‹ Promenades dans l'arrondissement d'AsvesnesChapitre 3 sur 7 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

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0tlt*0.

Ex vous quittant hier, je fis encore beaucoup de chemin. Je traversai Bettrechies, petite commune où je retrouvai leHonneau ;j'y vis un four à chaux, une carrière de pierre bleue et une platinerie. On ne voulut pas nous donner à coucher à la Flamengrie, autre village très-insignifiant : il nous fallut braver l'obscurité (car la lune était à son déclin), pourgagnerclopin clopant Amfroipret , petitecommune sur le ruisseau de Fromentel ou le Btdteau (stile local). Nous fûmes accueillis avec une bonté toute particulière : notre extrême fatigue prolongea notre sommeil au-delà des bornes. La pudique Belle-de-nuit avait déjà voilé sa riche corolle, tandis que son orgueilleuse rivale étalaitsa magnifique robe d'or et d'azur, lorsque nous nous réveillâmes; les bonnes gens, qui nous avaient donné asile, étaient inquiets : déjà, deux fois, une jolie paysanne, aux yeux vifs, au teint hâlé, était venue

écouter à la porte de nos chambres si nous étions vivants. Une fente d'un côté, une châ libre de l'autre, l'avaient pleinement rassurée ; mais le lait pur, trait au point du jour, que la chaleur décomposait et divisait en plusieurs parties très-distinctes , désolait la pauvre petite, qui se fesait une fête de nous faire savourer le lait de sa vache noire. Ce fut pour elle un instant de bonheur, lorsqu'elle nous vit entrer dans la chambre commune; elle s empressa de nous servir, et de nous faire cuire des œufs qui venaient d'être pondus ; nous voulûmes récompenser pécuniairement son zèle; elle rougit et repoussa notre offre avec fierté. Pourquoi refusezvous une bagatelle, qui ne prouve que de la reconnaissance pour tous les soins que vous nous avez prodigués depuis hier? — Je ferais bien plus encore pour — Pourquoi? — Pour être sur votre livre. — Comment, vous savez que je fais un livre? — Oui, Madame, je l'ai vu entre les mains d'un Monsieur, à Bavai ou j'allais porter du beurre; ce Monsieur est mon parrain , il m'a fait apprendre à lire au Mutuel , et m'a prêté vos Promenades ; depuis ce te m s, je guette votre passage, pour vous prier de m'y mettre. — Cela vous ferait donc grand plaisir. — Beaucoup, Madame. — Quel est votre nom? — Marie. — Eb bien, vous serez dans mes Promenades , et chacun saura que vous êtes une fort gentille personne, très-affable, bonne ménagère, et née en 1812. Je ne peindrai pas la joie de

Marie , et ne gâterai point par des réflexions le plaisir qu'elle attend en lisant son nom imprimé , mais je laisse aux moralistes le soin d'ajouter ce trait à l'étude qu'ils font du cœur humain.

Nous ne vîmes à Âmfroipret aucun monument, aucune industrie. On nous assura qu'il y a eu autrefois un château splendide qui a été démoli ; il n'en reste aucune trace.

Les instances de Marie et de ses parens n'ayant pu nous retenir, la jeune fille m'apporta un bouquet, et voulut nous accompagner une partie du chemin que nous devions faire ; autant, nous ditelle, pour vous quitter le plus tard possible, que pour vous indiquer des sentiers couverts , qui intercepteront les rayons du soleil et abrégeront la route. Nous laissâmes, sans nous y arrêter, le petit village de Bermeries , et arrivâmes vers cinq heures àObies , grand village sans industrie, mais où nous remarquâmes une activité générale. A la porte de chaque maison , des tables d'une blancheur admirable étaient couvertes de casseroles , de marmites , de tourtières; des villageoises, accroupies sur l'herbe, enlevaient d'un bras nerveux et par un frotement continu , l'oxide qui couvrait les ustensiles qui ne servent qu'à deux ou trois époques de l'année. Le 26 juillet est une de ces époques si désirées dans les communes rurales, où les habitants oublient pendant trois ou quatre jours leurs fatigues,

et suspendent leurs travaux ; le pauvre sourit à l'approche de la kermesse; pendant quelques instans, il connaît le plaisir des riches; la joie rend bienfesant, et rarement un malheureux sort d'une maison sans un quartier de tarte, et même sans une tranche de jambon. Quelle récolte font ensuite ces mendians, à l'approche du vendredi de cette semaine gastronomique! couennes de lard, carcasses de volailles, restes de rôtis, tout abonde dans leurs cabanes ; et tandis que la laborieuse ménagère remet tout en place, rappelle Tordre et 1 économie, reprend sa quenouille , et envoie ses enfans stir les champs , les pauvres se livrent à l'intempérance et exercent leurs voix rauques et glapissantes ? en chantant de grossiers et impudiques refrains.

Nous entrâmes dans la meilleure auberge du village où nous eûmes de la peine à nous nicher; l'eau envahissait tous les appartemens ; les carreaux rougissaient à vue d'œil sous la vigoureuse main et le balai qui les lavaient sans relâche; on nous offrit tous les rafraîchissemens que nous pouvions désirer et de la pâtisserie sortant du four ; car on s'y prend deux ou trois jours d'avance, pour confectionner ce mets obligé des fêtes de village ; la propreté de la pâtissière et l'excellence de sa pâte doublèrent notre appétit , et sans une invitation polie de notre hôtesse qui nous engagea à faire une petite promenade, afin de wassinguer la chambre où nous étions,

i\ est probable que le plaisir que me donnait l'air affairé des gens de la maison et la quantité de personnages plus ou moins plaisants qui se succédaient, m'auraient fait oublier le château d'Obies, pour saisir le caractère des individus qui s'offraient à mes observations, attirés en piartie par Fappâtdu gain ; leur physionomie ignoble, grotesque, niaise, Yrypocrite, rusée fesait deviner leur état ou leur profession. Tous ces marchands ambulans et ces saltimbanques devaient souper en commun dans la grande salle de l'auberge ; je me promis d'être témoin de leur repas et de saisir la nature brute.

Tïous prévînmes l'hôtesse qui nous envoyait promener , de notre intention découcher chez elle : nous lui commandâmes un souper particulier, et nous nous dirigeâmes vers le château d'Obies. Plusieurs ruisseaux trempent le territoire d.e cette commune, ce qui le rend humide. J'étais chargée d'une lettre pour madame la baronne de la fon^e , j'avais promis d'en rapporter la réponse, je fus pontr^riée, en entrant au château, d'apprendre qu'elle était absente. Une espèce de factotum, petit vieillard nonogenaire, bien vivace et d'une extrême loquacité, nous fit les honneurs du çhâteau et pous ouvrit plusieurs appartemens, dans l'up desquels je remarquai le portrait d'une femme entre deux âges , entouré d'une bordure debène, et décoré d'un nœud de crêpe jadis noir. Je regardais le portrait avec at-

tention , le vieillard s'en aperçut, et me dit en essuyant une larme , et cherchant à réprimer un sanglot . llélàs ! c'est le portrait de ma malheureuse et bonne maîtresse, mère du propriétaire de ce château , et qui ne serait pas morte si cruellement, si son économie ne l'avait engagée à me reléguer ici pendant qu'elle résidait à Yalenciennes.

Quoique cette mort ait fait beaucoup de bruit dans le pays, où l'on n'était pas familiarisé comme aujourd'hui avec tous les crimes , je crois devoir en rappeler lès circonstances, pour prouver que déjà l'amour du luxe et du plaisir germait dans toutes les classes , et que la vengeance n'est pas seulement le plaisir des Dieux.

Marie- Joseph Mou vet, jeune et très-jolie, aimait, avec excès la danse et la toilette; elle servait en 1766 , en qualité de cuisinière, chez la baronne de la Torre, qui demeurait seule avec elle, rue de la Salle-le-Comte. Cette dame remplie d'excellentes qualités, de bonté , de vertus, les neutralisait par une avarice excessive, portée à un tel point qu'elle refusait à la malheureuse Marie les choses les plus nécessaires à la vie , et l'empêchait de sortir les dimanches. Marie avait les passions vives; les rigueurs de sa maîtresse l'aigrirent au point quelle jura en elle-même de s'en venger. Un jour elle dit à sa mai* tresse qu'un tonneau coulait et qu'elle ne pouvait

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y remédier seule. Mad e de la Torre, crédule et intéressée, se hâta d'aller à la cave; elle descendit la première ; Marie , qui la suivait, d'un coup de genou, lui fit rouler l'escalier, descendit précipitamment et , armée du couperet de cuisine qu'elle avait caché sous son tablier, elle lui en porta plusieurs coups , malgré les supplications de sa maîtresse qui la- conjurait de lui laisser la vie, lui promettant de la mieux traiter, de lui laisser plus de liberté, et que jamais elle ne révélerait la tentative d'assassinat dont Marie se rendait coupable. La baronne de la Torre, comme je l'ai dit, était bonne et n'ava»t contre elle que son avarice ; elle eut tenu, j'en suis assurée, la parole qu'elle donnait à Marie : mais celle-ci , qui, pourtant n'était pas méchante , enflammée par les suites probables de son action , fut inexorable et couronna son crime. C'était un dimanche : Marie remonta de la cave, alla faire sa toilette, et comme elle venait de l'achever, desceudit pour ouvrir la porte à un homme nommé Hercules , son amant , qui était loin de se douter de cè qui venait de se passer; ils allèrent ensemble dan- * ser au faubourg. Hercules ne s'aperçut d'aucune altération dans les traits de son amie qu'il reconduisit chez sa maitrcsse à la brune; il voulait entrer pour saluer la dame à laquelle il rendait quelquefois de petits services ; mais Marie , qui était sage, ne lui permit pas l'entrée , en lui disant que

Madame était chez son frère M, d'Haveluy , d'où elle ne devait revenir qu'assez tard.

Le lendemain , de grand matin , Marie couverte d'une mante (dite cape) , emporta des quartiers de sa maîtresse qu'elle avait dépecée, et les jeta à la rivière de St-Roch , à l'orifice d'un canal de décharge dit la fausse rivière ; puis revint à la maison , s'empara de Técrin de la baronne, de quelques pièces d'argenterie, ferma la porte, et alla chez le curé d'Onnaing où sa maîtresse élait attendue pour un dîner de kermesse. En voyant Marie seule, la sœur du curé et une nièce, âgée de neuf ans, demandèrent pourquoi madame la ba ron ne ne venait pas ? Marie répondit qu'elle arriverait vers midi; qu'elle l'avait envoyée pour prier M. le curé de garder ses diamans et ses dentelles, afin de s'habiller au presbytère , à moins que le temps ne lui permit pas de yenir; le curé, qui était occupé lorsque sa sœur lui apporta le paquet , lui dit que Marie devait le garder jusqu'à ce que sa raaitresse arrivât : la sœur insista; le curé donna la clé de son secrétaire, afin d'y déposer ces objets. Pendant que cette scène se passait au salon , la petite fille , restée à la cuisine avec Marie, s'aperçut, lorsque celle-ci eut ôté sa cape, que son mouchoir était taché de sang sur l'épaule ejle le lui dit ; Marie pâlit ,et répondit avec humeur : C'est probablement du sang des pigeons que j'ai tués avant de sortir. — Ce n'est pas là du

sang de pigeon, dit l'enfant. — Veux-tu te taire, malheureuse, dit Marie avec des yeux effrayants, tu une perds; puis ôtant son fichu, elle se mit en devoir de le laver : la petite curieuse remarqua qu'elle avait un doigt ensanglanté par suite d'une plaie : Oui , dit Marie , articulant avec contrainte, je me suis coupée. — Bah ! répliqua la petite , c'est une mordure. — Tais-toi, ou tu t'en souviendras. Néanmoins Marie, épouvantée des observations de l'enfant, fit semblant d'aller au devant de la baronne, ets)ii mauvais génie, ou plutk la main ditvine la ramena à Valenciennes au moment où l'on venait de découvrir les restes mutilés de la baronne. Marie se proposait d'aller enlever ses bardes , le reste de l'argenterie , et de se sauver en pays étranger ; mais la justice qui avait fait ouvrir lesportesde la maison de la baronne, s'empara de Marie, lorsqu'elle en toucha le seuil. Conduite en prison et interrogée, elle avoua tout, dit ses motifs; parla des prières suppliantes de sa maîtresse , de sa propre insensibilité, du dépôt des diamans, et delà terreur que lui avait faitéprouver la petite nipcc du curé , qui fut témoin dans cette affaire avec son oncle et sa tante. On lui demanda quels étaient srs complices? elle dît n'en avoir aucun ; on la questionna sur Hercules; elle déclara positivement qu'il ignorait absolument son crime : Hercules pourtant fut interrogé , mais il fut renvoyé ; l'impression

qu'il ressentit fut* tel le, qu'il en contracta une pâleur qu'il conserva toute sa vie; ce que peuvent attester beaucoup cTkabitans de Valencienoes qui l'ont connu.

Marie fut condamnée à être pendue , à avoir préalablement le poing coupé ; la tête tranchée après le supplice, et attachée à la voirie, au bout d'une perche placée sur la rive opposée de l'Escaut, visà-vis l'orifice de la fausse rivière, la face tournée vers Pendroitouelleavait déposé les restes sanglants de sa malheureuse maîtresse.

Marie marcha au supplice avec fermeté; on lui coupa le poing, et l'impression qu'elle éprouva fit disparaître les roses de son teint pour n'y laisser que les lys. Mon ami , M. II 4 *, témoin oculaire de ce supplice, et de qui je tiens une partie de ces détails, était très-jeune alors; il vit la tête de Marie au bout de la perche fatale : cette tête n'était pas défigurée , mais ses paupières ouvertes, et sa figure qui semblait implorer la clémence, en fesaient un objet affreux. L'impression que mon ami ressentit de ce spectacle lui donna une fièvre extraordinaire qui dura six semaines, et qui changea entièrement son caractère. Dès cet instant, il renonça pour toujours à être témoin d'un supplice quelconque , et pendant de longues années , on ne pouvait parler devant lui d'une mort violente et solennelle, sans le faire tomber en syncope.

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Les autres détails de cette triste aventure , m'ont été donnés par cette nièce du curé, qui fit naître les premiers remords dans l'âme de Marie , et qui est morte à Cambrai , il y a quelques mois.

Il me fallut plus d'une heure pour dissiper la la tristesse qu'avait excité le portrait de M° de la Torre , et si à mon retour à Obies je n'avais été distraite par un spectacle tout opposé, j'aurais certainement passé une nuit pénible en pensant à Marie , et à sa malheureuse maîtresse.

Lorsque nous revînmes à Obies , des éclats joyeux sortaient du larynx d'une vingtaine de personnages , attendant impatiemment la soupe au lard qui leur était promise ; une diseuse de bonne aventure au minois fripon , aux yeux malins , tourmentait de concert avec le paillasse d'une troupe d'inco m parables funambules y un pauvre benêt , marchand de pain d'épice dont il espérait doubler le bénéfice en fesant une espèce de loterie , la fine Bohémienne avait dévalisé adroitement le marchand , en gardant toujours le numéro gagnant. Je ne peindrai pas cettescène piquante qui serait pourtantmie mine précieuse exploitée par riufatigable et inimitable Scribe , mais qu'on trouverait déplacée dans mou ouvrage, je la garde pour un roman de mœurs populaires, que je publierai un jour pu l'autre.

Mous quittâmes Obiesaussitot que le jour parut,

malgré le désir que l'hôtesse et ses commensaux témoignaient de nous voir à la kermesse , nous emportâmes une provision de gailé qui nous accourcit la route de Mecquignies , grand village dont le territoire aquatique n'est pas d'une grande fertilité; il y a cependant un assez beau château bien entretenu.

M. Aimé Leroy, dans le 2° cahier des Archives du Nord; a trouvé une étymologie ingénieuse du mot Mèquenne, appliquée au village de Mecquignies. Son style élégant et gracieux a, comme de coutume, séduit ses lecteurs. Mais en donnant exclusivement aux servantes de curés le nom de Méqueuiie , il se trouve en contradiction avec le P. Lambier dans son histoire monumcntaire des Gaules, car celuici dit : (en parlant de Mecquignies) que dans les temps de bien autrefois, où la stérilité était un opprobre, et la fécondité un titre d'honneur etc. etc. Lorsqu'on voulait disposer les femmes aux fruitt de l'hymen, elles étaient envoyées sous le chêne, d'où on les appela Mesquènes y Missa sub Ouercut, et le nom de Mesquènes fut conservé au village de Mecquignies pour désigner (dit Lambiez) une Jilh officielle ou féconde : je ne pense pas que cette qualité convienne aux servantes de curés (1).

(1) Il ne faut pas compter sur le P. Laminez pour les éty niologies; voici ce que je pense sur l'origine de ce mot; j'ajouterai ce que m'en a écrit Le savant M. T. L.

Méquène, servante. Le picard dit Mèquaine ; On disait en

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D'autres étymologistes dérivent le mot mëquen^ ae de Bhilren , Mechinel jeune fille ; sous ce rapport le diresde M. Aimé Leroy, serait fondé , sans cependant attribuer exclusivement à Mecquignies l'avantage des méquennes, j'ai vu à la vérité dans ce VlUage, des jeunes filles, mais la plupart très-canoniques et qui ne provoquaient aucune exhortation apostolique de nos saints prélats.

-vieux français Meschine On trouve, dans le roman de la Rose,

vert 709a :

<c N'est nul qui chascun |our ni pinte u De ces tonneau* ou quarte ou pinte,

c« Ou muy, ou sestier, ou chopine,

u Si comme il plaist à la Meschine, »

Edit. de Méon, tome 1er, p. jgi.

Meschine s\%n'\ûa'it aussi une jeune fille, et Meschin, un jeune garçon, d'où est dérivé Mesquin,

« Borel tire ce mot de l'hébreu Mekinah, celui ou celle qui prépare, dit M. T. L. ; racine, Koun, adapter, disposer,

préparer Le mot Méquène, Meschène, étant pris dans

le sens de jeune fitle, jeune femme, et seulement par extension dans celui de servante : de plus ce mot se trouvant plus particulièrement dans nos trouverez àu nord de la France i\ me semble qu'on peut, sans invraisemblance, en chercher l'origine dans les langues du Nord, surtout quand le mot qu'on indique comme racine , se rapproche par le sens et la prononciation du mot Méquène, Mêchène, et qu'il a les deux acceptions qu'on a données anciennement à ce mot. »

Je pense que M. T. L. a raison dans ses conjectures. On disait anciennement à Valencienncs, Meschine, comme dans le - roman de la Rose, et autres viiux poètes ; on cite un vers du roman de la Bible, par Herman de Valenciennes, poète du 12 e siècle :

u La M s chine fut belle et de gentil façon. >• A Cambrai, on disait Mesquène, comme dans les campagnes

Notre intention d'aller coucher à Bavai , ne nous permit pas de visiter le château de Mecquignies ; il nous restait deux communes à parcourir, nous nous dirigeâmes en conséquence vers Àudignies , en suivant la chaussée Brunehaut. Nous nous arrêtâmes un instantau Quesne aux leux fchêne aux loups) hameau qui dépend d'Audignies, ainsi nommé à cause d'un vieux chêne qui compte plusieurs siècles, au pied duquel plusieurs loups qui désolaient les environs ont été tués, nous fîmes une halte sous ce Mathusalem des arbres, dont la tête chenue conserve encore assez de vigueur pour se couronner de branches latérales couvertes d'un épais feuillage.

de la Belgique. M. T. L. en disant que ce mot est picard dans le sens de servante, cite ce proverbe : ce qu'aime la Mèquène on en mange sept fois la st maiue. A Valenciennes, on a pour équivalent: Chuque Madame aime, Monsieu, d'est souvent servi.

Je ne terminerai pas cette note sans faire part aux lecteurs curieux, di s autres réflexions de M. T. L. . . J'aimerais mieux dit ce savant lexicographe, tirer ce mot de l'allemand Mœgdchen, petite fille, petite servante; tcuion, Mœgdken, idem, diminutif du teuton Mœdg, vu rge , fille, et par extension servante, d'où l'anglais Maid, idem j belge, Meyd, idem, mot qui , pour le dire en passant , se retrouve dans le Persan y Mœdeh, fimme, et dans Tlndou, Mougda, vierge. Observe*, continue-t-il, qu'où retrouve dans les langues de l'Orient un gracd nombre de mots propres aux langues septentrionales les plus anciennes. M. T. L. termine par cette réflexion judicieuse. « Au reste, c'est plus spécialement eu fait d'étymologie qu'on doit adopter la devise de Montaigne : Quid novi?

aidignies est un tout joli petit village avec un ieux château féodal , flanqué d'une immense tour arrée dont les murs ont six pieds d'épaisseur. Ce îhâteau, qu'on nomme encore forteresse, a dû faire partie de la cité de Belges ou du moins être contigii , si l'on en juge par les ruines et fondations qui se succèdent, d'Audignies à Bavai. Il est occupé par M. Hennet de la Chapelle, maire de cetté commune , et frère de M. Hennet de Courtefroy , dernier prévôt de Bavai. M. Hennet est père d'une : charmante et nombreuse famille ; c'est en la voyant qu'on peut se faire une idée de la vie patriarchale, i qu'on peut concevoir ces douces vertus que rêve à l'homme de bien! elles sont si rares, qu'on doit . saisir l'occasion de les signaler. La famille de M. i Hennet se compose de sept demoiselles et de deux garçons : peindre leur amour filial , leur tendresse \ fraternelle, l'union parfaite qui règne entre tous, les émiiîentes vertus de chaque membre en partib culier , serait \sl matière d'un gros volume; un trait suffira pour faire connaître l'âme angélîque de ces \ tendres enfans. Ayant eu le malheur de perdre leur i mère , femme digne de regrets et modèle de qualités 1 précieuses, leurs soins et leurs hommages la sui- * vent au delà du tombeau ; la chambre qu elle occupait semble encore prête à la recevoir : tous les jours elle est arrangée, le lit et la toilette préparés comme lorsqu'elle vivait; c'est ainsi que ces pieux enfans modèrent leur douleur en se Jberçant du

doux espoir que son esprit plane encore au mi lie: deux , et qu'un jour ils seront réunis dans l'éternelle félicité.

M. Hennet eut la complaisance de nous accompagner et de nous faire remarquer to*jt ce qui pou vait exciter l'intérêt dans sa petite commune. H .«nous offrit son diné avec tant de bienveillance , que nous l'acceptâmes ; aussi était-il cinq heures quand nous arrivâmes à Louvignies-lez-Bavai. Cette commune à laquelle est réuni le hameau de Bovignies. est située sur le ruisseau d'Aulnoy , et possède un vieux château tombant ruines, qui appartient à M. le marquis de Louvencourt. Nous allâmes voir la belle fabrique de jayence, remise en activité par M. Darche, cet habile et intelligent industriel que j'ai déjà cité plusieurs fois, et qui, par ses nombreuses usines , est une seconde providence pour quantité d'ouvriers de l'arrondissement.

Le territoire de Louvigntes renferme des carrières degrés, de sable, de marne; on y trouve de la terre à potier, dite argile plastique. Un bois qui se joint au sud à la forêt de Mormal , me rappelle une anecdote que m'avait racontée M. Wattaux , et qui me fut confirmée par les habitaps et les gardes de la forêt qui se la transmettent de génération en gé- ♦ nération.

Louis XIV se trouvait avec le comte d'Egmont,

ur la chaussée Brunehaut de Bavai à Pont; ils s'assirent sur Tberbe, et jouèrent aux cartes pour un bois, lox^t une petite partie à l'ouest appartenaient au Roi et l'autre partie à Test qui contenait 4o arpens au comte d'Egmont; le roi ayant gagné, ce bois fut réuni à la forêt de Mormal. Cette anecdote ne peut être révoquée par ceux qui vont dans leboisdeLouvignies, les arbres étant d'une autre essence que ceux plantés par les vainqueurs d'Ursus : je voulus aller voir ce lieu , et m'asseoir sur cette terre foulée par le yrani Roi ; je ne m'étonne pas qu'il ait choisi ce point, un des plus élevés du département, et d'où l'on jouit d'une vue enchanteresse ; la nature semble avoir placé à dessein sur les accôtemens de la chaussée , des pelouses de verdure où l'on est très commodément et très mollement assis. Cet endroit est précisément le seul où le gibier doive passer pour changer de forêt sans se mettre en plaine. La partie Ouest se nomme la Queue de Trontin , la partie Est la Haie des Lombarde, et sont au nord du plan de la forêt qu'on trouvera un peu plus loin. Revenons à Louvignies.

11 existe dans cette commune un terrain appelé le Champ-des-sept-Fontaines. Quoiqu'il n'y ait aucune source visible : en décembre 1828, M. Bochart , propriétaire de ce champ , y fesant une excavation , en fit jaillir cinq fontaines abondantes ; il porta ses travaux un peu plus loin , et rencontra l'ouverture d'un puits antique qu'il s'empressa de

vider. Il trouva dans les déblais quatre patènes en bronze, d'environ g pouces de diamètre et deux coupes du même métal, enchâssées Tune dans l'autre, et d'une forme élégante. Au moyen d'une sonde, on sent au fond de ce puits plusieurs objets qui résonnent, mais les eaux étant venues trop abondamment ont fait cesser les travaux,

(Petite* Affiches de Valette iennet , n? 736.)

— Une partie du territoire de Louvignies repose sur les ruines de Bavai , ce terrain qui se trouve à droite du ruisseau, est sec et sablonneux; le terrain opposé est argileux et humide, la culture est très soignée, les céréales et les lins en sont les principaux produits.

Le soleil avait entièrement dispara de Thorison lorsque nous entrâmes à Bavai.

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