‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 23 · DER · texte numérisé non relu

DER

ait pu motiver de si grosses dépense

Hxposé aux vents du sud et d'ouest !à havre de Pas-

Au fond se trouve an birachois: il offre le Curicux aspect d'un triangle régulier, dont chaque côté

pébiac est un refuge assuré contre les vents d'est.

aurait un mille de longueur sur cent verges de largeur, Jadis—c’est l’auteur des Paysages Canadiens de Gaspé qui |

— des navires d’une centaine de tonneïiux pouv P

assure

aient y ancrer à marée haute ; mais chaque année les sables s’avancent peu à peu, et déjà on prévoit que dans un jour assez rapproché le barachois de Paspcbiac finira par se remplir. De la terre ferme, unc longue passcrelle permet aux piétons de traverser ce bras de mer ct de se rendre à la presqu'île, où se trouvent situées les maisons rivales de MM, LeBouthilicr ct Robin,

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Les débuts des Robin, aujourd’hui une des raisons sociales les plus fortes ei les plus riches de ;’ Amérique, ont été modestes. Mn 1776, le fondateur de cette grande maison, M. Charles Kobin, faisait une tournée d'exploration dans Île golfe Saint-Laurent, Il tenait à constater quels étaient les endroits les plus propres à la pêche, et tout in observant et en voyageant ainsi, son navire, le Sezflower, jeta l'ancre dans la Baie-des- Chaleurs. À l'aspect de ces cÛtes magnifiques, de ces fonds si poissonneux, le futur millionnaire répéta le fa. meux euréka d'Archimède. Il avait trouvé ce quil cherchait, Son rêve pouvait enfin se réaliser! M. William Smith représentait sur ces rivages une maison de Québee : ils s'associerent. Tics premières transactions fürent heureuses ; et pendant un certain temps tout allait pour le mieux, lorsqu'un matin deux navires vinrent jeter l'ancre en face de Paspébiac, Aucune couleur ne flottait à leurs mâts d’artimon:

ils avaient des allures étranges, et l'on n’apprit que trop tôt le but de cette visite. C’étaient des cor. gaires, En véritables écumuurs de mer qui savent à

quoi s'en tenir sur la valeur des biens d'autrui, ils mirent tout à sac, pillant, enfonçaut les magasins des deux associés et ne prenant le large qu'après avoir attaché solidement à leur remorque l’ Abeille et l’ Espérance, deux lougres chargés de la pêche de l’année et qui étaient consignés pour l’Europe. Mais le proverbe—tel qui tient est souvent tenu—est fait surtout pour la mer,

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En débouquant la Baie-des- Chaleurs, les deux pirates américains firent la rencontre des frégates anglaises le Hunter et le Piper. Après un quart d'heure de chasse elles les amarinèrent facilement, Aujourd’hui, si pareille chose se renouvelait, ce scrait une aubaine excellente pour le volé ; mais en ces temps on était positif avant tout, Pour rentrer en possession de son bien, M. Robin, fût obligé de payer l& droit de sauvatage, et de donner aux officiers de la marine royale un huitième sur la valeur de ses marchandises enlevées par les corsaires. Cette perte le découragca. Il prit la résolution de retourner en urope, Mais, poursuivi sans cesse par l’idée de limmense fortune qu’il y avait a faire avee les pêcheries canadiennes, il se décida à revenir; et, pendant quelques annécs, comme mesure de précaution, ses vaisseaux ne navigudrent plus que sous pavillon français. Depuis 1783, la fortune n’a cessé de sourire aux entreprises de la maison Robin, Jin 1802 son fondateur, devenu millionnaire, quittait le pays, laissant la direction des affaires entre les mains de ses neveux.

À ces re=seignements, fournis par M. Pye, sur ies commencements de ectte puissante raison sociale, j'ajouterai de curieux détails recueillis par l'abbé Ferland, lors d’un voyage fait sur les côtes de la Gaspésie,

‘— Vers 1808 et 1809, lorsqu’en Europe la population

des campagnes, arrachée aux travaux de l’agriculture 8e portait en masse dans leB camps, le prix des vivres devint

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érès élevé: la rnorue se vendit alors jusqu'à six louis le quintal. Aus:i, les profits du commerce fûrent si considiérables pour M. Charles Robin, qu'il ne savait plus où piaçer ses capitaux. JL s iesogin ses neveux qui avaient les goûts et les talenis de leur oncle, et qui continuêrent les affaires. Quoiqu'il soit mors depuis de longues années, les opérations de la compagnie sont encore conduites dans le même esprit qui a présiié à sa formation.

& Cette maison possèle plusieurs grands établissements dans la Guspésie. Aucun des propriétaires ne réside sur les lieux. Le chef, voyage en Franceet en Italie: de là, par lettre, i! communique ses plans et ses or dres, que Île résidant de Jersey est chargé de faire exécuter. Dans le district de Gaspé les affaires sont dirigées par six cominis, placés deux par deux. Ces emp'uyés doivent être célibataires, ou bien s'ils sont mariés, il ne doivent point avoir leurs Éirines auprès d’eux- On leur a imposé un réglement très sévère, entrant dans les plus minutieux détails de la conduite à tenir, et spécifiant même Îles plats qui, chaque jour, doivent être servis à la table. Si ce: réglement était fidélement observé, leur cuisine ne serait pas dispendieuse. Quoique les émoluments des commis soient faibles, jamais, cepen dant, maître n’a été mieux servi que le sont MM. Robin. Choisis vers l âge de quatorze ans, e! formés pendant quelque temp: : uprès des chefs, ces ployés sont envoyés dans les établissements de Gaspe les intérêts de la compagnie semblent s'identifier avec leurs. Tous les deux ans, un des commis de chaque magasin va passer l'hiver à Jersey, afin de rendre compte de l’état des affaires.

‘6 Un des grands principes de MM. Robin est de ne per.

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mettre aucune innovation. L’on rapporte bien des traits de leur attachement à l’ordre établi : je n’en citerai qu'un, Leurs navires de cabotage doivent se terminer en cul de poule. Il y a peu d'années leur principal charpentier, fai. sant un brick pour le service de la côte, crut devoir lui donner une poupe carrée, parce que le bois qu’il employait nécessitait cette forme, Quelque mois après, il reçut l'ordre

de le défaire, et de le rebâtir à poupe allongée; les c'iefs

. joignaient une injonction sérieuse de conserver rigoureu:@-

ment les anciens usages.”

El ny a pas de gouvernement au monde dont les rouages

‘administratifs soient mieux organisés que ne le sont

céux de la maison Robin. Mais, comme toutes les associations qui ne visent qu’à la richesse ct qai s'efforcent d’ac- Caparer ce qui tend à donner de la valeur à leurs exploitations, cette raison sociale compte de puissants antagonistes et d’ardents défenseurs. Jo 1'2i fait que passer à Paspébiue, et je ne saurais re prononcer au milieu de ces contradictions, Néanmoins, un livro qui contient une esquisse de l’histoire du volfe Saint-Laurent ne peut être complet,sans toucher quelque peu à ce monopole jersiais, qui frappa si douloureusement l'abbé Fer. land, lors d’un voyage fait à Percé et à Pasnébiac. Je l’avoue ce sujet est délieat.; mais personne n’osera mettre en doute la parole d’un homme qui a vû ce qu'il écrit, et à qui sa double qualité de prêtre et d’historien défend d’être partial, |

‘— Les habitante de Paspébiac, dit le même auteur, dépendent complètement de‘la maïson Robin. Lorsque le goue

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vernement se décida à concéder des terres, M. Charles Robin, qui jouissait ici d’an pouvoir absolu, exposa aux pêcheurs qu'il leur serait plus avantageux de n'avoir qu'un lopin de dix arpents, parce que la culture en grand les détournerait de la pêche. Ils se laissèrent persuader, et maintenant ils regrettent leur folie. Ces petits terrains ne fournissent qu'un peu de pacaye, ct les propriétaires doivent tout acheter aux magasins de la compagnie, qui leur avance des marchandises à crélit, et dont ils demeurent toujours les débiteurs.

& Quand ils veulent secouer leurs chaînes et porter ail- Jeurs leur poisson, on les menace de les traduire pour dettes devant les tribunaux qu'ils redountent. Force leur est de se soumettre sous le joug et d'expier par une longue péni tence leur tentative d'émancipation.

& Le réslement imposé aux agents leur défeni de rien avancer aux pêcheurs, avant nn temps marqué ; les hangars seruient-ls p'eins de provisions, pis nn seul biscuit ne sera distribué avant l'épique déterminé: Comme les p6choeurs ne sont payés qu'en eff:ts, ils ne peuvent rien mettre de cô.# pour l'avenir; mais quand ils ont pris ce qui leur est nécessaire, on achève de solder leurs comptes avec des objets de Inxe. Aussi les files sont-elles 13i inieux vêtues que les élégantes des fanbourgs de Québec.

66 Les écoles sont proscrites :

I] n'yapas besoin d'instruction pour eux, écrivait M. Philippe Robin à ses commis; s'ils écaient instruits en geraient-ils plus habiies à la pêche ??? (°).

(*) Ces traditions semblent avoir été à l’ordre du jour dè: les com'nencements de lu maison Robin, Monseigueur Plessis, évêque

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Ces lignes écrites au commencement du siècle ont-elles leur raison d'être aujourd’hui? Les uns disent oui, d'autres affirment le contraire; pendant que nombre restent d'accord avec M, Ferland, en reconnaissant qu’il ÿ a une amélioration marquée dans le sort des pêcheurs, depuis que la maison LeBouthillier fait ici compétition aux Robin.

À partir de Paspébiac et en remontant jusqu’au Port-Daniel, l'œil ne peut se reposer que sur une côte rugueuse, qui arrachtit à Denys la lugubre remarque ‘“qne personne ne pourrait s’y sauver d’un naufrage.” Mis ce jour-là 1! faisait calme, La mer se taisait, et pendant que nous allions relever le cap d'Espoir, Port. Daniel commençait à se dessiner à notre gauche, Lors de son premier voyage, Jacques Cartier, après avoir

de Québec, résumait airsi l’impression que lui avait laisséo une vis te luite à Paspébiac, lors dv sa tourafe pastorale de 1811 :

—"% Pa:nébine est endroit central du grand commerce de morue de MM. Robin: ils y ont leur com toir et leur principal magusin, et -oit propriétiires d’une é:eaidue de terre considérable. Les habitants auxquels ils se sont rendis néces aires sont des espèc:s de seris e : ‘emeut dans leur dépendance ; ils ont conc'dé à tr'eute-troi: d'entre eux 53 arpeuts de terre de ‘ront sur dix de hauteur, e : sorte que chaque colon n'ayant que dix arpents en sipericie pour sa part, ne petit vivre qu'avec le secours de la pêche, et que, se trouvant h rs d'état d'en faire le: avances néce:saires, 11 est toujours endetié au bourgeois, toujours à sa disposition, exposé à to ms à bord d: quelqu'un des bâtiments de la compag ie, et à farcie voyage d'Europe on qualité de matelot, Jorsque ses dites sat renluos au poiat de 0 pouvoir être a9« quittées par la pêshe. Aussi n'est-il pas rare d’en trouver qui ont été à Jersey, à Lisbonne, à Cadix à Mossir, à Paiorme,.”

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cherché un hâvre sur la côte nord de la Baie-des-Chaleurs, vint ici jeter l'ancre, le quatrième jour de juillet.

Nous entrâmes, dit-il, en un petit port et lieu tout ouvert vers le sud, où n’y à aucun abri pour ce vent, et trouvâmes bon appeller le lieu Saint-Martin.

En cet endroit le capitaine Malouin donna du repos à ses gens pendant huit jours, et se fit dire la messe avant de commencer à explorer le golfe inconnu qui s’étendait devant lui, À quelques milles du Port: Daniel s’avance Ja Pointe-au-Maquereau, limite du comté de Bonaventure et de Gaspé (*). La Buie-des-Chaleurs commence à, et avant de la quitter no1s ne pûmes nous empêcher

de jeter un dernier coup pil sur la riche nature que s laissions derrière nous. Dans le golfe Saint Laurent Le Créateur y a Il y a jeté à

nou tout est puissant, tout est :rnense,

semé ses paysages les plus grandioses.

pleine main, archipels enchanteurs, rivière pittoresques, promontoires sombres, ntfs

tout, ici, le voyageur s'arrête po ï : nirer ; s’il est un coin du golfe oùillui soit permis de re

voir la réunion de toutes ces merveilles, cet endroit ne peut être ailleurs que la Baie-des-Chaleurs. Malheureusement, ces ravissements ne durèrent pas, L'homme est l'esclave du temps, et pendant que nous ess1ÿons de fixer ces belles choses dans notre souvenir, le Napo-

sinueuses et ôteaux. Parmais

Crecre eRE

(*) D’après le récensement de 1870 le comté de Bonaventure & une population de 15,923 et celui de Gaspé 14,557. :

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| tout nt, et

repos avant ndait vance 1avenmence »êcher > que iurent ur ya jeté à ases et . Parmais de re roit ne [alheuhomme rons de

Napo-

enture &

leon III insoucieux, bat le flot de son hélice et nous entraîne déjà loin de ces lieux poétiques. La terre file sous notre hanche de bâord, et du pont, nous voyons passer Newport, le petit et le grand Pabos, qui— sous les Français devait être un établissement important, à en juger par les ruines qu’on y voyait il ya quelques années,—puis la Grande Rivière, (*) endroit célèbre pour les chasses d'automne, et qui, du temps

de .lonscigneur Plessis, avait la réputation d'être un

nid d ôpes.

GI) n'y pas de peuplade dans tout le Canada— avouait plus | ce pieux évêque, en causant d’un voyage fait dans le golfe en 1811,—où l’on voit tant de mésintelligence, de querelles et de haines réciproques. A la Grande Rivière, les frères, les sœurs, les neveux, les tantes, se reprochent mutuellement les plus grands désordres, se luienf les uns les autres, détournent les yeux pour ne pas s’apper. cevoir, se décrient et se déchirent à belles dents, sans qn’on puisse les convaincre de l'obligation que la loi de Dieu leur impose de s'aimer et de se pardonner, et sans qu’ils veuillent comprendre que le seul moyen d'y parvenir, serait de se tenir réciproquement quittes de tout le passé.’

Depuis la visite de l’évêque canadien les choses ont changé, La Grande-Rivière est devenue un village de

1063 âmes, où semblent régner la concorde et l’aisance, Chacun, à la voix du prélat, s’est empressé de rentrer

(*) La Grande-Rivière fut érigée en seigneurerie le 81 Mai 1697, par M. le comte de Frontenac.

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