‹ Promenades biographiquesChapitre 29 sur 61 · ERNEST F · texte numérisé non relu

ERNEST F

Si vous aviez la ferme intentioa d'aller dimanche à l'Arsenal, un seul mot de vous, un seul et j'irai vous y trouver.

A M. V. Hugo, //, rue N.-D. des Champs.

Le poème ici est la Cavale.

A la 4e strophe, Hugo fait remarquer qu'il a traduit le passage dans les Adieux, de l'hôtesse arabe.

A la 5e strophe, Foitinet avait traduit : « Sa queue est comme le vêtement traînant de l'épouse, elle sépare sa vulve de son fondement », et avait ajouté : « Ceci est tout-à-fait primitif ». — Hugo arrêta la traduction après le mot « épouse » et mit la note suivante : « Il v a ici quelque chose de tout-à-fait primitif et qui pourrait tout au plus se traduire en latin ».

La note « son cou est fumant » est de Foui net.

Quant à la note dont Hugo fait suivre le poème, elle est entièrement inspirée de ia lettre suivante de Fouinet.

Troisième lettre :

Monsieur et ami,

Permettez-moi de ne pas tarder davantage à vous reparler de la bonne soirée que j'ai passée avec vous ces jours derniers ; votre Danube gourmande ses filles rivales avec une admirable énergie qui contraste parfaitement avec la candide naïveté de votre jeune grecque el lorsque, entre ces deux tableaux, je vois le sujet de ma u. de la N. ti., vous conviendrez que j'ai le besoin de m'épanciier. Je vous prie de remercier avec la même effusion le peintre et le poète: quand je vois, quand je sens de pareilles compositions, je me fais gloire d'être de notre siècle et d'être à la suite de l'Ecole qui les produit. Et si je jette mes regards en arrière..., mais je dirais des sottises aux morts ou aux classiques vivants et j'ai recours à J. Reiske qui va être romantique pour moi. 11 explique les mollis qui le portent à l'étude des langues d'Asie.

« — J'ai connu, dit-il, une personne qui ne pensait pas que ies lettres élégantes y gagnassent beaucoup si j'y introduisais un cavalier

monté sur un animal à longues oreilles et à queue non moins longue... ; j'avoue que les arabes dans de telles peintures sont plus simples que les Grecs mignons et que cette bête arabe n'a pas si belle tournure et si agile que Pégase Je ne lais pas parler le chameau, il ne rend pas d'oracles et le cavalier arabe est, j'en conviens, moins tragique que P... sur le Cithéron, voyageant au milieu des nuages, entre le ciel et la terre ; c'est un spectacle dout je n'ai jamais joui et s'il faut estimer la poésie au poids, je n'oserais promettre encore la victoire aux Arabes... Que dans un bassin de la balance, je mette môme des troupeaux de chameaux, les bagages des familles qui changent de campement, que dans le bassin opposé je jette le seul cheval de Troie, voilà l'équilibre détruit.

« Cependant, à parler franchement, le frugal chameau de Tarapha que je nourris de larmes de gomme et d'épines, nature vile s'il en fut, me plait beaucoup plus que ces chevaux précieux de Junou qui paissent l'ambroisie...

De là il part pour énumérer les éternelles fureurs d'Hercule, les poisons de Médée, Troie en feu, les Electres, les Orestes, sans nombre ; enfin voici sa verve qui se transforme presque en démence :

Qui n'est pas saisi du frisson de la fièvre quand il lit dans Homère, homme divin, tant de choses bavardes, rhapsodiques, froides, absurdes, exécrables, execrabilia ? Si je pouvais prendre tous les lions, les taureaux, les sangliers, les chevaux, les serpents, les h.yènes, les harpies, les sphinx dont Scaliger a parqué d'aussi grands troupeaux dans sa Poétique, si je pouvais les réunir dans une seule étable, je les frapperais tous de la même épée et,* parbleu, j'y mettrais bien Pégase si je ne redoutais la pluie de pierres des poétâtres qui ont craint avec (illisible) pour un cheval qui a supporté tant de fatigues pendant tant de siècles.. . .»

La diatribe est lorte de la part d'un docte allemand tout farci d'< tudes classiques ; mais je ne veux pas vous laisser de blanc et je vais vous conduire dans le désert sur un bon chameau tel que Reiske les aime ; je serais heureux si le fragment que je vons donne pouvait être de quelque utilité à la composition de votre recueil d'Orientales.

Votre ami, j'aime à le répéter.

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