‹ Promenades biographiquesChapitre 53 sur 61 · L. DE MIRBEL · texte numérisé non relu

L. DE MIRBEL

Cette même année le choléra fait à Paris d'horribles ravages. Eusèbe de Salle se rend auprès de ses amis, prêt à leur prodiguer des soins que sa compétence et son expérience leur font réclamer.

Obligé de revenir à Marseille il reçoit la veille de son départ un mot de Mme de Mirbel :

Si je ne suis pas destinée à vous revoir avant votre départ, mon cher monsieur de Salle, je ne veux pas que cet adieu prononcé en compagnie soit le dernier souvenir qui vous reste de moi. Ce billet ne vous semblera pas une coquetterie dont le but serait de vous donner quelques regrets de plus en nous quittant. Vous le prendrez comme la preuve d'une franche amitié que m'ont inspirée vos bons procédés et vos soins bienveillants.

Je n'oublierai jamais que la certitude de les trouver a contribué à calmer chez moi l'effroi que j'ai éprouvé pendant la première invasion du fléau qui décimait Paris.

L'assurance que si j'en étais atteinte je vous verrais fixé près de mon lit m 'aidant à ressaisir la vie ou à recevoir la moit me tran-

quillisait. Ce sont des services que ceux-là et mon cœur vous en est reconnaissant comme il le doit. En vous voyant davantage et en vous connaissant mieux, j'ai pu juger quelle bonne emplette mon cercle intime faisait en vous. Tout mon désir était de vous voir souvent et longtemps. Le sort en a décidé autrement. Vous partis ! mes vœux vous accompagnent; puisse cette absence que vous allez faire être un passage court à un meilleur sort. Il faudra que votre fortuue soit bien bonne pour qu'elle me paraisse digne de vous. Adieu, cette fois. Je ne vous dirai pas de me garder un souvenir, mais je vous prie de croire au mien et à l'intérêt vif et durable que je ne cesserai de vous porter. »

Page 1