‹ Promenades d'un homme de lettresChapitre 67 sur 82 · LES HOTELS · texte numérisé non relu

LES HOTELS

Les hôtels ont tous, comme on le sait, un registre où chaque arrivant est tenu de répondre à ces sept points d'interrogation : Nom et prénoms; — âge; — profession; — lieu de naissance; — domicile habituel; — d'où il vient; — où il va.

D'ordinaire, j'en use assez librement avec ce questionnaire indiscret, c'est-à-dire qu'en dehors du nom et du domicile, je ne lui livre que ce qui me plait, — tantôt m'aitribuant l'âge d'un adolescent, tantôt indiquant comme lieu de destination un point extrême du globe.

L'aveu de ma profession était jusqu'à présent la chose qui me coûtait le plus. Homme de lettres ! Je prévoyais, que, sur la lecture de ces mélancoliques syllabes (orgueil et indigence !), l'hôtelier allait m'envoyer au quatrième étage.

j'éludais quelquefois la difficulté en me qualifiant de professeur ou d'étudiant. Une fois, je m'inscrivis étourdiment : journaliste. On me répondit qu'il n'y avait plus de chambres disponibles dans l'hôtel. On m.e redoutait...

Mais, ces jours derniers, j'ai enfin trouvé le joint; il m'a été fourni par un examen attentif des registres de deux ou trois hôtels suisses.

Désireux comme moi de garder une certaine discrétion sur leurs moyens d'existence, un assez grand nombre d'étrangers ont adopté le titre de particulier.

« Profession : particulier. »

C'est une trouvaille !

Il n'est pas de substantif plus élastique; c'est le Je passe ici par hasard du Hussard persécuté.

Décidément je lâche Vhommede lettres, — en voyage, — et je me fais particulier.

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