‹ Promenades au Musée de Saint-GermainChapitre 6 sur 8 · HO · texte numérisé non relu

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Perron, le moulage de deux os façonnés dont un en pointe du type d'Aurignac et quelques silex bien taillés (don de MM. Lartet et Christy), plus des silex d'eau douce assez grossiers d'une nature toute particulière {don de MM. Collas et Bailleau).

droite de 1m Chaise. — Viennent ensuite quelques échantillons de la grotte de la Chaise, Charente (don de M. l'abbé Bourgeois) : grattoirs en silex, os brisés pour avoir la moelle, poinçon grossier en os. Toutes ces pièces n'offrent rien de bien particulier, mais avec elles MM. Bourgeois et Delaunay, les eTplorateurs de la grotte, ont trouvé des pointes en os type d'Aurignac. Ils ont aussi rencontré un fragment de longue pointe à biseau, portant sur deux faces des gravures représentant des rennes. Cet instrument, dont la vitrine contient un moulage, est un argument de plus pour établir que l'époque d'Aurignac se relie directement a la quatrième époque des cavernes ou de La Madeleine, pendant laquelle l'art a pris un grand développement.

Sépulture de Cro-Hnguon. — Dans une vitrine latérale de la fendre du milieu, du côté des fossés, n B 12, en face des débris humains quaternaires, se trouve le produit d'une sépulture remontant à la grande époque du renne (don du Ministre de l'Instruction publique). Elle a été découverte au Cro-Magnon, près des Eyzies, commune de Tayac, Dordogne. H y avait, dit-on, sept squelettes, mais on n'a pu sauver qu*un petit nombre d'os, parmi lesquels trois crânes. Les originaux sont au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Le Musée de Saint- Germain, eu fait de débris humains, ne possède que des moulages. La tôle la plus complète est une télé de vieillard. A sa droite est une tête de femme de 35 a 40 ans; à sa gauche une tfite d'homme de 45 ans environ. Les crânes sont volumineux et bien développés sous le rapport intellectuel. Les yeux sont étroits, carrés ; la face large. En somme, les hommes ne devaient pas être de beaux garçons. La femme porte au front une profonde blessure qui a entamé le crâne. Pourtant, de l'avis des chirurgiens, elle a dû vivre encore au moins huit jours après avoir été frappée. Les parois de la blessure présentent un commencement de cicatrisation qui a né-

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cessité ca laps de temps pour se former. — Soiis les crânes sont placés les moulages de quelques os longs. A gauche sont un fémur, UO tibia et un péroné du vieillard ; à droite un autre tibia, un humérus et un cubitus. Les deux tibias, très-aplatis, ont a ua très-haut degré la forme dite en lame de sabre. On croirait voir l'os d'un grand singe. Par contre, le fémur a sa ligne rugueuse, caractère humain, très-prononcée, plus prononcée même que dans les races actuelles. — En bas de la vitrine sont des échantillons de la faune : renne, sanglier, ours, aurochs, cheval. — Sur un gradin, des instruments en os : poinçons, lissoirs, pointes de flèche. Parmi ces instruments, il en est qui nous permettent de dater d'une manière certaine la sépulture ; ce sont une pointe du type d'Aurignac, aplatie, fendue à la base, et un os avec entailles. La sépulture de Cro-Magnon appartient donc à |a troisième époque des cavernes ou époque d'Aurignac. — Au milieu du gradin on voit un collier en coquilles. Ce sont des Littorina lillorea, espèce de littorine qui vit sur les plages de l'Océan. — Les instruments en silex sont placés tout en haut de la vitrine. Ils sont en général très-bien taillés; les grilloirs abondent. Parmi ces instruments, au-dessus de la tête de la femme, est un nodule de silex, taillé à facettes, avec angles très-vifs. Un de ces angles peut très-bien avoir fait la blessure qui a causé la mort de cette femme. Des nodules analogues se voient dans la série de Solutré, ■a" 23, et dans celle d'Aurignac, n° 25.

J* Époque dea cavernes on époque de B.a Madeleine. — La quatrième époque des cavernes est la plus abondamment et la mieux représentée. Les trois dernières vitrines plates lui sont consacrées. Les échantillons de La Madeleine, commune de Turzac, Dordogne (don de MM. Lartetet Christy), à eux seuls occupent une vitrine entière, n° 24.

La série commence par de gros cailloux roulés granitiques, avec de petits godetsouécuelles creusés sur une de leurs faces. Ce sont évidemment des mortiers ; mais comme les godets sont fort petits, on né pouvait y triturer que fort peu de matière. Ils n'ont donc pas dû servir pour l'alimentation; ce sont plutôt des

meubles de toilette destinés à préparer le fard ou les couleurs avec lesquet tous les peuples sauvages aiment à se peindre et à se tatouer. C'est à cause de leur volume qu'on a placé ces pierres tout au bout de la vitrine.

Les lames de silex, fort nombreuses, en grande partie n'affectent aucune forme bien déterminée et peuvent être désignées surtout sous le nom de couteaux, car ou a dû principalement utiliser leur tranchant. Il y a pourtant des grattoirs bien caractérisés et des perçoirs. On nomme ainsi despièces qui ont l'extrémité terminée en angle plus ou moins aigu, avec un petit biseau ou tranchant oblique au bout. Avec ces petits instrumente (Dg. 30) on perce facilement l'os et le bois de reune.

Aux silex succèdent quelques os cassés. Les hommes des cavernes, à ce qu'il paraît, comme les Lapons et les Esquimaux actuels, aimaient beaucoup la moelle. Pour s'en procurerais brisaient tous les os à canal médullaire. Ils brisaient aussi les crânes pour avoir la cervelle et même les mâchoires pour profiler de la matière qu'elles contiennent dans leur intérieur. C'est ce qui explique pourquoi, dans les amas considérables d'ossemenls des cavernes, on ne rencontre pas d'os longs, de mâchoires ou de crânes entiers.

Comme ornement, certaines dents étaient recherchées. On les perçait d'un trou à la racine pour les suspendre et e« former

probablement des colliers. On en voit plusieurs dans h vitrine, entre autres des canines do renard et de loup et des incisives de bœuf. On voit aussi une canine de cerf ou de renne également percée. Ces canines atrophiées, formant un petit mamelon irrégulier, sont encore fort recherchées comme trophée de chasse. Lorsqu'on a tué un cerf, les piqueurs arrachent les canines et les vendent de 20 à 40 francs aux personnes qui ont suivi la chasse. On les fait monter en épingle.

Parmi les instruments en os ou bois de renne, les plus délicats sont des aiguilles à chas, faites avec beaucoup de soin. Tout d'abord assez longues, le chas ou trou se cassait facilement; alors on perçait un nouveau trou, ce qui raccourcissait successivement l'aiguille, qui finissait par être courte et trapue. Le chas se faisait au moyen de petites lames de silex terminées par une pointe fine.

On doit rapprocher des aiguilles, les hameçons, petits éclats d'os taillés en pointe vive aux deux extrémités. On les attachait par le milieu, de sorte qu'avalé par le poisson ou le gibier, il y avait toujours une des pointes qui se lixait dans l'estomac ou le gosier et retenait la proie.

Les instruments en os les plus caractéristiques sont les pointes et les bâtons de commandement.

Parmi les pointes, les unes qu'on a désignées assez souvent sous le nom de harpons sont garnies de plusieurs barbelures, espèce de dents recourbées, forinanL une ligne latérale d'un seul coté, ou plus souvent encore de deux côtés opposés. Ces barbelures sont habituellement, surtout quand il y en a deux rangs, garnies d'un sillon au milieu, comme si on avait voulu les empoisonner. La base se termine par une pointe courte, mousse et renflée (Sg. 31). Dans les mers du Nord on se sert encore actuellement de harpons en fer d'une forme analogue.

Les autres pointes sont très-longues, à tige ronde, à sommet effilé, à base en biseau, souvent garnie de lignes en creux pour mieux.Dxer le manche (fig. 32). Ce sont des poinles de trait ou de lance. Ces pointes étaient fort soignées, travaillées avec art,

portant parfois des gravures représentât des fleura, plus fréquemment encore des animaux.

Pointe barbelé* ou harpon en A R bois de renne, su 1/3.

Pig. 3S.

Pointe de lance en boie renne au 1/3.

La Madeleine.

Quant aux bâtons de commandement, ce sont des portions assez volumineuses de bois de renne plus ou moins ornées, et toujours percées d'un ou plusieurs grands et larges trous. Le nombre des trous varie de un à quatre (flg. 33). L'usage de ces

Fig. 33.

Bâton de commandement en bois de renne avec chevaux, au 1 13, La Madeleine.

pièces n'est pas encore bien déterminé. M. Ed. Lartet, remarquant d'une part que de tous les instruments de cette époque ce sont les plus ornés, d'autre part ayant retrouvé vers le Pôle,

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un bâton de commandement de ferme analogue, en bois de renne, auquel il ne manque que le trou, a pensé que ce pouvait bien être aussi des bâtons de commandement.

Ces bâtons, ainsi que les pointes de lance à base en biseau, non -seulement sont ornés de gravures formant des traits, des chevrons, des arabesques, mais encore représentant des êtres organisés, surtout des animaux. Il y a là une importante et curieuse manifestation de l'art. C'est un art bien naïf, bien primitif, mais pourtant très-vrai. Les graveurs et sculpteurs de cette époque avaient un grand sentiment do la forme et souvent des proportions. C'étaient de véritables artistes. Les représentations les plus fréquentes sont celles de chevaux et de rennes; viennent ensuite des bœufs et autres animaux. Un cerf commun est sculpté sur un fragment de bâton de commandement en bois de cerf. Un fragment do bâton en bois de renne montre un renne avec son faon à la robe tachetée. Un autre fragment également en bois de renne porte une petite représentation humaine gravée en creux. Toutes les pièces, sauf deux, sont des originaux ou des moulages provenant de la collection Lartet et Christy. On sait que cette collection, pour ce qui concerne les cavernesde France, a été divisée en parts égales entre le Musée de Saint-Germain et le British Muséum. Mais nous avons conservé le moulage dé toutes les pièces importantes qui sont allées en Angleterre.

Représentation» du Mammouth. — Les deux pièces de La Madelaine qui ne font pas partie de la collection Lartet et Christy, sont :

Une base de bâton de commande me ut ( moulage, don de H. le marquis de Vîbraye) sculptée en téte d'éléphant. On reconnaît fort bien le grand front arrondi, les petits yeux, les larges oreilles, la bouche étroite et la longue trompe. Il n'y a pas de défense. Quel est l'éléphant que représente cette pièce, dont l'original se trouve au château de Cheverny, dans la collection de M. de Vibraye 7 II est impossible de le dire.

Sous ce rapport, la seconde pièce, quoique beaucoup moins bien travaillée, est infiniment plu3. importante. C'est une large

plaque d'ivoire sur laquelle se voit gravé au trait et en creux un éléphant (moulage, don de M. Ed. LarEet, original au Muséum d'histoire naturelle). Il a un grand front bombé ; les défenses mal dessinées, le burin ayant glissé, sont pourtant fort recourbées; la trompe, très-nettement caractérisée, tombe droit; les jambes sont bien accusées. Mais ce qui est tout particulier, et qui, bien plus encore que les défenses recourbées, caractérise le mammouth) ce sont de longs crins, une véritable crinière qui pend entre la trompe et les jambes; c'est à la partie postérieure une queue touffue et garnie de poils, retroussée en forme de fouet. La découverte d'un mammouth, conservé intact dans les glaces du nord de la Sibérie, nous a appris que cet animal était recouvert d'une laine épaisse et de fort longs poils, tandis que tous les éléphants actuels sont à peau nue. C'est donc bien le mammouth qu'un artiste de La Madeleine a figuré sur un fragment de défense. Cet animal existait dune encore pendant la quatrième et dernière époque des cavernes de la pierre simplement (aillée.

Le sentiment artistique des hommes de cette époque ne s'est pas seulement produit sur des os, sur des bois de renne ou de cerf et sur de l'ivoire, mais encore sur des pierres. La vitrine de la Madeleine contient un caillou noir, percé d'un trou pour la suspension, sur lequel se voit un essai de gravure représentant un renne.

Station de Lan série • Basse. — Dans la vitrine plate suivante (n- 26), se trouve une série de La ugerie- Basse, commune de Tayac, Dordogne (don de MM. Lartet et Christy, et de M. de Vibraye), analogue à celle de la Madeleine. En fait de silex il y a de nombreuses lames, des perçoirs, des grattoirs, des grattoirsperçoirs, etc. Puis viennent un siiSet en phalange de renne, des dénis percées, de beaux échantillons de boisde renne et d'os coupés et sciés avec le silex, des outils divers parmi lesquels se distinguent: l tt une tige en bois de renne ornée de sculptures dans toute sa longueur et terminée par un évidement assez long. M. Lartel pense que ce pourrait bien Être une cuillère pour prendre la moelle dans l'intérieur des os.

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