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VALENCIENNES

Les fêtes de charité se sont ralenties sensiblement en province, cette année.

Plus de ces cavalcades historiques, plus de ces , chars promenés en grande pompe à travers les cités, plus de ces légions de musiciens et de i chanteurs!

Gela est regrettable à tous les points de vue.

Un instant on avait espéré que la Société des IncaSy de Valenciennes, se déciderait à donner une de ses fêtes, qui sont sans rivales dans tout le Nord. Mais cet espoir a été déçu.

Peut-être ne connaissez-vous point ces fêtes des Incas; laissez-moi donc vous en parler.

En dépit de leur nom, leur origine est toute moderne et ne remonte pas plus haut que 1826. Elles succédèrent aux mascarades grossières de

Pança et de Blnbin, deux mannequins fameux.

Pança, ou Pansa, on Pancha, ou Panchard, était la personnification du carnaval, avec un ventre énorme. On l'enterrait en grand tumulte le mardi gras. Binbin était un personnage emprunté à la famille du géant de Douai; Binbin représentait le plus jeune des enfants de Gayant; il avait quinze à vingt pieds de haut et était coiffé d'un bourrelet de poupon.

0 naïveté ! source de joie ! Il vint un jour pourtant, ou Binbin et Pança furent honteusement reniés et chassés par les ingrats Yalenciennois.

Il y a des gens de goût partout... Ilélas !

On trouva ces 'deux caricatures triviales, ignobles, indignes d'une époque civilisée.

Cependant, il fallait les remplacer.

Sur ces entrefaites, un exemplaire du romandes Incas, de Marmontel, tomba entre les mains d'un habitant do la ville. Ce fut une révélation. Les Incas ! les enfants du soleil ! Des plumes de toutes les couleurs sur la tête ! des ceintures de plumes! des brodequins de plumes! des bracelets de plumes! des chaînes d'or! des colliers de pierreries! des carquois!

Voilà qui était noble, digne, majestueux !

— Soyons Incas! s'écria cet habitant.

— Soyons Incas! répétèrent ses amis.

El la Société des Incas fut fondée, — société de bienfaisance, ne l'oublions pas. Un comité fut organisé, mêlant les dénominations péruviennes aux titres habituels d'une administration française; ce qui ne laissait pas de produire un effet assez plaisant, comme on peut en juger.

M. D**% grand Inca , directeur-président; MM. P**', B***, R***, chefs de tribus^ commissaires. M. L***, cacique f trésorier.

L'article P' des statuts était ainsi rédigé : « M. le grand Inca maintiendra l'ordre dans les réunions. Il fera exécuter le règlement, ordonnera les convocations, prononcera les amendes et signera les arrêtés, d'après la décision du comité. » Monsieur le grand Inca! Qu'en dis-tu, ô Marmontel?... Une fois organisée, la Société des Incas de Valenciennes créa des diplômes, où on lisait : « Royaume du Pérou; ordre du Soleil; hommage à la bienfaisance. »

Ces diplômes étaient sigiiés par Huascar, fils du Soleil, et datés par lui du 21 mars 1830, « an IV de notre Empire. »

Pança était décidément bien mort, — et le pauvre Binbin ne pouvait lutter de splendeurs avec Montézuma.

Les premières Fêtes des Incas excitèrent autant d'admiration que de surprise.

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€ On ne s'en tint pas au seul costume des Incas, — dit M. A. Dinaux, l'historiographe de la Société; — pour rendre la marche et les cérémonies plus brillantes, on songea à recruter dans les cinq parties du monde ce que les accoutrements de chacune d'elles pouvaient offrir de plus éclatant ou de plus piquant. On y adjoignit successivement des groupes de sauvages, de Chinois et de Persans, d'Européens de toutes les nations. L'antiquité aussi fut mise à contribution. »

Bref, ce fut comme la procession allégorique de l'Humanité, personnifiée dans tous les âges par un peuple ou par un grand homme.

Un cours d'histoire en plein air!

Ces fêtes n'ont pas lieu à des époques régulières ; elles dépendent de la volonté — et surtout des ressources — de la Société, car elles coûtent des sommes considérables. De là des intervalles de cinq ans, de dix ans. On n'évalue pas à moins de trois cent mille francs les frais de la fête des Incas en 1851. Celle de i866 dépassa ce chiffre. Telle armure, tel costume avait été payé mille francs et même quinze cents francs.

La fête des Incas dure trois jours; le premier, un dimanche, est consacré à la marche de jour.

Le cortège se repose le lundi.

Toutes les magnificences, tous les éblouisse-

raents sont réservés pour le mardi, — c'està-dire pour la marche de nuit. Les flambeaux, les transparents, les lanternes chinoises, les torches ardentes, se comptent par milliers; le cortège s'avance lentement au son du tambour, interrompu seulement par un nombreux orchestre ou par des chants d'orphéons.

A minuit, le cortège, après avoir parcouru la ville, revient faire le tour de la place, qu'il remplit tout entière. Les Incas descendent de leur char, — le grand Inca en tête, — et vont solennellement s'asseoir sur les gradins d'un hémicycle qui représente le temple delà Concorde. Les principaux dignitaires se rangent autour d'eux. En face viennent se placer les porte-bannières et les hérauts d'armes, sur huit rangs. Des feux de Bengale s'allument de tous les côtés et jettent une poésie fantastique sur cette foule bariolée.

Le feu d'artifice traditionnel termine la fôte. 11 est deux heures du matin.

La fête des Incas est aussi la fête des pauvres. Des centaines de quêteurs parcourent la ville; quelques-uns promènent de hauts entonnoirs do percale — avec lesquels ils vont solliciter l'aumône jusque sous les balcons.

Espérons que l'an prochain ramènera les fêtes des Incas de Valenciennes,

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