‹ Promenades d'un homme de lettresChapitre 22 sur 82 · LE VICOMTE VIGIER · texte numérisé non relu

LE VICOMTE VIGIER

Ce petit homme à l'air martial qui entre, en redressant sa taille, au Cercle de la Méditerranée, c'est le vicomte Vigier.

Il va présider le comité du carnaval.

Autour d'une table recouverte d'un tapis vert sont assis gravement une douzaine de personnages.

Ils vont discuter les intérêts des Polichinelles et se prononcer sur les destinées des Pierrettes.

LE VICOMTE YiGiER. — Messieurs, la séance est ouverte.

LE DUC DE RIVOLI. — Je demande la parole.

LE VICOMTE VICIER. — La parole est à M. le duc de Rivoli.

LE DUC DE RIVOLI. — Mcssicurs, je propose de voter une somme de 2000 francs pour un char exclusivement composé de jolies femmes (il/arques cV assentiment.) habillées toutes en bacchantes. Le costume est ingénieux, hein?

LE VICOMTE VICIER. — Je ferai observer à notre honorable collègue que nos statuts nous interdisent d'inspirer le sujet et la composition des chars.

LE DUC DE RIVOLI. — G'est fâcheux.

M. CORDIER, statuaire. — Je demande la parole... à propos de statuts. {Bienveillante hilarité.) N*avez-vous pas remarqué, messieurs, que les nez en carton sont un rempart bien insuffisant contre les projectiles carnavalesques?

LE PRINCE STiRBEY. — En effet !

M. CORDIER. — Je propose à votre comité de les remplacer par des nez en agate... ou en toute autre matière précieuse... que je me charge de fournir aux prix les plus modérés. (Étonnement.)

LE VICOMTE VICIER. — Une commissioH Sera chargée d'étudier le projet d^ iM. Cordier,

Le général X*** demande la parole.

LE VICOMTE viGiER. — Parlez, général.

LE GÉNÉRAL X*** — Le mannequin de Garmentrant sera-t-il brûlé en place publique, comme les années précédentes?

LE VICOMTE VICIER. — Assurémcut.

LE GÉNÉRAL x^** — Très bien. Je ferai retenir deux fenêtres à la préfecture.

La séance continue.

On ne peut nier que l'unique préoccupation de Nice ne soit le plaisir, le plaisir sous toutes ses formes, à toutes les heures, sans repos ni trêve.

Les femmes y sont comme entraînées dans une ronde de vvillis. Tous les jours des bals, des réceptions, des excursions, des matinées. G'estune existence terriblement surmenée et dont je ne voudrais pas pour un empire.

Quand ces infortunées trouvent-elles le temps de penser, de réfléchir?— je ne dis pas d'aimer,

La toilette ! toujours la toilette !

C'est à se demander dans lequel de ses poèmes, VÏÏMfer ou le Paradis, Dante auraitplacé la femme qui sliabilleperpéluellement.

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