L. DE MIRBEL
Il s'agit, on l'a deviné, de la fortune de Mme de Salle et dune maison de commerce de Calcutta C'est là, en effet, qu'était établi le fils de Sarah de Salle. L'auteur des Pérégrinations aurait voulu à la suite de ce malheur, une mission dans les Indes pour y recueillir quelques débris.
Salvandy lui octroya un an plus tard, alors qu'Eusèbe de Salle était professeur d'arabe à Marseille, un congé avec la charge de se faire remplacer à ses frais. Eusèbe de Salle resta à Marseille.
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Mme de Mirbel lui écrit encore le 3 novembre 1847, pour lui apprendra ses insistances auprès de M. Guizot, pour obtenir cette situation de professeur :
«... On dit que la maison de Calcutta n'a point fait faillite, alors, il y aurait quelques espérances à concevoir.
Le paragraphe de votre letlr» expliquant cette affaire est peu lisible. N'en seriez vous au reste que pour des inquiétudes, que ce serait bien dur. Mais le mol rainé est dans votre lettre et vous n'avez pu l'écrire Légèrement.
Je suis bien agitée à votre sujet car il doit être affreux pour vous de craindre des privations subies par Mme de Salle dans l'âge où l'on a le plus besoin d'aisance. Quelle épreuve est la vie ! »
Tout en diminuait beaucoup sa fortune, les événements de Calcutta n'avaient pas ruiné Eusèbe de Salle.
Il avait depuis longtemps commencé à Marseille un cours d'Arabe gratuit. Grâce à l'appui de Mme de Mirbel, il obtint qu'on lui fixa un traitement en tenant compte des années antérieures où il avait professé. Cela lui fit des appointements de quatre mille francs — chiffre élevé pour l'époque et le genre de travail qu'on lui demandait.
Mais si la situation d'Eusèbe de Salle ne se trouva pas trop changée en 1847, son caractère ne supporta pas aisément les modifications q-ui lui furent cependant imposées quant à son genre de vie.
L'assiduité du professeur devint obligatoire avec le traitement qu'on lui versait ; il ne pouvait plus aller et venir comme il avait toujours fait jusque là.
Mme de Mirbel continue d'être sa correspondante : Elle écrit le 6 mars 1849 cette curieuse lettre sur la situation politique :
« Aussitôt, cher monsieur, que j'ai reçu votre lettre j'en ai communiqué partie à M. de Falloux qui m'a dit qu'il allait se renseigner.
J'ai dit à M. de Falloux l'ancienneté de nos relations, l'intérêt que je vous portais, mon désir de vous voir jouir d'une satisfaction, d'uuejustice qui avaient été trop longtemps refusées ; en un mot j'ai parlé comme il convenait, mais c'est à vous s'il y a lieu
à faire le reste, car vous ne pouvez vous imaginer la difficulté qu'on trouve à voir les ministres.
Ils sont fort occupés. L'assemblée absorbe la meilleure partie de leur temps.
Parlons un peu politique comme nous faisions au coir. de ma cheminée.
Lorsque le 10 Décembre, je vis les pavés de Paris couverts de bulletins déchirés en telle quantité qu'on eût dit une nappe de neige ; lorsque ramassant ces fragments je ne trouvai que les noms mutilés de Cavaignac et de Ledru-Rollin, je pensai que le souvenir de Napoléon gagnerait la partie.
Tout ce qui n'avait pas brûlé ses vaisseaux se tourna vers le soleil levant et des hommes même engagés fort avant dans le parti contraire, passèrent si rapidement du côté des vainqueurs qu'on put croire qu'ils avaient travaillé à conquérir la victoire.
L'assemblée qui s'était manifestée plus qu'elle n'aurait dû le faire, demeura boudeuse et grognon.
La journée du 29 janvier fit honneur au président par la décision et la fermeté qu'il a montrées. Le maintien du ministère a continué et affermi son succès. Eu ce moment excepté dans le commerce, l'hilarité est générale et chacun proclame son espoir.
Les républicains se disent certains de conserver la République. La montagne tonne en riant aux éclats, assurant qu'elle l'obtiendra plus complète. M. de Lamartine se réjouit de ressaisir sa popularité dont le nombre de ses souscripteurs attestera le retour. M. Ledrullollin prétend avoir conservé la sienne. Le président fait de réels progrès dans l'opinion publique, la sécurité est à l'Elysée.
On se divertit, on danse, on se promène, la température est douco et le beau soleil éclaire toutes ces satisfactions. Notre bienêtre serait donc complet si on avait la certitude de quelque stabilité.
Ou commence à craindre que la législative trop réactionnaire ne vienne troubler ce doux repos. On redoute la disharmonie qui ne peut manquer de s'établir entre MM. Mole, Thiers et Guizot. Voilà tout car si le choléra intelligent les emportait tous trois, les affaires marcheraient sur des roulettes. Tels sont les discours de la reconnaissante société qui accueillit à genoux l'élection de M. Thiers et celle de M. Mole.
Qui n'a pas observé les salons de Paris en temps de révolution n'a rien vu qui lui en puisse donner l'idée. C'est un égoïsme, un oubli, surtout une légèreté qui explique le reste. Le président a donné un bal. Pendant quinze jours on n'a eu d'autres pensées que de se faire engager et l'éxiguité des Heux obligeant à rcs-
treindre le personnel, c'étaient des déceptions et des douleurs infinies Les épouses disaient à leurs maris : tu as eu tort de voter pour Cavaignae — ou bien : tu ne t'es pas prononcé assez tôt — ou : tu t'es trop engagé — ou : tu t'es dessiné trop tard ! —
Prédire l'avenir est plus difficile en cr* temps qu'en tout autre mais ou je me trompe fort, ou il n'y a aucune chance prochaine d'établissement que pour ce qui existe à cette beure.
Tels et tels ont vite perdu leur popularité? Ce fut parce qu'ils fermèrent leurs yeux à la lumière et ne comprirent pas l'esprit du Pays,
II existe sans doute des plaies vives et profondes mais la tranquillité matérielle réagit sur les esp/its. Le temps s'écoule, on pactise. On dit que pour le moment il n'y a rien de mieux à souhaiter. On proclame que clans l'intérêt de la France il faut soutenir le pouvoir et on va au bal à l'Elysée pour — donner de la force au président.
Il se pourrait donc qu'en France où depuis soixante ans rien ne dure, l'enfant du suffrage universel eut plus de longévité que n'avaient cru lui en donner la plupart de ses parrains.
Voilà, cher Monsieur, un petit tableau de notre situation, ma lettre est bien longue, je me suis laissée aller doucement...
Adieu, trouvez ici, je vous prie, l'expression de mon amitié.