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deux petites lumières à ravitailler, Comme elles étaient sans intérêt pour nous, d’un commun accord nous nous décidâmes à quitter le pays des âmes pour. celui des rêves, et nous allâmes attendre tranquillement dans nos cadres le moment où nous ferions escale à Trocadio,
Ce ne fut qu'après le déjeuner que nous vinmes jeter l'ancre en face de ce dernier endroit. Une grève sablonneuse s’étendait devant nous, et un côteau boisé courait tout le long de la berge, laissant échapper ça et là l'église, le lazaret et les maisons de Tracadie, Sur une petite presqu’ile était bâti le phare, tour blanche, carrée qui, en ligne droite, se trouve située à trois milles du village,
Une réputation sinistre s'attache au lieu où nous venions de débarquer. Ici vivent, souffrent, meurent des ma:heureux attaqués par cette terrible maladie que l'écriture sainte a désignée sous le nom de la fille aînée de la mort. En ces lieux, la lèpre règne en despote ; et que de plaintes, de sanglots incompris, d'agonies épouvantables ces rivages si sombres eux-mêmes, n’ont-ils pas entendus, et n’ontils pa
s discrêétenont ensevelis sous leurs sables depuis bientôt trente ons!
C'est dans le Miramichi que l'horrible fléau à pris naissance, Par une nuit de tempête, 1] y a cent-dix-neuf ans, un vaisseau français, l'Zudienne, parti de Morlaix, était venu se briser dans la Baie des Vents, et bientôt les vagues rejctèrent sur le rivage des colis de marchan-
dises et des coffres d’habillements qui avaient appartenu à l'équipage. On était alors dans les tristes temps de 1758. Les transports envoyés au secours de l’Acadie venaient d'être capturés par les Anglais, à la hauteur de Louisbourg, et comme chacun manquait du nécessaire, on s’empressa de recucillir ces précieuses épaves, de se les distribuer et de s’en servir. Or, ce navire avait fait le commerce des échelles du Levant, et l’on appris plus tard qu’il avait séjourné à Smyrne. La contagion venaitelle de ces lointains parages, et l'Orient envoyait-elle à l'Occident le plus terrible de ces fliaux? Nul ne peut répondre. Tout ce que l’on a appris, c’est que les symptômes de la lèpre commencèrent à se manifester quelques temps après le naufrage de l’Zndienne, et qu’elle s’attaqua d’abord à ceux qui avaient porté les habits de l'équipage du navire perdu. Cette peste mystérieuse se propagea dès lors avec une telle rapidité, qu’elle emporta une partie de la petite population de Boaubère, déjà décimée par la fainine ; et M. de Belicfeuille rapporte qu’en ces temps huit cents personnes périrent sous la double étreinte de la faim et de la lèpre. La contagion finit par atteindre le commandant M. de Beaubère, Aujourd'hui ces pestiférés gisent à quelques milles de Newcastle, enterrés sous les gazons de la petite île à laquelle le colon écossais de ces parages a laissé le nom de l’officier français qui, ne voulant pas abandonner ses gens, est mort lépreux, par devoir!
Après avoir exercé d'aussi rapides ravages la maladie
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3 la maladie
sembla s’arrêter et tendre à disparaître, A peine mentionne-t-on, par ci par là un cas isolé; mais en 1717 l'esprit public endormi commença à se remettre sur ses gardes ; et en 1844, le mal avait repris de telles proportions, qu’un bureau médical nommé pour étudier les moyens de le prévenir en arriva à la conclusion de séquestrer le fléau autant que possible, et ordonn struction du lazaret de Sheldrake, On ne pouvait œuère choisir un endroit n.. 1s convenable. k du Miramichi, basse, marécigeuse, et qui, l'été est in. festée par les moustiques, Une fois l'hôpital construit en cet endroit, on se mit à la recherche des lépreux, Jadis, lorsqu'un cas de lèpre était constaté, l'église fai. sait venir le malheureux, et au moment où on le sébnnais de ses concitoyens, elle pronouçait sur Jui les prières usitées pour le service des défunts, disait des messes pour le repos de son âme, et pour completer l'illusion jetait sur Son Corps une pelletée de terre (*). Sous Louis VIT, des échafauds étaient en permanence à la porte des léprosies, et un valet du bourreau s’y ten tamment, prêt à mettre à mort le lépreux dent pour franchir le seuil
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C'était une île
ait consassez Mnprude cet endroit maudit, Il est vrai que les idées modernes ont réagi contre ces cruautés,
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système de Het à ('ssaru; mais la position de ces pauvres gens n’en reste ; . moins territie, ‘Quel.
(*) M. Lefebvre de Bellefouille,
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qu'un était-il atteint de la maladie, écrit un des gouver. neurs du Nouveau-Brunswick, l'honorable M, Gordon, il lui fallait de gré ou de force s’arracher à sa famille. L’époux était enlevé à sa ferame, la mère à ses enfants, les enfants à leurs parents, quels qu’ils fussent, aussitôt qu'on reconnaissait en eux les symptômes de la lèpre. On les forgait de dire adieu à tout ce qui leur était cher pour aller se confiner dans cette prison. Il est arrivé plusieurs fois que certains lépreux refusant de se rendre au lazaret, on les y trainait avec des cordes, comme des animaux, car personne ne voulait mettre la main sur eux, et même on les frappait à coups de bâton jusqu'à ce qu'ils y entrassent.” (K)
Ces terribles scènes de l’internement se renouveièrentelles, lorsqu’'en 1847 on se déeida à transporter Île lieu du lazaret de Sheldrake à Tracadie ? La tradition est restée muctte là-dessus, mais un homme qui à consacrée les plus belles années de sa vie à donner les soins de son ministère à cs abandonnés, l'abbé Ferdinand Gauvreau, fait une triste peinture de la position des lépreux. ‘ Ce n'était pour eux que malpropreté à faire bondir le cœur, discorde, insubordination envers les autorités bienveillantes du gouvernement, divisions et querelles continuelles entre eux, révoltes contre le cha-
(*) Willerness journeys in New-Brunswick in 1862-63, by His Excellency the Honoruble Arthur Hamilton Gordon ; traduction de M. de Bellefeuille.
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pelain ; la loi du plus violent était en pleine force, et , L L Li souvent l’oreille était blessée par d'horribles blasphêines : + A . . 7 é en un mob l'hôpital était devenu comme ue caverne de voleurs et de bandits que le démon tenaient enchaînés par toutes sortes de crimes, excepté le meurtre,” Repoussés ’ A de tous, n'ayant pour les contrôler qu’un prêtre dont ils < : . F . | e ° .
méconnaissaient l'autorité, et des gardiens auxquels ils inspiraient de la répulsion, ces malheureux menaient une vie infernale, lorsque les portes de cet antre du crime é Li ’ + ‘ . LJ et de la pourriture s’ouvrirent, pour laisser passer six courageuses filles de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Ces religieuses avaient obtenu la permission de se consacrer au soins du lazaret de Tracadie, et impressionnés par leur douceur, leur abnégation, leur dévouement, les lépreux comprirent alors que l’espérance et la paix venient d’ , à |: I 1 naient d'entrer chez eux, à la suite de ces saintes filles rate ; Q . . . > du cloître. Soumis par leur modestie, ils se résignèrent mierx à leur triste sort, La concorde, les pratiques re. ligicuses, la patience, l'abandon à la volonté de Dieu vinrent habiter le lazaret de Tracadie, et aujourd’hui le lépreux accomplit sans se plaindre la pénible mission qui lui est imposée ici-bas ; l’apostolat de la souffrance.
Que dire maintenant de cette épouvantable maladie ? Gordon n'hésite pas à retrouver en elle l’éléphantiasis des Grecs, la véritable lèpre d'Orient. Capricieuse dans sa marche, chez les uns elle n'est pas héréditaire, chez d’autres clle se transmet par le simple contact. Hideu implacable dans son étreinte, la lèpre travaille lorgue-
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ment ceux qu'elle inocule de son horrible virus, Elle corrompt leurs chairs, détruit leurs facultés mentales, annihile leur sensibilité nerveuse, et quand elle les a torturés ainsi pendant d’interminables années, elle les étouffe dans ses bras ulcéreux et court ailleurs se choisir d'autres victimes (*#).
Fondé en juillet 1844, le lazaret de Sheldrake a reçu des lépreux jusqu'en juillet 1849. Pendant cette période, les documents officiels constatent que 32 patients y furent admis; sur ce nombre quatorze moururent, trois s'évadèrent et quinze furent transférés au nouveau lazaret de Tracadie. Depuis juillet 1849, jusqu'au premier octobre 1863, quatre-vingt-deux lépreux, comprenant les quinze qui furent internés sur l’île de Sheldrake, ont été regus à l’hôpita: de Tracadie. Cinquante-huit sont morts ; trois furent renvoyés comme n'étant pas fe la lèpre, et vingt et-un continuèrent à recevoir les soins du jazaret, Malheureusement, jusqu'à présent on n'a pu con, «ter la guérison d'aucun patient.
Cett tezrible maladie assume quelquefois la forme tubercalsre, quelquefois la forme anesthésique. Elle atteint sou complet développement au bout de sept ans,
(*) Le fléau tend à disparaître. Néanmoins, la sœur Saint Jean de Goto supérieure de: l’Hôtel-Dieu de Saint-Joseph de Tracadie—c’est le nom du lazaret—m'écrivait en 1878 :
“__Nous n'avons en c> momont que quatorze iépreux au lazaret, sept hommes et sept femmes. Mais il y en a quelques cas au dehors.”
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ct ne dépasse guère la durée de quatorze ans, Quelques médecins prétendent qu’elle est contagieuse ; d’autres assurent le contraire. A l'appui de cette dernière af. firmation le Dr. Nicholson, qui fut longtemps attaché service du lazaret, constate qu’une servante à fait dant six ans le lavage des habits des lépreuses, geant à leur table et couchant même dans leurs lits, ressentir aucun effet de l’horrible virus.
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Il était temps de quitter ces parages maudits, et ce fut avec une satisfaction véritable que nous vîmes le Napoléon III mettre le cap sur Shippegan, île ineulte
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longue de vingt milles. lie renferme un village de 1610 pêcheurs, et un excellent hâvre, près duquel |: gouvernement a placé un phare, In route, nou: avions relevé la position de l’île de Pokemouche, Le mi. Es : ES. ARS ee: = .
nistère de la marine désirait y ériger une lumière, et a .
pendant que l’inspectèur était descendu à terre pour dé-