se soumit aux Romains 51 ans avant notre ère et devint un de leurs fidèles auxiliaires. Les monnaies de ce chef se di\ iswit i 1 :) d'.;;;* catéLj-ijrit-s : eo'k'if qui tj:)L été frappées durant on indépendance et qui ont un cachet purement gaulois, puis

celles frappées après sa soumission qui reflètent une certaine influence romaine. Eh bien, toutes les monnaies d'Epasnactus recueillies dans les fossés d'Alise, appartiennent è la catégorie du temps de l'indépendance. Il est impossible d'avoir une preuve plus concluante que celle fournie par la numismatique. Les éléments de cette démonstration sont en partie exposés dans une vitrine placée dans l'embrasure d'une fenêtre (n 0 28). Plusieurs cases, au lieu de contenir les monnaies, renferment une rondelle avec un numéro de renvoi. Ce numéro correspond au médaillier où se trouve la monnaie qui devrait occuper la case, et où il sera facile de la retrouver et de l'étudier.

Armes îles fossé* d'Alise. — Une démonstration tout aussi concluante est fournie par les armes retirées des fossés d'Alise, sur les points où ont eu iieu des combats, et où l'eau et la vase ont empêché de les recueillir après l'action. Ces armes sont classées avec soin dans un grand meuble qui occupe à peu près tout un côté de la salle (n° 21). On y voit en partant de la cour et se dirigeant vers le fossé :

Une belle série d'épées en fer avec fourreaux de même métal. Ce sont presque uniquement des épées minces et longues, véritables épées gauloises du temps de l'indépendance. Cependant il y en a deux ou trois plus courtes, plus fortes qui sont certainement romaines.

Quelques carreaux ou bouts de traits de catapultes.

L":ie nonbnu-u suite tk; dObris de pihtm, arme éminemment romaine. On voit des pointes avec leurs barbelures multiples, des tiges métalliques plus ou moins longues, plus ou moins complètes, des anneaux de formes diverses qui servaient à maintenir la partie métallique dans son manche en bois.

Quatre stimulus.

Une grande abondance de pointes de lance et de sabots ou talons de lance, de longueurs et de formes très-diverses. Des pointes de javelots.

Quelques couteaux.

Des pointes de traits ou de flèches de formes très- variées.

Un casque et plusieurs jugulaires.

Divers umbos de boucliers de formes romaines et gauloises ; des fragments de garniture extérieure, petite bande métallique repliée ea guise de clienalqui entourait lo bouclier et servait à fixer le revêtement de cuir sur le bois ; quelques débris d'ornements de la face supérieure.

Une ceinture métallique.

Toutes ces armes et débris d'armes sont en fer. La partie romaine se reconnaît facilement par l'étude des bas-reliefs de la colonne Trajane. Dans ia partie supérieure du meuble on a commencé une série d'objets servant de ternies de comparaison composée de moulages, provenant des environs de Uayence, de la station gauloise de La Tène en Suisse et d'autres localités.

Dans un dernier compartiment du meuble destiné aux armes et aux objets trouvés dans les fossés d'Alise, on voit un éperon, diverses agrafes et boucles de ceinture, des fibules gauloises et romaines, et divers autres menus objets.

Série de l'époque' du bronze provenant des Lttumes. — Dans le bas de ce compartiment on a groupé plusieurs pièces, toutes en bronze, découvertes le 19 novembre 1 860, dans !e domaine de l'Epineuse, au milieu de la plaine des Laumes, devant Alise-Sainte-Reine. Des ouvriers, en arrachant un arbre sur la berge d'un fossé connu sous le nom de Fausse- BiviÈre, ont trouvé 18 pointes et 3 sabots de lances à douille, 3 liaches à ailerons, une épée avec poignée de métal du même jet, une lame de couteau à douille, une pointe de flèche à pédoncule, 38 anneaux et une grande feuille de bronze circulaire ornée d'impressions au pourtour, actuellement brisée. Cette trouvaille, tout à fait iortuite, sans mélange de fer, appartenant à l'époque du bronze pur, par conséquent entièrement indépendante des découvertes faites dans les fossés de César, figure pourtant à la suite de ces découvertes, parce que c'est elle qui a en grande partie déterminé les recherches, En I8G0, les armes de bronze étaient encore généralement attribuées aux Gaulois et aux Bo-

Modèles de campait es et d'onagres. — Les travaux préparatoires de l'Histoire de César ont vraiment rendu un grand service à l'archéologie militaire. Non-seulement les armes gauloises mais encore les armes romaines étaient presque inconnues. On se Taisait sur elles les idées les plus fausses. Nous avons vu, dans une des salles du rez-de-chaussée, des reconstitutions d'onagro et de catapultes qui ont jeté le plus grand jour sur les grands appareils de guerre. Ces appareils sont reproduits en petits modèles dans la salle de la conquëfe. Près de la porte d'entrée (n° 31) il y a un petit modèle de catapulte pour lancer les traits. Près de la vitrine des armes d'Alise (q° 31 ) est placé le modèle d'une catapulte pour lancer des pierres. A l'autre bout de la vitrine (n° 23) est un petit modèle d'onagre, monté sur son char attelé de deux chevaux. Des projectiles d'onagre en pierre, provenant des fouilles d'Alise, sont groupés dans divers coins de la salle.

nestllntlon du pilum et du javelot. — Les armes portatives étaient peut-être encore moins connues que les machines de guerre. Deux surtout donnaient lieu à d'interminables discussions : le pilum et le javelot avec son amentum. Pour trancher la question l'Empereur employa la seule vraie méthode. Après avoir fait étudier tous les textes, examiner toutes les reproductions artistiques, recueilli tous les documents archéologiques, il a fait exécuter des reproductions qui ont été essayées, et la pratique est venue confirmer les données fournies par l'érudition et la science. Ces reproductions ou restitutions de piluras et de javelots sont placées dans un râtelier à la suite de la vitrine des armes d'Alise (n° 20).

Le pilum était l'arme ■nationale de l'infanterie romaine. Figures il et 12.

Dans l'antiquité, quand des fantassins voulaient s'aborder, ils couraient l'un sur l'autre se couvrant de leur bouclier. Le fantassin romain était armé du pilum, espèce d'arme de jet, de deux mètres environ de long, formée à peu près par moitié d'un manche ou hampe en bois et d'une tige de fer terminée par une pointe

vive, courte, à plusieurs barbelures. Le soldat tenait cette arme de la main droite et, a une trentaine de pas de distance, il la lançait

Fig. 11. Fig. 19. Fig. 13. Fig. 11.

Pilum {le bois de la hampe est Javelot arec l'amontum, tronqué, la moitié seulement arma complète,

de l'arme ast figurée).

avec force contre le bouclier de son adversaire. La poinle péné-

Irait dans le bois, les barbelu ras empêchaient de la retirer, le poids du manche faisait basculer le bouclier, découvrait l'homme, l'embarrassait et le niellait à la mcr;i d'.i ï'jjJat romain, qui, le pilum lance", avait immédiatement dégainé son épée.

Dans ud cadre, en face du râtelier, sont Icsmoulagcs de trois fers de pilum; deux, trouvés dans le îihin, sont au Musée de Mayence ; l'autre, provenant du castcllum d'Orlcn, est au Muséedc Wiesbaden.

Le second compartiment de la vitrine des armes d'Alise renferme, comme nous l'avons dit, de nombreux débris de pilum, qui permettent de reconsliLuer l'arme dans tous ses détails. G'est d'après ces débris qu'ont été forgés les lers de presque toutes les reconslitu lions exécutées.

On voit par ces armes d'Alise que le soldat romain utilisait encore son pilum quand la pointe se cassait.il réappointait la lige de fer, qui dès lors devenait plus courte que dans l'orme réglementaire, et même perdait ses barbelures.

En passant en revue les bas-reliefs de la première salle de l'enlre-sol, nous avons trouvé des représentations complètes de pilum sur les pierres tombales de Q. Péliltus et d'i C. Yalérius, ainsi que sur le bas-relief de la Porte-Noire de Besançon.

Le javelot, figures 13 et )4, était un peu mieux connu que le pilum. Pourtant une de ses parties, l'amentum, demeurait un problème. L'amentuni est tout simplement une ganse enpeauoulissue fixée près du centre de gravilé de l'arme. On passe l'index dans cette ganse, et en lançant le javelot, ù l'impulsion donnée par le bras, on joint celle du doigt sur la ganse. Les essais faits par M. Maître ont fourni les résultats suivants :

Javelots lancés avec le bras seul, sans le secours de l'amentum, moyenne du jet : 30 mètres.

Javelots lancés avec le bras et l'amentum, moyenne du jet : 70 mètres.

Ces expériences montrent qu'avec l'amentum, on peut plus que doubler le jet.

Les pointes de javelots restituées ont été copiées sur celles retirées des fossés d'Alise,

-kl -

Un vase grec (n° 26), placé tout près du râtelier, sur lequel est peint un jeune homme portant des javelots avec leur amentum, montre que la restitution est bien exacte.

Armes romaines diverses. — Des cadres disséminés dans la salle contiennent !es divers détails de l'armement romain. '

Nous avons déjà signalé un cadre renfermant trois pilums; on y voit aussi le moulage d'une armature d'enseigne romaine dont l'original est au Musée de Wiesbnden.

A l'extrémité de la vitrine des armes d'Alise (au 21), faisant pendant au râtelier des restitutions, un cadre renferme des types des diverses parties de l'épée romaine. On y voit : le moulage d'une épée du Musée de Bonn, portant le nom de Sabini sur la soie, — une épée provenant de la Saône, o'fferte à l'Empereur par M. Valentin-Smilh, — le moulage d'un poignard ou courLe épée du Musée de Mayence, trouvée dans le Rhin. Au-dessus de ces épees sont des poignées en os. Il y a des moulages du Musée de Mayence, et deux pièces originales r une garde provenant do la Somme, don de Boucher de Perthes, et mie poignée sculptée, trouvée à Nîmes, don de M. Revoit. Au-dessous des lames on voit des moulages de boutcrollcs ou extrémités de fourreau en bronze provenant des Musées do Mayence et de Vienne en Autriche.

. Trois antres cadres contiennent encore des épées. II en est qui proviennent d'Italie; une entre autres a été recueillie à Ancône. Elle est d'autant plus intéressante que l'extrémité du fourreau a une grande analogie avec celle d'une autre épée provenant de Berry-au-Bac, Aisne, qui est exposée dans le même cadre.

Deux cadres qui méritent d'attirer l'attention sont ceux que l'on voit aux deux côtés de la cheminée. Celui de droite renferme une belle série des pièces de bronze qui garnissaient et ornaient les fourreaux d'épées en bois et en cuir. Il y a des bords, des bouterolles, des anneaux, etc. presque tous moulages provenant du Musée de Zurich.

Le cadre de gauche est encore plu intéressant. Il renferme les

mou lagesdedeuxbellesjugulaires, d'unfragmentdecottede maille à anneaux et d'an éperon du Musée de Mnyence ; d'un fragment de cuirasse à écailles métalliques du Musée de Zurich; de trois médaillons ou phalèrcs, décorations honorifiques qui se portaient sur les cuirasses romaines, du Musée de Vienne en Autriche.

ChttusHnre do soldat romain. — Une pièce des plus importantes es l placée sur un socle, entre le plan et les armes d'Alise (n° 22). C'est une chaussure complète de soldat romain, calii/a. Elle a été recueillie dans les tourbières des environs de Mayence, qui ont fourni tant de trésors archéologiques. Elle se compose d'une forte semelle, toute garnie au-dessous de gros clous pointus. Au-dessus sont de nombreuses petites lanières en cuir taillées à jour qui s'agrafaient, ou plutôt se fixaient avec un cordon, sur le pied et autour du bas de la jambe. En jetant un simple coup d'œil sur les bas-reliefs de la colonne Trajaoe, on reconnaît que tous les soldats romains portent des chaussures semblables.

Colonne Trajane. — La série des bas-reliefs de la colonne Trajiiiie, destinée à fournir des renseigaement.s sur les >:ostumeset les habitudes militaires des Romains, commencée au rezde-chaussée, largement développée dans la salle précédente, continue dans celle-ci. On voit, en parlant de la porte d'entrée :

Trajan recevant les tétet des vaincus.

Soldats romains au travail, construction du camp.

Soldats romains : construction du camp.

Soldats romains en faction devant leur camp.

Soldats romains devant leur camp.

Trajan visite les travaux du camp.

Romains à l'attaque.

Romains et Daces : scène de combat.

Cavalerie sarmate.

Soldats romains dans leur camp.

Soldat auxiliaire armé de la massue.

Cavaliers romains,

Daces, scène de combat.

- 40 — ■ Trajaix offre un sacrifice aux dieux.

Cavalerie barbare.

Femmes daces torturant les prisonniers romains. Soldais romains en observation.

Combat devant un oppidum dace.

Soldats romains montant à l'assaut.

1*1 « us do l'Oppidum Aduatucornm et d Uxellodnnum. — Outre le beau plan en relief d'Alesïa, la salle de la conquête contient aussi les plans d'L'xellodunum et de l'oppidum Adua'tucorum, mais a une bien plus petite échelle.

Les avis étant partagés sur le véritable emplacement de l'oppidum Aduatucorum de César, on a exécuté deux plans qui sont placés contre les piliers, entre les fenêtres, du côté de la cour. Le premier est le mont sur lequel est bâtie la citadelle de Namur (entre les n°> 29 et 30). C'est l'emplacement adopté par l'Empereur. Le second est le mont Falhize, près Iluy, Belgique (entre les B° s 28 et 29), oppidum Aduatucorum suivant le général de Gœler.

Pour lixello dunum on adressé le plan en relief du Puy d'Tssolud (n° 32, devant la cheminée]. C'est une montagne bien isolée, surmontée d'un grand plateau, dont l'accès est de toute part défendu par des parois de roches coupées à pic. Mais est-ce bien l'Uxellodunum de César? Ici, comme pour toutes les autres localités, il y a des dissidents.

Fouilles de l'Empereur. — Pour bien asseoir ses opinions et montrer la justesse de ses déterminations, l'Empereur a suivi, à l'égard de divers points contestés, la méthode qui lui a si complètement réussi à Alise. Il a fait pratiquer des fouilles sur une largo échelle. Les principaux produits de diverses de ces fouilles sontgroupés dans une vitrine (n° 19). Elle contient la plupart des objets recueillis au Puy d'Issolud, à Saint-Pierrc-en-Chàtrc et au Mout-Beuvray.

Fouilles du Mon(.»cavrBj. — Tout le côté droit de la vitrine est consacré aux produits des fouilles du Mont-Beuvray, localité exploréa avec tant d'ardeur et d'entrain par M. Bulliot.

Le Musée ne possède encore que In moitié à peine des objels recueillis. Ce sont des poteries brisées, très-variées de pâle, de forme, d'ornementation; des sépultures avec divers objets usuels; des débris de fonderie, entre autres des creusets fort curieux ; des restes d'habitation. 11 est certain que le Mont- Beuvray a eu au moins, en certains moments, de très-nombreux habitants dont on reconnaît les demeures. Il est certain, par les nombreuses monnaies gauloises qu'on y a trouvées, par le caractère d'antiquité de certaines poteries, de certaines fibules, etc., que le Mont-Beuvray devait être habité du temps de la conquête, et même auparavant. Mais doit-on en conclure que c'est bien la Bibracle de César? La question peut encore être discutée. Le Mont-Beuvray a dû être un oppidum très-fort, dominant une vaste étendue de pays, oppidum dans lequel, à des moments donnés, se sont groupés de nombreux guerriers, se sont même peut-être abritées des populations entières. Mais la position élevée de cet oppidum, exposé à tous les vents, très-sujet au froid et à la neige qui y persiste plusieurs mois, sont des conditions bien défavorables pour l'établissement d'une grande ville, très-peuplée et florissante. Et de fait, les objels rencontrés dans les maisons, dans les sépultures, montrent bien que les habitants étaient plutûl de pauvres soldats que de riches citadins, Parmi les nombreux objels recueillis, il ne se trouve qu'une fibule en argent et un tout petit anneau d'or. Les objets en bronze eux-mêmes ne portent pas le cachet du luxe et de l'aisance.

Les amphores, malheureusement à goulot cassé, qui se trouvent disséminées dans la salle proviennent aussi des fouilles que l'Empereur fait exécuter au MontTBeuvray, sauf une seule de forme semblable, mais entière, pincée dans l'angle de la cheminée, qui provient de Pompéi (don de M. de Montessuy].

Au Mont-Beuvray on a rencontré un dé ces murs de défense gaulois, construits en gros quartiers de pierre à sec, maintenus par un treillis en poutre. Ces poutres étaient fixées ensemble par de grandes chevilles ou énormes clous de fer. A côté de ces grandes chevilles en fer du Mont-Beuvray, on en a placé de tout

à fait semblables, provenant des murs de défense de l'oppidum

FonllIcn de Salnt-PIerrc-cn-Chàtre. — La récolte de iwiiit-i'ien'iî-cn-Châin.', placée en partie dans le compartiment de gauche de la vitrine, au-dessus des objets de Murceins, a été aussi très -abondante. Elle se compose des objets les plus divers. La localité offrait évidemment de grands avantages comme campement et même comme résidence, aussi a-t-clle été occupée de tout temps. Les rechorclics faites sur une grande échelle et avec beaucoup de soin ont amené la découverte de nombreux et fort intéressants objets appartenant a des époques très-différentes. L'époque de la pierre polio est représentée par beaucoup d'échantillons qui n'ont pas été exposés ici, comme s'élôignant par trop du temps de . la conquête. L'époque du bronze, déjà bien ,plus rapprochée de nous, est encore plus richement représentée que celle de la pierre. Grand nombre d'objets appartenant à cette époque sont exposés. Tout à côté sont des objets gaulois et romains, entre autres plusieurs stimulus, petites tiges de fer coudées, en forme de n mais à angles droits, avec une pointe aiguë armée d'une barbelure. C'est là un appareil romain essentiellement de défense, destiné à empêcher l'approche des retranchements. Leur présence prouve donc que des troupes romaines se sont retranchées sur ce point. Il y a aussi beaucoup de pointes de flèche en 1er semblables à celles d'Alise et des carreaux de traits de catapultes.

Fouilles dn Pny d'isaolud. — La récolte du Puy d'l>solud, qui se trouve au sommet du compartiment de gauche de la vitrine, es! peu abondante et peu caractéristique, si on en excepte un pic en fer et surtout des pièces de bois qui s'étaient recouvertes de concrétions calcaires. Ces pièces montrent qu'on a fait là une galerie pour conduire des eaux incrustantes. Les bois se sont racornis et déformés en se desséchant, mais les concrétions, maintenant vides et ressemblant à des conduites d'eau, donnent bien les formes et les dimensions des pièces.

TrBranx de César devant Uxellodunum. — Ces

boiseries d'une galerie destinée à conduire de l'eau ont ici une grande importance. On sait, d'après les Commentaires, que les Gaulois retirés dans l'oppidum d'Uxellodunum, n'avaient pour s'abreuver qu'une source située sur les parois extérieures du plateau. Afin de les réduire par la soif, César dirigea de ce côté tous les efforts de l'attaque et, non content de harceler les approvisionneurs d'eau, il fit pratiquer une galerie au-dessous de la source ce qui détourna l'eau, et força les Gaulois a se rendre.

Tout à coté du vase grec 26) est placé un plan du ravin et de la source du Puy d'Issolud, d'où sont tirés les bois et les incrustations contenus dans la vitrine des fouilles de l'Empereur. Devant la source on voit une resiilution très-réduitc de l'état présumé des appareils d'attaque des Romains.

Travail* de César de vaut Avarlenm. — Une restitution analogue et plus complète encore représentant les travaux d'attaque de César devant Avaricum (Bourges) est placée un peu plus loin (n° 23). Ces travaux se composaient de longues et étroites galeries en bois recouvertes d'un toit, le porticus des auteurs anciens. Elles protégeaient les soldats romains pour l'approche des points d'attaque et pour la construction des autres appareils en face de l'ennemi. A côté et habituellement entre ces galeries on établissait de fortes chaussées, bien planes, en troncs d'arbres accumulés les uns sur les autres et enchevêtrés. C'est sur ces chaussées qu'on faisait glisser de hautes, puissantes et lourdes tours en bois, qui s'approchaient peu à peu de l'ennemi. En poussant les chaussées jusque dans les fosses on les faisait traverser par les tours. Il était alors facile depuis l'intérieur de ces énormes appareils de battre en brèche les murs ennemis ou bien, au moyen de ponts volants, de faire une descente sur les remparts, et d'envahir les retranchements de la ville, de l'oppidum ou du camp.

Font mr le itiitn. — Devant la restitution des travaux d'attaque d'Avaricum (n° 25) se trouve un modèle du pont en bois construit par Jules César sur le Rhin, restitué d'après les

d'itails donnés dans les Commentaires. On voit d'abord un radeau armé d'un appareil sur lequel jouait le bélier destiné à enfoncer les pieux ou pilota. Ces pieux réunis trois à trois formaient des coupe-lames pour amortir le courant de l'eau et faire dévier les objets flottants. Derrière les coupe-lames des pieux accouplés réunis par de fortes poutres formant une armature en X (probablement la fibula si discutée) constituaient les pieds des travées, consolidées en aval par des pieux inclinés, contre -fie lies produisant l'effet d'arcs-boutants. C'est sur ces travées qu'était établi le tablier du pont formé de poutrelles recouvertes d'un double clayonnage.

Défense an camp de César. — L'Empereur a fait encore exécuter au 1/50 le plan d'une portion des défenses du camp de César devant Alésia (n° 18) dont nous donnons une coupe, ligure 16. Ces défenses ont été rétablies d'après les Commeniaires.

Tout d'abord, il y avait des stimulus, cachés dans l'herbe. Ce sont de petites pointes de fer à barbelure destinées à blesser chevaux et piétons. Un pieu était fiché en terre, coupé rez du sol, et sur le milieu de sa tranche on enfonçait le petit appareil en fer, figure 1 5. Plusieurs stimulus ont été retrouvés à Alise et à Saint -

Fig. 1H. — Stimulus. An 1JS.

Pierre-en-Cliâtre, comme je l'ai dit précédemment et comme on peut le voir dans les vitrines contenant le produit des fouilles de ces deux localités.

Viennent ensuite huit rangées de scrobes ou trappes à loup.

Ce sont des trous coniques, au milieu desquels se trouve un pieu solidement fixé en terre et taillé en pointe au sommet, pieu nommé lilium. Le tout est masqué par des fagots ou de l'herbe. Les chevaux en tombant dans ces trappes s'empalent et s'éventrent sur les pieux. Les fouilles d'Alise ont fait retrouver un certain nombre de ces trous. Ceux pratiqués dans les parties rocheuses étaient surtout parfaitement conservés.

Au delà sont les cippes ou branchages. Ce sont de grosses branches ou des têtes d'arbres, dont la base est fixée dans le sol et dont la partie rameuse sort de terre. Les bouts des rameaux sont tous taillés en pointe pour empêcher les tentatives de passage.

Suivent les doubles fossés, qui ont été parfaitement retrouvés et reconnus à Alise-Sainte- Reine, ils sont dominés par un talus ou rempart en terre portant sur la face extérieure des chevaux de frise, cervus, branchages appointés places horizontalement, destinés à empêcher l'assaut.

Une palissade ou treillis en bois, lorica, surmonte le rempart. Elle est garnie de créneaux, pinnx, et flanquée de loin en loin de tours en charpente et en claies.

Grande alla d'Alise. — Tout à côté du plan de défense du camp de César, se voit un grand vase, très-ventru, en terre noire, espèce i'olla, assez grossièrement fait, qui a été trouvé plaine des Laumes, à Alise, dans la partie des fossés de César qui était remplie d'eau.

Balles de fronde en plomb. — Pour terminer ce qui concerne la salle de la conquête, il ne reste plus à parler que du contenu de deux vitrines placées sous les fenêtres du côté de la cour.

Dans la première, prÈ3 de la porte d'entrée (11° 30), se trouve une collection de ces balles de plomb, en forme d'olive allongée, que les Grecs appelaient («XuCSîî et les liomains glant. Elles portent fréquemment dc3 foudres ou des inscriptions latines et surtout grecques. La vitrine renferme (don de l'Empereur) : 5 balles du plateau sacré de Camiros, ile de Rhodes, — 14 d'Italie sans

- fifi -

désignation de localité, — 2 des fouilles de Brindisi en Italie, — 1 d'Alise, — 2 de Gergovie, — 1 de Sens. Cette dernière porte l'inscription T. LABIENVS.

Une balle indiquée comme de Carcassonneî au lieu d'être en plomb, est en pierre. On l'a rapprochée de deux autres, parfaitement semblables de forme et de roche, qui proviennent de la Nouvelle-Calédonie.

A côté de ces originaux et mêlées avec eux viennent deux séries de fac-similés en plomb : l'une de la riche collection de balles antiques du Vatican, à Rome; l'autre des balles du Musée de Baie, Suisse, décrites par M. Wilhelm Vischer.

Congés militaires. — La vilrine de la fenêtre du milieu {n° 29) est consacrée aux congés militaires, diplomate. Ce sont des plaques rectangulaires de bronze, doubles {d'où leur vient leur nom), portant des inscriptions. Ces congés militaires confèrent les droits de cité, de mariage et de propriété. La vitrine contient plusieurs diplômes originaux et des moulages qui deviendront de jour en jour plus nombreux.

Trirème*. — On a placé à la suite le moulage en soufre de diverses monnaies portant au revers des représentations de trirèmes. Série complétée par le moulage d'un beau bas-relief de Naples, fixé au-dessus de la porte du côté des armes d'Alise.

Verelngétorlx et César. — Enfin la vitrine 20 contient h photographie, plus grande que nature, de deux monnaies de Vercingélorix et une curieuse collection d'empreintes de pierres gravées ou camées antiques représentant César.

»• salir.

Histoire naturelle, archéologique.

La troisième salle de l'entre-sol est consacrée à l'histoire naliii'iiUt; appliquée à l'aiditkiU;^, brandie importante et toute nouvelle de la science.

Bols de cerf préhistoriques. — En entrant dans la salle, la vue se porte tout d'abord sur divers bois de cerf décorant les murs et les dessus de porte. Ces bois proviennent des tourbièresde la Somme (don de Boucher de Perlhns), et des stations lacustres de l'âge de la pierre de Robeohausen, canton de Zurich, ou de Wangen, grand-duché de Bade. Parmi eux, il en est un, de la Somme, à droite de la porte conduisant à la salle n° \ 1 , qui offre un caractère singulier. I! porte deux andouillers à la base. Est-ce une anomalie ou une variété?

fins-relief* Egyptiens. — Au-dessous de ces bois de cerf, à droite et à gauche de la porte conduisant à la salle n* 41, sont deux moulagesde bas-reliefs égyptiens (don de M. Choret), remontant à la V' dynastie, 3,0Û0 ans environ avant notre ère, disent les étiquettes, peut-être même 4,000 ans. Sur le premier, on voit des lotus en fleur et des canards; sur le second, des canards, oies, porcs, antilopes.

Trois autres bas-reliefs analogues, de la même époque, encore plus intéressants, sont placés contre le mur, près de la fenêtre du côté des fossés, n° 39. Sur le premier sont deux bœufs à grandes cornes ; sur le second, deux antilopes d'espèces différentes.

Le troisième, qui fait face, est le plus important de tous. On y voit :

1° Des lapins en cage, ce qui montre que les Égyptiens, dans la plus haute antiquité, ne partageaient pas le préjugé qui, parait -il, chez divers peuples, a fait repousser lelapin de l'alimentation. 11 était considéré par ces peuples comme un animal impur ou malsain;

2" Des hyènes conduites en laisse. Ces animaux étaient donc alors domestiqués ;

3" De grands chiens lévriers, à longues oreilles droites, conduits également en laisse. En Europe, M. Jéitteles seul a trouvé, a Olmutz, une tête de chien lévrier qu'il rapporte à l'époque du bronze, mais qui pourrait être plus récente. Tous les autres débris de chiens des temps préhistoriques du Danemark, de la Suisse, de la France, de l'Italie appartiennent à d'autres races,

archéologique*.— Cette comparaison des races ou espèces animales ancien nés entre elles, peut fournir d'importantes données sous le double rapport historique et philosophique.

Sous le rapport historique, la recherche de la filiation des races animales et végétales peut nous conduire a découvrir et à suivre diverses migrations de peuples; a grouper ensemble des populations dont les caractères de commune origine sont difficiles a saisir; enfin à reconnaître certaines relations commerciales, industrielles et agricoles.

Sous le rapport philosophique, l'étude des animaux et végétaui préhistoriques et archéologiques peut amener la solution du plus grand problème de notre époque : le transformisme. Qui a raison de Lamarck et Darwin ou de Cuvier ? Les races et les espèces se modifient-elles avec le temps? Se transforment-ellesî Ou bien restent-elles fiscs et invariables? La question est loin d'être résolue. L'opinion des savants est partagée. Les faits positifs manquent. L'archéologie peut les donner dans un sen3 on dans un autre. Il est donc fort important de les rechercher.

Bœufs. — Pour faciliter l'étude, ie Musée rapproche les documenta de toute nature, Ainsi, au-dessus du bas-relief égyptien (no 39), représentant deux bœufs à grandes cornes, on voit le fût osseux de deux cornes du grand bœuf ancien, Bosprimigenius. L'un provient d'un fossé tourbeux de Neuville, près Amiens (don deBoacher de Perlhes) ; l'autre des draguages de la Seine au Pas de Grigny, Seine -et-Oise, où il gisait au milieu d'instruments en pierre et en bronze (envoi de M. Campagne).

Tout près, sur les deux piliers, on a placé des bas-reliefs de la colonne Trajane, représentantdes taureauxde sacrifices. Les cornes sont courtes parce qu'on choisissait pour les sacrifices de jeunes individus.

Puis dans les vitrines s'étalent une longue série d'ossements, cornes, mâchoires et dents de divers bœufs des dépôts quaternaires, des dolmens, des habitations lacustres, des terramares, des tombeaux et gisements de diverses époques.

Ossements d'animaux préhistoriques et archéologiques. — Le Musée posséda de belles séries d'ossements d'époques trèa-diffé rentes et parfaitement déterminées. Nous pouvons citer entre autres :

Alluvions quaternaires de la Somme (don de Boucher de Perthes) et du Pecq, Seine-et-Oise (don de Ph. Beaune).

Sépulture d'Aurignac (don de M. Ed. Lartet) ■. mammouth (Elephas primirjenius) , rhinocéros {lt. iirfiortiinus) , aurochs, cheval, mégacéros ou grand cerf d'Irlande, cerf commun (Cerous elaphus), renne (C. tarandus] , chevreuil, renard, loup, hyène {ffyena spelœa], grand félis (FUis spelxa), ours des cavernes (Ursus spelxus) et un petit ours (V. arctos?).

Cavernes delà Dordogne et de l'Ariége (don de MM. Lartet et Christy). L'énumération de cette faune, ainsi que de celle des alluvions quaternaires, sera donnée en décrivant la grande salle du premier étage.

Cavernes de Portugal (don de M. Pereira da Costa) : moulages de mâchoires de loup et de divers félis provenant de la grotte de Cesareda, Casa da Moura, et du Cabaço d'Arruda.

Dolmen de la Justice, a Beaumont, Oise (don de M. le comte de Ruty) : loup, chien, cheval, chèvre, bœuf ou plutôt veau, jeunes cochons et même cochons do lait.

Dolmen d'Argenteuil (fouilles du Musée dirigées par M. Leguay) : chien, bœuf, défense de sanglier ou cochon, blaireau, castor.

Stations lacustres de l'époque de la pierre, Hobenhausen et Wangen (envoi de M. le docteur Keller) : entre autres chèvre, grand bœuf, castor et surtout chiens.

Stations lacustres du Bourget, Savoie, époque du bronze et même probablement encore un peu plus récents (fouilles de M. Laurent Babut, don du Ministre de l'Instruction publique) : castor, ours brun {Ursus arctos), sanglier et cochon, cheval, cerf commun, chevreuil, chèvre, ptut-ûtre mouton, bœuf domestique, renard et chien. Le renard parait être une variété plus petite que celle qui habite maintenant le pays. Quant au chien, il esta mu-

seau court et nez retroussé, ce qui le distingue de tous les chiens cités précédemment. En effet, ceux d'Egypte étaient des lévriers à museau très-long ; ceux des dolmens, ceux des habitations lacustres de la Suisse, ainsi que ceux des terra mares, dont il sera question ciaprès, sont à museau moyen, analogues au chien de berger; c'est donc au Bourget qu'on rencontre pour la première fois un type à museau raccourci se rapprochant du dogue.

Terramares de l'Emilie, Italie (échange avec le Musée de Parme) : chevreuil, cerf commun, bceuf deux races, chèvre, mouton, cheva! très-rare, ours brun (Ursus arctos), chien doux races, se rapprochant pins ou moins du chien de berger, sanglier et cochon. Parmi les cochons, la plupart appartiennent à une race ou espèce particulière, qui se retrouve dans les stations lacustres du Bourget et de la Suisse; M. Rutimeyer l'a nommé cochon des tourbières (Sus palttslris). Les terramares sont des accumulations rie rejets d'habitations qui appartiennent à l'époque du bronze.

Accumulations de débris d'ossements de l'époque romaine a Orange, Vaucluse (don deM. Abel Maître) : bœuf, mouton, cheval, cochon.

Ces diverses récoltes, successivement classées par séries de genres, espèces et races, seront étalées dans les vitrines n"» 36 et 38.

Re présentation* d'animaux et de végétaux. —

Les débris organiques seront non-s>?ulemeiit comparés avec les grandes représentations des bas-reliefs, mais encore avec toutes cellesque peuvent fournir les statuettes, les pierres gravées, les monnaies, les vases ornés, etc. La vitrine no 34 devant la fenêtre du côté de la cour, en entrant, offre déjà un commencement de série. On y voit des monnaies romaines représentant, en fait d'animaux: la louve, l'éléphant, l'Iiippopotame, le cheval, le bceuf, le chameau, le cerf, le bouc, l'aigle, le crocodile, des serpents ; en fait de piautes: le chêne, le palmier, l'olivier, des épis. Ces monnaies (don de l'Empereur) proviennent des environs du camp.de Châlons, Marne, et de Vaison, Vaucluse, Une monnaie

gauloise des Catalauni offre une tête d'aurochs, autant que l'art grossier de celte époque peut permettre de le reconnaître .

Mêlés aux monnaies, sont des fragments de poterie rouge dite samienne, avec des lapins, chiens, lions et autres animaux, ainsi que des empreintes de camées montrant divers animaux.

IléhriM de végétaux préhistoriques et archéologiques.— Dans une vitrine plate, à droite de la fenêtre du côté des fossés (n° 39), se trouve une belle série de débris végétaux, surtout de graines provenantde diverses stations préhistoriques ou archéologiques (don de M. Gabriel deMortillet).

Époque de la pierre simplement taillée par éclats, âge du renne ou de la Madelaine, mousses recueillies à Schussenried, Wurtemberg, et appartenant à des espèces ou variétés qui ne vivent plus que vers le pôle.

Époque de la pierre polie : tres-nombreuse série de graines de3 stations lacustres de Moosséedorfsée et surtout de Robenhausen, Suisse ; blé de Marlres-de-Veyre, Puy-de-Dôme.

Époque du bronze : plantes et graines des terramareB de l'Émilie ; on y voit déjà la vigne.

Époque du bronze et première époque du fer, graines des stations lacustres du Bourget, parmi lesquelles au blé et au millet se trouvent associés le pois et la fève, ce qui n'empêchait pas de faire encore une grande consommation de glands de chêne.

Époque dufer, peut-être gallo-romaine; stations lacustres du lac de Paladru, Isère, riches en noyaux de fruits qui dénotent déjà une civilisation avancée.

Époque gallo-romaine : céréales et graines diverses de Villeneuve-Saint-Georges, Seine-et-Oise, et du Tarn.

Et autres échantillons, provenant des souterrains -refuges du Tarn-et-Garonne, des tourbières d'Olmutz, des habitations ensevelies de Thérasia a Sanlorin, etc.

Contre le mur de la porte de la tourelle, se trouve un pilot de la station lacustre de Wangen, époque de la pierre polie.

Kochea employée» à l'époque de la pierre. — En face, à gauche de la fenêtre, une autre vitrine plate (n» 39)

contient une série des roches qui ont été employées pendant l'époque de la pierre : quartz hyalin, quartz lydien, quartz ou silex pyromaque, silex jaspuidc et jaspe, grès lustré, librolithe, jadéile, saussurite ou pétrosilex, culoroniélanite, amphibolite, diorite, aphanite, trapp, porphyre, cargneule, calcaire. 11 y a des échantillons de roches prises en place et des instruments, surtout des haches, provenant de localités très -diverses. Les haches enjadéite sont très-variées. On ne connaît pas encore le gisement de cette roche. Une grande hache en cargneule ou dolomie surraagnésienne des Alpes, provenant de la station lacustre de liobenhausen, canton de Zurich, est entièrement décomposée. Il ne reste plus que le tissu siliceux, toute ia partie magnésienne a disparu ; aussi en la prenant à la main on est surpris de son extrême légèreté ; c'est presque une pierre smectique. Quand on a taillé la hache, la roche était certainement vive, lourde et compacte. Combien a-t-il fallu de siècles pour l'amener à l'état de décomposition où nous la voyons! (Don de M. G. de Mortillet. Les autres donateurs sont MM. Bailleau, Béchcrat, Boucher de Pertbes, Campagne, Damour, Relier, des Mùloizes, Ramé, deSaulcy, Steudel, Vautre y, Watelet.) Cette vitrine sera complétée autant que possible et tenue au courant des nouvelles découvertes de gisements de roches.

Antres produits mlnérrai, — La vitrine n» 38, du côté de la cheminée, outre des séries zoologiques, parmi lesquelles on remarque une belle suite de coprolithes ou excréments fossiles d'hyène, provenant de la grotte de Loubeau, près de Melle, Deux-Sèvres (don de l'Association Melkûae), contient grand nombre d'échantillons de minéralogie.

Il y a:

Une série de pièces qui, par suite d'accidenls naturels de clivages, de corrosions, de chocs, etc., ont pris des formes qui pourraient induire on erreur et qui ont même donné lieu à des publications erronées.

Une autre série, qui se forme et qui est appelée à devenir importante, est celle des matières miuérales qui ont été exploitées et recherchées à diverses époques. En fait de métaux,

on verra en première iigne, les métaux natifs, les premiers qui ont attiré l'attention de l'homme, l'or d'abord, le cuivre ensuite ; puis les minerais anciennement travaillés, ceux de cuivre, ceux d'élain, ceux de fer, etc.

Entre la vitrine et la cheminée se trouve une énorme plaque de stalagmite empâtant de gros ossements de mammifères et des débris de petits rongeurs fossiles. Elle provient de la grotte de Loubeau, ainsi qu'un autre morceau de stalagmite, rempli de coprolithes d'hyène, placé sur un socle (don do l'Association Melloise).

Un peu plus loin, sur un autre socle, est un bloc de pierre, avec une face parfaitement polie, lia été trouvé dans les sépultures du Cro-Magnon, aux Eyzies, Dordogne. C'est nn poli naturel, produit par le glissement, avec forte pression, de deux roches l'une contre l'autre. Ce poli peut tr6s-bieu de prime abord, induireen erreur l'archéologue.

Fig. 17. Fig. 18.

Crâne brachjrfphale tu de face. Crâne dolichocéphale vu de face.

Collection anthropologique. — S'il est important d'étudier les végétaux et les animaux, il est encore bien plus important d'étudier l'homme; aussi aux collections botanique et zoolo-

gique, a-t-on joint une collection anthropologique. Elle est contenue, pour !e moment, dans le grand meuble vitré n° 37.

En anthropologie, on s'occupe surtout du crâne. Les deux types extrêmes de crânes humains, sont :

Le crâne rond auquel on a donné le nom de brachycéphale.

Et le crâne long que l'on a nommé dolichocéphale.

Hg. 10.

Crûne ligure bracbycipbale vu rte profil.

Fig. M.

Crâna mârOTiusien uolicbocii pliai e va de profil.

Nous donnons le dessin de ces deux types extrêmes, vus da face, vus de profil et vus de dessus.

Le premier, crâne brachycéphale, est la représentation d'un crâne de la Haute-Savoie (don de M. G. de Mortillet), crâne ac-

tuet, mais que M. le D [ Pruner-Bey regarde comme le représentant de la population la plus ancienne de nos pays (figures 17, 19 et 21).

Le second, crâne dolichocéphale, représente un crâne mérovingien (don de M. G. de Morlillet); il provient des sépultures de l'Aisne (fig. 18, 20 et 22).

Fig. SI, Fig. sa.

Crins bradiycëpliato tu <io dessus. Criuo dolichociinhale tu de dessuj.

Les débris humains que possède le Musée sont, autant que possible, dalés au moyen des objets qui les accompagnaient. Voici rénumération de ces débris, classés par ordre d'ancienneté en commençant par les plus vieux.

Epoque de Solutré.— Moulage dedeux crânes appartenant à la collection de M. deFerry, trouvés a Soluiré, Soône-et-Loire. Ils ont été étudiés et décrits par M. le D r Pruner-Bey, qui les considère comme mongoloïdes, et les rapporte à la race finnoise. M. le D r Paul Broca et d'autres anthropologues contestent très-nettement cette assimilation. Avec ces moulages se trouve une mâchoire inférieure originale (don de M. Arcelin). Ces restes humains sont datés par des silex taillés, parmi lesquels se trouvent des pointes de lance ou de Mèche en forme de feuilles de laurier, retaillées sur les deux faces. En fait d'ossements d'animaux, il y a surtout des restes de cheval et de renne.

Epoque d'AurtRunc. — Des phalanges, une rotule, un calcanéum, un fragment de mâchoire ioféricure, un fragment de cubitns provenant de la sépulture d'Aurignac, Haute-Garonne (don de M. Ed. Lartet). Ces débris humains sont remarquables par leurs petites dimensions.

Epoque de la Mitdelaine. — Moulage d'une tête de jeune homme et de celle d'une femme de 30 ans environ, découvertes par M. Edouard Dupont, au Trou du Frontal, grotte sépulcrale des environs de Furfooz, Belgique, appartenant à la grande époque du renne.

Epoque de la pierre polie. — Ossements humains d'une allée couverte, fouillée entre-Mantes et Mézières, S ai ne -et- Oise (don de M. J. Broul).ll y a un humérus dont la fusse old crânienne n'est pas perforée. — Dolmen ou allée couverte de la Justice, àBeaumont-sur-Oise, Seine-et-Oise. A fourni : un beau crâna dolichocéphale, très-développé; une calotte crânienne et une face, avec frontal, d'adultes; un frontal déjeune enfant; cinq mâchoires inférieures très-fortes, très-larges, très-développées, et deux mâchoires supérieures (don de M. le comte de Ituty).

Moulage d'un crâne provenant de la grolte de BeLhnas, Isère, attribué à l'époque de la pierre polie {don de M. Er. Chantre).

Une tête retirée des tourbières de la Somme, et une mâchoire inférieore (don de Boucher de PerLhes). Cette dernière est très-voisine, comme forme, de la fameuse mâchoire de Moulin -Quignon, qui fit tant de bruit.

Première époque du fer. — Crâne, avec quelques objets d'ornements en bronze, de Bouze, Cote-d'Or (don de M. de Saulcy). Les objets en bronze appartiennent à l'industrie des tnnralus ou de Hallstalt.

A la même époque appartient peut-être une tête de jeune fille trouvée à Pringy, près Annecy, Haute-Savoie (moulage, don de M. Louis Bevon). Pourtant celte tôte pourrait bien descendre jusqu'à l'époque gauloise et môme gallo-romaine.

Epoque gauloise et gallo rotnalue. — Les anciens cimetières des environs du camp de Châlons, Marne, ont fourni

un assez grand nombre de crânes qui, d'après les débris de l'industrie dont ils sont accompagnés, datent les uns de l'époque de la Gaule indépendante, les autres sont postérieurs à la conquête (don de l'Empereur). — D'un de ces cimetières, désigné sous le nom de Camp d'Attila, on a retiré les ossements d'un homme de très-haute taille, un vrai géant.

M. l'abbé Baudry a cédé un crâne humain provenant d'un des puits sépulcraux de Troussepoil, au Bernard, Vendée. Il est daté par un fragment de verre romain, un contre-poids ea terre cuite, et surtout une monnaie de Posthume.

Epoque mérovingienne. — Crâne dont nous avons donné la figure (flg. 18, 20, 22). Les crânes qui se rencontrent dans les sépultures, riches en objets mérovingiens, se distinguent généralement par leur extrême dolichocéphale, les têtes sont longues et étroites, les visages en ovale très allongé.

Dolmens d'Algérie. — Enfin la vitrine consacrée à l'anthropologie renferme six crânes et une nombreuse série de vases en terre, assez grossiers, provenant des dolmens de Roknia, Algérie tdon de M. Bourguignat). M. Pruner-Bey a étudié ces six crânes. IL les considère tous comme du sexe masculin ; il en rapporte deux au type kabyle, deux au type arias, un au type nègre et un à l'ancien type égyptien. En fait d'objets d'industrie, outre les vases de formes assez particulières, il y a plusieurs bagues et bracelets fort simples en bronze. Il y a même les débris d'un bracelet déformé en argent.

Os rongea par des animaux. — Dans une vitrine plate (n° 35), au-devant des deux grandes vitrines, se trouve une série d'os rongés par divers animaux,

Epiphyse d'un humérus d'éléphant et base d'un bois de renne, provenant de la grotte des Fées, à C h â tel -Perron, Allier, portant de larges et profondes empreintes de dents d'hyène (don de M. Ed. Lartet).

Bois de cerf écorcéset même profondément rongés par desécureuils; stations lacustres de Robenhausen et do Wengen (envoi de M. Keller). ;

Os humains rongés et en partie détruits par le porc-épic,groL(e de Télamone, Toscane (dons de MM. Ed. .Lartet et Priuier-Bey). Tout d'abord, en voyant ces os rongés on avait cru que c'étaient lus restes de festius d' anthropophage s, mais les dents humaines, plus larges que les empreintes observées, ne pourraient pas entamer des os durs si profondément et si franchement.

Ossements de divers animaux des tourbières de la Somme, des habitations lacustres de la Suisse et des terra mares do l'Emilie, mordillés par des chieos de l'époque de fa pierre polie et de celle du bronze (duns de MM. Boucher de Pertheset G. de Mortillet; échange du Musée de Parme).

Coupures de ln pierre, dn bronze et dn 1er. — Tout à côté des os rongés, dans la mémo vitrine, sont des bois de cerf sciés et coupés avec des instruments de matières diverses. Les instruments en métal, surtout ceux en bronze, ont toujours été considérés comme assez précieux et conservés avec soin. Aussi rencontre-t-on souvent des stations préhistoriques où abondent les rejets d'habitation, les déchets de fabrication, os et bois de cerf, sans qu'il y ail le moindre fragment de métal. Comment dater ces stations? J'y suis souvent parvenu d'une manière certaine, par le simple examen de la taille des os et principalement des bois de cerf. G'est la démonstration de cette méthode qui est placée dans la vitrine à coté des os rongés.

Bols decerr scié* et coupé* avec la. pierre. — Les scies en pierre sont toujours plus ou moins épaisses, de sorts que le sillon quelles tracent n'est jamais bien profond, et va en s'élargissaut rapidement du fond à l'extérieur. C'est un sillon à ouverture très-évasée; évasement qui se recunnalt très-bien quand même il ne reste qu'une des lèvres du sillon, évasement qui est aussi caractéristique sur l'os et sur la pierre que sur le bois de cerf. Les couteaux en silex coupent mal et se manient diflicilement, de sorte que leurs coupures sont faibles, à nombreuses reprises, à effet peu étendu, tres-souvent renouvelé; la matière à couper est, pour ainsi dire, hachée. On peut observer tous ces caractères sur des bois de cerf provenant des stations la-

custres de Robenhausen et de Wcngen, qui appartiennent exclusivement à l'époque de la pierre (envoi do M. le D r Keller).

Bats de cerf coupes avec le bronze. — Il y a bien quelques lames de scies en bronze, mais elles sont très-rares et ont été pea ou pas employées pour travailler l'os et le bois de cerf. A l'époque du bronze, ces deux matières étaient presque uniquement taillées avec la hache, le ciseau on le couteau. Le bronze prenant un tranchant plus net, plus persistant, à l'extrémité d'une surface plus mince et plus unie, la coupure est beaucoup plus développée, plus franche, plus vive que celledes silex ou de la hache en pierre. Elle se reconnaît à première vue, quand on l'a bien étudiée, comme il est facile de s'en rendre compte en examinant des bois de cerf recueillis dans les terramares de l'époque pure du bronze, en Emilie (échange avec le Musée de Parme).

Bois de cerf sciés et coupes avee le for. — Le fer, l'acier fournissent des instruments encore bien supérieurs à ceux en bronze. Aussi avec l'acier on scie le bois de cerf et l'os très-franc, très-net, les lèvres du sillon de sciage sont parallèles, par conséquent droites, et se reconnaissent à ce caractère quand bien même il n'en reste qu'une. Les coupures sont longues, larges, bien caractérisées, comme on peut le voir sur des bois de cerf taillés et sciés, trouvés dans une station romaine en Algérie (don de l'Empereur).

En résumé on peut dire : la pierre hache, le bronze entaille, le fer tranche.

Industrie de la pierre à fusil. — La dernière vitrine, contre l'escalier de la tourelle, n° 40, est .consacrée à l'industrie de la pierre a fusil, dernier emploi du silex. Par suite de la transformation des armes à feu et de l'usage des allumettes chimiques, cette industrie tend à disparaître ; pourtant elle occupe encore une quarantaine de personnes à Meusnes, Loir-et-Cher.

On se fait généralement une très-fausse idée sur la fabrication de la pierre à. fusil. On croit qu'elle s'est pratiquée dans un grand nombre de lieux. Il n'en est rien. Elle s'est toujours faite dans un très-petit nombre d'endroits, et s'est concentrée principalement à Meusnes et aux environs, où elle se pratiquait presque exclusi-

veinent. Cela tient à ce que celte fabrication a toujours été une industrie réservée, sous la surveillance directe du gouvernement, comme la fabrication de la poudre. Cela lient surtout à ce que le silex de bonne qualité pour la pierre à fusil, c'est-à-dire se taillant facilement et donnant beaucoup d'élincellessaus se détériorer, est, a ce qu'il parait, peu répandu. Si peu répandu, que Meusnes approvisionnait presque le monde entier. Ainsi en Algérie, ainsi en Crimée, ainsi en Chine, nous avons trouvé les fusils de nos ennemis armés de nos pierres de Meusnes.

On peut juger par là combien sont peu fondées l'opinion et les critiques de ceux qui ne voient dans toutes les stations préhistoriques delà pierre, que des ateliers de pierre à fusils 1...

La collection du Musée se compose d'un pic en fer, à manche très-court, avec lequel les ouvriers ouvrent dans la craie de longs boyaux, pour aller chaque malin chercher l'approvisionnement de silex de la journée. Quant le silex est frais , quand il a ce qu'on appelle son eau de carrière, il se taille beaucoup plus facilement et plus régulièrement.

Vient ensuite une pelile masse avec laquelle on tronçonne les nodules de silex.

Un marteau pointu qui sert à écorcer les tronçons, et à les diviser en nombreuses lames.

Enûn, fixé dans un étau, un ciseau sur le tranchant duquel on transforme les lames en pierre à fusil au moyen d'une rondelle en fer fixée au bout d'un petiL manche.

En fait de silex, on voit le rognon primitif, des tronçons plus ou moins écorces, les lames détachées des tronçons, le rejet ou résidu (nucléus) du tronçon, le déchet de la taille, enfin les diverses variétés de pierre pour fusils de rempart, fusils de munition, fusilsde chasse, mousquetons et pistolets. Pierres à deux mèches ou biseau des deux côtés; pierres à dos arrondi.

Parmi les résidus de fabrication, se trouve dans un tube une fine poussière siliceuse qui, respirée par les ouvriers, les rendait . rapidement poitrinaires, et les conduisait tous au tombeau à la fleur de l'âge. Ces pauvres gens pourlant ne s'enrichissaient pas.

Lin io:d c,

En effet, les pierres a fusil, suivant leur forme et leur bonne fabrication, sepayentde 1 fr. 50cenlimcsà8fr. le mille. La moyenne est de 2 à 3 francs. Pour cette faible somme, il faut aller chercher le silex sous terre, le préparer et tailler mille pierres. Cela suffit pour montrer combien est facile la taille du ailes, quand on j est exerce.

4» salle.

Céramique.

En montant deux marches, on pénètre dans une salle qui occupe l'entre-sol du donjon, n" 41. Cette salle, destinée plus tard à l'anthropologie, va provisoirement être occupée par de la céramique. Le Musée possède de nombreux fragments de poterie de diverses époques, suffisants pour donner les formes et contours complets des vases dont ils faisaient partie. On va seservir de ces fragments pour exécuter des fac-similés des vases, et ce sont ces foc-siinilés qui doivent être réunis dans cette salle.

PREMIER KTAGK

Paliers.

Pierres tombales d'an archer. — Revenant à l'escalier d'honneur, on trouve sur le palier de l'entre-sol le moulage de la pierre sépulcrale de Monimus, soldat de la première cohorte des Iluréeus. L'original est au Musée de Bonn. C'est un archer tenant en main un arc et des flèches. Ce moulage masque une porte actuellement murée, qui plus tard donnera accès à de nouvelles salles d'inscriptions, bas-reliefs, statues, etc.

Aaiel à llcrcnle S axa nu*. — L'escalier pour aller de l'entre-sol au premier, est divisé en deux rampes, avec un large . et élégant palier entre deux. Ce palier est orné d'un fort bel autel en pierre, à Hercule Saxanus, recueilli à Norroy-sous-Prény, Meurtbe (n° 1 du plan de l'entre-sol). Cet autel a été dédié à

Hercule Saxanus ou Hercule des rochers, par les vexillaires des légions romaines du Rhin qui exploitaient des carrières. Deux autels, avec la même dédicace, se trouvent l'un à Nancy, l'autre à Bruxelles.

Pierre tombale d'un porte -enseigne. — Sur le palier du premier étage se trouve la pierre sépulcrale de Pintaius, signifer ou porte -enseigne de la cinquième cohorte Aslurieone. C'est le moulage d'uoe stèle du Musée de Bonn. Comme toujours, chez les Romains, l'épée est à droite; au côté gauche est un poignard court et large. Pintaius est recouvert d'une peau de lion, dont les pattes de devant passant par-dessus les épaules viennent se croiser sur la poitrine, et dont la tête sert de coiffure remplaçant le casque. C'est le costume caractéristique des signifersy comme on peut le reconnaître en examinant les bas-reliefs de l'arc de Constantin et de la colonne Trajane.

La porte que masque actuellement ce moulage est celle de la salle définitive de la conquête ou de César.

4" salle.

Pierre simplement taillée.

Au-dessus de la porte d'entrée des galeries actuelles on lit, en lettres d'or, sur une plaque de marbre noir :

Époques anti-historiques. — Agede la pierre.— Salles I, II, III.

Organl nation générale, — La salle I du premier est réellement le point de départ du Musée. C'est elle qui renferme les plus anciens vestige? de l'industrie humaine.

Cette salle se divise en deux parties, La première moitié du côté de la porte d'entrée renferme tout ce qui rentre franchement dans les temps géologiques, tout ce qui se rapporte aux terrains tertiaires et aux dépôts quaternaires,

La seconde moitié est consacrée aux cavernes qui ont fourni

des Iraces si abondantes et si intéressantes de l'antique existence de l'homme.

Le principe et le fond des séries contenues dans cette salle est d'une part k collection quaternaire de Boucher de Perthes; de l'autre la collection de MM. Édouard Lartet et Henry Christy.

C'est grâce à la persistance et à l'énergie de Boucher de Perthes que l'existence de l'homme aux temps géologiques est devenue une vérité admise par tout le monde.

C'est grâce an don qu'il a fait de sa collection, que le Musée de Saint-Germain doit l'élargissement de son cadre et son organisation actuelle. Aussi est-ce avec un juste empressement qu'on a placé le buste en marbre de ce savant et généreux donateur en face des vitrines contenant sa collection, à droite de la cheminée, n° 3. Ce buste, exécuté en 1865, est l'œuvre de M. Gédéon Forceville. Il représente Boucher de Perthes à l'âge où il a commencé ses recherches dans les assises quaternaires.

Du côté opposé de la cheminée, a" 4, se trouve le buste, aussi en marbre, de Henry Christy, que nous avons eu également le malheur de perdre; buste exécuté en 1867, par un artiste anglais, M. T. Woolner.

Antiquité de l'homme. — Jusqu'à présent la chronologie , basée uniquement sur les données hébraïques, ne faisait remonter l'apparition de l'homme qu'à 6' ou 7,000 ans. Ce sont là les principes de la chronologie courante, de la chronologie classique, de la chronologie qui sert encore de base à l'enseignement. Les interprètes les plus osés, d'après les Tables Alphonsines, poussaient l'ancienneté de l'humanité jusqu'à 8,855 ans (6,984 ans avant notre ère) ; mais tout à coté, d'autres rajeunissant l'homme, avec certains talmudistes, ne lui donnaient que 5,653 ans (3,784 ans avant l'ère actuelle). Ainsi 6 à 7,000 ans santnon-seolement l'opinion généralement admise, mais encore la moyenne de toutes les opinions.

Pourtant, dès le siècle passé, cette chronologie historique fut fortement ébranlée par l'étude des peuples orientaux, des Chinois et des Indiens d'abord , des Égyptiens ensuite. Les savants qui se.

vouèrent à cette éluda ne purent enfermer les anciens document! et les anciennes civilisations dans les six ou sept mille ansclassïques. Ils se virent forcés de donner à l'homme une beaucoup plus grande ancienneté. Mais ce furent opinions de savants qui ne pénétrèrent pas dans la vie courante, restèrent étrangères aux. hommes du monde, et ne se généralisèrent pas. C'est tout au plus si l'on admit, dans le public, que la belle civilisation égyptienne pouvait remonter à cinq ou six mille ans.

Vint alors la géologie, qui nousappritque la terre avait souvent, bien souvent , changé d'aspect, que les plantes et les animaux s'étaient fréquemment modifiés et plusieurs fois renouvelés d'une manière à peu près complète.

On en était là quand les Schmerling, les Tournai, lesChristol, lesBoué, les Boucher de Perthes, les Lartet, les Desnoyers, les. Prestwich, les Evans, les Lyell, etc., démontrèrent de la manière la plus claire, la plus nette, la plus précise, que l'hommea assisl-j aux derniers eh.iH^'jmcnts j^o logique s, a été le contemporain de la dernière faune éteinte. Aux temps historiques, il faut donc ajouter an moins toute une période géologique, ce qui rejette l'homme bien loin au delà de toutes les données chrono-. logiques admises jusqu'à ce jour, même au delà de celles supputées par les savants qui ont étudié la Chine, l'Inde et l'Égypte.

]i paraît en outre que l'homme, non-seulement a vécu pendant la dernière période géologique , pendant l'époque quaternaire, mais encore dans des temps bien pins reculés, pendant l'époque tertiaire. M. l'abbé Bourgeois, le premier, a reconnu des traces de l'homme dans les couches moyennes de cette époque. Depuis, le même fait a été signalé par des savants de Californie. L'homme auraii donc assisté à diverses révolutions géologiques, il aurait vu la faune se renouveler trois ou quatre fois autour de. lui, ce qui lui donnerait une incalculable antiquité.

nomme tertiaire. — La question de l'homme tertiaire est trop importante pour qu'on n'ait pas cherché à réunir tous les documents qui s'y rapportent, ils sont groupés dans deux vitrines, n° 5, entre la cheminée et la fenêtre du côté des fossés. J'ai exa-

miné avec le plus grand soin et la plus extrême impartialité ces documents. Pour moi, plusieurs n'offrent aucun caractère archéologique ou anthropologique. D'autres, au contraire, portent d'une manière incontestable les traces de l'intervention de l'homme. Cela suffit pour établir que l'homme existait à cette époque.

Silex taillés oligocènes de Thcnay. — Le fuit te plus clair, le plus net, le plus concluant de l'existence de l'homme à l'époque tertiaire est celui signalé par M. l'abbé Bourgeois; il s'agit de silex taillés trouvés à Thenay, Loir-et-Cher, dans des couches qui se rapportent aux sables île l'Orléanais et ans calcaires lacustres de Beauce. Ces deux assises sont rangées par les géologues dans les terrains éocùnes supérieurs ou oligocènes, c'est-à-dire comme division dans la partie tout à fait supérieure du tertiaire inférieur ou à la base du tertiaire moyen, comme temps à peu près au milieu de l'époque tertiaire. Les paléontologues nous apprennent que, depuis le dépôt de ces terrains, la [aune mammifère s'est profondément modiliée trois ou quatre fois. La date relative de ces assises est parfaitement établie; reste à savoir si les silex signalés portent bien les traces d'un travail intentionnel et s'ils proviennent bien décidément des assises indiquées ?

M. l'abbé Bourgeois a eu l'obligeance de donner au Musée une série de ces silex. Evidemment ii a dû garder les meilleurs dans sa collection, et pourtant, à mon avis, ceux qui se trouvent dans la vitrine du Musée ue laissent aucun doute sur l'intervention de l'homme. Opinion qui est partagée par presque toutes les personnes qui les ont examinés avec soin.

Il y a d'abord une série de ces nodules anguleux qui ont été désignés souvent sous le nom de pierres de fronde, et qui me paraissent être des casse-tétes dont on trouve les analogues à des époques beaucoup plus récentes.

Puis viennent plusieurs échantillons de silex tout fendillés, tout craquelés, qui portent les traces de l'action du feu. Ce feu a-t-il été allumé par l'homme! C'est probable; pourtant on peut aussi supposer qu'il a été accidentellement allumé par la foudre incendiant des forêts ou des bruyères.

Mais parmi les pièces qui suivent, il en est qui ne laissent plus de doute sur l'intervention de l'homme. Ce sont de petits éclata de silex, obtenus non par la percussion mais par l'étonnement au feu, soigneusement retaillés sur certaines arêtes. Ces retailles sont d'autant plus sensibles que, les autres arêtes restant vives, on voit bien qu'elles ne sont pas dues au roulis ou à des chocs accidentels. En outre, elles sont disposées de manière à reproduire certaines forme* bien di'rliniu.s utiiisi'es îi des époques où l'homme existait bien certainement. C'est ainsi qu'à côté de deux pointes de l'oligocène de Thenay, M. Bourgeois a placé une pointe tout à Tait analogue du plateau de Pontlevoy, incontestablement façonnée par l'homme.

A mon avis, les pièces les plus concluantes sont celles taillées en grattoir. On donne lo nom de grattoir à des éclats de silex dontl'exlrémiLé, laissée lisse sur la face la plus plane, est finement retaillée sur l'autre face, de manière à décrire une courbe plus ou moins arquée etàformer une section plus ou moins régulière de sphère ou d'ovoïde. La forme grattoir se retrouve a toutes les époques, depuis - les temps les plus recules jusqu'à nos jours, par exemple chez les Esquimaux, aussi bien dans l'ancien que dans le nouveau continent. Eh bien, parmi les silex de Thenay, il y a une série très- nette ment taillée en grattoir. Excellente démonstration.

Les silex de Thenay portent donc bien la trace d'un travail humain ; reste à s'assurer si réellement ils proviennent des couches oligocènes. Sur ce point, on pourrait s'en rapporter pleinement à M. Bourgeois, observateur habile, plein de critique et de discernement. Non content de recueillir des échantillons sur les éboulis et les affleurements de couches, M. l'abbé Bourgeois a exploité les couches elles-mêmes, et a surtout fait sa récolte dans leur intérieur au vif de la couche.

Et puis les échantillons portent en eux-mêmes le cachet de leur provenance, de leur origine , de leur authenticité, Ils sont eu un silex tout à fait différent de celui de la surface. Impossible de les confondre. En outre, comme je l'ai déjà dit, leur mode de taille est tout différent. Jusqu'à présent nous ne connaissions que

les éclats obtenus par percussion, ceux de Thenay proviennent du craquelage ou étonnement au feu. C'est là une distinction industrielle bien nette, bien caractérisée, qui dénote une époque préhistorique toute différente, plus ancienne que le quaternaire puisqu'à cette dernière époque la percussion était déjà généralement et exclusivement employée.

Enfin M. l'abbé Bourgeois vient de m'écrire que le doute n'est plus permis ptiisqu'en creusant un puits jusqu'aux couches se rapportant à l'assise du calcaire de Beauce il a découvert des silex taillés semblables à ceux recueillis dans l'exploitation a ciel ouvert.

Vàtc dlinli(li<-riui» Incisée. — M. Bourgeois ayant tout d'abord confié son importante découverte à M. l'abbé Delaunay, ce savant a cherché à la contrôler et à la confirmer dans d'autres gisements et il a été assez heureux pour rencontrer dans les faluns des environs de Pouancé, Maine-et-Loire, le squelette d'un halilhérium, espèce de cétacé fossile, dont plusieurs os portent de profondes incisions. Les faluns plus jeunes que le calcaire de Beauce, appartiennent au miocène moyen. La faune de ces deux assises est tout a fait différente l'une de l'autre, raaisce n'est point encore la faune quaternaire. M. Bourgeois a bien voulu donner au Musée un fragment de cote de cet halilhérium. On y voit une profonde incision coudée, c'est-à-dire faite en deux reprises, ce qui montre qu'au lieu d'être un simple produit naturel de frottement et de pression, elle a dù être faite par un instrument tranchant, preuve de l'intervention de l'homme. Les échantillons possédés par messieurs Bourgeois et Delaunay sont encore bien plus concluants.

mftenolre de rhinocéros entaillée de BIHy. — Mais en fait d'os entaillés il faut être fort circonspect. Dans les vitrines 5, tout près de la cote d'halithérium, se trouve le moulage d'un fragment de mâchoire inférieure de Rhinocéros pteuroceros fortement incisé. Cette mâchoire provenant du calcaire lacustre miocène de Billy, Allier, a été présentée, par M. Latissedat, à l'Académie des sciences, séance du 13 avril 1868. Les

Incisions de cette mâchoire me paraissent de simples effets de frottement. Elles sont trop fortes, trop profondes, sur un os trop dur pour avoir pu être faites par un couteau en silex. Ce seraient donc le produit de coups de hache ; or ta hache frappant obliquement fait une coupure nette qui se termine par une portion éclatée dont le résultat est une cassure rugueuse et plus ou moins abrupte. Tel n'est pas le cas dans !a mâchoire de BiHy, toute l'entaille est lisse, polie, à surfaces planes ou arrondies, comme le ferait une usure et un polissage par frottement. En outre les coupures avec le silex laissent des stries dans le sens de la marche de l'instrument, ici les stries sont dans le sens inverse, dans le sens du glissement du corps rodant et polissant.

Comme terme de comparaison le moulage de la mâchoire de Billy est accompagné d'un caillou de quartz! ta deTavel, Gard, qui malgré sa dureté a été fortement impressionné (don de M. G. de Mortillet) et d'un fragment d'os de grand mammifère des alluvions quaternaires du Pecq, Seine -et-Oise, doublement entaUlé par frottement,

Ob massés de Santan, — Huit jours après la communication de M. Laussedat, MM. Garrigou et Filhol prièrent l'Académie des sciences d'ouvrir un pli cacheté, déposé depuis un an ou deux. Dans ce pli, ces messieurs signalent les os miocènes de la colline de Sansan comme ayant été cassés intentionnellement par l'homme. Grâce à la générosité du savant explorateur de la colline de Sansan, M. lidouard Lartet, qui avait fourni les.os étudiés par MM. Garrigou et Filhol, le Musée possède une série de ces os appartenant à un petit cerf, le Dicrocmis eltgans. Tous les os sont cassés, mais M. Larlet pense que ce sont des cassures natutrelles et je partage son opinion.

Ainsi quatre faits ont été mis en avant pour prouver l'existence de l'homme tertiaire en France; sur ces quatre faits deux, cassure des os de Sansan et incision de la mâchoire de rhinocéros de Billy, me paraissent devoir être écartés comme mal interprétés. Le troisième, incision des os d'baltluérium de Pouancé, est beaucoup plus concluant. Quant au quatrième, silex tailles de l'assise

du calcaire de Beauce de Thenay, c'est une démonstration qui ma , parait sans réplique.

Dans tous les cas le Musée de Saint-Germain réunit, autant que possible, tous les éléments de !a discussion.

Silex de Salot-Preit, — M. J. Desnoyers a le grand mérite d'avoir le premier indiqué l'homme comme antérieur aux alluvions quaternaires de la Somme et de la Seine. Ce août les sablières de Saint-Prest, Eure-et-Loir, appartenant au pliocène supérieur tertiaire le plus récent, ou au quaternaire le plus inférieur, quiluiontfournilesëlémentsde sa démonstration. M. l'abbé. Bourgeois, qui a confirmé la découverte de M. Desnoyers, adonné au Musée quelques silex de ce gisement ; malheureusement sur ces pièces les indices de taille ne sont pas très -frappantes bien que fort sensibles.

Silex quaternaire d'Abhc ville. — En arrivant à l'époque quaternaire, la taille du silex est si franche, si claire et si nette, qu'elle frappe immédiatement la vue, qu'elle s'impose à l'esprit, sans qu'il soit besoin d'études approfondies et d'examen attentif. Pour se convaincre, il suffit de jeter ud simple coup d'ceil sur les vitrines 16 à 19 et sur la vitrine 7.

Les vitrines 16 et 17 contiennent plus spécialement les échantillons récoltés par Boucher de Perthes dans les alluvions quaternaires d'Abbeville, Somme. Tout à fait au commencement de la première de ces vitrines, regardant l'entrée, sont groupés ceux de ces échantillons qui ont servi de point de départ et de base démonstrative à l'importante découverte de notre illustre compatriote. C'est tout d'abord une petite hache bien caractérisée, recueillie par Boucher de Perthes, en 1832, dans une carrière quaternaire do Thuison, commune d'Abbeville. Ce sont ensuite trois autres pièces datant toutes les trobd'avant 1840. Ces pièces, bien certainement, n'auraient pas suffi pour convaincre, les incrédules, mais il n'en a pas fallu davantage pour éclairer l'homme de génie. Heureusement, les échantillons qui viennent ensuite, choisis dans la collection Boucher de Perthes, ne laissent plus de place au doute. Ce sont surtout et presque exclusivement des

silex [ailles a grands éclats, dans des formes plus ou moÎDS amygdaloïdes, allant de l'ovale à la pointe. On a donné a ces instruments, dont le véritable usage n'est pas encore bien déterminé, le nom de haches quaternaires ou haches du type de Saint- Acheul. Les ouvriers du déparlement de la Somme les ont appelées, à cause de leur forme, langues de chat. Avec ces haches se trouvent quelques lames nu éclats longitudinaux de silex qui ont pu servir de couteau et de scie, et qui, retaillés seulement sur une face et terminés en pointe, formaient des bouts de lance ou de javelot (fig. 23).

Fig. M-

Pointe type du Mousliers, des aabliires quaternaires d'Abbeville, vitrine n» 17, an ï/3. ■

Silex quaternaire* de Salnt-Aelienl. — La grande et belle découverte de Boucher de Perthes fut d'abord généralement repoussée. La présence d'objets d'industrie humaine dans les dépôts de l'époque quaternaire vieillissait tellement l'homme, que même les partisans des antiques chronologies chinoises, indoues et égyptiennes refusèrent de l'admettre. La première conversion importante que fit le savant d'Ahbeviile fut celle du docteur

ttigolloL d'Amiens. Rigoliot avaiL tout d'abord combattu les idées de Boucher de Perlhes, et, dans le but de les réfuter complètement, il se mit à étudier avec soin les sablières quaternaires des environs d'Amiens, surtout celles de Saint-Acheul. Cette étude, faite consciencieusement parun observateur habile, amena un résultat tout différent de celui qu'on attendait. Le docteur Rigoliot rencontra dans les dépôts quaternaires, bien en place, non remaniés, de Saint-Acbeul, des silex incontestablement travaillés par l'homme, associés à de nombreux ossements d'animaux éteints, il se rendit à l'évidence, et revenant sur ses opinions passée?, il proclama bien haut la vérité qu'il venait de constater. La vitrine n° 18 contient plusieurs des échantillons qui ont amené la conversion du docteur Rigoliot.

Tout à côté se trouve une hache remarquablement taillée provenant de la fouille faite par M. Alhert Gaudry en septembre 1859, fouille dont les détails sont consignés dans les Comptes-rendus de l'Académie des sciences. On se rappelle que M. Gaudry fit pratiquer, àSaint-Achcul, une excavation large et profonde, sans perdre de vue les ouvriers, et qu'il y recueillit neuf haches associées à des ossements d'animaux.

Les autres échantillons proviennent du don de Boucher de Perthes ou d'achats que j'ai faits moi-même aux ouvriers des carrières. Les exploitations de Saint-Acheul étant fort importantes, continues, bien en vue, faciles a étudier, a un niveau assez élevé au-dessus de la Somme, très-riches en silex taillés et ossements fossiles, avec une stratification très-nette, sans remaniement, ont été choisies comme localité classique pour ce qui concerne la question quaternaire. C'est pour cela que le type de hache caractéristique de cette époque a été désigné sous le nom de type de Saint-Acheul.

Série de démonstration.— Pour faciliter l'étude des silex de l'époque quaternaire, on a réuni dans la vitrine n° 7 une série des principales modifications ou variétés de forme. Dans le milieu de celte vitrine on voit une rangée de haches du type de Saint- Acheul qui, partant de la forme allongée, mince et pointue.

aboutit presque à la forma circulaire, ea passant par les amygdaioïdes et les ovalaires. Ces pièces proviennent toutes des environs d'Abbeville et de Saint-Acheul. La plupart ont été données par Boucher de Perlhes.

Dans cette série, les plus intéressantes sont : le n' 5, en forme de points de lance et même de lame de poignard, étroite, trèspointue, avec un fort renflement a la base, taillée avec beaucoup de soin, tellement de soin que l'œuvre de l'homme ne peut être méconnue et niée même par les personnes les plus prévenues et les plus difficiles à couvaincre (Gg. 24}. Cette pièce provient des -sablières quaternaires de Mautort, près Àbbevillè (don de Boucher de Perthes).

Fig. il. Fi t . as.

HaeheqnaEorflairoiis Mauiorl, Hache qui. termirc do Saint-Achcul, a» 5 de la vitrine 7, au 1/3. n° 10 d« lï ïilrinc 7, au 1/3.

La. pièce a" i, d'une forme amygdaloide allongée" est aussi très-finement et délicatement travaillée; comme la précédente elle porte de la manière la plus frappante les traces de l'intervention intelligente de l'homme ; elle est même si fraîche, qu'on : serait tenté de la croire toute récente, si elle ne présentait pas des concrétions calcaires. Ces concrétions étaient abondantes; on les «en grande partie détruites pour nettoyer la pièce, n'en laissant

que quelques piaques par derrière, suffisamment pour convaincre les incrédules. Grâce à ces concrétions, en acquérant cette pièce dans les sablières de Saint-Acheul, j'ai pu constater très-exactement la couche de gravier d'où elle provenait.

La hache n° 10(lig. S5), ovale, de Saint-Acheul (don de Boucher de Perthes), a conservé un tranchant très-vif sur tout son pourtour.

Le n» 12, que j'ai acquis à Saint-Acheul, est fort intéressant, parce que, bien que provenant des sablières quaternaires, il est tout à fait semblable à certaines haches des plateaux pauvres en silex.

Le rang supérieur de la vitrine contient : des échantillons du plus grand module. Le n° 20, de Mautort, près Abbeville, a longueur 0™ 265 et largeur 0»» 1 35.

Des échantillons du plus petit module : hache lancéolée de Saint-Acheul : longueur, 0,088; largeur, 0,049 ; — hache amygdaloïde de Mencheconrt : longueur, 0,064; largeur, 0,041 ; — hache ovalaire d'Abbeville : longueur, 0,055 ; largeur, 0.044.

Ciseau : hache terminée par un biseau tranchant au lieu d'être terminé par une pointe ; Abbeville (don de Boucher de Perthes).

Racloir : silex lisse sur une face, bombé sur l'autre et ayant un côlé en arc de cercle finement retaillé ; Mou lin -Quignon à Abbeville (don de Bouclier de Perthes).

Disque : éclat de silex taillé en rond ; fouilles de l'Hôpital a Abbeville (don de Bouclier de Perthes).

Perçoir : petite bacbe dont la pointe amincie intentionnellement sur les côtés forme comme une dent ; acquis dans les sablières de Saint-Acheul.

Viennent ensuite des haches, grandes et petites, des deux principales formes, conservant à la base un talon non taillé, comme pour servir de poignée ; Saint-Acheul et Abbeville.

Caractères d'authenticité.— L' intervention de l'homme dans la taille des silex que renferment tes vitrines 7, 16, 17, 1 8 et 19 est tellement évidente qu'elle ne fait plus question pour personne. Les incrédules, changeant de tactique, ne nient plus les pièces, mais contestent leur authenticité. . . ■ . : i

— Qu'est-ce qui prouve qu'elles sort anciennes? disent-ils.

Pour leur répondre, on a réuni sur le gradin d'en bas de la vitrine n° 7 une série d'échantillons montrant tous les caractères qui peuvent servir à reconnaître l'authenticité des pièces.

Ces caractères sont :

1° Les concrétions ou enduits slalaclitiques. Les eaux chargées de carbonate de chaux en dissolution, filtrant dans les cavernes ou à travers les graviers, déposent parfois, avec le temps, un enduit plus ou moins épais de calcaire cristallin. La hache de Sainl- Acheul n° 25 en est presque entièrement recouverte.

?» Les dendrites. Dans les fentes et au contact de deux pierres, il se forme souvent un léger dépôt minéral, en général de manganèse noir, sous forme de petite tache ou de cristallisation avant l'aspect de brins de mousse. C'est ce qu'on appelle des dendrites. Deux haches de Saint-Acheul, n° ! 2G et 27, en sont couvertes.

3° Le roulis. Lorsqu'une pierre, quelque dure qu'elle soit, est roulée par un cours d'eau, les angles s'émoussent peu à peu et Unissent pars'effacer. Quand une hache , comme celle du no 28, provenant de Sainl-Acheul, porte des traces aussi évidentes de roulis, il est bien clair qu'elle ne vient pas d'être faite par un faussaire.

4 D Le vernis. Les silex taillés depuis un certain temps et soumis aux actions extérieures deviennent brillants à la surface, comme la hache n* 29 de Saint-Acheul. Les silex, au contraire, fraîchement taillés, sont toujours a cassures plus ou moins ternes, plus ou moins mates.

5» La patine. C'est une altération plus ou moins profonde de la surface de la pierre, qui habituellement occasionne un changement de couleur. Si le vernis est un bon caractère d'authenticité, la patine naturellement doit être un caractère bien meilleur encore. Cette patine varie de couleur suivant la nature du ailex et suivant les milieux dans lesquels se sont trouvés les échantillons. La vitrine W 7 montre des patines allant du plus beau blanc au brun foncé. Sur une hache de Saint-Acheul, n° 3 1 , entièrement patinée de blanc, un éclat fraîchement enlevé laissa

voir la couleur noire de l'intérieur, couleur de la pierre oon altérée. Une autre pièce de Menchecourt, n° 32, avec patine jaunâtre, a été brisée peur montrer que la patine ne forme qu'un revêtementextérieur qui ne pénètre pas profondément.

Coupe <lc IHeDehecourt. — Une dernière objection faite par les adversaires de l'antiquité de l'homme porte sur le gisement. Pour détruire cette objection, on a placé contre le mur, du coté de la cheminée, n° 6, la coupe géologique des deux gisements quaternaires les plus connus, les mieux étudiés : la coupe des sablières de Menchecourt a Abbe ville et celle des sablières de Saint-Acheu à Amiens. Ces coupes ont été exécutées d'après des dessins donnés par M. Ed. Collomb, à l'échelle de 25 centimètres par mètre, ou, en d'autres termes, au quart de la grandeur réelle.

Sur la craie blanche, qui se trouve à la base des dépots quaternaires et par conséquent de )a coupe, reposent en allant de bas en haut, c'est-à-dire du plus vieux au plus récent :

1° Une assise de graviers et cailloux roulés, formés de silex de la craie remaniés,

2" Des sables blancs très-purs^ par conséquent rudes au loucher ; ce qui les a fait nommer sables aigres par les ouvriers.

3° D'aulres sables plus ou moins mêlés d'argile, par suite, plus ou moins onctueux et doux au toucher ; ce qui leur a valu le nom de sables gras.

i" Une terre rouge clair très-Ane avec des graviers roulés.

5° Une terre rouge sableuse avec graviers anguleux.

6» Enûn, la terre végétale qui recouvre le tout.

Coupe de Saint Aclicul. — La coupe de Saint-Acheul est tout à fait analogue. Le terrain quaternaire , comme à Menchecourt, repose sur la craie blanche, et l'on a do bas en haut la succession suivante :

i" Graviers et cailloux roulés, avec lentilles de sables intercalées.

2° Sables purs ou aigres.

3° Sables argileux ou gras, avec petits graviers roulés sur certains points.

4° terre argilo-sablense plus ou moins colorée ea rouge, avec graviers anguleux.

■ 8° Terre végétale formant recouvrement.

Ces deux coupes montrent qu'il y a quatre éléments communs aux deux coupes: les cailloux Je la base, le sable aigre, ie sable gras et la terre argilo-sableuse à graviers anguleux. Ces éléments essentiels se retrouvent généralement dans tous les dépôts quaternaires et toujours dans le mfime ordre; il n'oxiste entre les divers gisements que quelques différences de détail. Ainsi, à Menchecourt, voyons-nous une couche n° 4 argileuse rouge qui manque à Saint-Acheul ; mais cette couche à petits cailloux roulés évidemment se rattache au sable gras.

C'est parmi les cailloux, tout à fait à la base du dépôt quaternaire, que se trouvent le plus abondamment les silex taillés. Les plus frais, les mieux conservés sont même au contact de la craie. Les cailloux contiennent aussi en assez grande abondance des ossements et surtout des dents de mammouth, de rhinocéros, d'hippopotame, d'aurochs, etc., dents et ossements qui, bien qu'au milieu de cailloux roulés, sont pourtant souvent parfaitement conservés et intacts, ce qui montre qu'ils ne proviennent pas de terrains plus anciens et qu'ils n'ont pas été remaniés ni roulés. Ce sont bien les contemporains des silex taillés.

Débris d'animaux éteints et vestiges de l'industrie humaine se retrouvent aussi dans les sables aigres et sables gras, mais moins abondamment.

On rencontre encore parfois quelques haches du type de Saint- Acheul jusque dans la terre argilo-sableuse à graviers anguleux.

Puis, vers la surface, dans la terre végétale, apparaissent les haches polies, produit d'une industrie beaucoup plus récente. Mais ces haches polies ne descendent jamais dans les sables gras et aigres. Elles ne pénètrent même pas dans les terres argïlosableuses rouges à graviers brisés. C'est une preuve très-positive qu'il n'y a pas eu remaniement depuis l'époque de la pierre polie, c'est-à-dire depuis une très-haute antiquité.

Dans la coupe de Saint-Acheul, on aperçoit vers le sommet

deiii tombes gallo-romaines, intactes, pénétrant à une profondeur qui a dû être celle qu'elles avaient primitivemeDt. Le sol, non-seulement n'a pas été raviné, mais n'a donc pas même varié depuis seize à dix-sept cents ans.

Une autre preuve fort concluante que haches en silex et ossements d'animaux éteints, des cailloux et des sables aigres, sont tien enfouis depuis l'époque quaternaire, se lire de la présence dans les sables gras d'une grande abondance de petites coquilles terrestres et d'eau douce. Ces coquilles sont très-fragiles et pourtant parfaitement conservées. S'il y avait eu le moindre remaniement à une époque quelconque, évidemment elles auraient été brisées et détruites.

Tout concourt donc a démontrer de la manière la plus évidente que les haches en silex taillées à éclats, des alluvions quaternaires de la vallée de la Somme, sont bien en place dans un terrain vierge non remanié.

Polypiers trônes. — Revenant à la vitrine n" 19, on voit de petites boules blanches, perecesd'un trou, cniiléesàla suite les unes des autres et formant comme un collier. Ces petites boules sont fort abondantes dans les alluvions quaternaires de Samt- Acheul. On les a tout d'abord signalées comme de véritables grains de collier, produits de l'industrie humaine. Mais on a bientôt reconnu que c'était tout simplement de petits spongiaires fossiles roules. Ces spongiaires, communs dans la craie blanche, sont troues naturellement au centre. Ils ont été arrachés à leur gisement primitif comme les silex qui forment les cailloux an milieu desquels ils se trouvent. Maintenant s'en est-on servi comme d'objet de parure ï C'est possible, probable même; mais rien ne le prouve. Le seul argument qu'on pourrait faire valoir en faveur de cette opinion, c'est qu'on voit au Louvre un collier formé de spongiaires ou polypiers analogues provenant d'un tombeau assyrien.

SUex taillés de la conçue argllo- Mblcnt à graviers anguleux. — Je viens de signaler, à Saint-Acheul, les silex taillés dans les cailloux, dans les sables gras et dans les sa-

bles aigres. J'en ai aussi récollé quelques-uns dans l'assise argilosableuse rouge à graviers anguleux. Mais là aux formes précédentes se joignent déjà quelques formes nouvelles, évidemment c'est un dépôt postérieur, comme le démontre la superposition, et de transition, ainsi que le fait voir la transformation des types. En outre, ce dépôt s'est effectué dans des condiiions tout à fait différentes. Les pièces sont généralement beaucoup plus altérées. Elles sont presque toutes recouvertes d'une patine blanche épaisse. On y remarque un fendillement caractéristique produit par l'effet d'actions atmosphériques et surtout par le gel. Ces actions ont même parfois fait éclater et détruit les pièces, comme le moritrenl des échantillons que j'ai offerts au Musée et qui sont à la suite de ceui des trois couches inférieures.

Quaternaire parisien. — Le quaternaire se trouve dans la vallée de la Seine, avec les mêmes caractères que dans lu vallée de la Somme. Comme dans la vallée de la Somme, il contient des silex taillés de maio d'homme, associés à des débris d'animaux appartenant à des espèces éteintes. La vitrine n" 1 8 renferme une série d'échantillons provenant de la vallée de la Seine. Le compartiment du côté de l'entrée est consacré au quaternaire parisien.

La première pièce est un large éclat de silex, dont le dos affecte la [orme des haches de Saint-Acheul. Elle a été recueillie dans les sablières de Clichy.par MM. Ed. Lartet et Ed. Colomb, et c'est cette découverte qui a fait diriger les recherches de ce côté (don de M. Lartet).

Vient ensuite une série cédée par M. Reboux, l'actif explorateur des exploitations du quaternaire de Clichy, Levallois, Neuilly. 11 y a deux haches du véritable type do Saint-Acheul. Mais à Paris ce type est bien moins abondant que dans la vallée de la Somme. Au contraire, les lames et éclats, assez rares dans le quaternaire du bassin de la Somme, sont très-fréquents dans celui du bassin de la Seine, au moins aux environs de Paris. Après les haches viennent quelques pointes du type duMoustiers.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur la série parisienne, pour re-

connaître qu'il y a dans le quaternaire de Paria, comme dans celui de Saint-Acheul, un niveau supérieur avec des silex dont la forme se modifie et le travail se perfectionne.

Deux cailloux siliceux, percés naturellement, paraissent avoir servi de percuteurs ou marteaux; leur face extérieure est toute étoilée, c'est-à-dire marquée de petites empreintes, comme si elle avait donné ou reçu de nombreux chocs. De plus, l'un de ces cailloux a eu son trou naturel largement élargi eL régularisé par ua rodage pratiqué intentionnellement et habilement par l'homme. Ce rodage est bien antique, car a l'intérieur il s'est formé des dend rite s.

■ Quaternaire du Pecq. — Les dépôts quaternaires de cailloux et de sable sont très- développés dans la plaine du Pecq, au-dessous de Saint-Germain. On y a trouvé de nombreux silei taillés, associés, comme ailleurs, à des ossements d'animaux de grandes espèces éteintes. Une série des silex taillés quaternaires du Pecq, a été donnée au Musée par Philippe Beaune, qui était attaché à rétablissement. On l'a rapprochée de la série parisienne, avec laquelle elle a les plus grands rapports. Cette série renferme plusieurs haches du type de Saint-Acheul, et beaucoup de lames ou couteaux. Maison y voit en sus deux gros nucléus, très-nettement caractérisés, pièces qui n'étaient pas encore signalées d'une manière si claire dans le quaternaire. Il y a aussi des grattoirs, entre autres le moulage d'une pièce parfaitement caractérisée, faisant partie de la collection de^M. Ernest d'Acy.

Les pièces du Pecq sont généralement plus altérées et plus roulées que celles de Paris et du bassin de !a Somme. Parmi les haches, plusieurs portent les traces de cassures anciennes, qui se sont patinces, mais dont h patine est beaucoup moins colorée, beaucoup moins profonde que celle du reste de la pièce. On voit très-clairement que les alluvions quaternaires du Pecq, qui sont fort peu élevées au-dessus du niveau de la Seine, ont été remaniées dans les temps anciens, mais avant l'époque de la pierre polie, caril n'y a pas mélange d'échantillons de cette époque ; au contraire, toutes les pièces qui s'y rapportent, et qu'on rencontre

en assez grande abondance dans les mômes endroits, proviennent exclusivement de la couche superficielle.

Tout à côté des silex taillés du Pecq on a placé trois lames ou couteaux, provenant des sablières de Poissy (don de Ph. Beaune), pour montrer que le quaternaire des bords de la Seine, de l'autre côté de Saint-Germain, offre les mêmes caractères.

Qnaternairc de Vuudr (court. — Dans le compartiment adossé a celui de Saint-Acheul, vitrine n° 19, sont groupés des instruments en silex quaternaires, provenant do diverses localités.

Il y a une hache type Saint-Acheul provenant des sablières de Vaudricourt, près de Bétonne, Pas-de-Calais [don de M. Ternlnc). Tout à côté est le moulage d'un magnifique échantillon de la même localité, apparteoant à M. le marquis de Baul incourt. Il est parfaitement taillé, mais malheureusement la pointe manque.

Quaternaire dn Grand Prenslgny, — Viennent ensuite des échantillons quaternaires du Grand Pressigny. La presque totalité des pièces, si abondantes, de cette célèbre localité appartient, comme nous le verrons plus tard, à une époque beaucoup plus récente. Mais comme la localité est fort riche en silex, de belle qualité et de facile extraction, on a taillé cette roche à toutes les époques. Les alluvions quaternaires renferment donc des silex taillés, tout comme la surface du sol, seulement les formes sont différentes. Les silex taillés des alluvions se rapportent au type de Saint-Acheul, qui ne se rencontre pas dans les dépôts d'une époque postérieure. La vilrine renferme trois do ces haches : deux moulages, l'un d'une pièce appartenant à M. Louis Lartet, l'autre au British Muséum (don do M. Ed. Lartet), et un original donné par M. le D [ Léveilté du Grand-Pressigny.

Los silex de la localité étant gros et abondants, les pièces s'en ressentent : elles sont épaisses et massives.

Station do Casuvrea. — La série des échantillons provenant du terrain quaternaire, série renfermée dans les quatre premières vitrines en entrant, n« 16 à 19, se termine par quelques échantillons delà station de Creuvres, Aisne (don de MM. Ed.

Lartet et A. Watelet). Cette station est fort curieiiae. Dans une petits vallée, sur un point donné et assez restreint, se trouvo nue couche qui contient en graude abondance des ossements d'animaux, surtout de boeuf, de cheval et de mammouth, mêlés à dea silex et des grès lustrés taillés. Les os sont tellement abondants qu'on exploite la couche pour servir d'engrais et d'amendement aux terres. Les pierres taillées et surtout bien taillées sont plus rares. La grande majorité consiste en silex tertiaires d'eau douce, matière qui se taille mal; quelques pièces sont en silex de la craie et offrent des formes plus nettes, plus caractérisées; les instruments en grès lustré sont très- exceptionnels.

Silex quaternaires dea plateaux. — Les dépôts quaternaires, si abondants dans les vallées, en général n'ont pas atteint le niveau des plateaux. Il en résulte que le sol meuble qui recouvre les plateaux est peu épais et renferme, mêlés ensemble, des objets des époques les plus diverses. On y voit lessiiex taillés quaternaires associés aux haches polies, aux instruments en bronze, aux débris romains, du moyen Age et des temps récents. Une hache du type do Saint-Acheul peut so rencontrer à côté d'une monnaie de Louis XIV ou do la République. 11 faut donc faire un choix, opérer un triage qui peut facilement être entaché d'erreur. C'est pour cela qu'on a séparé complètement les objets quaternaires des alluvions, sur lesquels il no peut y avoir aucun doute, de ceux des plateaux d'une authenticité moins certaine comme date. Ces derniers occupent les deux vitrines n° s 20 et 21.

Plateau de l'oiiiicvoy. — Un des plateaux les mieux étudiés est celui de Pontevoy, Loir-et-Cher, sur lequel MM. Bourgeois, Delaunay et Bouvet ont fait d'amples récoltes. Grâce à la générosité de M. l'abbé Bourgeois, le Musée possède une belle série de silex taillés provenant de co plateau, vitrine a? 20.

Elle commence par une suite de nucléus ou noyaux de silex d'où l'on a détaché des lames. La pierre est coupée franc a l'une de ses extrémités. C'est sur les bords de cette surface plane que l'on frappait pour faire partir les lames qui ont laissé tout au pourtour du nucléus l'empreinte de leur face inférieure.

Au-dessous des nucléus sont les percuteurs ou marteaux, simples rognons de silex, d'abord fort anguleux. Les angles s'émoussent, s'abattent et s'effacent peu a peu par suite des coups donnés; la pièce s'arrondit, se couvre d'étoilurcs ou petites empreintes, et finit par devenir une boule opaque et rugueuse.

Suivent des éclats et lames diverses parmi lesquelles il y a un certain nombre de grattoirs : lames de silex finement relaillées circulairement à l'une des extrémités. D'autres lames sont terminées par des appendices, plus ou moins longs, étroits, taillés avec intention. M. l'abbé Bourgeois attache une grande importance à ces lames avec appendices.

Bien que toutes les pièces précédentes puissent être quaternaires, rien ne prouve d'une manière positive qu'elles appartiennent à cette époque. Elles pourraient, au moins en partie, descendre jusqu'au temps de la pierre polie. Mais dans l'état actuel de la science, il est impossible de faire un triage certain.

Quant aux pièces qui terminent la série, leur classification est plus facile. Elles affectent des formes à peu près spéciales au quaternaire. Cesont d'abord des pointes, en triangles plus ou moins allongés, finement retaillées sur la face dorsale, présentant la surface de cassure lisse et intacte sur la face inférieure. C'est ce qu'on appelle pointes type du Mousliers, que nous avons déjà reconnues dans le diluvium d'Abbeville et de Paris. Ce sont ensuite des haches du type de Saint-Acheul, haches amygdaloïdes, taillées à éclats des deux côtés. Si celles de Pontlevoy sont plus petites que celles du diluvium des vallées de la Somme et de la Seine, cela lient tout bonnement à ce que sur le plateau de Loiret-Cher, les silex ont des proportions moindres, mais l'ensemble des formes est le môme.

Satnt-Jean-Froldniaiitel et Sergé. — A la suite de Pontlevoy, dans la même vitrine, se trouvent : une hache du type de Saint-Acheul, de Saint-Jean-Froidmantel, Loiret (don de M. le marquis de Nadaillac) , et cinq haches du même type provenant du lieu dit La Monrotière, commune d" Sergé, Loir-et- Cher (don de M. Legrand).

Snligny et département de 1» Tienne. — La seconde vitrine consacrée aux plateaux (no 21) renferme ime série de silex taillés provenant, de Saligny, Allier (don de M. Bailleau). Le silex est d'une nature toute particulière; il a un aspect gras et céreux. La plupart des pièces sont des haches du type de Saint-Acheul.

Tout à c6té est une hache du même type provenant de la Vienne ('.ion de M, lu D r L: -veillé). Les plateaux de ce département ont fourni d'abondantes récoltes, mais comme la falsification et l'altération des pièces s'est pratiquée sur une assez large échelle dans cette région, on a préféré attendre pour former une série.

Plateau de Charbonnières. — La face opposée de la inème vitrine (n° 2i), renferme une suite de silex provenant du plateau de Charbonnières, Saëne-et-Loire (don de M. de Ferry). Il n'y a que des lames ou couteaux et des nucléus d'où ont été détachées ces lames; mais M. de Ferry, qui a découvert et exploité ce gisement, y a trouvé aussi un certain nombre de haches du type de Saint-Acheul, et il n'hésite pas à rapporter le tout a l'industrie de l'époque quaternaire.

Parmi les lames quelques-unes sont d'une netteté, d'une fraîcheur et d'une conservation telle qu'on les croirait faites de la veille. Cela tient à ce qu'elles étaient ensevelies dans une argile qui les a préservées de tout choc, de tout frottement et de toute action atmosphérique.

Quaternaire étranger. — Les échantillons étrangers au sol de l'ancienne Gaule ont une vitrine spéciale (n° 6) entre la cheminée et les fossés. Pour le moment, il n'y a encore que quelques moulages.

Ce sont d'abord trois haches en silex du type de Saint-Acheul, qui ont été trouvées, en 1799, dans les dépôts quaternaires d'Hoxne, près de Diss, en Suffolk, Angleterre, et décrits dès la première année de notre siècle par M, John Frère. Les originaux existent au Brilisli Muséum.

Ce sont ensuite trois haches du même type, mais beaucoup plus grandes, provenant des couches quaternaires à éléphants de

San Isidro, à Madrid, sur la Rianzarès. L'une est la première qui fut découverte en Espagne par MM. de Verneuil, Louis Lartet et Casiano de Prado (collection Louis Lartet). Les deux autres ont été recueillies par M. Vilanova, professeur de géologie, a Madrid.

11 y a aussi quelques échantillons de mousse dont je parlerai plus loin.

Faune quaternaire. — Quatre tableaux placés dans les entre-deux de fenêtres' du côté de la cour, donnent la liste des principaui animaux composant la faune quaternaire. On n'a pas tenu compte des animaux existant encore actuellement dans nos plaines. Les autres sont divisés en deux grandes catégories, celle des animaux d'espèces éteintes et celle des animaux d'espèces émigrées vers le pôle ou sur les sommets de nos montagnes.

Tableaux I et II.

ANIMAUX d'espèces éteintes dont lks ossements sont associés

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