A DES SILEX TAILLÉS
Elephas primigenius, — Mammouth.
Eiepbas antiquus, — Eléphant ancien.
Rhinocéros tichorhinus, — Rh. à narines cloisonnées.
Rhinocéros Merkii, — Rhinocéros de Merck.
Hippopotamus major, — Grand hippopotame.
tlrsus spelasus, — Grand ours des cavernes.
Ilyena spekta, — ilyene des cavernes.
Felis spelœa, — Grand chat des cavernes.
Bos primigenius, — Aurochs.
Megaceros hibernicus, — Grand cerf d'Irlande.
Tableaux III et IV.
ANIMAUX D'ESPÈCES ÉMIGRÉES DONT LES OiSEMHN'TS SONT ASSOCIÉS A DES SILEX ET A DES OS TUA VAILLES.
Cervus tarandus, — Benue.
Bison Europa;us, — Bison,
Ovibos moschatus, — Bœuf musqué.
Capra ibex, — Bouquetin.
Antilope rupicapra, — Chamois.
Antilope Saiga, — Saïga.
Gulo, — Glouton.
Arctomys marmota, — Marmotte.
Spermophilus Richardsonii, — Spermophile.
Strïx nyctea, — Chouette Harfang.
Tetrao lagopus, — Lagopède.
Tetrao alhus, — Tétras des saules.
Les matériaux destinés à l'étude particulière des faunes quaternaires, préhistoriques et archéologiques seront, comme nous l'avons dit page 59, réunis dans une salle spéciale del'entre-sol; pourtant quelques ossements ont été exposés dans la grande salle du premier pour donner une idée des animaux avec lesquels l'homme quaternaire et des cavernes se trouvait en contact. Ces ossements sont placés :
l»Dans une vitrine centrale (no 15), contenant les plus belles pièces, celles qui sont le plus propres à frapper la vue el l'esprit des visiteurs.
2° Dans deux vitrines latérales d'entre-deux de fenêtre du côté des fossés. La plus rapprochée de l'entrée (n° 8) contient spécialement la faune des alluvions quaternaires. La plus éloignée (no 9) présente un spécimen de la faune des cavernes et de celle des tourbières.
3* Enfin, diverses grosses et grandes pièces sont disséminées au-dessus des vitrines qui tapissent les murs du côté des fossés.
M*S««*r«». — La vitrine centrale est surmontée d'une magnifique tête do mégacéros ou grand cerf d'Irlande, dont les bois très-largement palmés, avec des andouillers élégamment recourhés, mesurent plus de deux métros soixante d'envergure. Cette tête, d'une parfaite conservation, provient des tourbières d'Irlande. Mais l'espèce existait en France, à l'époque quaternaire, comme on peut s'en assurer eu jetant un coup d'ceil sur la vi-
trias (n° 8), contenant la faune de celle époque. On y voit un crâne de mégacé'ros très-bien caractérisé par le grand développement de sa partie occipitale, la puissance de la base des boisel la courbe rentrante du fronL. Ce crâne (don de Ph. Beaune) provient des sablières de Foissy, près Saint-Germain. Rencontré au milieu des cailloux et des graviers, il est beaucoup moins bien conservé que celui des tourbières.
La série des cavernes (n° 25) renferme aussi des dents de mégacéros provenant de la sépulture d'Aurignac (don de M. Ed. Lartet).
La mâchoire inférieure de mëgacéros, envoyée d'Irlande avec la tête décrite, n'est pas du même individu; aussi, au lieu de se trouver en place , on l'a intercalée dans la vitrine quaternaire. D'autres os de mégacéros, du même envoi, pied de derrière, atlas, axis, humérus, fémur et une seconde lêle dont les bois manquent, ont été placés sur les vitrines latérales (n°> 10 et 8),
Boeufs. — Le milieu de l'armoire du centre est occupé par le moulage d'une énorme et belle tête de bœuf du Musée de Turin, provenant des alluvions du Pô, à Arena, près de Stradella. Elle est étiquetée : Aurochs, Bos primigsnius. Mais est-ce bien le véritable aurochs? C'est difficile à assurer. La classification et détermination des bœufs laisse encore beaucoup à désirer. Pour se rendre compte des énormes variations de forme que présentent les animaux de ce genre, il suffit d'examiner la longue tete à cornes courtes qui surmonte la vitrine de la faune quaternaire (n° 8) ; le front de grand bœuf, à cornes très-longues, arquées, dirigées en avant sur la vitrine de la faune des cavernes (n" 9) ; le front à cornes minces et longues, dirigées horizontalement, sur le côté de la même vitrine. Le compartiment de la faune des tourbières renferme aussi une corne énorme et trappue, à côté de la face d'un tout petit bœuf à cornes très-courtes. Toutes ces pièces (don de Boucher de Perlhes) proviennent des tourbières des environs d'Abbeville, Somme.
Dans la vitrine quaternaire , il y a diverses pièces rapportées au Bos primigenius : radius, métacarpe, humérus, astragale,
dents inférieures, corne, le tout des sablières d'Abbeville [don de Boucher de Perthes).
La vitrine des cavernes contient aussi des molaires inférieures et supérieures de bœuf, provenant de la Madeleine, de Massât et d'Aurignac (don de M. Ed. Lartet).
Ours. — Dans la vitrine centrale, à gauche de la tête d'aurochs, se trouva une fort belle tête du grand ours des cavernes, provenant de la grotte de Lherm, Ariége (don de M. Filhol de Toulouse). La salle est si grande qu'on ne juge pas bien de la dimension des objets qu'elle contient. Mais si l'on veut se rendre compte des proportions du grand ours des cavernes, il faut aller voir dans la vitrine (n" 9) contenant les faunes des cavernes et des tourbières, une mâchoire inférieure d'Vrsus spelœus, rapprochée d'une mâchoire de l'ours actuel, Ursus arclos. Cette mâchoire de l'ours des cavernes, provenant de la grolte de Llierm (don de M. Filhol), trop petite pour s'appliquer à la tête contenue dans la vitrine centrale, est cependant beaucoup plus grande que celle de l'ours ordinaire, de l'ours Martin, des tourbières de la Somme (don de Boucher de Perthes). L'ours ordinaire a été contemporain du grand ours, comme le constate une molaire d'Aurignac (don de M. Ed. Lartet).
Hhinoccros. — La vitrine centrale [i>° 15) contient, du côté opposé à l'ours, le moulage d'une belle tête de rhinocéros venant de Sibérie (don du Muséum d'histoire naturelle de Paris). C'est le véritable type du rhinocéros à narines cloisonnées, Rk. lichorhinus , !e compagnon fidèle du mammouth. Des molaires de ce rhinocéros, recueillies dans les sablières d'Abbeville (don de Bouclier de Perthes), se trouvent dans la vitrine de la faune quaternaire, n° 8, et des dénis de lait, d'Aurignac (don de M. Ed. Lartet), dans la vitrine des cavernes, W 9. Mais !e Ticliorhinus n'est pas le seul rhinocéros qui ait habité nos contrées à l'époque quaternaire. On peut citer encore le Merkii et YElruscus. A laquelle de ces trois espèces doit-on rapporter un métacarpe , un métatarse, un radius et un atlas renfermés dans l'armoire quaternaire, n° 8, enfin un humérus placé sur une des vitrines
latérales, pilier n° 10 r Tous ces ossemenls proviennent des sa» blières d'Abbeville (don de Boucher de Perthes).
JiBinmonth. — Sur le derrière de la vitrine centrale se voit une belle défense de mammouth, 'bien caractérisée par sa forme arquée. Elle sort de la grotte des Fées, à Chatel- Perron, Allier (don de MM. Collas et Bailleau). Au-dessous est une molaire de mammouth des sablières de Levallois, près Paris (don de M. Reboui). Deux autres molaires de forte taille aussi, sont déposées dans la vitrine de la faune quaternaire, n° 8. L'une, qui n'a pas encore fonctionné, et dont, par conséquent, tous les mamelons sont intacts, a été recueillie au Pecq (don de Ph. Beaune). L'autre, déjà en partie usée par la mastication, provient de la collection Boucher de Perthes. Au-dessus sont un atlas et des fragments de défense qui montrent la texture réticulée de l'ivoire. D'autres ossements d'un gros volume, cubitus, tibia et atlas, sont placés sur les vitrines qui entourent le pilier n° 7. Gomme les précédents, ils sont d'Abbeville (don de Boucher de Perthes). Enfin la vitrine des cavernes, n° 9, renferme des lamelles de dents de mammouth, recueillies à Laugerie-Basse, par MM. Ed. Lartet et Cbristy.
Antre* animaux. — Les autres animaux (dons de Boucher de Perthes et de MM. Ed. Lartet et Cbristy) sonti
Le cheval, alluvions quaternaires d'Abbevillo et de Cœuvres j grottes de Massât, Aurignac et Lachaise; tourbières de ta Somme,
Le cerf commun, Cervus elaphus ; sablières quaternaires d'Abbeville, cavernes de Massât et d'Aurignac; tourbières de la Somme.
Le renne, Cervus tarandus : bois et calcanéum des sablières d'Abbeville ; grottes de Laugerie-Basse, La Madeleine et Gorge d'Enfer.
Le chevreuil, Cerous capreolus .- sépulture d'Aurignac; tourbières de la Somme.
Le chamois : une corne des Eyzies et une mâchoire inférieure de Massât.
Le bouquetin : molaires de la grotte de Massât.
L'hyène : canins et molaire d'Aurignac.
Grand chat des cavernes ; une dent carnassière de la sépullure d'Aurignac. Le Musée de Toulouse a promis le moulage d'une belle tête entière.
Renard, Canis mlpes : Aurignac et La Madeleine.
Loup, Canis lupus ; La Madelaine et tourbières de la Somme.
Lapin : grottes de la Dordogne.
Castor : incisive, tourbières de la Somme.
Sangjier, Sus férus : tourbières de la Somme, mâchoires inférieure et supérieure d'individus d'énorme taille.
OmciiiciiIi comme date. — Comme il est impossible d'assigner une date en chiffres, même approximative, aux produits fossiles de l'industrie humaine, autrement dit aux produits des temps géologiques, nous avons daté ces produits au moyen d'ossements caractéristiques d'animaux de l'époque. Ainsi les deux vitrines , 16 et 17, consacrées aux instruments quaternaires d'Abbeville, contiennent, l'une, une molaire de mammouth provenant de Menchecourt, l'autre un bout de défense de la porte Mercadé (don de Boucher de Perthes).
La vitrine n° 18, consacrée au bassin de la Seine, renferme une dent d'hippopotame des sablières de Neuilly, près Paris (don de M. Beboux], et une dent de Rhinocéros ilerkii, des carrières de Poissy (don de Ph. Beaune).
La vitrine suivante, n° 19, est datée par une molaire de mammouth de Cœuvres (don de M. Ed. Lartet). Le mammouth se répète comme l'animal le plus caractéristique de l'époque qui souvent a été désignée sous le nom d'époque du mammouth.
Homme quaternaire. — Après avoir constaté d'une manière certaine, par les traces de son industrie, l'existence de l'homme à l'époque quaternaire, on s'est demandé quel était cet homme? La réponse est dillicile, les débris humains, recueillis jusqu'à ce jour, étant très-peu abondants et. fort incomplets. On a réuni avec soin leur moulage dans une vitrine spéciale, n° 1 1 , dans l'embrasure de la fenêtre du milieu du côté des fossés.Celte
1° Crâne de ivéaudcrthal. — Le crâne célèbre de Néanderlhal (moulage, don de M. le D r Schaaffhausen] trouvé en 1 857 dans un timon argileux rouge, qui remplissait une petite caverne dans le ravin du Néander, près de Dûsseldorf. Ce crâne dolichocéphale, c'est-à-dire de forme allongée, se distingue surtout par rabaissement de la voûte crânienne, le manque presque complet de front et l'énorme développement des arcades soorciliaires, caractères qui le rapprochent beaucoup du crâue de quelques singes, comme le chimpanzé, le gorille et l'orang-outang. Pour qu'on puisse mieux apprécier lus rapports et les différences qui existent entre ce crâne humain et ceux des singes supérieurs, on a placé au-dessous du crâne de Néandcrthal, présent-.; dans trois positions différentes, le moulage d'un crâne de chimpanzé. On a placé aussi à la suite du crâne de Néanderlhal le moulage intérieur de la boite osseuse donnant la forme approximative du cerveau.
Deux objections ont été faites touchant le crlne de NéaoderthaL Quoique trouvé dans un dépôt quaternaire bien caractérisé et parfaitement en place, on a contesté son ancienneté parce qu'il n'était accompagné d'aucun os d'animal d'espèce éteinte et caractéristique. Puis on a dit que c'était une simple anomalie, une monstruosité ou crâne d'idiot.
*<• Crâne d'Egaislicira. — Une nouvelle découverte, faite eu 18C6 à Eguisheim, près Colmar, Haut-Rhin, est venu réduire à néant ces deux objections. Le crâne d'Eguisheini gisait aussi danslelimonargileux rouge quaternaire, limon très-caractéristique de la vallée du Rhin et désigné par les géologues sous lenomde lehm. De plus il était accompagné d'ossements d'animaux quaternaires, entre autres de débris de mammouth. La question d'antiquité ici ne peut être mise en doute. Quant à la forme, le crâne d'Eguisheim se rapporte tout à fait à celui de Néandertbal. Si les arcades sourciliaires sont moins développées, par contre l'abaissement de la voùle crânienne est encore plus prononcé. Ces crânes ne sont donc pas des exceptions, des anomalies, mais bien le type de la population de la vallée du Rhin à cette époque. La partie pos-
- loi -
ti'rionre ilii crâne d'KgLiir-îif-îm. dum. IViriginni est au Musée dr, Colmar, porte une entaille carrée. On a pris une partie de l'os pour en faire l'analyse, et cette analyse a montré que l'os humain se trouve dans le même état d'altération que les os de mammouth du même gisement, nouvelle preuve qu'ils sont bien contemporains.
8" Crâne do l'Olmo. — A côté des moulages de ces deux crânes, appartenants un type très -inférieur, très-bestial, presque simien, se voit le moulage d'un autre crâne (don de M. Cocchi ; Musée de Florence}, également de l'époque quaternaire, et pourtant d'un type bien plus élevé, presque aussi parfait que les types actuels. Ce crâne a été trouvé dans la vallée de l'Arno, prèsd'Arrezzo, en exécutant la tranchée du chemin de ter connue sous le nom de tranchée de l'Olmo. 11 était enseveli dans des marnes bleues contenant des ossements d'éléphant et un silex taillé, pointe du type du Moustiers.
A l'époque quaternaire, il y avait donc déjà des hommes de types très-divers, bien plus divers que les types actuels. Entre les crânes de Néauderthal et d'Eguisheim et celui de l'Olmo, il y a une bien plus grande différence qu'entre ceux de l'Australien et du Gafre, d'une pari, et du Caucasien le plus parfait, d'autre part. Nouvelle preuve qu'à l'époque quaternaire l'humanité n'était pas à ses débuts. Néanderlhal et Eguisheim ne nous montrent-ils pas l'homme du passé, l'homme tertiaire; tandis que l'Olmo représente l'homme de l'avenir, l'homme actuel?
4° Crâne d'Engin. — On doit rapprocher du crâne do l'Olmo le crâne d'Engis (Musée de Liège; moulage échangé avec M. Dupont). Ce crâne, le premier découvert, provient desfouilles exécutées en 1832, par Schmerling, dans la caverned'Engis,près de Liège, Belgique. Il était associé à de nombreux débris d'ossements d'animaux quaternaires, entre autres de l'hyène des cavernes, du mammouth et de rhinocéros. Ce crâne, bien supérieur à ceux de Néanderlhal et d' Eguisheim, présente encore certains caractères d'infériorité qui l'ont fait rapprocher du nègre par Schmerling et de l'Australien par quelques autres autours. Comme forme générale, il est très-allongé, fortdolîchocéphalc. Lo
crâne de l'OImo est aussi dolichocéphale, autant, du moins, que les fractures qu'il a subies permettent d'en juger. Le crâne de l'homme primitif parait donc avoir en une forme allongée.
S" HAcliolre d'Arcy. — En fouillant la grotte des Fées, à Arcy -sur-Cure, Yonne, M. de Vibra ye a rencontré, au milieu d'ossements quaternaires, une mâchoire intérieure humaine (moulage, don de M. le marquis de Vibraye). Elle présente aussi des caractères très- sensibles d'infériorité.
G u Illâelielre delà IVauIclte. — Mais de toutes les pièces réunies dans la vitrine ! 1 , la plus curieuse et la plus importante est le moulage d'une mâchoire inférieure humaine provenant des fouilles de M. Edouard Dupont au trou de la Naulette, Belgique IMusée de Bruxelles, don de M. E. Dupont). La grotte ou trou de la Naulette contenait diverses assises de terre ou limon, séparées par des couches de stalagmite. C'est sous cinq nappes épaisses de stalagmite et six dépôts limoneux, ayant ensemble plus de quatre mètres d'épaissejr, qu'a été trouvée la mâchoire humaine, associée à des ossements de mammouth, de rhinocéros à narines cloisonnées, de mégacéros, de renne, de chamois, etc. Bien qu'il y ait du renne avec la mâchoire humaine, ce n'est qu'à un niveau bien supérieur qu'on retrouve une faune et une industrie pouvant se rapporter à l'époque proprement dite du renne ou époque de La Madeleine. On voit par là que la mâchoire de la NauletLe remonte aune très-haute antiquité.
De fait, cette mâchoire, comme type inférieur, bestial, simien, peut se mettre sur le même rang que les crânes de Néanderlbal et d'Eguisheim. Elle les dépasse même, tellement qu'au premier abord un anthropologue des plus distingués l'a prise pour une mâchoire de singe. C'est pourtant bien, de l'avis général après élude, une mâchoire humaine. Un des caractères des màchoirea humaines est d'avoir toutes les dents juxtaposées. Les singes, au contraire, possédant des canines plus longues que les autres dents ont nécessairement une solution de continuité, un vide en avant ou en arrière des canines, pour leur permettre de s'entre-croiser. Or, dans la mâchoire de la Naulette, il n'y a pas de solution de
continuité, pourtant par les cavités alvéolaires onpeutestimerque les canines étaient très-dé veloppées. Les dents manquant on est obligé d'estimer leur volume par l'examen des alvéoles.
Chez l'homme, le menton saillant se prolonge en avant des dents ; chez les singes, le menton fuyant se rejette en arrière ; dans la mâchoire de la Naulette, le menton tombe droit et occupe ainsi une position intermédiaire.
Chez les singes la première dent molaire est la plus petite, et la troisième la plus grosse. Chez l'Européen, c'est le contraire qui a Heu ; la première molaire est la plus forte, la troisième, appelée dent de sagesse, la plus petite, souvent même elle est atrophiée ou manque complètement. Chez les nègres elle pousse d'une manière plus régulière, eLdans quelques races actuelles inférieures elle devient au moins égale aux autres. Dans la mâchoire de la Nauletle, les trous alvéolaires montrent que la première molaire était la plus petite et la dernière de beaucoup la pius grande, tout comme chez les singes.
On pourrait signaler plusieurs autres analogies entre la mâchoire de la Nauletle et lus mâchoires de singes, je me contenterai d'en rapporter une dernière. A l'in Lérieur des mâchoires inférieures humaines, vers te milieu, entre les deux branches, il y a une apophyse, petite excroissance osseuse, nommée apophyse Gény. Cette apophyse manque chez les singes. Dans la mâchoire de la NauleLteclle manque aussi. Au lieu d'une excroissance il y a môme un creux. Rien n'est donc plus bestial que cette mâchoire, qui est peut-être le débris humain le plus ancien connu.
En face des débris humains qui viennent d'être décrits s'en trouvent d'autres, vitrine 12, plus récents, qui seront examinés mut à l'heure, lorsque je parlerai des cavernes auxquelles ils se rapportent (voir page 110).
CiasKiflcHtion des cavernes. — Comme je l'ai dit précédemment, la seconde moitié de la salle I est consacrée aux cavernes des temps qui ont précédé l'emploi des haches polies. Ces cavernes se rapportent à quatre époques distinctes, bien caractérisées par leur industrie. Employant un procédé très eu usage
parmi les géologues, ces époques oui été désignées par le nom de la localité la mieux connue et la plus caractérisée.,
1™ époque des cavernes ou époque du Moustiers;
2° époque ou époque de Solutré ;
3 8 époque ou époque d'Aurignac;
4« époque ou époque de La Madeleine.
Brèche des carêmes. — Pour donner une idée du sol des cavernes, deux magnifiques plaques de brèche, provenant des Eyzies, Dordogne (don de MM. Larlet et Christy) ont été placées à droite et à gauche de la grande vitrine centrale, au a- 14. La plaque du côté de la cour, sur la face tournée vers la fenêtre, contient, au milieu d'un très-grand nombre d'éclats d'os brisés avec un caillou pour en extraire la moelle, diverses lames de silex taillées intentionnellement. Il y a entre autres un grand et beau double grattoir. Parmi les os on reconnaît une dent d'aurochs, des têtes d'os longs de renne, des nageoires de poisson, etc. Lesos brisés sont encore plus abondants au revers. Ou y voit des dents de renne, deslames de silex, ainsi qu'un nucléus d'où on les détachait. Le tout est réuni par un ciment calcaire stalaginitique qui donne de l'homogénéité au dépôt et montre bien qu'il est le produit d'une seule et même époque.
La plaque de droite, sur la face qui regarde la vitrine centrale, montre aussi des débris d'os et de silex noyés au milieu d'un amas de cendre, accompagné de cailloux brûlés. C'est une portion de foyer. Sur la face opposée, en regard de la fenêtre du côté des fossés, on aperçoit divers beaux couteaux en silex. 11 y a aussi des os de renne bien caractérisés, entre autres quatre vertèbres juxtaposées dans leur ordre normal, cas exceptionnel. Une omoplate présente diverses lignes gravées en creux, parmi lesquelles on semble reconnaître une tête d'animal qui pourrait bien être celle d'un oiseau aquatique.
Sous les plaques sont divers ossements et silex taillés qui se sont détachés pendant le transport et le montage.
l'c époque de» caverne* ou époque du Moustiers. — La première vitrine plate, du côté de la cour, n° 22,
est consacrée à la première époque des cavernes, dite époque du Moustiers.
La localité classique, le Moustiers, commune de Peyzac, Dordogne, maintenant à peu près épuisée, êlait fort riche en silex taillés et très-pauvre eu ossements, même à l'état naturel. On y a pourtant trouvé des lamelles de dents de mammouth et quelque 51 autres os. Leshaches eu silex taillées à grands éclats, enamande, type de Saint-Acheul, s'y rencontrent assez fréquemment. Los deux formes les plus caractéristiques sont : 1 0 les lames de silex, à cassure franche d' u h cû lé, et à retaillesplus ou moins fines de l'autre, formant des poinlesde flèche, de javelotoude lance. Elles sont dés ignées sous le nom spécial de pointes du type du Mousliers (fig. 26).
A B Fig. Î6.
Pointe de sîlei lypa da Uouatiera, an i/3, sution do Mousliers, Dordogne. A, Face liise. — B. Faca retaillée.
2° Les racloirs, grands éclats de silex, dont la majeure partie souvent reste brute, mats dont un des bords, décrivant une large courbe, est retaillé. Ces instruments, qui ont des analogues dans les alluvions quaternaires de la Somme et de la Seine, pouvaient facilement se prendre a la main (fig. 27).
Le Musée possède une belle série de silex du Moustiers (don de MM. Lartet et Christy et de M. Peccadeau de l'iste). Commeocée par des morceaux de brèche, elle se termine par les haches du
type de Saint-Acheu.1 qui servent à synchroniser les alluvions quaternaires avec la première époque des cavernes.
Fig. 37.
Uacluir en siki du Moustiers, au 1,3.
Station de Chez- Pour é. — A la suite de cette série en vient une autre tout à fait analogue (don de MM. Ph. Lalande et Massenat) ; seulement, comme elle provient d'une région où le silex ne se rencontre pas naturellement, las pièces sont de dimensions beaucoup moins considérables. C'est la station de Chez- Pouré, près de Brive, Corrèze. Elle est surtout parfaitement caractérisée par ses pointes du type du Moustiers (fig. 28). Comme au Moustiers, les ossements font presque défaut.
Fi g . as.
Pointe de silei type du Moustiers, an 2/3, station de Ctiei-Pouré, Corrèze. A, Face retaillée. — B, Face lisse. •
Crotte du Pcy-de-l'Azé. —
La même vitrine contient
aussi quelques silex taillés provenant de la grotte du Pey-de-VAïé, commune de Lacaneda, Dordogne (don de MM. Lartel et Christy). Elle semble se rapporter aussi à l'époque du Moustiers.
9° époque des CATCrnes on époque île Solntré. —
La première vitrine plate du côté des fossés (n° 23), renferme la seconde époque des cavernes ou époque de Solutré. Grâce à une fouille quej'ai faite avec le concours de MM. de Ferry et Arcelin, les explora leurs de cette localité caractéristique, grâcesurtuutàun don de M. Arcelin, la sialion d.' Suluiré est très-bit'n rtjpivsunié;:. Les haches en silex manquent tout à fait à cette époque. Elles sont remplacées, comme arme, par des nodules taillés tout au pourtour a larges facettes de manière a présenter de toute part des côtes anguleuses. Les couteaux ou lames de silex sont proportionnellement beaucoup moins abondants que dans les époques suivantes. Les grattoirs pourtant sont communs. Maïs ce qui est le plus caractéristique, ce sont les pointes type de Solutré. Ces pointes en silex sont finement retaillées sur les deux faces et aux deux extrémités. Dans !es pointes type du Moustiers, il n'y a qu'une face et qu'un bout de retaillé. Les pointes de Solutré sont le perfectionnement et le complément des pointes du Moustiers.
. Bien que la station de Solutré offre à profusion des débris d'ossements, parmi lesquels on reconnaît en abondance le renne et parfois le mammouth, les instruments en os sont rares, trèsrares. La suite du Musée ne montre que quelques 03 ou bois de renne avec des entailles. Des bases de bois de renne ont pu servir de maillet ou marteau.
En fait de renne, à Solutré, on trouve les débris du squelette entier, Le Musée possède des cotes et une vertèbre. Les ossements de chevaux sont surtout entassés en quantité énorme. Ils forment sur certains points des magmas de plusieurs mètres d'étendue et d'une forte épaisseur. Un fragment de ces magmas est fixé contre le mur entre deux croisées du cûic de la cour.
Station de Laugerlc-Hwife. — Du côté opposé à la série de Solutré, dans la môme vitrine, se trouve une série de
Laiigerie-Haute, commune de Tayac, Dordogne (don de M. le marquis de Vibraye et de MM Lariet et Christy). Les silex d'une nature différente comme roche, sont tout à fait analogues comme travail. Les pointes du type de Solutré s'y montrent ouvrées avec autant de soin. La station de La ugerie- Haute a été explorée bien avant celle de Solutré. Par droit de priorité, c'est elle qui devrait donner son nom à l'époque; mais comme il y a une station de LaugerieBasse appartenant h une autre époque, il pourrait y avoir confusion, c'est ce qui a fait choisir le nom de Solutré.
3 9 époque des (nvernci ou époque d'Anrtgnae. — La troisième époque des cavernes est parfaitement caractérisée par la grotte sépulcrale d'Aurignac, Haute- Garonne, si bien étudiée par M. Edouard Lartet, qui a fait don au Musée de tous les objets qu'il y a recueillis. Ces objets sont groupés dans la vitrine plate a" 2r>. Ce qui frappe tout d'abord en comparant cette époque aux deux précédentes, c'est le grand développement relatif des instruments en os ou bois de renne. Les silex n'offrent plus ou presque plus de pointes ; les pointes de flèche, de traits ou de lance sont en os. Elles affectent une forme toute, spéciale pour l'emmanchure. Elles sont fendues à la base pour que le bâton ou hampe puisse y pénétrer {flg. 29). Les rognons de silex,
Poinle type d'Aurignac, en os, fendue à la base, an 1/3, stlpuUum d'Aurignac.
taillés à facettes et très-anguleux, servant d'arme, existent à l'époque d'Aurignac, comme à celle de Sokuré. Les haches font défaut.
Kg. Î9.
Parmi les instruments en os on voit divers manches d'outils, des spatules ou lissoirs, des poinçons, une phalange de renne percée d'un trou pour servir de silHet.etc. Certains os sont garnis d'entailles dans toute leur longueur. Sont-ce des marques destinées à conserver la mémoire de certains nombres, comme les morceaux de bois ou milles des boulangers, ou bien est-ce tout simplement un mode d'ornementation ?
En fait d'ornements ou objets de parure, on voit de petites rondelles de coquilles marines, percées d'un trou au milieu, comme des grains de collier. On voit aussi des rochers ou os de l'oreille de cheval perces également d'un trou pour les suspendre. One canine de grand ours des cavernes a été usée aux extrémités pour mettre à jour le canal intérieur, ce qui permet d'y pasœr un cordon de suspension.
A côtfe des pointes en os avec fente à la base, si typiques de cette époque, s'en trouve une fort longue, ronde au lieu d'être aplatie, à base terminée en hiseau, caractéristique de l'époque suivante, avec les pointes en os barbelées. Un bois de renne, percé d'un large trou rond, rapproche aussi l'époque d'Aurignac de la quatrième époque des cavernes ou époque de la Madeleine, dont il va être question.
Comme industrie, il reste à citer deux fragments de poterie fort grossière. C'est la plus ancienne poterie connue. Comme faune on peut citer entre autres : le mammouth, le rhinocéros tichorhinus, l'aurochs, le mégacéros, le renne, l'hyène, le grand félis et l'ours des cavernes. Il y a aussi quelques débris humains qui sont remarquables par leurs petites dimensions.
Gorge d'Enfer et ChAtel - Perron. — A l'époque d'Aurignac se rapporLent les grottes de Gorge-d'Enfer, commune de Tayac, et des Fées, commune de C hâte! -Perron, Allier. Le Musée possède (don de MM. E. Lartet et H. Christy) de la première des silex taillés, parmi lesquels des grattoirs simples et doubles, plus quatre pointes en os du type d'Aurignac, avec fente à ia base, deux pièces originales et deux moulages, et le moulage d'une pièce aussi en os avec entailles ou marques; de Cbàtel-