Fouché
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que Ton chargerait de l'enlèvemenl L'homme vn place n'hésita pas : les débats n'offrirent aucune charge contre les prévenus..., etc ».
Non, il n'y avait pas méprise ; c'était bien Clément de Ris et ses papiers que les agenis de Fouché devaient saisir. Carré de Busserolle en donne les preuves les plus absolues et c'est aussi l'avis de Balzac ; mais ;i l'époque où Viriot publia sa brochure, l'aflaire était encore ténébreuse quant à ses origines. Viriot ignorait évidemment le complot contre le premier Consul et l'importance des papiers de Clément de Ris.
Le voyage de Viriot n'empêcha pas l'exécution des trois malheureux condamnés I! eut à peine le temps d'arriver à Paris. J-e lendemain même du jugement Canchy, Mauduison et Gaudin furent guillotinés sur la place du Champ-de- Mars, à Angers, au milieu d'un déploiement de troupes considérable, car on craignait un soulèvement de la population indignée.
Balzac connut très complètement l'affaire Clément de K:s. Il est probable qu'il sut se procurer à Tours la plupart des documents dont s'est servi M. Carré de Busserolle. Mais c'est surtout par la duchesse d'Abrantès qu'il connut tous les dessous de i'ail'aire.
Dans la biographie que M. Turquan a consacrée à la générale Junot, duchesse d'Abrantès, on voit combien les relations de celle-ci avec Balzac furent étroites et suivies. Or, l'histoire du complot et de la destruction des papiers est tout entière dans les Mémoires de la duchesse. C'est donc là que Balzac a puisé :
« Quelques jours, écrit-elle, après le retour de Clément de Ris chez lui, à Beauvais. une personne que je connais fut le voir. Elle le trouva triste et d'une tristesse tout autre que celle qu'eut produite l'accablement, suite naturelle de sa dure captivité. Ils se promenèrent.
« En rentrant dans la maison, ils passèrent près d'une vaste place de gazon, dont les feuilles jaunes et noircies
contrastaient avec la verdure chato}rante et veloutée des belles prairies de la Touraine à cette époque dé l'année. La personne qui était venue le visiter en fit la remarque et lui demanda pourquoi il permettait à ses domestiques de faire du feu sur une pelouse qui était en face de ses fenêtres ? Clément de Ris regarda cette place, qui pouvait avoir quatre pieds de diamètre, mais sans surprise. Il était évident qu'il la connaissait déjà. Néanmoins son front devint plus soucieux. Une expression de peine profonde se peignit sur son visage toujours bienveillant : « Je sais, dit-il, ce sont ces misérables, je ne le sais que trop. »
Le gazon brûlé marquait la place où Gondé et les autres agents de Fouché avaient détruit les papiers. Quant à l'air soucieux du sénateur, la duchesse ne semble pas se douter que les remords devaient hanter le cerveau d'un homme qui, en ne venant pas témoigner devant le tribunal de Tours, avait causé la mort de trois innocents.
La duchesse est du reste extrêmement indulgente pour Clément de Ris, politicien assez vulgaire et, au moins dans cette affaire assez piteux '.
Ceci est d'autant plus remarquable que le personnage du sénateur est le seul que Balzac ait conservé tel qu'il était, sans rien changer de sa physionomie dans le roman 1.
Voici quelques lignes sur Malin de Gondreville (c'est le nom du sénateur dans Une ténébreuse affaire), h! les peuvent s'appliquer parfaitement à Clément de Ris :
« Lh ! mais, si vous vouiez récapituler ses titres de noblesse, s'écria le marquis, lui qui a tiré Robespierre par Je pan de sa redingote pour le l'aire tomber quand ii a vu >. ux qui se levaient pour ie renverser les pius nombreux, lui qui aurait fait fusilier Bonaparte si le 18 brumaire eut manqué, im qui ramènerait les Bourbons si Napoléon
1. Son portrait du musée de Versailles (attique Chimay) ne peut que confirmer cette impression.
Z. 11 faut dire aussi que lorsque la duchesse d'Abrantès écrivit son récit de l'affaire, le sénateur vivait encore ; il siégeait au Sénat dans le parti modéré. Il mourut en 1627. Une ténébreuse affaire est de 1841.
chancelait, lui que le plus fort trouvera toujours à ses côtés pour lui donner l'épée ou le pistolet avec lequel on achève un adversaire qui inspire des craintes !... »
Indulgente pour Clément de Ris, la duchesse, en revanche, sait à quoi s'en tenir sur le rôle joué par Fonché pour lequel elle ne dissimule pas son aversion.
Les détails qu'elle donne sur l'attitude du premier Consul suffisent pour expliquer le refus de Napoléon d'écouter le brave Viriot, qui ne cessa toute sa vie de proclamer l'innocence des condamnés d'Angers.
« Napoléon, dit-elle dans ses Mémoires, a connu cette histoire de Clément de Ris, mais plus tard.
« Et lorsqu'elle lui parvint, il était tellement assis que les tentatives qui pouvaient être faites par des hommes n'ayant jamais manié que le canif ne l'effrayaient pas.
« Mais il eut tort de pardonner et de mettre sur les deux tètes J qui avaient rêvé sa perte, des honneurs, des biens, des récompenses enfin comme il en donnait à ses fidèles serviteurs.
« Ils s'attacheront à moi, ils m'aimeront, répondit-il un jour à Junot qui lui parlait de son imprudente bonté avec sa franchise ordinaire, relativement à Fouché. — Et voilà le commencement de ses fautes.
« Napoléon ne devait s'asseoir sur le trône impérial qu'entouré de cœurs et de bras fidèles ».
Cette douceur dame du grand empereur, la duchesse d'Abrantès y revint souvent dans ses Mémoires et il apparaît que ce fut sans doute pour plaire à son amie que Balzac imagina le dénouement d'Une ténébreuse affaire où Napoléon accorde la grâce de deux condamnés sur trois.
Quoi que Balzac ait pu connaître de l'affaire durant ses séjours en Touraine, il est bien évident que l'origane du procès, les causes de la conduite de Fouché lui furent révélées par la générale Junot Quant au procès lui-même