EN ESPAGNE
Épisode des fêtes de Madrid :
On m'assure qu'un membre de la Société de philanthropie est allé se jeter aux pieds du directeur des courses de taureaux, pour le supplier de remplacer les chevaux par des vélocipèdes.
Ne vous récriez pas.
Il paraît qu'il y a des précédents.
A Bilbao, il y a quelque temps, des courses ont eu lieu, où le service des chevaux était fait par des vélocipèdes. Gomme cela, plus d'entrailles traînant dans l'arène, plus d'agonie révoltante...
On a vu avec admiration (selon une version de M. Balisto de Leguina) un picador, la lance au poing-, monté sur un vélocipède comme sur le
meilleur cheval de Gordoue, affronter un taureau des plus redoutables.
Ne pouvant s'arrêter, une fois lance, sous peine de perdre l'équilibre, c'était un spectacle curieux de le voir tourner deux ou trois fois sur luimême, jusqu'à ce qu'il se trouvât juste en face de l'animal.
Une fois, celui-ci parvint à le renverser; mais blessé au cou par le picador, il roula lui-même à terre, aux cris de joie de toute la foule.
Je doute, malgré cela, que le vélocipède soit appelé sérieusement à remplacer le cheval dans les courses de taureaux.
Ou bien, si l'on entre dans cette voie, il n'y aura plus moyen de s'arrêter.
Une machme en amènera une autre. On voudra tuer le taureau à la mécanique. Peut-être appellera-t-on la vapeur à l'aide.
Ce sera fort ingénieux, mais ce ne sera plus classique.
Espagnols! revenez aux chevaux.
Restez sanguinaires et pittoresques !