CHAPITRE DOUZIÈME
BavaI , ancienne capitale des Nervîens , aujour-» d'hui chef-lieu de canton , est une nouvelle preuve de l'instabilité des choses terrestres. Cette ville oii les Romains avaient imprimé le cachet de leur grandeur , qtfe des temples, iîn cirque, des monumens magnifique» embellissaient, qu'une nombreuse population mettait en état de repousser l'agression d'un voisin et de se venger de l'attaque d'un ennemi envieux , est actuellement un chétif bourg qui , avant la restauration , comptait à peine îboo habitants'.
M. Buret de Longchamptf , dans ses f astes universels , place 1 170 ans avant J.-C. des Troyens à Bavai , sous Francus ( 1 ) ; trois cents ans après , il y met les Suessiones et les y laisse jusqu'au premier siècleavant notre ère. Il observe que c'est dans le 9 e siècle
(1) Francus ou Francion , fils supposé d'Hector , que l'on prétend s'être retiré dans les Gaules après la ruine de Troie , et avoir donné son nom à la monarchie française. Cette étymologie est-à-peu-piès aussi vraisemblable que celle de la plu-* part des villes et contrées de la Grèce , fondées par des princes qui n'existèrent jamais. (Dict. des mythologie s.)
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avant J.-C. que Ton parle pour la première fois des Ner vient au nord de la Belgique. Où a-t-il puisé ce qu'il avance? Cest une question que je laisse à résoudre aux savans. De Guise pourrait bien lui avoir donné l'idée d'une partie de ces détails , cependant celui-ci place les Nerviens à Cambrai , deux e£, trois cents am> avant J.-C. , sans faire mention de Bavai.
Quoi qu'il en soit, et sans vouloir entrer en discussion à ce sujet, je dirai que Bavai existait avant l'arrivée des Romains dans nos contrées, et que ce nom tout celtique prouve son antiquité.
Bavai paraît avoir été la résidence dei gouverneurs ou lieutenants que les empereurs Romains envoyaient dans cette partie des Gaules , quoique leur séjour ordinaire, d'après Strabon , fut la ville de Rheims; on peut croire cependant qu'ils ont souvent résidé à Bavai alors capitale des Nerviens, selon Ptolomée. On ignore si les Empereurs y ont quelquefois résidé, comme ils l'ont fait à Trêves et dans d'autres villes des Gaules. Wendelin croit que Postume, Ménapien d'origine, a tenu son siège principal à Bavai ; mais l'histoire ne nous apprend rien du séjour de ce prince dans cette ville. M. de Bast donne les noms de 38 gouverneurs des Gaules sous diverses dénominations, et cela , d'après les anciens historiens, ou les inscriptions conservées par Gruter et par Muratori. Il est probable que Bavai a été
le lieu de la résidence des évêques des Nerviens ; on ne connaît le nom que d'un seul de ces évêques, nom qui se trouve avec celui de son siège, dans les souscriptions du concile de Cologne en 346 : Supérior , Nerciorum episcopus. Ce Supérior , évêque des Nerviens, fut l'un des plus ardents défenseurs de la pureté de la foi de saint Athanase. Colvenère, Christian us, Massacus et Ferreolus disent que saint Diogène , successeur de Supérior, fit bâtir une église à Cambrai en 3gg, et qu'il établit son siège dans cette ville ; mais l'existence de Diogène n'est pas assez avérée pour que je recherche ses faits et gestes. Il est seulement à croire qu'après la destruction de Bavai en 4<>6 , 1 evéque des Nerviens , dont le diocèse comprenait Àrras et Cambrai, a siégé dans cette dernière ville , jusqu'à 1 époque des victoires de Clovis sur les Germains.
Plusieurs écrivains ont traité de Bavai ; M. Lebeau , M. de Bast. Ce dernier ne s'est pas contenté de compiler; il fit, en 1808, un long séjour à Bavai , pour tout voir et recueillir des documens. En i8i3 , il fit imprimer à Gand le résultat de son voyage et des recherches historiques très-nombreuses sur Bavai , sous le titre de Second supplément au recueil d'antiquités Romaines st Gauloises , contenant la description de l'ancienne ville de Bavai et de Famars; grand in~4° avec des planches. Cet ouvrage a servi de guide à M. Lebcau , qui en a extrait une grande partie pour enrichir sa dissertation.
Bavai fut ruiné en 4°6 > lorsque les Vandales fondirent sur la Gaule et détruisirent quantité de villes ; quoique celle-ci ne soit pas nommée par les auteurs qui rapportent ces événemens, il n'en est pas moins certain qu'elle fut ravagée à cette époque. Depuis il n'est plus fait mention de Bavai qu'en 826, non comme d'une ville, mais comme d'un château. Ce sont dès actes de saint Liboire qui en parlent , dit encore M. de Bast , d'après Bollandus , il est désigné par ces mots : Castellum quoi Bavaca nominatur. On ne le trouve même pas désigné dans le partage qui eut lieu en 870 entre Louis- le-Germanique et Charles-le-Chauve; nouvelle preuve de son peu d'importance alors, puisqu'on y voit figurer des noms qui n'ont jamais pu avoir d'illustration. Eckart, dit M. de Bast, a publié un tiers de sol en or , qu'il croit avoir été frappé à Bavai. Cela parait peu probable, car aucun monument ne nous fait connaître le rétablissement de cette ville ; comment donc y aurait-on battu monnaie?
En 1184, Waucher, doyen de Bavai , fut l'un de ceux qui souscrivirent à l'acte par lequel Baudouin , comte de Hainaut, régla les droits et l'administration de la justice deliaspre.
En i3g3, Druart-Vilain , en qualité de prévôt de Bavai , souscrivit un acte passé en cette ville par lequel Wattier de Puvinage s'était déshérité de i5 livres de terre, de la terre de Puvinage, et que Jean,
Seigneur de Dompierre, en avait adhérité , messire Baudouin d'Obrichicotfrt,
En ia34 , Nicaise de Sierfontaine (Cerfomtaine) , prévôt de Bavai, Jean Despiennes, Baudoin de Roisin , prévôt de Maubeuge et autres hommes de fief du comte de Hainaut, reçoivent le déshéritemen t fait par Henri de Sierfontaine , écuyer, entre les mains du comte de Hainaut, de plusieurs propriétés , et ledit comte les rend, par le même acte audit Henri, pour les tenir de lui en fief et hommage , avec \ine maison dite le Burget , à Maubeuge , sise devant l'hôtel de Jean de Hainaut , seigneur de Beau mont, frère dudit comte et tenant à la halle aux grains.
On voit que des lombards étaient établis à Bavai dans le XIV e siècle. Il existe un acte de Tan i385, d'Aubert de Bavière , gouverneur du Hainaut, qui nomme une commission pour arranger les différends de ceux de cette ville avec ceux établis à Mons. Antoine Le Kain était un des lombards de Bavai ; un acte postérieur passé à la Haye, déclare que l'accôrd fait entre les lombardsdesdeux villes ci-dessus, n'était pas pour cas dcshonorable.
Il résulte d un certificat du 4 octobre 1 436, donné par Martin de Paris , sergent des mortuaires de la recette des mortes-mains à Maubeuge, que labbc*sc de cette ville avait la moitié de cette recette k
Bavai et dans sa chatellenie , et le comte de Hainaut l'autre moitié.
Michel Brougnart, receveurde Bavai etdeMaubeuge, obtint le 5 septembre 14^7 > après la mort d'Âliénorde Hauchin, sa première femme, la légitimation de deux enfans qu'il avait eus d'une autre dame.
Bavai fut occupé en 1 477 et i479 P ar * es troupes de Louis XI, roi de France, et en i543 par les troupes Françaises, sous les ordres du Dauphin, fils de François I er , après la prise des châteaux d'Aimeries, de Berlaimont , et de la ville de Maubeuge.
Le a3 juillet i554 (quelques historiens disent i553) , Bavai fut dé nouveau occupé par les troupes d'Henri II , roi de France ; les Français , après y avoir mis le feu en divers endroits, campèrent entre cette ville et le Quesnoy.
Dans les premiers jours de juin 1572 , Valentin, seigneur de la Motte , venant de Valenciennes , laissa à Bavai deux compagnies , et se rendit avec trois autres à Maubeuge , près de don Bernardin de Mendoce qui en était gouverneur. Cette mesure avait lieu pour empêcher les Français de jeter du secours dans Mons qu'occupait Louis de Nassau , et que le duc d'Àlbe se disposait d'assiéger.
En 1649 > I e duc d'Harcourt occupa Bavai après la prise de Condé, le 7 septembre i654> suivant les
Digitizecfe
mémoires de Turenne; (ceux du duc d'Yorck disent le 1 1 . ) Ce général , venant du Quesnoy dont il s 'était emparé la veille, traversa Bavai avec son armée pour aller assiéger Binche ; après la prise de cette ville, et après avoir consommé tous les vivres des environs , il retourna à Bavai , le 23 ; il avait passé la nuit sous lecanon de Maubeuge, entre cette ville et les bois qui l'environnaient à l'ouest et au * nord. Il fut toujours côtoyé dans sa marche par le prince de Condé à la tête des Espagnols ; mais la bonne contenance des troupes de Turenne ne lui permit pas d'en tirer le moindre avantage; le lendemain Turenne quitta Bavai, après en avoir fait abattre les murailles ; il marcha sur Baudignies, et
alla camper près du Quesnoy,
L'année suivante , Bavai fut de nouveau occupé par les Français. Louis XIV vint près de cette ville où il tint un conseil de guerre, dont le résultat fut le passage de l'Escaut, l'armée n'ayant point le matériel nécessaire pour assiéger Avesnes.
Bavai fut cédé à la France par Je traité de Nimègue; par les lois des mois de juin et juillet 1791 , Bavai fut déclaré poste militaire de v seconde classe, ce qui fut cause d'un des plus beaux faits d'armes dont puissent s'honorer les Français.
Le général Luckner avait laissé 80 hommes à Bavai avec ordre de faire des patrouilles , et de se replier sur son armée , s'ils étaient attaqués par des
forces supérieures. Le 17 mai 1793 , après le lever du soleil, les patrouilles rentrèrent à Bavai en disant qu'elles n'avaient pa* vu l'ennemi. Cependant peu après 3ooo Autrichiens , formant trois colonnes , se présentèrent sous les murs de cette ville ; les 80 soldats quifesaient toute la garnison eurent l'audace de résister à l'ennemi qui mit en batterie quatre canons contre Bavai* Après une longue résistance, pendant laquelle les Français tuèrent plusieurs Autrichiens, la bravoure et le cotarage durent céder au nombre ; les 80 Français mutilés furent faits prisonniers , et les impériaux entrèrent à Bavai. Des hussards avertirent les généraux Luckner et Rochambeau de cet événement : l'ordre fut donné à M. deNoailles de marcher dur Bavâi atvêc une force capable de chasser l'ennemi ; Luckner se mit lui-même à la tête d'une division. On apprit alors par M. de Montpensier que l'ennemi s'était retiré depuis deux heures , qu'il avait emmené six chariots de fourages et des blessés , après avoir désarmé les habitansf; on n'en laissa pas moins àlBavai les troupes nécessaires à sa défense. Quatre-vingts hommes lutter avrc succès contre trois mille soutenus par de l'artillerie, c'est impossible!.... Impossible! de quelle nation étesMrous? Ce Irait est Français ; nos fastes l'attestent: ouvrez- les! vous en verrez mille autres aussi étonnans, pour ceux qui ne connaissent pas notre esprit militaire et notre valeur. On Ta dit avant moi, je le répète; \e mot impassible
n'est pas Français , excepté dans le vocabulaire de l'amour, lorsqu'il est question de constance»
Bavai ne présentant aucun moyen de résistance , fut souvent occupé par des troupes des armées belligérantes. En 18 1 4, un corps saxon s'y établit; une reconnaissance poussée par»un détachement du I e * régiment de chasseurs à cheval , dont le dépôt était à Maubeuge, y prit plusieurs cuirassiers qu'on ramena prisonniers.
Louis XVIII traversa Bavai le 24 juin i8i5 , venant de Gand à Cambrai , où il arriva le 26, et y séjourna jusqu'au 3 juillet qu'il partit pour Paris où les alliés étaient entré?,
Pendant les trois années de l'occupation de la France par les alliés , le commissariat générai de l'armée russe fut placé à Bavai. C'était en cette ville que les adjudications en tous genres pour cette armée avaient lieu, ainsi que la livraison des fournitures et la distribution au» divers corps qui la composaient; ce qui rendit Bavai très-vivant à cette époque et produisit, par le séjour de beaucoup d'étrangers , une grande circulation de numéraire dont on se ressent encore,
Avant la Révolution , Bavai avait une prévôté qui comprenait dix-huit villages ; elle dépendait de celle duQuesnoy. 11 y avait plusieurs établissement religieux : le plus ancien était un couvent du tiers»:
ordre de St. -François , fondé le 6 octobre 1807 par Florence de Quiévrain , qui donna des fonds à des religieux pour s'y établir , sous le nom de Sainte- Anne. Ce couvent, brûlé plusieurs fois, fut refait en 1680 par la libéralité de quelques personnes pieuses. Le couvent des pères de l'oratoire fut établi en 1637 par le père Bérald , gentilhomme cam— brésien ; il fut protégé et doté par Je^n Chrétien de Landas, comte de Louvignies, en reconnaissance d'avoir été élevé par les pères de l'Oratoire de Maubeuge. Aussitôt après leur établissement, les Oratoriens de Bavai ouvrirent un collège qui , jusqu'à leur suppression en 1791 , jouit d'une réputation justement méritée ; ils y avaient joint une école dominicale. Ce collège, lors de sa suppression , était composé d'un supérieur , d'un préfet , de cinq régens tous prêtres et de quelques frères pour faire Je service de la maison , et celui des pensionnaires qui étaient très-nombreux.
On a trouvé dans le terrain de cette communauté beaucoup d'antiquités romaines ; c'est dans le jardin qu'en 1716 fut trouvée la plus importante inscription connue jusqu'à ce jour concernant Bavai ; elle fait connaître l'entrée triomphale qu'y fit Tibère , et dont aucun historien ne parle excepté Paierculus, mais sans indiquer Bavai. Cette pierre fut placée danjB Ja muraille au-dessus de la porte du jardin ay$e Jes statues dé Tibère et de Livie décou-
vertes au même lieu. Souvent après les pluies du printems et lorsque la terre était nouvellement bêchée , on trouvait dans ce jardin et à la superficie du terrein des médailles romaines très-bien conservées. Il y avait de plus un couvent de Récollets , fondé en i665. Ce fut par un religieux de ce couvent , le père Hubert Pavot, que commença le i3 octobre 1794 l'immolation des prêtres et religieuses à. "Valenciennes (1).
(1$ Voici les noms des victimes de l'arrondissement d'Avesnt s :
Laisney , vicaire d'Escarmain , né au Quesnoy , guillotiné le 25 octobre 1794*
Lacroix (Liévine), religieuse urbaniste À Valenciennes , née à Pont-sur-S>ambre , morte le même jour.
Druez, desservant le hameau de Quarouble , né à BerlajraoDt , guillotiné le 19 octobre.
L'ancien curé du Joliraetz, né en 1715, mort le 7 novembre. Largillière , prêtre et régent du Quesnoy , le i^ novembre. Eloi de la Haye, prêtre, religieux récollet , que l'abbé Guillon , dans ses Martyrs de la foi , dit être gardien du couvent des récollcts de Valenciennes ; il 6e trompe et le confond avec le père Eloi , gardien du couvent des récollets du Quesnoy, qui lut aussi victime des fureurs révolutionnaires» C'est ce père qui fit l'oraison funèbre de l'infortuné Louis XVI le 21 janvier 1794 au service fait au Quesnoy pour le Roi-martyr. M. Delhaye, abbé t de l'abbaye de St.-André du Câteau-Cambrési», officiait; M. Bevenot, religieux de }a même abbaye, aujourd'Lui grand doyen de Maubeuge , remplissait les fonctions de diacre. C'est donc à tort que les épbémérides des feuilles de Valenciennes affirment que cette ville es£ la seule de France où l'on ait fait un service funèbre pour Louis XVI. Le Quesnoy peut réclamer la même gloire ; ejt même reyendiouer U priorité,
Ne voulant pas fatiguer mes lecteurs en leur feeant la biographie des personnages remarquables de Bavai, je donnerai une simple notice de ceux qui y sont nés. Commençons par Jean-le-Maire , poète né à Bavai en 1 473 et mort dans un hôpital en i5fa4- Cest bien le cas de dire avec le menuisier de Nevers.
Pégase c»t un cheval qui porte Les grands hommes à L'hôpital,
Une imagination volcanisée, un sang doublement embrâsé par l'amour des muses et par l'excès du vin, lui firent perdre la raison. Le-Maireest auteur d'un poème allégorique sous ce titre : les trois fipntes de Cupidons etd J Atropos ; je premier inventé par un poète italien et les deux autres par Le Maire.
On a de lui d'autres poésies où Ton trouve de la facilité et une imagination enjouée. Il a publié aussi les illustrations des Gaules et les singularités de Troys , la Couronne Marguaritigue à la louange de Marguerite d'Autriche et un Traite des schismes et des conciles , ouvrage qui plût beaucoup auxprotestans qui le traduisirent en latin. C'est une satyre sanglante contre le pape Jules IL
Gilles Waulde, né à Bavai, professeur à l'abbaye de Lobbes, licencié en théologie, doyen de Binche et d'Ivoy , chanoine de l'église métropolitaine de Cambrai, le 8 avril i647> m ourut dans cette ville le 5 mars. Il a écrit en français la vie de St,-Urs-
mare et de me* compagnons , avec une chronologie de Vabbaye de Lobùes y in~4°, Mons , 1628. Il fit aussi imprimer une Oraison funèbre de la princesse Isabelle-Claire -Eugénie , gouvernante des Pays-Bas ,
in-4% Moos i634.
Extrait des recbercnes sur l'église melropoli-* taiae de Cambrai pat M. Le Glay •
Jean-Baptiste Lambiez, ne à la ferme du Nqution, commune de Bavai, le 26 février 1741, se voua à l'état monastique; il prit l'habit de récollet et se livra tout entier à l'archéologie. Il a publié une Dissertation sur les Colonies romaines répandues élans tes Pays-Bas. Il est auteur d'un Mémoire sur la ville de Bavai, inséré dans le journal de Bouillon en 1773, et de l'Histoire monumentaire du nord des Gaulée qui devait être en trois volumes; le premier seulement a été imprimé : mais cet ouvrage est un tissu de fables et de faiU controuvés ; rien n'y est appuyé de preuves authentiques. Il donne les noms des souverains Druides qui , dit-il , gouvernaient notre pays, douze siècles avant l'Ere vulgaire, jusqu'à l'entrée de César dans les Gaules ( 1 )*
Lambiez fît faire de* fouilles à Bavai dont quelques unes furent assez heureuse», ce qui lui donna
(l) Jjtt dissertation» de La minez tout au iiumhtc de huit a àix cl ont été imprimeYs »e'|>a renient. Toute» contiennent t parmi quelque» fait» authentiques , les rêverie» qui c* racler 1 ♦ le» outrages de l'auXcut.
Tidée d'une souscription ouverte en 1790 et auto— risée par le gouvernement, le 22 septembre, pour faire des fouilles. Les souscriptions ne furent pas assez nombreuses pour espérer des résultats impor— tans, cependant elles ne furent point infructueuses (2) On trouva entre autres choses un superbe trépied dont Lambiez a donné la description et le dessin dans son histoire mon u me n ta ire des Gaules. Ce trépied est dans le muséum de Douai.
J'ignore à quelle époque le P, Lambiez a terminé sa carrière.
Marie-CIotilde-Joseph Paillot , supérieure des Ursulines de Valenciennes, naquit à Bavai, le 20 novembre 1739, elleprit.le voile le 18 octobre 1756 ,et prononça ses vœux Tannée suivante. L'estime et la confiance de sa communauté l'élevèrent à la dignité de supérieure , elle en remplit les fonctions avec une douceur angéh'que et une éminente vertu qui la fesaient regarder par les religieuses comme
(2) A la fin de 1800 une nouvelle société se forma pour continuer les fouilles commencées «n 1790, elles ne furent pas heureuses. En 1826, une société de cent actionnaires espérait que des fouilles bien dirigées enrichiraient la France de quelques antiquités, niais les travaux ont cessé pareeque les dépenses excédaient la valeur des trouvailles, qu'on ne pouvait opépérer un dividende entre les actionnaires. Le hasard en général , produit souveut ce que les recherches les plus actives ne pcuve-.t faire ; une notice historique du résultat des fouilles , devait être imprimée , il est probable qu'il n'y a pas de matériaux. Un actionnaire de 182p.
leur modèle et la règle vivante de leur ordre* La révolution avec ses excès força la mère Clotilde à se retirer à Mons, afin d'y remplir plus tranquillement ses pieux devoirs, et ses filles 1 y suivirent. On s'aperçut bientôt à Valencien nés de leur absence , particulièrement la classe indigente, dont les enfans recevaient à la fois des secours et de l'instruction de ces filles du seigneur.
Après la prise de Valencîennes par l'ennemi, elles crûrent devoir y revenir pour y exercer les mêmes bonnes œuvres. Après la retraite des Autrichiens , elles restèrent à Valenciennes , persuadées que la mort de Robespierre les mettait à Fabri de tout danger ; elles furent bientôt tirées de cette erreur ; les proconsuls de la Convention arrivés à Valencîennes , se hâtèrent de les foire arrêter et de les livrer à une commission militaire. Déjà cinq religieuses delà mère Clotilde avaient été immolées six jours au para van t lorsqu'elle fut amenée devant les juges, le a3 octobre 179,4, avec deux de ses religieuses et deux Urbanistes. Condamnées à mort comme éroigrées rentrées, elles subirent leur supplice le lendemain &4 > e * marchèrent au trépas en récitant les litanies et avec une figure rayonnante comme s'il eut été question d'un triomphe. Aiusi périt la vertueuse dot il de à l'âge de 55 ans, modèle de piété et de résignation.
(titrait utt martyrs de la foi pendant t* révolution j l'abbé Guilloa , 4 Toi. , 179.)
J'étais encore émue de la mort de ces saintes victimes lorsque mon guide rentra ; je lui lus mon extrait; il me dit : « J'ai connu la vertueuse mère » Clotildeet je pourrais vous citer d'elle mille traits » plus édifians l'un que l'autre; je me bornerai aux » derniers momens qu'elle passa sur la terre. Lors- *> qu'elle fut rentrée dans sa prison après sa con- » damnation , elle écrivit la lettre la plus tou— » chante à sa sœur , madame veuve Baudry , pour » lui faire un dernier adieu. Cette lettre que j*ai » lue, renferme les expressions de la plus haute » vertu et une résignation toute divine ; on y voit » l'âme de Clotilde détachée à l'avance de la terre , d qui ne s'y arrête encore un moment que pour » consoler et encourager sa sœur dans ces momens y> terribles où la vertu était un titre de proscrip- » tion. Cette sœur portée aussi sur la fatale liste » des émigrés , eut le bonheur de se soustraire aux y> bourreaux, et ne revit le sol de la France que » quelques années après l'assassinat de sa sœur. y>
Je ne terminerai pas sans parler, avec l'aide de mon ami M. F/*, de M. Carlier dont le nom se perpétuera chez tous les antiquaires.
M. Carlier , mort en 1827 , était curé de Bavai , longtems avant la Révolution. Il avait rassemblé un cabinet d'antiques , unique en son genre, puisque tout ce qui le composait venait de Bavai ou de ses environs. Il avait décrit la plus grande partie de
ses médailles, et en avait dessiné une en tête de chaque empereur ou impératrice ; à sa mort son cabinet renfermait plus de cinq mille médailles romaines, de divers métaux et modules, et plus de aoo médailles gauloises. La plus précieuse de cette collection est un Pescenniuê Niger en or, dont la valeur pour les numismates est au moins de isoo francs. M. de Bast n'a pu en parler dans son ouvrage, M. Carlier n'en ayant fait l'acquisition que quelques années avant sa mort; et comme chaque jour il enrichissait sa collection , il est encore quantité de médailles que M. de Bast n'a pas vues, et qui ont échappé aux investigations de M. Lebeau. En 1808, M. Carlier avait des médailles de 121 empereurs ou impératrices différents, et un grand nombre de médailles consulaires. Ce cabinet est toujours à vendre; il parait que les héritiers de M. Carlier élèvent leurs prétentions beaucoup trop haut; ce qui ne permet pas à la ville de Bavai d'en faire l'acquisition , et c'est fâcheux : car ce cabinet aurait un double intérêt dans la ville où il a été formé. J'espère, dis-je à M. E**, qu'il figurera tout aussi bien à Cambrai , et que les savans et les amis des arts de cette ville ne laisseront pas échapper l'occasion de s enrichir du trésor de M. Carlier (1). Ne
(i) L'afBuetice de» antiquaires pour admirer le cabinet de M. Carlier , et l'empressement de» acheteurs, a excite' la cupidité' et fait naître un nouveau genre d'industrie , M. B**% cultivateur , demeurant aux portes de l antique Bavai , a eu le
l'espérez pas, me dit un tiers qui s'était joint à nous , et dont l'esprit est aussi piquant qu'aimable : les Cambrésiens ne paraissent pas organisés pour les arts, ou sont du moins peu disposés à faire des sacrifices en leur faveur. Sans compter la petite collection du cabinet de M. Do rem us , qu'ils ont laissé acheter par les Douaisiens ; les tableaux originaux de M. Fremin qui figurent au musée de Valenciennes, ils viennent encore récemment de seHaisser enlever un artiste dont la célébrité honorera un jour la France, et qu'ils regretteront lorsqu'ils seront convaincus de l'impossibilité de le remplacer. Les Lillois ont prouvé en cette circonstance et leur adresse et leur amour pour la mélodie. Croyez-en mon pronostic, M. St-Amans ne sera pas la seule personne à talent que les Cambrésiens perdront de leur faute. Je combattis autant que je pus cette opinion , dans la persuation où je suis qu'elle est aumoins exagérée.
Les personnes curieuses de connaître les décou-
bonheur de trouver quelques antiquités dans les champs qui avoisinent cette ancienne capitale des N«*rvieus , et il en a tiré bon parti. Amorcé par cette première affaire , M. B*** a établi des communications arec des marchands de faris > qui lui envoient des curiosités Romaines , Grecques , Egyptiennes et même Chinoises , qui sont revendues comme ttouvées à Bavai. D'abord chacuu s'étonnait du bonheur de M. B*** qui tous les jours découvrait des antiquités. Aujourd'hui on aie mot de l'énigme dont il est bon de prendre acte.
Janvier i83o, Echo de la Frontière*
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vertes faites à Bavai , doivent lire l'ouvrage de M. de Bast, ou celui de M. Lebeau. Il serait trop long de déci'ire, le Colysée, les cirques, les mosaïques , les vases , statues, médailles', tombeaux, inscriptions et quantité d'objets antiques trouvés dans les ruines de cette ville. J'ai déjà parlé des sept voies militaires connues aujourd'hui sous le nom de chaussées Brunehaut dont Bavai était le point central, une colonne milliaire indiquait les sept voies (1) elle fut remplacée par une aiguille heptagone, au milieu du XVII e siècle; celle-ci a été remplacée à son tour par une colonne de même forme qui ornait le milieu de la place, et qui est aujourd'hui reléguée à l'une de ses extrémités.
Il y a aujourd'hui à Bavai une compagnie de sapeurs-pompiers , dont la formation a été autorisée le 18 décembre 1834. Elle se compose de 20 hommes et fait le service de deux pompes ; M. Bai-doux en est le lieutenant-commandant.
Les mercredi et samedi de chaque semaine , il y
a marché pour les légumes, le beurre, la volaille , et un franc marché le 8 de chaque mois , où Ton vend quantité de bestiaux.
Le i er lundi de carême, Bavai a une espèce de grand marché ou de fête qu'on nomme Jvire à
(1) Voyez pour ce q»i concerne lef chaussées .et l'aiguille, te dernier chapitre de cet ouvrage.
zaulx, elle ne dure qu'un jour et doit son nom à l'immense quantité de ee piquant bulbe dont, par parenthèse, on fait grand usage dans le département du Nord ; on y vend aussi beaucoup d'arbre» fruitiers. Cette fête, reste de carnaval , réunit près qu'en totalité la population cantonale; chacun y . vient sans trop savoir pourquoi ; c'est une convention tacite , une habitude, auxquelles rien ne peut soustraire. Les parens , le» amis se rencontrent, renouvellent un pacte de tendresse , se promettent mutuellement de se retrouver au même jour , Tannée suivante, et oublient, le verre à la main, le» petites querelles qui ont pu éclore dans le cours de l'année. Cette fête se termine par un bal à la mairie , toujours très-nombreux par l'affluence des» étrangère.
J'allai voir la forgent les clouterie» de M. Crapez , la marbrerie de M. Thiébaut-Dehon , les quatre tanneries; le* pensionnat de demoiselles , habilement dirigé par mademoiselle Montignies ; les usi^ nés de M. Massart.
Je m'arrêtai chex M. Normand, directeur de Técole primaire, jeune homme qui joint à l'éducation morale l'instruction nécessaire pour foire de bons élèves ; aussi son établissement se distingue- t-il entre ceux de ce genre. M. Normand ne borne* pas ses talens aux formules classiques ; il cultive par délassement et avec succès les sciences naturel-
les, principalement la botanique et la conchyliologie terrestre, fluviatile et fossile, branches dans, lesquelles il a fait d'heureuses découvertes ; il eut la complaisance de me laisser admirer son herbier
et ses collections de coquillages, et me fit parcourir les immenses ruines de Bavai.
Je vous laisse dans ccttç^ville, mes chers lecteurs, en attendant que je puisse aller à Avesnes, où j'espère vous retrouver incessamment.