VERS
PROMENADES B90G/RAPHIQ l H
Ce travail très important fut imprimé et publié. Eusèbe de Salle avait interrompu son roman Sakontala à Paris, commencé depuis plusieurs années, pour entreprendre un roman historique dont la campagne d'Alger lut le sujet principal. 11 écrivit Ali-le-Renard.
J'ai dit dans un précédent chapitre le procédé dont il avait usé, procédé vieux jeu qui consiste à ménager au milieu des faits historiques des scènes mélodramatiques d'un romantisme de bazar.
Mais ça et là perce l'ironie assez fine d'un psychologue qui a grande envie de nous raconter une bataille à la manière dont Stendhal nous a raconté Waterloo. Pourquoi Eusèbe de Salle ne s'est-il laissé aller que trop rarement à suivre son penchant ?.
Ali-le-Renard est un exemple assez frappant des hésitations de Fauteur. Des aptitudes diverses et des connaissances très étendues y sont utilisées en même temps qu'éparpillées.
Eusèbe de Salle voit juste, sans avoir l'esprit de synthèse. Il est sage, artiste, mais plutôt par goût que par méthode. A certains moments, on voudrait le comparer à Gobineau dont il a l'originalité et la science. Les titres de leurs ouvrages à tous les deux montrent une certaine ressemblance dans leurs aspirations d'écrivain.
Venu plus tôt, moins professeur et moins compilateur, Eusèbe de Salle devrait être plus artiste que Gobineau.
Dépourvu de cette tacuité de ne pas dévier dont parle l'auteur des Pléiades, il eut pu y gagner en fantaisie et en couleur.
Malheureusement, son style dévie lui aussi, trop souvent. Comme écrivain et comme penseur, L'usèbe de Salle n'est qu'une indication ; indication précieuse, car ses qualités ne sont point celles prêtées ordinairement aux écrivains de la même époque.
Après son retour d'Afrique il publia Alile-Renard, en deux volumes in-8°, chez Gosselin et ornés de vignettes de Tony Johannot.
On en parla peu. Sainte-Beuve sollicité, s'excusa avec la lettre suivante :
A. M. Euaèbe de Salle, me Duphot, Paris.
On m'envoie le mot que M. E. de Salle a bien voulu laisser pour moi chez ma mère. Je lui suis très reconnaissant de la distinction flatteuse qu'il me marque en désirant que je parle d'Ali-le-Renard, dans la Revue des Deux Mondes. Je le prie de croire que je serais très heureux de pouvoir satisfaire à ce désir. Mais un travail longtemps retardé et commencé enfin, qui me tiendra tous ces mois -ci fait qu'il me serait impossible de parler d'Ali avec tout le développement qui lui conviendrait ; et le peu que j'aurai le temps d'en écrire le sera beaucoup mieux et plus posément par la personne qui est chargée à la Revue des Deux Mondes de la partie critique de laquelle je me suis abstenu jusqu'ici, à part deux où trois cas de rimeurs — ce qui me revient de droit — Je prie M. E. de Salle de recevoir avec mes excuses les sentiments de haute considération avec laquelle je suis son très dévoué serviteur.