‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · LI ? . “ L · texte numérisé non relu

LI ? . “ L

er ’ } Fer à atirut

pos ; l’endroit où elle serait const: uite, nous fûmes êlé par le capitaine DeGrâc la goë "Ave, viei pi apitaine DeGrâce de ia goëlette ] Ave, vieil Acadien qui navigue en ces endroits depuis tantôt quarante ans. [l nous salua avec les couleurs françaises ; ’ À . FC n . . ?

et cest ainsi que l'Acadie n'oublie p: Sur ces entre-

ue L»4 2 faites, le vent s'était accentué de plus en plus ; la mer grossissait: 6t Comme la grève de Shippegan forme une barre qui court assez loin au large, nous

eûmes quelques difficultés à regagner le vapeur.

Deux fois nous frappâmes à plat sur un sable dur comme picrre. Notre quille

était solide. La vague, après nous avoir fait talonner vio-

lemment pendant quelques secondes, nous remit en eau profonde, et ce ne fut pas sans danger que nous dîmes adieu à Shippegan pour courir sur Misco

Je ne voudrais pas paraître faire de ce travail un livre de contes, mais en voyage on cueille avidement tout ce qu’on peut apprendre sur les pays que Jon parcourt. Que mes lecteurs u’aillent done pas se mettre à rire sous cape, lorsqu'ils sauront que l'île de Miscou était jadis hantée par un monstre éponvantable, à qui les sauvages de la côte avaient donné le nom de Gougou. Ces grands enfants de 11 nature faisaient des us et coutumes de ce fils de l'enfer, ua tableau si effrayant, que Champlain juger à propos de noter dans

ses Voyages, ce que les Indiens lui en avaient ranporté:

I]ya, disait-il, une chose étrange, digne de réciter, que plusieurs sanvages m'ont accn é être vraie; c’est que proche de la Baie «les Chaleurs, tirant au Sud, est une île où fut résidence un monstre qui avait la forme d'une femme, mais fort effroyable, et d’une telle grandeur qu'ils me disaient que le bout des mâts de notre vaisseau ne lui fût pas venu jusqu'à la ceinture. Is le peignent grand ; il a dévoré et dévore beaucoup de sauvages, lesquels il met dedans une grande poche, quandil peut les attrapper, puis les mange, et disaient ceux qui avaient évité le péril de cette malheureuse Lête que sa poche était tellement grande qu’il y eût pu mettre notre vaisseau. Ce monstre fait des bruits horribles devant cette Île, que les sauvazes appellent le Gougou, et quand ils en parlent ce n'est qu'avec une peur gi étrange qu’il ne se peut dire de plus et m'ont assuré

nit en eau ous dîmes

) ce traon çcueille $ pays que nc pas se ae l'île de avantable, le nom de , faisaient tableau si noter dans ; ranporté :

de réciter, . LU 1Q Tee est que est une île rine d'une ideur qu'ils eau ne lui it grand ; il uels 1 met

apper, puis le péril de lent wrande stre fait des 3 appellent G une peur 'ont assuré

plusieurs l'avoir vu. Même le sieur Prévert de Saint-Malo, en allant à la découverte des mines, n'a dit avoir passé si proche de la demeure de cette effroyable bête, que lui et tous ceux de son vaissean entendaient les sifflements étranges des bruits qu’elle faisait, et que les sauvages qu’il avait avec lui, lui dirent que c'était la même bête, et avaient une telle peur qu'ils se cachaient de tonte part, craignant qu’elle fût venue à eux pour les emporter’?

—Je tiens, disait Champlain, en terminant cette des-

s 2 al RAT TU EE . .

cription du Gougou par cette réflexion pleine de logique, que l’île soit la résidence de quelque diable qui les tourmente de cette façon,

Le Gougou ne fut pas longtemps maître de ces parages, Quelques Français qui avaient plutôt l'esprit tourné au positif qu'au merveilleux, étant ua jour passés par À, s’aperçurent que Miscou était admirablement située pour la pêche de la morue, M, de la Ralde, plus tard général de la flotte du Canada, vint y habiter, exploita ses eaux, y fit la traite et y entretint des pinasses qui donnaient la chasse aux Basques. Ces derniers, gens de peu de foi, couraient la côte, et,t* tout en achetant des fourrures semaient parmi les sauvages une foule de préjugés contre les Français.” Mais les Basques ne sont pas hommes à s’intimider facilement, Un jour, le capitaine Gallois, parti avec consigne de faire observer ici les ordres du roi, fit rencontre du capitaine DuMay qui avait mission semblable, Un navire basque était à l'ancre devant Miscou. L'occasion parut trop belle pour

la manquer: on l’accosta, Tout l'équipage était à terre à l’exception d'un petit mousse et du capitaine Joannés Arnandel, de Saint Jean de-la-Luz. Avec pareille infériorité numérique ii ne fallait pas songer à se défendre. Le pavillon fut amené. À quelques heures de là, on entendit un bruit de rames; c'était l'équipage de la prise qui revenait à bord. DuMay était prudent: il monta sur un des bastingawes, annonça aux nouveaux arrivants la prise de leur capitaine, ctse préparait à leur servir un petit discours où il leur expliquerait tout le respect qu'ils devaient aux ordres du roi, lorsqu'un des Basques l’interrompit :

—Basta! pas tant de phrases, Notre capitaine est un pas grand chose, que nous remplacerons par le petit mousse du bord,

— Vous avez tort de parler si désavantageusement

de votre supérieur, se hâta de reprendre DuMay qui

voyait dans ce commencement de phrase une transition pour arriver au resp ct dû à l’autorité souveraine,

Les Basques ont la tête près du bonnet. C’est Cham. plain qui nous l’assure, Ceux-ci ennuyés par ces belles phrases, montent à l’abordage, ‘ gignent le bas du navire, se suisissent de quelques piques et mousquets qui n'avaient pas été trouvés par DuMay et Gallois, et avec ces armes se défendent et attaquent si courageusement,”? que les envahisseurs sont contraints de sauter dans lcurs chaloupes, Mais une fois échauffis, ces gens-là ne s’ar-

était à terre ine Joannés

pareille inse défendre.

le là, on en- > de la prise t;: il monta ax arrivants ur servir un t le respect des Basques

apitaine est par le petit

tageusement Du May qui une transisouveraine,

C'est Chamjar ces belles

bas du naousquets qui lois, et avec œcusement,”?

2r dans leurs as-là ne s’ar-

rêtent plus ; et déjà ils s'étaient mis À la poursuite de DuMay, lorsque celui-ci craignant pour sa vie, fit monter Arnandel sur le pont, en le conjuraut de calmer ses hommes, Ce dernier s'avanga vers eux, leva les deux mains comme s'il voulait prendre la position d’un Suppliant, et terminant son geste par une plonge au fond de la mer, Joannès se mit à tailler une coupe dans l1 direction de son navire, Vingt minutes après, il était sous voile et courait canonner Dal:1y, le menagant de le couler à fond sil ne lui renvoyait non seulement toutes les armes et munitions qu'il lui avait prises, œmuis encore celles de son propre vaisseau.”

Où ne se serait guère attendu à pareille tonrnure, Pourtant, c'est ainsi, ajoute philosophiquement Champliin en commentant ect épisode, que “tel se trouve pris par celui qu’il venait de prendre,”

Jadis, l’île où nous étions joaissait d’une grande im. portance, Elle donnait son nom an district de Miscou qui comprenait toutes les tribus de lx G spésie, du Mi. ramichi et du Nipissiwuit, De la Ralde ÿ avait coin. mandé ainsi que Desdames, et Denys y tenait une habi. tation, où il avait fait planter % force pêches où autres fruits à noyaux qui y vinrent à mervelile, ainsi que la vigne qui réussit admirablement,” mais les dissensiong des petits seiyneurs de l’Acadie se frayèrent un chemin jusqu'ici. Une journée suffit à d'Aulnay de Charnisay

Pour succager toutes ces bonnes choses, que ‘ le gouver-

neur lieutenant-général pour le roi sur ces costes ” décrit si complaisamment dans son livre,

Le travail et la pêche avaient fait alors de Miscou un endroit que tout le monde connaissait dans la colonie. Pendant la belle saison un navire—l Ange Gardien — faisait un service régulier entre cette île et ()uébec. L'été se passait à pêcher et à faire la traite; puis à l'automne les équipages rewaonaient les côtes de France, empor tant avee eux ces cargaisons de morue, qui revenaient l’année suivante pour être mangées à Québec; car, disent les relations du temps, “nous n'avons pas encore 18$eZ d'hommes en cette ville pour descendre à cette pêche.” L'hiver, Miseou reprenait son aspect triste et solitaire. L'île n’était plus habitée que par une poignée d'hommes qui veillaient à la garde des maisons, Souvent, pendant les longues nuits de décembre, ces malheureux eûvent à lutter contre un ennemi encore plus à craindre que l'ennui. Chemplain nous à conservé le souvenir du terrible hiver de 1527, où de novembre jusqu'à la fin d'avril, il tomba sur Miscou huit pieds de neige. Cette année là, M. de la Ralde avait laissé quelques Français hiver. per dans l'île pour traiter un reste de marchandises

qu'il ne voulut pas rapporter en France, mais les gar. diens faillirent tous mourir du mal de terre. L'année guivante ne fut guère plus heureuse pour l'établissement de Miscou. Un matin, la Vicaille, commundée par le capitaine David Kerth qui montait faire le siége de Québec, vint s'embosser par le travers de l’île, et se

ostes ” décrit

e Miscou un s la colonie.

> Gardien — aébec. L'été à l'automne ince, empor 1 revenaient ; car, disent encore 18864 ette pêche.” et solitaire.

ée d'hommes ouvent, penlheureux cûcraindre que venir du terla fin d'avril, Cette année ançais hiver.

marchandises mais les gar.

re. L'année établissement undée par le » le siége de le l’île, et se

saisir de la € Maison et de toutes les ch

aloupes et pi.

nasses de cette côte.”

Remise aux Françris en même temps que Québec, Miscou revit ses jours de prospérité revenir avec la compagnie des “ Cent Associés,” dont la flotte faisait la traite et pêchait le poisson, de Sainte Anne du Cap Breton jusqu’à Tadoussac, Ce commerce et ce mouvement avaient engagé les Jésuites à fonder en

1635 la résidence de Saint Charles, en l’île Saint Louis

de Miscou, Grand nombre de Sauvages venaient ici chaque année porter leurs pelleteries, et c'était

de là que leurs flottiiles d

canots partaient pour faire Ja guerre à la nation des Bersimis sur la côte nord, C'était encore à Miscou qu'ils accouruient se réfugier lorsque la peur de l'Iroquois s'emparait d'eux. Une abondante moisson d'âmes pouvait se faire au milieu de tous ces rassemblements, et Ics courageux mixsio

unaires se mirent aussi.

tôt à l’œuvre.

Les ; ères Charles L'urgis et Charles du Marché y furent CnVOyÉs pour administrer l2s sacrements à vinet-trois Franc us qui devaient jeter les fondements de l'habitation, mais ‘ les souffrances furent quasi l’uni. que occupation de ces pauvres gens, raconte la relation de 1647. Lu maladie les terrassa ot | grande partie, Le P, du Marché fut contraint de repasser en France; le P, T'urgis résista quelque temps, consolant les uns, écoutant les coufessions, fortifiant les autres par l’Eucharistie et l'Hxtrême Oaction, enterrant les morts, Mais enfin le travail et le mauvais air qu'il prenait au.

près de ces pauvres languissants le Jetta par terre aussi

à iort en enleva une

bien que les autres ; si fallait-il combattre jusqu’au der. nier soupir. Il se fait porter contre les malades et auprès des mourants, les anime et les fortifie, les encourage et après avoir enterré le capitaine, le commis et le chirurgien, en un mot tous les officiers et huit ou neuf autres personnes de travail, il y mourut lui-même, ne laissant plus qu’un malade à la mort, qu’il dispos: saintement à ce passage devant que de rendre l'esprit,”

C’est ainsi que vivent, luttent et meurent les soldats du Christ. Ils passent sur la terre, ne semant que la paix, le dévouement, et plus d'un grand de ce monde pourrait venir demander à la tombe du saint missionnaire de Miscou le secret de la véritable gloire,

Dès que la nouvelle de cette mort parvint à Québec, les PP. Jacques de la Place et Nicolas Gondoin furent envoyés pour continuer l’œuvre du P. T'urgis, Ils trouvèrent ‘ l'habitation toute désolée, les sauvages touchés de compassion tiraient les morts de leur lits pour leur donner sépulture, les Français n'ayant pas la foree de le faire, D'autres plus méchants et barbares, voyant tout le monde abattu, voulaient piller le magasin; mais l'effort et l'adresse des réchappés qui avaient plus de mine, comme on dit, qne de jeu, les en empêchèrent.” D'après les relations des Jésuites, la mission de Miscou était des plus pénibles. “ Le Père Gondoin, assurentelles, fut contraint de la quitter; le P, Claude Quentin 3 perdit la santé, après avoir onseveli un jeune garçon

jusqu’au der.

nalades et auie, les encoucommis et le ; huit ou neuf lui-même, ne | disposa sainl'esprit,”

nt les soldats

semant que d de ce monde saint missionloire,

int à Québec, ondoin furent gis. Ils trouvages touchés lits pour leur 1s la force de bares, voyant Agasin ; mais uient plus de mpêchèrent.” on de Miscou oin, assurentaude Quentin | jeune garçon

qui l’assistait: le P. Jean Dolbeau y devint perclus de tous ses membres, et comme on le reportait en France pour trouver un air plus doux, il rencontra en chemin le paradis, et le feu s'étant pris dans les poudres du vaisseau, l'envoya dans le ciel.” Il n'y eut que le P. André Richard et le P. de Lyonne qui purent résister au climat “ et y jeter les fondements d’une petite église” qui fut assez prospère, mais finit par disparaître lors de l’abandon de l'île.

Aujourd’hui Miscou compte à peine une dizaine de familles qui vivotent pauvrement du produit de leur pêche, et s’oceupent à récolter le foin sauvage qui abonde sur ses grèves, L'île a sept licues de tour, et garde toujours l’aspect triste et désolé qu’elle avait du temps des Jésuites, ‘ Le sol n’en est pas bon écrivait un de ces derniers à son supérieur: les eaux n'y sont pas saines, les bois n’y sont ni si grands ni si beaux qu’en la terre ferme, mais elle abonde en perdrix et en lièvres, et il y avait autrefois des élans, mais on les a tous exterminés.”: C#) Remarquable par ses immenses prairies que les eaux du golfe couvrent à leur montant, Miscou est un

(#) À peu près vers l'époque où ee Jésuite écrivait, Miscou avait été ravagé par un incendie, ce qui expiique la pauvreté de ses bois. Cet accident était arrivé, au dire de Denys, “ par le hasard d'un canonnier qui faisant sécher ses poudre a Miscou y mit le feu en prenant du tabac, et ec feu ayant mis en cendres une bonne partie du bois de l’île fit, que l’annéesuivanteil n'yavait point de morue à La côte, en sorte que les pêcheurs furent obligés d'aller chercher du poisson ailleurs.”

endroit célèbre pour ses chasses, Ce ne sont, au dire de Denys, ‘“ que des marécages tous pleins de brandes: quand on marche là-dessus, on fait tout trembler à plus de cinquante pas autour de soi, et c’est là que l'on trouve des grues, des oies blanches ct des grives comme en France et que les outardes vont faire leurs petits et se déplumer pendant le printemps.” En explorant cette côte, Denys y fit une curieuse découverte, ‘ À quelques deux cents pas de la grève, il sort du fond de la mer un bouillon d’eau douce gros comme les deux poings qui conserve sa douceur dans un circuit de vingt pas, sans se mêler en fagon quelconque, soit par le flux ou Île reflux de la mer, en sorte que le bouillon d’eau douce hausse et baisse comme la marée. [Les pêcheurs y vont faire leur course, avec leurs chaloupes pleines de barriques qu'ils emplissent à sceaux, comme s'ils puisaient dans le bassin d'une fontaine, A l'endroit où est cctte source ex.

traordinaire, il y a une brasse d’eau aux plus basses

marées, et l’eau est salée tout autour comme le reste de la mer.” Ce récit de l’ancien scigncur de nos provinces maritimes est corroboré par ies marins da golfe Saint- Laurent qui ont navigué en ces parages, ct plus d’un m'a uffirmé avoir bu à la source du gouverneur Denys.

Auprès de Miscou se trouve le banc des Orphelins qui, sous la domination françguise, était fumeux pour la pêche à la morue. D'après les témoignazes da temps, le poisson qu'on y pêchait était aussi beau ct aussi grand que celui des bancs de Terrencuve. Les Orphe-

ont, au dire de brandes :

mbier à plus à que l'on vives comine urs petits et rlorant cette À quelques le la mer un poings qui pas, sans 80 ou le reflux louce hausse y vont fuire de barriques dent dans le Le source Ccx.

plus basses e Île reste de 103 provinces golfe Saintet plus d’un eur Denys.

es Orphelins eux pour la es du temps, au ct aussi

Les Orphe-

lins courent pendant une distance de vinzt-deux milles dans la direction de l'Est, et ce fut sur e2 banc, près de la Pointe-anx Bouleaux, que le vaisseau de l'intendant de Meulles vint faire naufrage le 81 Octobre 168», Le gouvernement du Canada à choisi ce point pour y construire un phare octogone, en bois. Il porte une lumière rouge, À 321 picds à l’est, on voit un sifflet à vapeur, Pendant les gros temps, les brouillards et les tempêtes de neige, il résonne “ deux fois en ue minute, don. nant un coup de cinq secondes avec intervalle de vingtcinq secondes.” Sur le côté ouest de Miscou, av lac aux Oies, s'élève un second phare. Sa lumière blanche fait une évolution complète toutes les deux minutes,

Le ravitaillement de ces phares avait pris quelque temps; et comme 1 mer continuait À se creuser ct à grossir, quand nous revîmes à bord nonstrouvânes le consul des Etats-Unis et le député du comté de Northumberland, deux passagers que nous avions pris à Newcastle, en train de songer mélancoliquement à ces paroles d’un vieil auteurlatin: viscera eructantes cum gemitu. Pâles et abattus ils regardaient avec horreur les vagues perfides s'amuser à faire faire un mouvement d’escarpolette au ÂVupoléon IIL pendant qu'Agénor Gravel, plus aguerri depuis la perte de sa casquette devant la pointe sud de | île d’Anticosti, par 48, 59 latitude ct 62, 20, longititude du méridien de Gisenwidh, s'efforçait de leur traduire en anglais ces vers assez médiocres, où Diére-

ville peint l'affreux mal de mer qui le prit sur les côtes de : France, pour ne plus le quitter que sur celles d'Aoadie :

La mer me fit payer ce tribut de nouveau Et ce ne fut pas sans tristesse :

Je ne croyais pas que sur l’eau

Ainsi que sur la terre on en paya sans cesse. "1 a a ln ei RE HR

Mais dans les mauvais tempsc'est l’usag: ordinaire.

Conduit par les longues vazues nous arrivâmes en face de Caraquette. Il était onze heure du soir; ke lendemain était un dimanche, ct comme l’inspecteur te-

nait à visiter le nhare de suite, il nous pria de l’accom-

pagner, À mosure que nous ramions vers terre, la lu-

mière qui d'abord nous paraissait assez proche se prit à

fuir devant nous: et ee ne fat qu'après avoir nagé pendant une heure et demie, que nos maitsiots parvinrent À

attériv auprès du phare qui est assis À quelques pas

d’une grève rocaiieuse, Caraquetto est uu gros village

acadien du couté de (roucsiter; sa population fran-

çgaise est de 1955 âmes, et le cowté lui même renferme 12,680 Acadiens, Ici, comme dans le comté de Kent la race française est en

qui compte 10, 701 Acadiens, majorité et n'aurait qu'à le désirer pour faire valoir et défendre ses droits par les sions, au lieu de se faire représenter la piupart du temps par des étrangers qui ne comprennent guère sa foi et ses traditions.

De tout temps Caraquette a été fameux par ses

los côtes de d'Acadie :

rdinaire.

ivâmes en u soir; le pecteur tele l’accomerre, la lue se prit à nagé penrvinrent À ques pas ros village ation fran- > renferme 6 de Kent aise est en e valoir et se faire reers qui ne

X par ses

huîtres. Au dire des connaisseurs, ce sont les meilleures du monde. Petites, grasses, légèr ment parfumées, elles sont supérieures en finesse aux huîtres les plus recherchées par le: gourmets d'Europe, Elles laissent surtout dans l'ombre celles d'Areaclion et du Cancale, ainsi que ces b'valves que les Auglais pêchent sur leurs côtes et qu'ils vont déposer avec soin en face du Texel, pour leur y fire recevoir cette édueation indispensable qui Jes font tant priser par les clubs de Londres D'uilleurs, les huîtres du golfe Saint-Laurent gagnent à être connues: et celui qui expèdierait à Paris et à Londres quelques bourriches de Shédiae, de Bouctouche, de Mulpèque, de Saint-Simon et de Sumumerside s’attireraient les bénédictions et les éceus de tous ceux qui aiment les bonnes choses, et qui tienneut à en avoir pour leur arwent, Ainsi que cela est arrivé pour bien d’autres ressources que nous avions, la pêche des huîtres a malhcureusement été faite ici sans discernement. Ce précieux bivalve n’a été protégé que très tard par nos législateurs. Plusieurs banes qui, au dire de M. Whiteaves, étaient jadis des plus productifs, ne donnent plus rien aujourd’hui, et tout porte à croire que si on ne prend de suite des mesures préventives pour rémédier à cet état de choses, les huîtres disparaîtront du golfe Saint-Laurent et deviendront à leur tour une chose du passé.

Du temps des Indiens, on leur faisait déjà ia pêche. Les tribus de la côte de la Nouvelle-Angleterre et de l'Acadie en séchaient de grandes quantités, pour leurs

provisions d’hiver.(*) Il y a deux sortes d’huîtres dans le golfe Saint-Laurent ; l’une est courte et ronde, l’autre longue et étroite, ISiles se trouvent ordinairement en eau o basse, ne dépassent guère une profondeur de trois brasses, aiment les baies, les eriques, et elles sont disséminées , 1e, tout le lonx des rivases de l'île du Prince Elouard, dans le bras d'Or au Cap Breton, et sur la côte de Noui ?

veau Brunswick, cutre la Baie Verte et Caraquette. Bien eutretenus et pêchés raisonnablement, ces bancs

devicndraicnt une source d'énormes revenus pour les

Provinces Maritimes, Aux Etats-Unis on a compris l'importance de la culture de ce bivalve, La Viryinie

à clle seule entretient des pares d’huîtres,—clles sont loin de valoir les nôtres,—qui ont une étendue de uu million cinq cent mile âcres, et pendant que nous revenions à bord, M, Mitchell nous disait qu'il se fait an-

(#) En parlant des huîtres, Denys écrivait en 1672:

‘“ C’est une granle manne pour l'hiver quand le temps ne permet pas d'aller à la pêcie. Elles sont daus les anges où à la côte proche de terre: pour 03 avoir en case lu glace, on fait une grande ouverture, puis on à de petites perches assez longues pour toucher au Iond do l'eau, Où eu lie deux e sembie pur la moitié, puis on rouvre ct ferimo ccla comme des tenuilies, on les vire de l'eau et les jette sur Ii glico. Oa ne va point à cette pêch: que l’on ne soit plusieurs: les uns pêsheit, un au re fait Le fou, l’autre écalle pour faire frica-ser, d'autres les mettent sur de; caarbons, deux où trcis ont une grande coquille, avec leur eau, de ix mie de pain, un jeu de poivre ct de muscads. Ou le: fait cuire comme cela et cest un bon manger, et quand on est bien rassassié chacun emporte sa charze et les chions entraînent chacun une sachée (sic) avec un petit trainoau que lon leur fait forc lésère.'

uîtres dans nde, l’autre net en eau ois brasses, disséminées e Elouard, jte de Nou- Jaraquette.

, COS bancs s pour les

a compris a Virginie -ciles sont due de uu

nous r'eve-

se fait an-

emps ne petrices où à la , On fait une [ongues pour ur la moitié, on les tire de te péch: quo e feu, l’autre de: caarbons, de ia mie de suite COoinImne sassié chacun e suchée (sic) }

nuellement chez nos voisins de la Nouvelle Angleterre, un commerce d’huîtres pour une valeur de $9,000,000,

Nous passâmes la nuit et une partie de la j lendemain ancrés en face de Jaraquotte,

ournée du Pour tuer le temps, nous nous amusions à voir tourner autour de nous des myriades de méduses, malacodermes aux mille formes, qui passaient, ainsi qne des fl rs, le long des flancs da steamer, et qui prenaient lenrs ébats sur la mer endormie et toute baignée par le soleil, Nous nos r'appelions que c'était par une journée semblable que Jacques-Cartier était entré dans cette baie. Il lui a donné le nom de Golfe-de la-Chaleur, ct nons prenions plaisir à relire et à comyarer avec e2 que nous voyions, la description qu’il fait de ce pays qui lui parut plus chaud que n’est l'Espagne,”

‘CIT est le plus beau, disait-il, qu’il soit possible de voir, tout égal et tout uni et n’y a lieu si petit, où n'y ait deg arbres, combien que ce soient sablons, et où il n’y ait du froment sauvage qui a l’épie comme le seigle et le grain comme de l’avoine et des pois aussi épais comme s'il s’y avaient semé et cultivé, du raisin blanc et rouge, de fraises,

mures, roses rouges et blanches et autre fleurs de plaisante douce et agréable odeur. ”?

Ce paysage qui avait tant charmé ie nivigateur Malouin s'étendait maintenant sous no5 J:ux. À notre tour nous venions croiser dans la Baic-les.Chileurs, et à plus de trois siècles d'intervalle nous nous ret couviong en présence de ces ‘belles pwairies de bounes herbes et

de ess lacs où il y à abondance de saumon.” Puis, tout eu feuilletant ainsi le premier voyags de Cartier, nos regards se portaient sur l'horizon, et nous cherchions à entrevoir dans le loiatain la ville de Bathurst qui était l’ancienne Nipissiguit du gouverneur Dionys, Nous aurions voulu parcourir ça lieu où s’écoulèrent quelques années de la vie de cet lhonnêc: hosmime si tracasié dans ses entreprises, imais cet endroit ne faisait pas partie de l'itinéraire du Vupoléon III, et nous étions À une longue distance de ce bassin, où Dinys était venu chercher un refuge après l'incendie de son fort de Saint-Pierre en l'ile du Cap Breton.

Nicolas Denys, né à Tour, avait à Bathurst “sur les bords du b:ssin une maison flinqué de quatre petits bas. tions, avec une palisside de pieux de dix-huit pieds de haut ct de six pièces de canon en batterie.” C'était là, que partagoart son {emps entre sos devoirs religieux et

la traite, cet homme de bien s'amusait à écrire la des.

eription de l'Amérique Soptentrionale, livre très exact au point de vue de l'hydrorraphie et de l'histoire naturelle. L'étude, la chasse, le jardinage étaient ses plaisirs favoris, Il nous semblait voir le vieux seiwneur acadien se hâter de tormincr un des chapitres de son iivre pour descendre dans son jardin ‘semer ses*pepins de poires ou de pommes,” ou le fusil sur l'épaule parcourir ses grèves à marée basse, ct revenir bientôt ployant sous le gibier.

—J’admire cet homme, car c’est un des boaux types de

Puis, tout ‘tier, nos rechions À enrst qui était . Nous aunt quelques racas:é dans a3 partie de Lune longue chercher un it-Pierre en

rst ‘sur les e petits basuit pieds de

C'était là, religieux et rire Lx des.

> très exact stoire natu- SC piaisirs eur acadien Liivre pour 15 de poires recourir ses yant sous le

Lux types de

notre passé, nous disait Agénor Gravel en faisant l'éloge de Nicolas Denys. Actif, entreprenant, excellent observateur, colon pratique avant tout, il a plus fait pour l’Acadie que n'importe quel autre, Ce fut lui qui découvrit ces mines de houille qu’il dit être aussi ‘“ bonne que celle d’Ecosse.”” Ardent adinirateur de la nature, il sut recueil. lir dans ses courses à travers les bois de précieuses notes sur nos essences forrestières, Entreprenant et chercheur intelligent, il s’occupait de tout ce qui pouvait développer les ressource de son Gouvernement, faisant de la construetion navale, exportant des mâts et des espars pour le marché français, et créant chez lui des salines où le sel était ‘aussi beau et aussi bon qu'en Brouages,” pendant que ses voisins était obligés de compter sur les arrivages d'outre-mer pour faire leur provision de cette marchan. dise dispendieuse, partout où se font les pêcheries, Ces préoccupations sufhraient pour remplir la vie d'un homme ordinaire ; mais aux natures fortement trempées il faut la lutte sans trève, et pendant to cossait d'être persécuté par le Où l’emprisonne, on le brûle, dans la bonne comme dans | le suit partout,

ut ce temps, Denys ne S gens qui l’entouraient, on le pile, Qu'importe ?

à mauvaise fortune sa gaieté Il espère, il écrit, il met en ordre les notes de ses nombreuses explorations faites depuis Campseaux jusques au Cap des Rosiers, il discourt sur l'histoire naturelle, tout en ayant soin de nous mettre franchement en garde contre son style, s’en excusant ‘“ sur ces occupations maritimes et une fréquentation de

quarante ans parmi les sauvages.” Pour moi, continua Agénor Gravel, il me semble que Denys est passé tout entier dans son livre; qu’il y a mis cette nature franche, brusque, originale que ces contemporains s'accordent à lui donner. Je le crois sur parole quand il me dit que de son temps les homards étaient tellement gros que “ Jeurs pattes ou mordants porvaient tenir une pinte de vin” Je m'incline respectueusement devant ce gourmet, quand il m'assure que ce crustacé mérite le nom de “ perdrix de mer par sa bonté” J'applaudis de tout cœur lorsque la nécessité le force à ajonter plus d’un plat à la cuisine bourgeoise de son temps. N'est-ce pas Denys qui a été le premier à avane2r que la tête de la poursil “ est meilleure que celle du mouton,” et que lespadon “a le goût du veau ?” N'est-ce pas lui qui, après avoir décrit les grands bois, leurs richesses imcomparables, les bâvres, les ressources minières, la faune de l’Acadie, nous confie discrètement quil y a dans son gouvernement ‘ de petites tortues grandes comme le tour d'un chapeau et aussi bonne que poulets ?” Et quand il cause de chasse ou de pêche, quel horizon n'ouvre-t-il pas à ces piètres coureurs de bois de nos jours qui, s’esquintent toute une après-midi pour assassiner une perdrix ou faire lever une bécasse? Ecoutez plutôt la descrip tion de ce qui se passait à Richibouetou en 1672:

—J'y ai demeuré une fois huit jours, vers la Saint-Jean, dit Denys, pendant quoi tous les matins et tous les soirs, nous voyions passer des bandes de tourtes dont les moindres

oi, continua t passé toub

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de la poursil que l’espadon , après avoir comparables, » de l’Acadie,

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une perdrix jt la descrip n 1672:

la Saint-Jean, tous les soirs, nt les moindres

étaient de cinq à six cents; les une se posaient dans les prairies, les autres vis-à-vis sur une pointe de sable ; de Pautre côté de la rivière elles ne demeuraent pas posées plus d'un quart-d’heure au plus, qu’il en venait d’autres bandes les réjoindre au même lieu, et les premières se levaient et passaient outre. Je vous laisse à penser s’il en pe vire 9!) 2 fa tué en quantité et s’il en fat mangé de toutes façons, Si les tourtes nous tourmentaient par leur abondance, les saumons nous donnaient bien plus de peine, car il en entre dans cette rivière une si grande quantité que la nuit l’on ne peut dormir tant est grand le bruit qu'il font en tombant sur l’eau, après s'être élancés en l'air, ce qui vient de la ; peine qu’ils ont eue à passer sur les platins, pour le peu a: lys / ‘À | A d’eau qu'il y a. Après quoi ils s’égaient lorsqu'ils rencontrent plus de fond."

Ces causeries, commencées devant Caraquette, devaient se terminer en route, fe Napoléon III s'était remis SOUS Vapeur: nous Cinglions vers le fond de la Baic-des-Chaleurs. Large de quinze milles à son entrée entre l’île de Miscou et la Pointe-au-Maquereau, cétte baie atteint un développement de vingt-sept milles vis-àvis Bathurst, et n’a plus que huit milles en approchant Dalhousie, endroit où elle reçoit les caux du Ristigouche. Ce n’est qu'à cent dix milles de Miscou que cesse l'inflr ence de la marée sur la baie, et cette dernière compte un cireuit de 135 milles nautiques, en prenant toujours Miscou comme le point du dép

art, et le ca LJ LA ? d’Epoir comme celui de l’arrivée. '

À mesure que nous remontions ce véritable golfe, les

vues les pius variées et les plus admirables fuyaient derrière nous, Bientôt en détournant l'île au Héron nous finîmes par être arrêtés par Dalhousic, petite ville de 2068 âmes, jetée en sentinelle avancée sur l'extrême frontière du Nouveau-Brunswick, Dalhousie occupe une position avantageuse pour le commerce de bois, et sa situation au milieu d’un pays renommé pour ses ressources agricoles, ainsi que sa proximité du Ristigouche et de la Baie-des-Chaleurs, lui assurent un brillant avonir. Son port est à l'abri de tous les vents, mais ses quais pourraient être plus solides et mieux faits. Trois églises protestantes, une catholique, un palais de justice, une prison, des hôtels, d'assez jolies résidences complètent la physionomie de la ville, située au pied d'une chaîne de montagnes, A une courte distance de Dal. housie, en suivant la grève, le voyageur rencontre un eurieux lusus naturæ. C’est une colonne de pierre qui vue de profil, ressemble à une femme qui bâille, Le peuple lui a donnéle nom de la Vieille. Un bouquet d’arbrisseaux couronne le chef de cette respectabie dame, et s’agite doucement au soufil: de la brise, pendant qu’inmobile et toujours grave, la vieille songe aux peccadilles qui lui ont valu son malheurex sort, et regret{ silencieusement quelques péchés de jeunesse qui doivent remonter à l'époque où Ovide écrivait chez les Thraces l’histoire des Métamorphoses,

Le peu de temps que nous passâmes à Dalhousie fut employé à visiter cet endroit, et à regarder les points de

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vue qu'offre à l’amateur la petite colline qui court det. nière la ville, De cette éminence nous embrassions les alentours, et nous voyions le Ristigouche sortir des paysages montagneux qui le gardent de chaque côté, pour venir déverser ses eaux dans la Baie des Chaleurs. Navigable jusqu'à une distance de 135 milles, cette rivière a 220 milles de longueur: quatre tributaires d'à peu-près 60 milles de parcours l'alimentent, et avec ses af. fluents, le Ristisouche arrose une superficie de 6,000 milles carrés (*), Rien n'égale les effits de paysages qu'offrent ces rives au touriste, conduit là par sa bonne fortune. Les chasses ainsi que les pêches du Restivouche sont célèbres dans les annales du sport. L'aspect féérique de ces bois, rougis par les premières morsures de l’automne, faisait écrire à Macgregor une belle page, Je traduis de mémoire:

—Les forêts vicrges de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique du Sud ne m'ont jamais laissé l’impression que me font ces hautes futaies du Nord, où toutes les essences se mêlent, s'enchaînent et donnent un cachet de grandeur incomparable à la solitude qu’elles occupent. Au Canada, une grande variété de pins, de hêtros, de bouleaux, d'érables et d’autres bois, étendent leur

(*) Ce caloul a été fait par M. Perley, auteur d’un livre intitulé: Reports on the sea and river Jisheries of New- Brunswick.

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ombre séculaire sur les rives des lacs et des fleuves, couvrent les plaines et balancent leurs têtes jusque sur la cîme des monts. L'artiste le plus enthousiaste ne pourra jamais rendre avec trop de couleurs les beautés que l'automne secoue alors sur les fouilles e! sur Îles arbres; et rien sous les cieux ne peut se comparer à cette pompe éblouissante. Mais ce que le peintre ne peut faire, deux ou trois nuits de gelée l’accompliront, L'immense royaume de la verdure se transformera soudain ; et sur chaque feuille viendront se poser des nuances incomparables, où l’œil étonné rencontrera l’écarlate, le violet, les ruissellements de l'or, les fraîcheurs du eramoisi, les éclats de lazur, les profondeurs du sombre et du noir, Un seul arbre ne change pas au milieu de ces miroitements, de ces éblouissements de la couleur, C’est Parbre de la mélancolie, l'arbre du nord par excellence, le sapin. Lui seul reste toujours sombre, toujours filèle à ses couleurs de deuil, pendant que les autres font sourdre de partout, dans lu vallée comme sur la montagne, ces surprises et ces beautés dont le règne végétal aime tant à se parer sous nos climats hyperboréens, avant de tomber assoupi dans les bras de l’hiver.

Cette peinture n'est-ce pas l'automne tel qu'il se montre chaque année à nos regards éblouis ? cet automne que notre peintre Kreighoff a sû retenir sur ces tableautins qui se vendent au poids de l'or, maintenant que l’artiste est mort! De son vivant, ils n ont eu que le

mérite de passer à travers mille incrédulités, et de ré-

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véler à l’Europe des effets de couleurs et d'études forestières inconnus jusqu’à ce Jour!

Un peu plus haut que Dalhousie se trouvent les pointes à la Garde et à la Batter

ie, deux noms qui, je l'avoue, sentent fort la poudre,

Au voyageur qui passe par ces lieux, on montrera quelques vieux boulets, S'il a la Curiosité de s'informer d’où viennent ces projectiles, le paysan interpellé lui dira tranquillement :

—Du fond du Ristigouche, monsieur.

Comme si cette rivière avait le priviléce exclusif de

Cacher sous ses eaux noires et profondes des bombes et des biscayens.

Les micux renseignés vous parleront d’une bataille qui eut lieu ici du temps des Français, Ne demandez pas davantage, Cent ans et plus ont passé par (à, et dans un siècle bien des choses s'éloignent, s’effacent, s'oublient, D'ailleurs les gucrêts qui recouvrent les abandonnés sont riches et productifs: que faut-il de plus au paysan ? Mais pour celui qui aime le passé, qui tient à l’histoire de son Pays, ces deux pointes de terre rappellent un poignant souvenir. C'est là que s’est déroulé un des derniers épisodes du g

grand et douloureux drame de la reddition de la Nouvelle-France.

Le chevalier de Lévis se préparait À prendre sa re.

vanche de la défaite de Montcalm, en infligeant à Murray la rude leçon de la bataille de Sainte-Foye, La lutte étrange que faisait en Amérique une poignée

de Fran-

e vivres, de souliers, n'ayant que des her au bout de leurs fusils en guise de bayonnettes, commençait à faire du bruit en Europe. On se demandait quels pouvaient être ces fous sublimes qui se battaient pour “ quelques arpents de neige ;” et on avait même chuchotté la chose à Versailles. Or, il 1 Louis XV avait le vin généreux.

I1 demanda si les Canadiens tenait toujours bon de l’autre côté de l'Atlantique, et sur réponse affirmative, Sa Majesté donna l’ordre de leur faire parvenir des vivres et du renfort. Le roi du lupanar et des ruelles venait de se rappeler qu'il était aussi le roi de France. Il daignait enfin songer à de pauvres gens qui, après tout, étaient de ses sujets ; et un de ses officiers, M. de Danjae, fut chargé de mener un convoi à ceux qui ne se préparaient plus qu'à mourir dignement au nom de la

patrie française.

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se trouva que ce soir-|

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On init à la voile. L temps-là. On

car, rien ne pressait en ces s'amusa même à appuyer la chasse à quelques voiles ennemies sur le banc de Terreneuve; bref, on flâna tellement en route, qu'arrivée dans le golfe Saint- Laurent, la flottille française se heurta contre une escadre ennemie, supérieure en nombre. Reconnaissant son infériorité, M. de Danjac évita le combat, réussit à se dérober à l’Anglais, se réfugia dans la Baie-des-Chaleurs, et finit par remonter le Ristigouche jusqu'à la Pointeà-la-Batterie, où il trouva quinze cents Canadiens, Aca-

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diens et sauvages qui se mouraient de faim, Des canons et des vivres furent transportés à terre, On construisit à la hâte un bastion, et un piquet d'observation fut placé à la Pointeà-la-Garde, endroit d'où l’on peut embrasser l'embouchure du Ristigouche.

À peine ces précautions étaient-elles prises, que le capitaine Byron se présenta à l'entrée de la rivière, et par une habile manœuvre de nuit réussit à faire doubler la Pointe-à-la-Garde aux frégates anglaise le Fume, le Dorsetshire, l Achille, le Scarborough et la Repulse. Dès le petit jour la bataille s'engagea entre ces vaisseaux et les navires français, mouillés près de la Pointe-à.la-Batterie. Ces derniers étaient le Muchault de 32 canons, l’Espérance de 30 canons, le Bienfuisant de 22 canons et le Murquis de Murloze de 10 canons. Les Français avaient l'infériorité du nombre, Après cinq heures de combat, deux de leurs navires étaient complètement désemparés ct brûlés. Laissés à leurs propres forces, le Bienfaisant et le Marquis de Murloze se replièrent alors sur le village sauvage, pendant que ieur retraite était protégée par une petite batterie jetée à fleur de terre, Placée en face de la Pointe-à Martin, elle tirait sans cesse sur l’escadre de Byron, lui faisant des dégats considérables et frappant à plusieurs reprises ses œuvres vives. Mais un à un les artilleurs français finirent par tomber sous les balles des marines anglais, placés à l'affût dans les hunes et sur les vergues; la Pointe-à-Martin fut alors franchie à son tour, et bientôt une triple volée de

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boulets vint saborder le Marquis de Marloze, qu'une fausse manœuvre jeta sur le rivage, en face de la chapelle de Ristigouche, Il ne restait plus que le Bienfaisant pour tenir tête aux cinq frégates anglaises. Sommé d'amener son pavillon, le capitaine desceudit froidement dans sainte-barbe, et quelques instant après le navire français sautait avec son équipage. Byron était vainqueur. (*)

Irrité par cette résistance inattendue, et fort de la consigne qui avait été donnée l’année précédente par Wolfe, de détruire ce qui—le long de la côte—appartenait aux habitants du pays envahi ($), Byron se rendit

(*)—L'abbé Ferland croit que ce capitaine Byron était le célèbre cireumnavigateur qui fut aussi le grand-père de lord Byron.

(8) Le lecteur peut se faire une idée de cette consigne, en lisant les extraits suivants du journal d’un officier anglais qui assistait au siége de Québec :

“The 15th, Capt. Gorham, returned from an incursion, of which expedition he gave the following account : “ That on the 4th of August they proceeded down to St. Paul’s bay, where was a parish containing 200 men, who had been very active in distressing our boats and shipping. At three o’elock in the morning, Capt. Gorham landed, and foreed two of their guards, of 20 men each, who fired smartley for some time; but that in two hours he drove them ali from their covering in the wood, and clearel the village which they afterwards burnt ; it consisted of about 50 fine houses and barns; destroyed most of their cattle. That from theuce they proceeded to Mal Bay, ten leagues to the eastward on the same side, where they destroyed another very pretty parish, drove off the inhabitants and stock without any loss; afcer which they made a descent on the south shore, opposite the Isle of Coudre, destroyed part of the parishes of St. Ann's and St. Roc, where

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jusqu’à la Pointe-à Bordeaux, où était le village français de la Petite Rochelle, mit le feu aux maisons et dispersa les habitants dans les bois, En 1855, les ruines de la Petite Rochelle étaient encore visibles, En fouillant la terre, on retrouve des sabres, des mousquets, des pistolets, de }’argenterie et des bijoux, témoins muets d’une époque de lutte et de rancune nationales, aujourd'hui disparues pour jamais de l'Amérique du Nord.

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