‹ Promenades biographiquesChapitre 27 sur 61 · Ecrit en · texte numérisé non relu

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D'autres pièces n'ont qu'un rapport très indirect avec le sujet du livre. Le feu dn ciel par exemple.

Il en est quelques-unes enfin qui sont inspirées d'une lecture rapide de poèmes arabes et se trouvent être les plus vraiment orientales du recueil.

Les admirateurs des Orientales ont sans doute remarqué parmi les notes que Victor Hui?o a cru devoir ajouter à ses poèmes, le nom bien oublié aujourd'hui d'Ernest Fouinet, auquel les historiens du romantisme devront accorder une petite place, celle due au collaborateur de Victor Hugo et à l'orientaliste.

Fouinet fut un type de petit romantique placé par son enthousiasme, dès 1828, à la suite de la nouvelle école. Asselineau. qui le rencontra souvent à l'Arsenal ajouta son nom à la b'ste de ces auteurs de second ordre pour lesquels il avait une préférence marquée et Quelquefois une admiration trop vive.

Son jugement sur Fouinet. encore qu'il nous paraisse un peu flatteur, fut assez juste « La poésie, écrit-il. ne forme pas la partie la plus considérable du bagage littéraire d'Ernest Fouinet.

« Néanmoins, comme chez tous les écrivains de la même génération qui ont débuté par la poésie, on peut dire que c'est la faculté poétique qui domine en lui ».

La Strega. un roman qui parut en 1&3? chez Silvestre avec deux vignettes sur bois de Jean Gigoux, est justement inconnu.

Le Village sous les sables (4834), que préfère Asselineau, est une histoire pour les enfants, d'un pathétique faux et souvent ridicule.

Les baigneurs qui viennent chaque année augmenter le nombre toujours croissant des villas de La Baule, du Foulvguen et de Pornichet apprendront peut être avec plaisir qu'il s'agit du village d'Escoublae ; mais qu'ils ne se croient pas obligés pour cela à la lecture fastidieuse du roman de Fouinet qui, je le répète, a surtout écrit pour l'enfance. La plupart de ses historiettes fost partie de la

PROMENADES BIOGRAPHIQUE» lOÔ

collection Marne et sont recherchées par des maniaques pour les dorures compliquées de leurs cartonnages.

\insi parurent La salle d'asile, Mœurs et coutumes, Gerson ou le livre des enluminures.... etc.

Le meilleur de ces ouvrages en pro e est, à mon avis, celui qui a pour titre La caravane des Morts.

L'auteur a su tirer un assez bon parti d'une coutume orientale bien faite pour inspirer un romantique :

De oièine que toutes les caravanes d'Alep, de iiagdad, de Damas, de tous les pays de l'islamisme viennent se rejoindre pour former la caiavane de la Mecque, bruyante «t frémissante, la caravane des vivants..., de même, à travers les plaines et les montagnes de l'Iran et de l'Irak- Adjenni, on aperçoit de temps à autre une longue nie de chameaux, conduite par un seul homme. Sur les bâts de ces montures sont de longs coffres et ces coffres sont des cercueils. Le silencieux cortège s'arrête à la porte de chaque ville, d'où sort une troupe en deuil qui remet au conducteur du convoi les cadavres des croyants qui ont jadis exprimé le désir d'être enterrés a Kerbela.

Cette caravane de Kerbela, c'est la caravane des morts.

La préface de ce roman traite du style oriental.

« ... Malheur, écrit Fouinet, malheur à celui qui lit les poètes de l'Orient sans connaître leurs mœurs, leur climat, leurs besoins, leur terre et leur ciel.

« Quand, dans le Bourgeois gentilhomme, Ciéonte dit à M. Jourdain : « Que la pluie des prospérités arrose en tout temps le jardin de votre famille », voilà le public d'éclater de rire et les rires sont excusables, car la phrase, au premier abord, est burlesque... mais si l'on réfléchissait, elle semblerait bien naturelle. Les déserts brûlés et sans eau apparaîtraient avides de pluie et ia métaphore serait toute simpie. On concevrait ce qu'il y a de profond et de touchant dans ces souhaits de pluies abondantes et de fraîches ondées que les poètes orientaux adressent habituellement à leurs amis, à leurs campements abandonnés ou à leurs tombeaux. Arroser... c'est le comble du bien possible pour un habitant du désert, »

Fouinet avait quarante ans lorsqu'il collabora avec Victor Hugo, ce qui n'empêcha pas ce dernier, qui avait alors vingt-sept ans, de nommer Fouinet « ... un jeune écrivain de savoir et d'imagination... »

Ernest Fouinet était né à Nantes en 1790. Il vint de bonne heure à Paris et, à dix-sept ans. tout en achevant ses études à l'école des Langues Orientales, entrait au ministère des Finances, où il était encore sous-chef de bureau quand il mourut en 1845.

Comment se forma son éducation romantique et à quel moment devint-il un assidu de la Place royale et de l'Arsenal ?

Fouinet était membre de la Société asiatique. Lorsque Victor Hugo eut décidé de connaître les plus jolis poèmes de l'Orient, il chercha des traducteurs ; on lui indiqua Fouinet.

Hugo apprécia assez son collaborateur d'un jour pour que celui-ci devint bientôt son ami.

Léon Séché a dit, dans un de ses livres, l'histoire du Ronsard sur les marges duquel tous les amis de Victor Hugo avaient composé des vers en son honneur. Fouinet collabora à cet hommage avec un sonnet : « A deux heureux '. »

Mais les notes des Orientales contiennent la partie la plus importante des travaux de Fouinet, avec les remerciements de Victor Hugo.

Et voici qui est plus particulièrement intéressant : le manuscrit des Orientales contient en outre les lettres que Fouinet adressait, en même temps que ses traductions, à Victor Hugo.

Celui-ci, lorsqu'il livra son manuscrit à l'imprimeur, ne voulant pas se donner la peine de copier les notes et les traductions de Fouinet, Jes ajouta à son œuvre avec les lettres qui les accompagnaient. 11 se contenta d'écrire en

1. Léon Séché : Victor Hugo et les poètes. 1 vol., Mercure de France, 1912.

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tête de la première page : N'imprimer que ce qui est entre parenthèse ; supprimant ainsi tout ce qui n'était

pas les notes proprement dites '

Le manuscrit des Orientales, relie en drap rouge, forme un grand in-4", avec l'ex-libris de l'auteur, à sa place. Hugo écrit sur des feuilles diverses ; il y a des lettres au verso de ses poèmes — lettres de sa marraine, de son frère, faire-part de la mort du général comte Hugo... etc.

Les lettres de Fouinet, qui font partie intégrante du manuscrit ne sont pas dénuées d'intérêt ; on y voit le prestige de Victor Hugo comme chef d'école et la science profonde d'un orientaliste comme Fouinet, lequel connaissait passablement la langue arabe et traduisait tantôt en vers, tantôt en prose, offrant quelquefois les deux manières pour un même poème. Ses traductions en vers sont de valeur inégale comme on le verra plus loin à propos d'un autre ouvrage.

Les traductions qui accompagnent les Orientales sont toutes en prose. Victor Hugo en fut satisfait, puisqu'il ne proposa aucun changement au traducteur et publia tout ce que celui-ci lui avait adressé, ajoutant seulement aux notes cette phrase adroite : « Nous n'avons point cherché à mettre d'ordre dans ces citations. C'est une poignée de pierres précieuses que nous prenons au hasard dans la grande mine d'Orient 2. »

Voici les lettres de Fouinet a Victor Hugo :

Monsieur et ami, Je fais ce matin mon examen de conscience comme tout fidèle doit le faire et je me rappelle avec tant de charme ma journée d'hier, qu'en vous envoyant la chamelle que je vous ai promise, je veux revenir sur les beaux vers que j'ai entendus, lis valent bien le plus bel arabe. D'abord je me demande si j'ai eu la faculté de vous manifester mon admiration devant votre monument a m œre perennius

1. Ce curieux détail me fut révélé par M. Henri Ciiainard dans un de ses cours à la Sorbonae.

M. Chamard a eu l'amabilité de me le confirmer par lettre. Je le prie d'agréer ici mes respectueux remerciements.

2, Le* Orientales (notes).

et je ne le crois pas. Il y a des cas où le corps est trop épais pour laisser transparaître l'âme. Les rêveries jaunes de M. S. B. * sont d'une naïveté exquise et de la poésie la plus pénétrante. Elles m'ont fait rêver jaune.

Quant à M. Paul 2, dût le compliment être tourné d'une singulière lagon, j'ai t'ait en lui une belle découverte ; ce qu'il nous a lu est plein de flamme ; quand on a l'âme élevée et une longue route devant soi, quels élaus on peut prendre. Enfin, je me résume en disant que j'avais oublié l'heure et les habitudes claustrales de notre maison, ancien couvent des Filles du Calvaire, tellement que j'ai été un quart d'heure à réveiller le portier.

Mais la chamelle s'avance dans le sable da Thamed.

Mille amitiés.

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