‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme] (volume 2)Chapitre 9 sur 23 · SE TROP · texte numérisé non relu

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& Et il se disposait à les assorrmer, lorsque le pauvre chef songeant à son fils unique, le conjura plutôt par ses larmes et par ses soupirs que par ses paroles.

— 4 A Ja vérité, disait-il au géant, mon entreprise mérite les châtiments de ta juste colère, mais adoucis tes rigueurs en considération d’un mêre qui a eu trop de tendresse et d'inclination pour son enfant. Décoche contre lui toutes les flèches de ton carquois, accable-le par la pesanteur de ta massue, puisque tu es le muître absolu de la vie et de la mort ; mais s’il te reste encore quelque sentiment de compassion pour les mortels, daigne accepter les présents que nous avons apportés du pays des vivants et reçois nous nombre de tes amis.

& Lee paroles soumises de ce père afigé touchèrent le cœur du gouverneur des âmes.

—Je te pardonne pour cette fois l'attentat que tu viens de commettre, dit-il au chef, et pour te marquer combien je suis sensible à ta douleur, je te donnerai avant ten départ l'âme de ton fils. Mais en attendant cette faveur extraordinaire, nous allons nous divertir et

jouer ensembie une partie de Ledelstaganne.

— A ce qu'il paraît que c’est l’écurté de ces pays-'à, interrompit Agenor, en regardant par-dessus son vicux bouquin pour voir si personne ne dormait,

4 Rassuré sur les intentions du géant, nos voyageurs mirent au jeu tout ce qu'ils avaient apporté de plus considérable de la Gaspésie ; à son tour Île gouverneur, pou ne pas être en reste de politesse, joua ce qui servait de nour-

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riture aux âmes, le blé-d’inde, le pêtun et quelques fruits, La partie dura ainsi depuis le matin jusqu'au soir, mais les voyagenrs demeurèrent v'ctorienx. [ls gagnérent ainsi - Ce qu'il y avait de plus précieux dans le pays des âmes, la nourriture des morts, et résolurent de planter dans Ja Gaspésie le pétun et le blé-d'inde qui étaient devenus leur propriété. Pendant qu'ils jouaient ainsi, l'âme du fils du chef étaient invisiblement entré davs la Sur le

la forme d’une

cabane, Commandement du wouverneur, elle prit noix; celui-ci la roula alors dans ses nains, la serra étroitement dans un petit sac et la donna au chef Porte-Croix, en lui disant :

—‘* Retourne maintenant dans ton pays, et immédiatement aprè* ton arrivée, étend le corps de ton fils d

ans une cabane faite exprès ;

remet-lui alors son âme, et prends garde qu'il n’y ait aucune ouverture, car elle reviendrait en ce pays, qu’elle ne quitte qu'avec une extrême répugnance.

‘“ Le père reçut ce sac animé avec la plus er prit congé du gouverneur les âmes après avoir vu et exa-

miné tout ce qu'il y avait de plus considérable dans ses domaines, et retourna joyeu

ande joie,

sement dans son pays, où il fit à la nation Guspésienne un ample récit des merveilles qu'il avait vues, On ne saurait exprimer quels furent l'étonnes ment et la joie de ce peuple quand il apprit que l’âme du fils du chef avait été rapportés dans ce sac et que bientôt elle les instruirait elle-même de toutes choses, dès qu’elle serait remise en possession de son corps.

extrême où étaient les Gaspésiens d’ de l’autre monde,

L’impatience apprendre des nouvelles les obligea de faire p'omptement une ca.

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bane pour y déposer le corps du fils. Leurs espérances ce. pendant furent vaines ; car le chef ayant confié le sac aux soins d’une sauvagesse— afin d'assister et de danser plus librement aux festins publics qui se faisaient pour son heureux retour—cette femme eut la curiosité de l’ouvrir. L'âme en sortit aussitôt, et retourna d’où elle était venue, emportant avec elle son secret.”

Ce récit nous avait ramenés vers les temps, où peletonnés sur les genoux de nos grand’mères, nous écoutions attentivement les histoires de la Lampe merveilleuse et de Simbad le marin, entremèlées de ces doux contes de Perrault qui nous faisaient tant pâmer de joie ou de frayeur. Autour de nous la brise bergait le golfe assoupi, pendant que

Par les cieux endormie, comme de blanches voiles Qu'un souffle frais du vent gonfle et mène sans bruit, A leur poupe blafarde allumant des étoiles,

Les nuages pressés voyareuient dans la nuit (*).

De temps à autre la lune perçait à travers les nuées floconneuses. lle inondait alors le steamer de sa lumière, et cette veillée se prêtait si admirablement au merveilleux, que nous aurions voulu entendre Gravel lire ainsi jusqu’au matin. Muis le Mapoléon III venait de stopper, et une embarcation avait été mise à l’eau. Nous étions par le travers de Néguac. Il y avait là

{*)Louis de Lainçeel—Poësie,

re

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