‹ Promenades biographiquesChapitre 37 sur 61 · SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE

La Revue des Deux Mondes donna un compte-rendu non signé ; mais on savait que Gustave Planche en était l'auteur. Ce fut Féreintement.

« Au moment, écrit Gustave Planche, où l'histoire s'agrandit involontairement sous la plume du narrateur quand elle revêt à son insu un caractère ample et majestueux, quand la réalité modèle sa parole et la force à s'élargir et à s'élever, l'auteur, comme si ses yeux étaient éblouis, comme s'il ne pouvait embrasser d'un regard ce qu'il a vu, rapetisse et amesquine les faits, les mutile et les rétrécit pour les ramener aux proportions de son roman.

« Ali-le -Renard qui m'a franchement ennuyé pourrait bien réussir auprès d'une certaine classe de lecteurs, pour qui le style n'est rien... etc..»

Ce sont là en effet les défauts d'Ali. Mais G. Planche était de ces critiques qui ne savent voir que les défauts des œuvres. L'abandon de ce qu'on appelait le style n'était pas à regretter entièrement. Et les faits historiques ramenés aux proportions du roman indiquaient une manière concentrée où l'observation psychologique se substituait quel-

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quefois très heureusement à l'effet purement dramatique.

Tout cela est volontaire chez Eusèbe de Salle qui écrira plus tard à propos de Sakontalâ :«Je ne suis pas un homme de goût, heureusement. Je ne fais jamais de style qu'à mon corps défendant, je m'abandonne toujours à la situation et la situation fait le ton. <>

Son tort aura été de ne prendre aucun parti, de ne suivre nettement aucune route.

Il a puisé en plein XVIIIe siècle, il a évité de l'aire le roman vulgaire, le roman historique, mais il a trop retenu des Incas et de Bëlisaire pour écrire Ali.

S'il avait publié Sakontalâ à Paris avant Ali-le- Renard.ses véritables qualités se seraient mieux montrées.

Lorsque son second roman parut en 1833, le jugement porté par Gustave Planche sur le premier lui fit tort : on regarda Sakontalâ à Paris avec méfiance.

Aussi, en louant cet ouvrage et en en donnant une analyse parfaite \ Asselineau prouva-t-ii une fois déplus qu'il n'était pas seulement un bibliophile et un historien de lettres, mais aussi un critique.

Ce fut dans le Boulevard que parut son article ; mais malheureusement sans aucun profit pour le livre en question qui n'eut pas le succès d'Ali-le-Renard.

De longues années après, Eusèbe de Salle écrivait une longue lettre à Asselineau. J'en veux citer quelques passades qui feront voir à quel point les compliments faisaient se gonfler notre héros et comment \l savait se situer de lui-même parmi les romantiques.

«. . .Sakontalâ — écrit Eusèbe de Salie — fut composé à Londres où j'étais et âgé de 22 ans. Je ne publiai cependant ce livre que dix ans après en 1833, après le très grand succès d'Ali-le- Renard, je dis très grand succès sans vergogne; deux éditions s'écoulèrent aussi vite que les deux premières de Notre-Dame de Paris, soleil dont Ali fut satellite sans trop d'indignité.

« Entrant un soir chez Charles Nodier où se réunissait

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