‹ Promenades d'un homme de lettresChapitre 19 sur 82 · MARSEILLE · texte numérisé non relu

MARSEILLE

J'ai vu à Marseille plusieurs toiles d'un peintre, nommé Monticelli, qui est de la force de cinquante impressionnides.

Ses tableaux se reconnaissent au premier coup d'œil dans la vitrine des marchands. D'abord, on n'y distingue rien du tout; ce n'est qu'un amas de touches criardes, de couleurs hurlantes, de taches exaspérées, — quelque chose comme une palette exposée toute saignante.

A une distance de vingt pas seulement on arrive à discerner quelque chose dans les toiles de Monticelli : ce sont des cardinaux en robe rouge, des femmes en robe traînante descendant des escaliers de marbre, des barques prêtes à voguer pour Cythère, des pins parasols découpant leur verdure sur des coins de ciel bleu, de

blanches statues, des paons étalant leur queue sur le gazon, des négrillons vêtus de brocart — et mille autres fanfreluches plus éLincelantes les unes que les autres.

« Que de choses dans un ballel ! » s'écriait Noverre. Les toiles des impressionnistes sont les ballets de la peinture.

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