‹ Promenades biographiquesChapitre 18 sur 61 · PAYSAGE WAGNÉRIEN · texte numérisé non relu

PAYSAGE WAGNÉRIEN

Les touristes des « châteaux de Touraine » ne manquent pas d'ajouter, depuis quelques années surtout, à la riche collection de royales demeures qui forme le but de leur excursion, le château du Lude.

- Cette ancienne forteresse habilement transformée se présente au voyageur comme le spécimen le plus parfait qui soit d'une habitation agréable, gaie autant que somptueuse. Le château du Lude n'est peut-être pas très pur de style, mais il a ses tours monumentales, sa terrasse, son parc, ses jardins, le Loir qui traverse tout cela et les vastes prairies de Malidor où l'œil, après s'être grisé de splendeurs, se repose doucement.

Et la petite ville du Lude a un air propre et coquet qui fait moins regretter son voisinage un peu trop immédiat du château.

Je crois que les visiteurs ne s'}'' arrêtent guère ; ils sont venus pour le château et l'automobile les attend à la sortie pour les voiturer à nouveau sans qu'un regard, un simple coup d'œil même leur soit permis sur les rues de la cité.

Il y en a une qui cependant mériterait un moment d'attention, mais c'est celle-là que les chauffeurs éviteront sans doute s'ils craignent les heurts et les pavés pointus.

C'est !a grand'rue. On se croirait, tant elle est cahoteuse, dans la cour du palais de Versailles Elle date du reste de la même époque. Quelques maisons du xvme siècle y sub-

sistent encore et si cette rue ne se peut comparer aux rues somptueuses de Valognes que Barbej^ d'Aurevilly a si eomplaisamment et si bellement décrites, les âmes mélancoliques pourront rêver autour de ces vieux murs et les promeneurs, pourvu qu'ils aient comme il m'arriva un guide instruit, prendront plaisir à connaître leur histoire.

Voici, au numéro 26, un hôtel élégant transformé aujourd'hui en école libre. Une brochure de M. Louis Calendini nous apprend que de 1G59 à 1753 cet hôtel appartenait à des neveux et petits-neveux du pauvre poète Scarron.

René de Betz, propriétaire de la dite maison, épousait en 1660 la propre nièce de Scarron. M. Calendini nous dit les relations des enfants de Betz avec Ai"" de Ivlamtenon et tait justement remarquer que c'est par ieur intermédiaire qu'elle dut avoir ces « ètamines du Lucie quelle aimait tant pendant son veuvage ».

L'ami qui me conduisait m'aurait peut-être raconté successivement les secrets de toutes les maisons de la grand'rue si son enthousiasme pour ce qui a trait au xv.ne siècle ne l'avait amené à prononcer le nom de Chamillard dont le château de Courcelles est peu éloigné du Lude et passe pour une reproduction de Versailles.

Ce nom de Chamillard me rappela un joli roman de M. Henri de Régnier intitulé Le Bon plaisir. Je me dis que ce Chamillard pouvait être une manière de Manissard ou de Chamissy, que dans tous les cas, ces deux noms ressemblaient furieusement au sien et que cette ressemblance pouvait fane présager une visite amusante. Je voulus, en conséquence, voir Courcelles et je ne puis que conseiller cette excursion à tous ceux qui fréquenteront ces parages.

Un souvenir littéraire se rattache à Courcelles. liaint- Sii.ion qui pensait et disait beaucoup de bien de Chamillard vint visiter son ami au mois de septembre 1709. ii mentionna dans ses mémoires ies trois semaines durant lesquelles il séjourna chez J ancien ministre : « J'y passais, écrit-il, les matinées avec Cnamillard qui m'y parla à cœur ouvert de bien des choses ».

LU

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