Une pièce assez longue, d'un usage inconnu, terminée par
un petit crochet, comme serait un harpon, remarquable surtout par la sculpture, très- artiste ment exécutée, d'une têtu de cheval un peu au-dessous du crochet.
3° Un poignard en bois de renne, ayant pour poignée un renne sculpté. La position de l'animal a été très-habilement choisie pour ne pas blesser la main. 11 a le nez au vent, ce qui fait que les bots sont couchés sur le dos. Ses pattes de devant sont repliées sous le ventre, celles de derrière, un peu trop développées, sont allongées pour relier la poignée à la lame.
4° Deux fragments de palme do bois de renne portent gravées en creux, l'un un bouquetin, l'autre un arriere-train probablement de bison.
Ci rot (e dea jEjzies. — La grotte des Eyzies, aussi de la commune de Tayac (don de MM. Lartet et Christy], fait suite à la précédente. Elle est surtout représentée par des silex, dont quelques-uns sont encore dans la brèche. Il faot ajouter un caillou mortier, un petit os sur lequel est gravé un bœuf, ainsi que le moulage d'une plaque de schiste avec bouquetin gravé.
Grotte de Massât. — De la Dordogne ou passe aux Pyré. nées, dans l'Ariége, grotte de Massât (don de MM. Lartet et Christy). Là ce sont les instruments en os ou bois de renne qui dominent. En fait de pointes on en voit de longues à biseau à la base, et surtout de celles en forme de harpon à une ou deux rangées de barbelures. Un andouiller qui était percé d'un large trou, porte gravée au trait une fort jolie tête d'ours.
«rôties de Brunlquel. — La dernière vitrine plate (n° 27) est entièrement consacrée aux grottes de Brunique!, Taraet-Garonnc, qui appartiennent aussi à l'époque de la Madeleine (fouilles de M. Brun, don du Ministre de l'Instruction publique). Dans ces grottes ou abris abondent les petites lames et petits éclats de silex. Il y a surtout, en assez grande quantité, de ces petits éclats garnis dans toute leur longueur de dents , profondes et Irèsneltes. On les a toujours désignés sous le nom de scies. C'est une erreur. Les dents sont trop fortes ét les échantillons trop petits pour qu'on ait pu scier avec. Ces petits instruments servaient à
racler, façonner et polir les esquilles d'os ou de bois de renne devant êlre employés à faire des aiguilles. Ln effet, on trouve en assez grande quantité à Bruniquel les aiguilles et les silex à pointe destinés à percer le chas. On voit aussi dans la vitrine un os d'où l'on a détaché de nombreuses et longues esquilles pour faire le corps de l'aiguille. Les douta pure Jus, les siiîlds, les pointes à biseau, les pointes harpons à un ou deux rangs de barbelures, les poinçons, les lissoirs, les bâtons de commandement sont plus ou moins bien .représentés. Il y a aussi des manches d'outil en bois de renne. Ce sont toutes des pièces originules, Il n'y a que quatre moulages de produits artistiques.
C'est d'abord un fragment de batnn de commandement (Musée d'histoire naturelle de Montauban; don de M. Brun) sur lequel est représente - le grand chat des cavernes.
C'est ensuite deux rennes admirablement sculptés sur ivoire (collection de M. Peccadeau de l'Islc) ; ce sont là, sans contredit, les deux plus belles pièces connues jusqu'à ce jour. Comme le renne de Laugerie-Basse, les rennes dû Bruniquel servaient de poignée à des poignards. Dans l'un la lame partait de l'arri ère-train, dans l'autre de la tète.
Enfin, c'estun mammouth sculpté sur une palme de bois de renne (collection deM. Peccadeau deTIsle). Comme les rennes précédents, c'était une poignée. Eu l'examinant, il faut faire abstraction de la base de la lame du poignard qui est encore lixée au front du mammouth. Les quatre pattes de l'animal convergent l'une vers l'autre et se réunissent par leur base, terminée par de gros pieds ronds et plats. La trompe va aussi se terminer entre les deux nattes de devant Les défenses, pour ne pas être sujettes à se briser, s'appuient sur la lame, ce qui a forcé l'artiste de les placer trop haut. Le derrière de l'animal est surmonté d'un fouet retroussé sur le dos, ce qui montre bien que ce n'est pas un éléphant actuel, mais bien un mammouth.
CronpcdelaDordogne. — La vitrine droite contre le pilier, d° 10, contient une série des diverses grottes de la Dordogue, appartenant à l'époque de la Madeleine. C'est un don de
M. de Breuvery, maire de Saint-Germain, Le donateur a groupé les silex par nombreux petits lois, essai de cl a ssi fie al ion des lames et éclata de silex si abondants dans les cavernes.
Grottes diverse*. — Dans les vitrines latérales du pilier n° 10, sont réunis les produils de diverses cavernes.
Station du Puy de Lacan, commune de Malmort, Corrèze (don de MM. Philibert Lalande et Massenat). Les Échantillons sont divisés en deux groupes, suivant qu'ils viennent de l'intérieur de la grotte ou de l'extérieur. Quelques fragments de poterie ont été trouvés dans la grotte.
Grotte des Morts, commune de Drive, Corrèze (don de MM. Lalande el Massenat).
Grotte du Pouzet, commune de Terrasson, Dordogne (don de MM. Lalande et Massenat).
Station du pied du Salùve, commune de Bossay, Haute-Savoie (don de H. Thioly).
Grotte de Champ, commune de Brive (don de MM. Laiandeet Massenat.)
Groltede Comba-Nogra, commune de Brive (don de MM. Lalande et Massenat) . On y voit un morceau de minerai de fer liydroxydé ou sanguine. Il y en a un aussi au Puy de Lacan. Ce minerai pulvérisé donne une belle couleur rouge, de là son nom de sanguine. Il a très-probablement été recherché par les hommes des cavery nés pour peindre et tatouer la figure et le corps, ainsi que le font encore habituellement les sauvages actuels, qui parfois se servent de la môme matière.
Grotte de Roc'h-Toul, commune de Guiclan, Finistère (don de M. le D r Le llir). La première signalée en Bretagne. Lessilexsonl petits et mal taillés parce que la matière première manque dans toute la région.
Grotte du Chaffaud, Vienne (don de MM. Lartet et Ghrisly). Depuis les fouilles do MM. Christy et Lartet, M, de Longuemar a pratiqué au Chaffaud une exploration systématique et complète. Il a fait hommage au Musée d'une série raisonnée rendant compte de tous les faits constatés.
Grotte de Liveyre, commune de Turaac, Dordogne (don de MU. UrtetetChristy). '
Grotte de Saint-Pierre d'Irube, près de Bayonne (don de M. k. Détroynt). Station laplusméridionale de nos cavernes avec débris de renne.
Toutes les grottes et slations précédentes se rapportentà l'époque delà Madeleine.
GroLte de Badegols (don de MM. Ph. Lalande et Massenat). Brèche empalant du nombreux ossements de renne, des silex taillés, des os carbonisés et un fragment de sanguine ; série de divers instruments en silex. Cette grotte parait se rapporter à l'époque de Solutré, mais le Musée ne possède pas de pièces assez caractéristiques pour trancher la question d'une manière certaine.
Poteries et vase» de» cavernes. — Dans la vitrine latérale du pilier n° 9, en face des cavernes, on a placé le moulage du plus ancien vase eu terre connu (échange avec le Musée d'histoire naturelle de Bruxelles). Il a été découvert par M. Ed. Dupont dans la grotte sépulcrale du Trou du Frontal, commune de Furfooz, près de Oman, Belgique. C'est un grand ovoïde, à base arrondie, avec des mamelons latéraux percés de trous pour passer des liens ou cordes de suspension. Comme il manque beaucoup de fragments au vase original, on a placé tout à. côlé une restauration complète.
Dans l'embrasure de la fenêtre, du côté des fossés (n° 1 3), sur un socle, a été placé une grande géode naturelle en pierre (don de MM. Larlet et Christy). Elle provient de La Madeleine, et a été trouvée auprès d'un foyer. En effet, une des faces porte de profondes traces de calcination. Il est donc plus que probable que les hommes de l'époque se sont servi de cette grande géode naturelle comme de marmite pour faire chauffer de l'eau et cuire des aliments.
Climat de la grande époque des cavernes. —
Revenant à la vitrine étrangère, près de la cheminée (n° 6), ou y voit des échantillons de mousses provenant d'une station de l'époque de La Madeleine, découverte à Schusseuried, Wurtemberg
(don de M. A. Steudel). Parmi ces mousses, déterminées par le professeur Schïmper, de Strasbourg, et appartenant à des types qui habitent actuellement le pôle, il y a Vlhjpnum aduncum, variété Groenlandiaan et VByptaun sarmentosum.
L'ensemble de la faune des cavernes, dans laquelle domine le renne, cet habitant du pûle Nord, en compagnie d'animaux des régions glacées du Nord on des sommets neigeux de nos montagnes, comme le chamois, le bouquetin, la marmotte, etc., a tout naturellement fait admettre que la température de nos plaines était alors bien plus froide que de nos jours. A cela on a répondu que les animaux émigrés ont bien pu fuir devant l'homme, et que si maintenant on ne les trouve plus que sur les montagnes et dans les régions polaires, c'est qu'ils sont allés chercher un refuge sur les points les moins fréquentés et les moins accessibles. Celle objection n'est pas fondée, le renne et même le chamois nepouvant vivre et surtout se reproduire dans nos plaines, dont la température est maintenant trop élevée pour eux. Mais c'est surtout la présence de mousses polaires qui vient confirmer ce qui est démontré par toutes les antres observations, savoir que nos pères des cavernes étaient soumis à un climat beaucoup plus rude que notre climat actuel. Les mousses n'ontpas fui devant l'homme!
Ethnographie. — La vitrine n° G contient aussi divers objets récents qui viennent jeter du jour sur l'emploi et l'usage des objets anciens. Je puis citer :
Des harpons en fer employés de nos jours dans les régions où vit encore le renne. Us sont presque identiques do forme avec les pointes barpons en bois de renne de l'époque de La Madeleine.
Le moulage d'un grattoir en silex, emmanché dans un morceau d'ivoire de morse, provenant du Groenland. Ces grattoirs servent à enlever le poil des peaux qu'on veut avoir à nu.
Le moulage d'un fragment de bois de renne, orné de gravures provenant des îles Malouines. C'est un blton de chef, un insigne de commandement. Il offre la plus grande analogie avec les pièces des cavernes que nous avons désignées sous le nom de bâ- . tons de commandement.
Cette série de comparaison ne fait que commencer, mais on lui donnera tout le développement possible.
Carte des cavernes. — A l'extrémité de la salle, du côté opposé à ia cheminée, se trouve une grande et belle carte comprenant l'ancienne Gaule, c'est-à-dire la France, la Suisse, la Belgique et les bords du Rhin. Le relief de cette carte est admirablement rendu. Sur culte carte sont indiqués les gisements d'instruments quaternaires et les cavernes, et ce sera, grâce à des adjonctions sviccessives, l'inventaire complet de toutes les localités connues se rapportant aux époques contenues dans ia salle.
Age de la pierre en Danemark. — Le roi de
Danemark Frédéric Vil a fait cadeau à l'Empereur d'une magnifique collection de l'époque de la pierre. Cette collection se rapporte à des époques bien plus récentes que celles que nous venons d'étudier. Elle se trouve pourtant dans la même salle. Cela tient à ce que la classification très-rigoureuse pour ce qui concerne les objets provenant du sol de la Gaule, l'est beaucoup moins pour les objets étrangers qui ne sont admis dans le Musée que comme termes de comparaison. En outre, la collection étant réellement très- remarquable, méritait une place d'honneur. C'est pourquoi on lui a consacré tout le fond de la grande salle d'entrée (no 29).
KIoekkenmocddings ou rejets de cuisine. — Les
pièces les plus anciennes du Danemark proviennent d'amas de débris d'aliments, désignés dans le pays sous le nom un peu rude pour nous de Kiûchkenmoeddmg, qui peut se traduire par rejets de cuisine. Ces amas, dont on peut voir (n° 28) un échantillon en tête de la vitrine (don de la Commission danoise à l'Exposition universelle de 1867), se composent surtout de lests de coquiiles marines édules, qui sont, d'après leur abondance, des huîtres, des cardes ou clovis (Cardium cdule), des moules ou Alytilus et des littotines. A ces coquilles sont mêlés des os brisés et des silex grossièrement taillés. Tous les os appartiennent à des espèces actuellement vivantes et habitant encore le pays, ce qui montre
que ces accumulations de débris de cuisiae sont bien plus récents que ceux qui proviennent des cavernes.
Les deux premiers compartiments horizontaux de la grande vitrine sont consacrés aux kioekkenmoeddings. On voit tout d'abord une grande série de racloirs ou tranchets cunéiformes, l'instrument le plus abondant et le plus caractéristique. Puis viennent ' des lames ou couteaux et un nucléus d'où l'on a détaché de ces lames, des fragments do poterie fort grossière, des os longs refendus pour avoir la moello, des mâchoires de cochon ei de cerf brisées pour sucer les parties succulentes de l'intérieur, etc. Deux cailloux, l'un troué artificiellement pour être emmanché et servir de casse -tête, l'autre avec un creux au milieu, comme les mortiers des cavernes, pourraient bien être d'une époque p!us récente, ainsi que le nucléus lui-même qui est très-beau et très-net.
Objets de* dolmens. — Le reste de la collection qui forme la partie la plus nombreuse, la plus brillante, provient des sépultures sous dolmens. Le fond vertical de la vitrine est garni de trois rangs de haches en silex. Quelques-unes atteignent les plus grandes dimensions. On voit de nombreuses pièces parfaitement taillées à éclats, maïs pas encore polies; d'autres ont un poli admirable, viennent d'être terminées et n'ont pas encore servi; il en est enfin qui, après un long- usage, ont été sensiblement réduites par des aiguisages et polissages successifs et qui même, ayant été fortement ébréchées ou cassées en partie, ont dù subir une nouvelle taille. Sur les cotés sont deux pierres ayant servi au polissage. Parmi les haches danoises en silex, il en est qui ont l'extrémité tranchante taillée en gouttière et forment de véritables gouges. Un autre type assez spécial est le ciseau de menuisier, silex étroit, rectangulaire, allongé, terminé par un biseau tranchant. Haches, gouges et ciseaux abondent. Moins nombreuses, mais plus remarquables encore sont les pointes de flèche, les pointes de lance, les lames de poignard et les scies. Elles sont placées dans les deux compartiments horizontaux du milieu. Ces pièces sont taillées avec un soin, un fini et une habileté extrême, On ne conçoit pas comment, avec de simples outils en
pierre, on est parvenu à façonner d'une manière si remarquable une matière si fragile et si cassante.
Il y a là des pointes de (lèche Ires-variées, dont quelques-unes sont d'une délicatesse extrême.
Des scies plus ou moins en forme de croissant.
Des lances, lames de silex en forme de feuilles de saule ou de laurier, finement retaillées des deux côtés. Une d'elles est crénelée sur les deux arêtes et ressemble à une double scie à fortes dents.
Des poignanls, lame aiguë, à deux tranchants, ne faisant qu'un avec une poignée large et plate. Celte poignée parfois est ornée sur les angles et sur le milieu de petites enlailles qui figurent un gaufrage. C'est le nec plus ultra de l'art en ce qui concerne la taille du silex.
Dans les compartiments verticaux du milieu de la vitrine, on a placé quelques ébauches des divers genres de pièces qui viennent d'être énuménîes. Ils permettent de suivre toutes les phases du travail.
On remarque aussi des colliers de grains d'amhre trouvés dans les dolmens avec les instruments en silex.
Mais le silex n'est pas la seule pierre dont on ait fait des instruments en Danemark. Les deux compartiments horizontaux qui terminent la grande vitrine n» 29 contiennent une série de pièces en grès, en diorileou en trapp. Ce sont tout d'abord de ces masses ovales avec une rainure au pourtour, ressemblant aux marteaux des sauvages de l'Amérique. Ce sont ensuite do grosses et lourdes pièces taillées en forme de véritables marteaux ou puissants coins, traversés d'un large trou rond pour le manche. Ce sont enfin des espèces de marteaux-haches, de formes diverses, parmi lesquelles la plus élégante et ia plus compliquée est celle qui ressemble aux haches a deux tranchants que l'on figure entre les mains des Amazones. Tons ces marteau x- haches sont percés vers leur milieu d'un large trou pour l'emmanchure. Ce trou, ouvrage de patience, riait pratiqué parfois avec un outil en pierre, ressemblant à un gros clou, dont un échantillon accompagne la série des marteaux-haches.
S" Salle.
Pierre polie.
La collection du Danemark sert naturellement de transition entre la pierre simplement taillée à éclat et la pierre polie.
Classification de l'Age de la pierre. — En remontant dans l'antiquité, on arrive à une époque où l'on ne rencontre plus trace de métal. Tous les instruments utilisés par l'homme étaient alors en bois, en os ou en pierre. Ces derniers étant les plus résistants, les moins destructibles, sont ceux qui nous sont parvenus en plus grande abondance; c'est ce qui a fait désigner cette époque reculée de l'humanité sous le nom d'âge de la pierre.
Mais dans les commencements, les progrès ont été lents, trèslents. L'âge de la pierre a donc existé pendant un temps fort considérable, aussi les archéologues ont senti le besoin de le diviser en diverses périodes. On a d'abord remarqué quelahache polie, cet instrument si caractérisé et si commun, ne se rencontre qu'à partir d'un temps donné. Jamais il n'a été constaté dans les alluvions quaternaires, jamais il ne s'est trouvé associé au* débris d'animaux éteints ou émigrés. La hache en pierre polie est donc bien postérieure à toutes les époques que nous venons d'étudier. Elle a donc paru très-propre à caractériser une grande coupe de l'âge de la pierre en deux périodes : la période de la pierre simplement taillée ou éclatée et la période de la pierre polie.
Cette division est bonne, très-bonne, mats le nom donné aux deux périodes est mauvais.
Il est d'abord trop long et trop compliqué.
Ensuite il n'est pas d'une vérité absolue et éveille souvent de fausses idées. En effet, à l'époque de la pierre polie, la plupart des instruments en pierre ne portaient pas trace de polissage, Les couteaux ont toujours été simplement éclatés ; c'est l'éc!at seul qui donne a la pierre, surtout au silex, un tranchant assez vif pour
pouvoir couper. Les scies, les grattoirs, les pointes de flèche, etc. , sont simplement éclatés et retaillés, mais non polis. 11 faudrait, pour être exact, dire : époque antérieure aux haches polies et époque des haches polies, ce qui serait encore trop long.
Pour remédier à ces inconvénients, on a proposé, en Angleterre, les noms archéolithiques et néolithiques; époque ancienne de la pierre, époque nouvelle de la pierre. Ces deux noms paraissent d'autant meilleure qu'ils constatent seulement un ordre de succession, sans fixer des limites qui peuvent changer d'un jour à l'autre.
L'époque arcliéolithiquo, désignée aussi sous le nom de paléolithique, que nous venons d'étudierdans lasalle I, est caractérisée par l'exiFLcnra d'animaux d'espèces éteintes ou émigrées et par l'absence complète de haches polies.
Ce qui distingue l'époque néolithique, contenue dans la salle II, c'est la disparition des nniinnuï d'espèces éteintes ou émigrées et l'apparition d'une part des animaux domestiques, de l'autre des haches polies.
Di* tribut ion générale de la salle. — Dans la vitrine centrale (n° 33) on a placé au milieu les poteries et tout au pourtour le produit de fouilles spéciales, faites avec soin. Elles sont autant que possible en regard des monuments fouillés.
La vitrine contre le pilier 31, du côté des fossés, complète la série des poteries, et celle du pilier suivant (no 32) contient encore une fouille complète.
La grande vitrine [no 42) du fond de la salle est consacrée aux objets trouvés sur le territoire de l'ancienne Gaule, classés par séries, sans tenir compte des localités.
Les objets étrangers, anciens et modernes, sont placés à côté de la cheminée {n° 30).
Dolmens. — Ce qui frappe tout d'abord on entrant dans la salle, ce sont de nombreuses reproductions de dolmens. Elles ont été exécutées avec le plus grand soin, par M. Abel Maître, à l'échelle uniforme de cinq ceuti mètres par mètre, soit un vingtième. Plusieurs de ces reproductions contiennent des petits bonshom-
mes servant d'échelle. Ils représentent une hauteur de 1 mètre 66 centimètres.
Les dolmens reproduits sont :
Ailée couverte de Bagneux, près Saumur, Maine-et-Loire {no 34). Le plus grand dolmen de France, si vaste et si haut qu'on en a fait autrefois une écurie et que maintenant on y danse les jours de fête patronale.
Derrière on a placé l'allée couverte dite Table de César ou des Marchands, commune de Locmariaker, Morhihan. Chambre en partie ouverte sur les côtés, au bout d'une allée ou couloir en ruine.
Au delà de Bagneui, en allant vers les fossés (no 35), allée couverte dite des Pierres Plates, commune de Locmariaker, Morbihan.
Allées couvertes au nombre de trois, dites Crottes de Plouharnel, Morbihan (n° :it>). Longs couloirs terminés chacun par une chambre plus large. L'une des chambres est accompagnée d'un petit cabinet latéral.
Dolmen du Maué-er-Hoeck, commune de Locmariaker, Morbihan (n° 37).
Dolmen de Bougon, Deuï-Sèvres (n° 38), salle souterraine divisée en deux par une cluison intérieure. Les intervalles entre les grandes pierres sont murés à sec.
Allée couverte de Kércado, commune de Carnac, Morbihan (no 59). Couloir terminé par une chambre, moellons à sec bouchant les interstices des grandes pierres.
Dolmen de la Pierre-Turquaise, forël dû Carnelle, Seine-et-Oise (n° 40). Longue allée fermée à l'entrée, après un vestibule, par une porte basse et étroite. On entre actuellement par une ouverture latérale accidentelle.
Les dolmens étaient des monuments funéraires, comme l'a trèsbien (l'jmnnln'i M. Alexandre B^rlraad. Ils étaient enfouis sous des monticules artificiels nommés tumulus. Ceux qui se montrent à l'air libre sont en partie ruinùs et en tout cas violés. Lorsqu'on veut fouiller un dolmen vierge, il faut aller le chercher au sein de
la terre. Les dolmens de Bougon (n° 38) et de Kercado (n° 39) nous montrent le tumulus encore existant. A Bougon, pour arriver à la chambre du dolmen, on a ouvert une galerie latérale dans le tumulus. Au Mané-er-Hoeck (n° 37), on a percé le tumulus à partir de son sommet.
Menhir do Loemarlakcr . — La série des reproductions de monuments mégalithiques, c'est -a-dire en grandes pierres brutes, se termine par le grand menhir de Locmariaker, Morbihan, actuellement étendu par terre et brisé en quatre morceaux. Les menhirs sont de grands blocs ou aiguilles de pierre dressés sur le sol et formant obélisque. Le menhir de Locmariaker, le roi des menhirs, avait une hauteur dépassant celle de l'obélisque de Louqsor. Pour qu'on puisse bien l'apprécier, une restitution au vingtième a été placée sur la portion de la vitrine 42 qui est contre la fenêtre.
Dolmen d'Argenteull. — Le Musée a, par les soins de M. Louis Leguay, fait exécuter des fouilles dans un dolmen ou longue allée couverte située au-dessus de la Seine, à Argenteuil, Seine-et-Oise. Le produit de ces fouilles est groupé dans un compartiment de la vitrine du milieu (no 33). On y voit plusieurs haches polies en silex et en diorite. Deux d'entre elles ont été recueillies encore dans leur gaine en bois de cerf. L'une de ces gaines est en partie détruite, mais l'autre (fïg. 34) est en très-bon
gaîno de hache eu bois de cerf contenait probablement une hache en silex mince et allongée qui est dans la trouvaille, mats, n'ayant pas été recueillis ensemble, on ne les a pas réunis.
Des haches en silex sont cassées et semblent même avoir été intentionnellement brisées. En effet, outre des lames pouvant servir de couteau et de scies, on a trouvé un grand nombre d'éclats de silex informes ; ils sont groupés dans une écuelle en verre. Il y a aussi deux fort jolies pointes de flèche en silex de la craie du bassin de la Seine, et un beau bout de lance en silex du Grand- Pressigny (fig. 35). C'est la seule pièce moulée, le maire d'Argenteuil ayant gardé l'original.
Fig. 3S.
Bout liiiioo on ii'.nx. <t;i Gni:nl-Pre.=.;i^.iy, dolmen d'Argenleui], au 3/3.
Les pendeloques et grains de colliers sont nombreux et variés : petite hache polie en diorite percée d'un trou de suspension ;
fragment d'un anneau en schiste avec un trou à chaque eilrémité ; quatre graviers en quartz rougeâtre, péniblement percés d'un trou au milieu; deux fragments de défense de sanglier également troués ; petites rondelles en coquilles d'unio ou moule d'eaa douce percées, véritables grains de collier. Ces coquilles s'altérant facilement à l'air, on a été obligé de les enfermer dans un petit tube de verre.
Il reste à cher trois vases fort grossiers, en terre façonnéeà la main, de grandeur différente, forme des pots à beurre, sans ornements extérieurs et tous les trois à fond plat. Ils sont placés dans la partie centrale de la vitrine, immédiatement au-dessus des autres objets.
Bolmens du Gard. — Le compartiment horizontal suivant, à gauche, contient le produit dos fouilles faites parM.Aurès, pour le Musée, dans ies dolmen* du dépai-temenl. du (Jard, ckïimunes d'Aiguere et de Campestre. Les divers dolmens sontséparfs par de petites baguettes noires.
Dans les dolmens du Gard, comme à Argenlenil, les objets è parure sont nombreux. Les rondelles de coquilles trouées poor ■ former collier se retrouvent dons le Gard, mais là elles sont su coquilles marines. Les coquilles de mer ont aussi fourni des piques percées, analogues à celles en défendus du sanglier. Les canines de carnassier percées à la racine se trouvent en certain nombre, ainsi que des perles forme olive plus ou moins allongée, en serpentine et en bois. Pour en terminer avec les pendeloque; a trou de suspension, il faut citer un petit triangle en bois, une plaque de schiste et un caillou assez allongé.
Les silex sont : 1° des couteaux parmi lesquels il en est «"< longs et minces très- curieux; 2° des pointes de flèche et de lance de forme variée et de belle exécution. On remarque surtout une longue pointe de lance, très-aigtio, qui a été polie sur ses deux faces, ce qui est fort rare pour ce genre d'arme.
Les poteries sont en général minces et légères, bien que grossièrement faites. Quelques-unes sont ornées de raies en crétin plusieurs ont de petiu mamelons percés de trous de suspension.
Un vase assez complet eu (orme de calotte profonde, à fond rond, est orné de pointillé an pourtour en haut.
Tombeau de Dlcubolm. — Le troisième compartiment contient une tombe complète, trouvée sous un tumulus sans chambre ou dolmen, près Dicnheim, environs d'Oppenheim, sur le Rhin (moulages; Musée de Mayeoce). Il y a la moitié d'une urne en terre, à fond plat, toute ornée à l'extérieur do zones pointillées; deux silex taillés eu pointe et quatre petites, toutes petites haches en roche noirâtre, l'une d'elle est dans une gaine de bois de cerf.
Vimcs du cimetière de IHonsIicIm. — Dans le centre de la vitrine au-dessus dii compartiment précédent, on remarque cinq beaux vases enliers, provenant d'un cimetière de l'époque de la pierre polie découvert à Monsheim, près Worms (moulages envoyés par M. le D r l.iodenschmil; Musée de fllayence). Ces vases tous à fond rond sont ornés en creux de chevrons et de dents de loup.
Les objets de Dienheim et de Monsheim rentrent dans les séries gauloises, ayant été trouvés sur la rive gauche du Bliiu.
Dolmen de Bougon. — Le quatrième compartiment est actuellement vide. Le cinquième se trouve occupé parles objets recueillis dans le dolmen de Bougon .(majeure partie moulages; Musée de ISiort). Haches polies en silex ; lames ou éclats de la même roche; très beau marteau, avec large trou au milieu pour l'emmanchure, en pierre brune; canines d'ours percées à la racine ; collier formé de pelils tronçons d'os longs ; belle série d'instruments en os, poinçons et ciseaux ou lissoirs; enfin, dans le centre de la vilrioe, deux vases fort grossiers, l'un en forme de pot à fleur, l'autre en forme de grande calotte à base arrondie. Le dolmen de Bougon, n° 38, où ont été trouvés tous les objets signalés, est en regard du compartiment qui contient ces objets.
Dolmens du Horblhnu. — Les trois compartiments suivants qui complètent la vitrine, sont consacrés à trois fouilles de dolmens du Morbihan: Dolmen du Mont-Saint-Michel, Carnac ;
dolmen du Mané-er-Hoeck, Locmariaker, et dolmen de Tumiac, Arzon (moulages du Musée de Vannes, sauf quelques originaux dons de l'Empereur). Les pièces caractéristiques des fouilles de ces dolmens sont des perles et pendeloques d'une pierre trèsfine d'une nature particulière nommée callaïs, c'est une espèce de lurquoise vert clair.
De petites haches plates, minces, allongées, presque rectangulaires, à fond blanc marbré de vert en fibrolithe.
Des haches fort bien travaillées, de grandeur moyenne, ayant un trou rond vers le sommet qui se termine en pointe. Ce trou était probablement destiné à fixer la hache au manche au moyen d'une cheville.
De très-grandes bacbes en jadéiie, magnifiques pièces. Au Mané-er-Hoeck il en existe une carénée sur les faces aplaties. Une de celles de Tumiac est singulièrement étroite et allongée.
Mais les plus longues haches sont en pierre schisteuse noirâtre. La mieux conservée, de Tumiac, a 45 centimètres et demi de longueur. Une du Mané-er-Ifoeck atteint même 47 centimètres.
Au Mané-er-Hoeck, trouvaille des plus importantes, dont on n'a moulé que les principales pièces, il y a un grand anneau en jadéite. Les pièces de cette trouvaille, comme pour Bougon, sont placées en face de la reproduction du dolmen d'où elles proviennent, n° 37.
Anneaux d'or de Plonharncl.— C'est aussi en face de la reproduction des grottes de Plouharnel, n° 36, qu'on a placé, dans le milieu de la vitrine centrale, n° 33, les facsimilés des deux anneaux provenant de la plus grande des trois allées couvertes (collections de M. le comte Costa de Beauregard et de M mo Le Bail). Ces colliers, simples lames d'or, coupées en lanières sur le devant et repliées aux deux extrémités en forme d'agrafe, se trouvaient sur un vase grossier placé dans le couloir el non dans la chambre du dolmen le plus à droite. Ils sont évidemment postérieurs au monument, et le produit d'une violation fort ancienne.
Poterie» des dolmen*, —Le milieu de la vitrine centrale
(no 33), outre les vases déjà cités, contient une série de poteries provenant des dolmens do Morbihan ( moulages, Musée de Vannes). Les plus considérables sont de grandes jattes ou marmites basses, à fond rond, à parois sans ornements, ou bien des vases en forme de pots à beurre, parfois avec de grandes anses, très-simples aussi. Les pièces les plus ornées sont des vases à Tond plat en forme de gobelets. Deux coupes ou tasses à fond rond, tout unies, ont la forme et les proportions du crâne humain.
Pour les détails de la fabrication et de l'ornementation des poteries des dolmens et de l'époque de la pierre polie, il faut se reportera la vitrine d'entre-deux de fenêtre n" 3f. Il y a là un grand nombre de fragments provenant des dolmens du Morbihan (dons de MM. de Closmadeuc, de Cusse et Maître; fouilles que le Musée a fait faire au cromlech de l'Ile des Tisserands, près de Gavr'iuis, par M. de Closmadeuc, et moulages du Musée de Vannes). Ces fragments établissent de la manière la plus nette et la plus positive, malgré l'assertion contraire émise au Congrès international de Paris, que l'art du potier était alors tout à fait dans l'enfance. Les produits, même les plus fins et les plus soignés, sont grossiers, mal façonnés et surtout mal cuits. Tout est Tait à la main ou au torchis, tout est cuit au feu libre, c'est-à-dire à demi cuit. La plupart des pâtes renferment de petits grains pierreux. Pourtant quelques pièces avaient déjà un revêtement ou couverte parfois rouge, plus habituellement noir. Certains vases sont simplement ornés avec des coups d'ongle. Mais l'ornementation ordinaire se faisait à la pointe-, elle consiste en points ou lignes en creux formant des zones, des chevrons et des triangles ou dents de loup. Les creux des ornements sont quelquefois remplis d'une matière blanche [qui devait vivement faire ressortir la décoration sur le fond rouge ou noir. Mais même celte ornementation, la plus avancée, était d'une exécution grossière et peu régulière. Eu fait de relief, on voit quelques séries de côtes simulant dus anses. Les mamelons percés pour y passer des cordes de suspension sont fréquenLs.
A la suile des poteries du Morbihan se trouvent quelques fragments provenant du dolmen d'Availles-sur-Chizé, Deux- Sèvres (moulages du Musée de Niort). Ils sont ornés d'arabesques variées tracées à la pointe, et le trou de suspension est fort ornementé.
Dans le haut de la vitrine, sont des fragments provenant des dolmens du Gard (touilles de M. Aurès). Ils portent des traces très-sensibles de la fabrication au torchis. Du reste, ils confirment tout ce qui vient d'être dit et qui peut s'appliquer aussi à des débris de poterie des berges de la Seine, lia Villeneuve-Saint- Georges (don de M. Anatole Roujou).
Antres poteries de l'époque de In pierre polie. — Une vitrine droite, vers la fenêtre du côté des fossés (pilier n° 32), contient aussi des poteries qui peuvent se rapporter à l'époque de la pierre polie. Ce sont des vases :
i° Provenant des dragages de la Seine en amont de Paris (envois deMM. Chanoine et Campagne). Ily en a un complètement rond, avec un long cou conique, et un second ovoïde avec des trous de suspension au pourtour.
2° Trouvés dans la Seine à Paris (don de l'Empereur ). L'un d'eux a aussi la forme d'un crâne humain.
3° Retirés des tourbières de la Somme (don de Boucher de Perlbes). Formes très -grossières, très-primilives, dont la date n'est pas bien certaine. Un fragment est orné avec l'ongle.
4° Enfin des vases des habitations lacustres du canton de Zurich et du lac de Constance (envois de M. le D r Keller). Écuelle fort grossière, grand vase en ovale allongé et petit pot a anse. Un fragment de Robenliausen, acquis de Messicommer, à l'Exposition universelle de Paris, présente des ornementations tout à fait analogues à certaines ornementations des poteries des dolmens.
Dolmen de la Justice. — La vitrine d'entre-deux de fenêtre, n" 32, contient aussi une fouille complète, surveillée par M. Maitre : celle du dolmen ou allée couverte de la Justice, à Beaumont-sur-Oise, Seine-et-Oise (don de M. le comte de Ruty ).
On a rencontré là côte à côte des objets de l'époque de la pierre polie, tout à fait analogues a ceux du dolmen d'Argenleuil, et des objets gallo-romains bien caractérisés, entre autres des monnaies. Mais c'est une simple juxtaposition et non un mélange comme le montre et l'explique la coupe placée dans la vitrine. Le dolmen avait été en partie détruit et violé à l'époque romaine.
Dans la portion restée intacte on a recueilli des haches polies, pointes de lance, bouts de flèche, scies, couteaux, perculeurs et éclats divers en silex; une hache polie en aphanite avec trou de suspension; diverses gaines de hache en bois de cerf: une d'elles s'étant fendue a été percée de trous pour relier et rattacher les parois de la fente ; des marteaux également en bois de cerf, avec large trou d'emmanchement au milieu; des poinçons et perles en os; des graviers de quartz rouge percés, et diverses pierres trouées, pour colliers ou pendeloques; enfin un vase forme pot à beurre et de très grossiers fragments de poterie.
Série méthodique. — La grande vitrine du fond de la salle, ne 42, renferme une série générale des objets de l'époque de la pierre polie, trouvés sur le territoire de l'ancienne Gaule, fis sont classés méthodiquemeot; toutes les pièces de même usage, de même attribution, ont été rapprochées les unes des autres, quelle que soit la matière dont elles sont composées, et le point du pays d'où elles proviennent. On avait tout d'abord essayé une classification géographique par provinces et départements, mais cela entraînait trop loin, faisait répéter beaucoup trop fréquemment les mêmes pièces, et surtout avait l'immense inconvénient de disséminer par Irop les objets analogues. On a donc préféré adopter définitivement la classification méthodique, en ayant soin de dresser des tableaux géographiques qui renvoient aux types de la collection.
Les pièces formant cette série proviennent en majeure partie : ■ de fouilles et recherches faites spécialement pour le Musée, par MM. Bulliot, D r de Closmadeuc, colonel de Coynard et Rossignol ; des dragages de la Seine, pièces recueillies par MM. Chanoine et
Campagne et envoyées par le Ministre des Travaux publics ; enfin de dons, parmi iesquel on doit signaler en première ligne ceux de l'Empereur et de Bouclier de Pertlies. Les autres donateurs sont : MU» Cahingl et MM. Abord, D r Bailleau, Philibert Beaune, Bonneau, abbé Bourgeois, Bourguignat, Jacques lirout, E. Caillette d'Hervilliers, Ernest Chantre, de Closmadeuc, abbé Cochet, Coûtant, Damasse- Arbaud, Dbuéme, Duleau, sir John Evans, Louis Galles, Harel, A. Legrand, Le Métayer, Léveillé, de Longvy, D r Loydreau, Abel Maître, Hippolyte Marlot, G. de MorLiltel, commandant Oppermann, Regnard, Louis Revon, Anatole Roujou, de Saulcy, J. Théry, abbé Tisserand, marquis de Vibraye et Wauthier.
VcreiHeurs. — Le premier compartiment horizontal, du côté de la cour, contient les percuteurs ou marteaux primitifs. C'est le caillou servant à casser le caillou. Seulement, au lieu de prendre simplement le caillou roulé, comme on le ramasse au bord de tous les cours d'eau et pour ainsi dire dans tous les champs, les hommes de l'époque de la pierre polie choisissaient habituellement des noyaux de silex très-anguleux, offrantde nombreuses arêtes. Mais peu à peu, par l'usage, les facettes se détruisaieatetle noyau anguleux finissait par devenir une boule plusuu moins ronde, étoilée tout au pourtour. En effet, chaque coup donné, chaque percussion produit sur le percuteur une petite cicatrice, unepetite éloilure. On peut suivre dans la vitrine la transformation du percuteur depuis celui qui, n'ayant pas encore servi, est fort anguleux, jusqu'à celui qui est devenu, par un long usage, entièrement globuleux. Cette forme globuleuse a trompé divers observateurs, quiont désigné lespercuteurssousle nom de pierres de fronde. Qu'on ait jeté avec une fronde un percuteur hors d'usage, c'est forL po-sible, mais qu'on se soit donné énormémentde peine pour tailler des pierres dures uniquement dans le but d'en faire des' projectiles, ce n'est pas probable. Il était bien plus simple et plus facile de recueillir tout bonnement des cailloux roulés de forme convenable et de grosseur voulue. Ce n'est pas ce qui manque, et, en. effet, c'est ce qui a eu lieu. Uans.une terramare de
l'Émilïe, en Italie, on a rencontré, au coin d'une habitation, un amas de cailloux tous ovoïdes et tous a peu près de même grosseur. C'était bien là une provision de véritables pierres de fronde. J'en possédais plusieurs échantillons dans ma collection.
Parfois, pour pouvoir mieux saisir et pnur tenir plus solidement le percuteur, des faces planes étaient ménagées sur deux côtés opposés, Il est même arrivé qu'on a taillé intentionnellement ces faces sur quelques échantillons.
Les percuteurs n'étaient pas toujours en silex, la collection en contient un assez grand nombre en grès lustré et même en meulière, recueillis pourtant dans le département de l'Oise, où !e silex abonde. 11 y en a aussi en quartzite, en granité, en quartz do filon, provenant de régions où le silex fait défaut.
Souvent des fragments de haches brisées ou des nucléus ont été utilisés comme percuteurs.
Poarexéculer certaines tailles, il fallait des instruments plus délicats : c'était ou de petites rondelles à arêtes très-vives, ou bien des espèces de baguettes en silex avec l'extrémité desquelles on écrasait plutôt qu'on ne tapait.
Un percuteur fort curieux est un silex troué naturellement, taillé en anneau, avec le pourtour duquel on a frappé. C'est l'origine du marteau à douille.
DTucIéna. — Le second compartiment horizontal est consacré aux nucléus ou noyaux rejetés après avoir fourni des lames pour la fabrication dos couteaux, des scies, des pointes de lance et de flèches, etc. Ces nucléus ont toujours au sommet une surface plane sur le bord de laquelle on frappait avec le percuteur pour détacher les lames. Au pourtour on voit des faces étroites et allongées, empreintes laissées par les lames qui ont été détachées. Dans les régions riches en grands et beaux silex, on n'épargnait pas la matière première, aussi les nucléus sont ils énormes et n'ont-ils généralement fourni des lames que d'un côté. Au contraire, dans les pays où le silex est peu abondant, les nucléus sont petits et éclatés tout au pourtour. Enfin, là où le silex manque, où il fallait aller péniblement chercher la matière première au loin, les nu-
cléusse réduisenipour ainsi dire arien, on utilisaitla pierre jusque dana ses dernières limites.
Us nucléus du Grand-Pressigny, Indre-et-Loire, peuvent être cilés comme types des pays où le silex abonde. L'n de ceux de la vitrine mesure près de 35 centimètres. Tout à côté sont cinq nucléus du Morbihan et de la Côle-d'Or, régions où le silex la il défaut, aucun d'eux n'atteint trois centimètres. A la suite des nucléus du Grand-Pressigny on en a placé d'autres tout à fiit analogues pour la forme, aussi grands, aussi massifs, qui proviennent d'Angouléme, Charente.
Bulbe de percussion. — Bien souvent, quand on présente une simple lame, un simple éclat de silex, les curieux demandent à quoi l'on reconnaît que c'est un produit de l'industrie? qu'est-ce qui caractérise l'intervention de l'homme ï Pour répondre à cette juste et légitime question, quelques éclats peu caractérisés par leur forme ont été placés à la suite des nucléus ; mats tous présentent au sommet, du côlé de la face plane, c'est-à-dire de la face de cassure, un mamelon arrondi, plus ou moins saillant. C'est ce que l'on appelle le bulbe de percussion. Ce bulbe, ou cassure conclioïde, ne peut se produire que par l'effet d'un coup de marteau net, franc, sec. On ne le retrouve jamais dans les cassures produites naturellement par le roulis, l'écrasement, le gel, les actions atmosphériques. 11 est, au contraire, à peu près constant sur les éclats fabriqués par l'homme. C'est le résultat d'une volonté bien accentuée, c'est donc un excellent critérium pour reconnaîtra l'intervention de l'homme.
Couteaux. — Le troisième compartiment horizontal contient les couteaux et les scies.
te silex est d'autant plus tranchant qu'il a sa cassure plus fraîche, plus nette, plus intacte. On a donc dû se servir pour couper de tous les éclatsde silex. Mais on donne plus particulièrement le nom de couteau à des lames minces et allongées, offrant de chaque coté mi long taillant. La face inférieure est complètement plane; la face supérieure présente deux ou trois plans se coupant, en formant sur le milieu ou latéralement des arêtes
longitudinales. Dans les régions où le silex abonde les couteaux sonl généralement très-grands, dans les pays où le silex fait défaut on en trouve de très-petits.
Un couteau en silex brun noirâtre, provenant de la Seine, est tellement brillant qu'on le croirait vernis. C'est une patine qui s'acquiert souvent au sein des rivières.
A la suite des couteaux en silex on en voit un en défense de sanglier. Le bout de cette défense a été aiguisé pour former un tranchant latéral.
Soles. — Après les couteaux viennent les scies, Ce sont aussi des lames de silex, mais le tranchant, au lieu d'être laissé intact, est retaillé de manière a présenter des aspérités, de petites dentelures. Quelques-unes de ces scies sonl fort longues, d'autres sont plus courtes et présentent d'un côté un dos d'âne pour pouvoir élre saisies facilement avec les doigts, l'index appuyant sur l'instrument; enfin, un plus grand nombre, assez large, a deux encoches aux extrémités. Ces encoches sont destinées à fixer un manche. La partie coupante de l'instrument est, dans ces dernières scies, généralement un peu arquée. Une pièce provenant de Saint-Barnard, près Trévoux, département de l'Ain, présente tout à la fois la scie et le manche du même morceau de silex.
Entre les scies et les couteaux sont placés quelques bois decerf, os et pierres, coupés ou sciés avec le silex.
Tranchcls et pcrçolr. — Le compartiment est complété par des instruments en silex, à biseau aigu et tranchant, qu'on rencontre assez souvent et qui sont analogues aux tranchets des Kioekkenmoeddingsdu llanemark, mais généralenment beaucoup plus petits.
11 y a aussi un percoir, espèce de poinçon en pierre.
Grattoir». — Le quatrième compartiment renferme une jolie série de grattoirs. Ce sonl les mêmes formes déjà observées dans les cavernes, et que nous avons vues, en passant par le quaternaire, remonter jusqu'au tertiaire. Seulement ici les grattoirsdoubles paraissent beaucoup plus rares.
Pointe* de lance. — Les pointes de lance, qui suivent les