WEBSTER, N.Y
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plus près, en récitant à haute voix le conffleor, et en s’unissant au P. Crespel qui psalmodiait les versets du miserere. Pendant ce temps, un ressac terrible bat à la côte. On l’eniend clairement à bord. Le bruit va gran. dissant. Tout-à coup la chaloupe entre dans le tourbil. Jon mugissant. Une lame énorme l’empoigne, la soulève, Ja chavire, et roule chacun pêle-mèle et meurtris sur le sable et sur les galets de la giève.
Un nouvel acte de sang-froid venait de prolonger les jours de ces malheureux. Voyant la chaloupe grimper sur le dos de la dernière vague, et prévoyant qu'elle la reporterait au large, un matelot avait passé un grelin dans un organeau, l'avait enroulé autour de son poignet, et s était laissé porter à terre avec lui.
La mer venait de lâcher sa proie; mais la position des naufragés n’en était guère devenue meilleure, Le basard les avait jetés sur un îlot que la marée haute recouvrait, et en gagnant la terre ferme, ils faillirent périr une troisième fois. Il fallait traverser à gué h : rivière du Pavillon.
Quelques heures anrès, le petit canot monté par six personnes vint les rejoindre. Élles rapportaient que dix sept matelots n'avaient pas voulu abandonner M. de Freneuse. Ce dernier ne pouvait se décider à quitter son navire : et on peut se faire une triste iaée de cette première nuit passée, par les uns sans abri et sans feu sur cette terre déserte de l’Anticosti, par les autres sur
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DANS LE GOLIE 81
engouffrés par elle d’une minute à l’autre,
A minuit, la tempête était dans toute sa violence.
Chacun avait perdu l'espoir de se sauver, lorsqu’au petit Mour, on s’aperçgut que le navire tenait bon. La violence
u flot était tombée. Il n'y avait plus une minute À rdre pour le sauvetage, et chacun se mit à l'œuvre. On embarqua des provisions avariées, les outils du char- Pentier, du goudron, une hache, quelques voiles. Puis, ] fallut regagner terre : ct le capitaine de Freneuse les
Marmes aux yeux et emportant son pavillon, quitta le Mernier l'épave de la Renommée.
« Cette seconde nuit passée sur l’île, fut encore plus triste que la première, !l tomba deux pieds de neige. Sans les voiles, tout le monde serait mort de froid.
es rudes débuts ne découragèrent personne : de suite on
mit au travail, Le mât d’artimon de ka Rerommée it venu du plain: on tailla dedans une quille noutelle pour la chaloupe. Elle fut caifatie avec soin, et son étembot ct ses bordages furent refaits à neuf, Pendant que les uns coupaient du bois, les autres faisaient fondre la neige, Bref, on se créa le plus d’occupations possibles pour tâcher d'oublier : mais hélas | à ces
ures de travail, succédèrent bientôt les heures d'é- Eu Les malheureux naufragés avaient, au Moins, une perspective de six mois à passer sur l'île d’Anticosti, puisqu'il leur fallait y attendre l'ouverture
be la navigation, Or, en ces temps-là, les navires qui
passaient de Québec en France n’emportaient que pour deux mois de vivres. Au moment où elle avait touchée, la Renommée avait onze jours de mer : une partie des provisions étaient avariée par le naufrage, ei en s’astreignant à la plus stricte économie, c’est-à-dire en ne distribuant à chacun qu'une maigre ration par vingt-quatre heures, chaque homme pouvait—tous calculs faits—prolonger sa vie de quarante jours ! À cette incontestable certitude, était venu se joindre l'hiver, arrivé dans toute sa rigueur, La glace rendait le navire inaccessible : six pieds de neige couvraient le sol, et pour comble de désespoir, les fièvres venaient de faire leur apparition et exerçaent de faciles ravages sur ces natures émaciées,
I] fallut prendre une décision suprême.
Un poste français passait alors l'hiver à Mingan, où il s'occupait à faire la chasse au loup-marin, Pour se rendre là, il fallait d’abord faire quarante lieues de grève avant d'atteindre la pointe nord-ouest de l’île, puis comme le dit le P. Crespel, “ descendre un peu et traverser douze lieues de haute mer.” On agita l’idée de se diviser en deux groupes. L’un devait rester à la rivière au Pavillon: l’autre irait à Mingan chercher du secours. Lorsque cette proposition fut soumise au conseil, chacun la trouva inattaquable. La grande difficulté consistait à désigner ceux qui seraient du premier groupe, et ceux qui feraieat partie du second. C'était à qui ne resterait pas en arrière.
Dans cette pénible alternative, le P. Cresrci eut re-
que pour uchée, la des pro-
s’astreine distrirt-quatre its—prontestable ins toute cessible :
omble de rition et imaciées,
ngan, Où Pour se
cours à Dieu, Le 26 novembre, il dit la messe du Saint-Esprit : et dès que le saint sacrifice eût été terminé, vingt-quatre hommes se levèrent, et prirent la résolution de se résigner à la volonté divine, assurant qu'ils hiverneraient coûte que coûte à la rivière au Pavillon.
Cet acte d’abnégation tranchait le nœud gordien. Toute cette nuit-là fut employée à entendre des confessions ; et le lendemain, après avoir laissé des provisions à ces braves gens, et leur avoir juré sur les saints Evangiles qu’ils reviendraient les reprendre aussitôt que possible, le capitaine de Freneuse, le P. Crespel, M. de Senneville, suivis de trente-huit personnes, prirent je chemin de l'inconnu. La misère et le danger avaient nivelé la position de ces hommes. Avant de se quitt?r officiers et matelots s’embrassèrent en pleurant, Hélas! bien peu devaient se revoir.
En partant, M. de Freneuse subdivisa ses gens en deux sections, Treize d’entre eux manœuvraient le petit canot : vingt-sept s'embarquèrent dans la chaloupe. Jusqu'au 2 décembre, cette navigation de conserve fut affreuse, À peine gagnait-on chaque jour deux ou trois lieues qu'il fallait faire à la rame, et par un froid intense, Le soir, on dormait sur la neige : et pour toute nourriture, ces pauvres abandonnés n'avaient qu’un peu de morue sèche, et quelques gouttes de colle de farine détrempée dans de l’eau de neige.
Le 2 décembre, le temps se mit au beau. Une petite brise souflait sans âpreté, et la joie renaissait sur ces
84 PROMFNADES
figures hâves et décharnées, lorsqu’en voulant doubler la pointe sud-ouest, la chaloupe qui allait à la voile, ft la rencontre d’une houle affreuse. En manœuvrant pour lui échapper, elle perdit le canot de vue. Plus tard, on sut ce qu'était devenu ce dernier : il s'était laisser affaler. Maïs comme pour le quart d'heure, il fallait faire terre au plus vite, on finit par y parvenir à deux lieues de là, au milieu de mille précautions. Un grand feu fut allumé sur la côte, pour indiquer aux retardataires où se trouvaient les gens de M. de Freneuse : puis, après avoir mangé un peu de colle, ils s’endormirent dans l’eau et dans la neige fondante, pour n'être reveillés que par une tempête terrible. Dès ses premières bourrasques, elle jeta la chaloupe à la côte. Il fallut alors s'occuper à la réparer de suite; mais ce contre-temps eut son bon côté, Deux renards qui étaient venus rôder dans les environs furent pris au piége, et cette viande fraîche devint par la suite d’un grand secours.
Dès le 7 décembre, M. de Freneuse put reprendre la mer, mais le cœur navré. Malgré de nombreuses reconnaissances, il n’avait pu découvrir aucune trace de son canot.
À peine la chaloupe eut-elle fait trois heures de marche qu’une nouvelle tempête l’assaillissait au large. Pas un bâvre, pas une crique ne s’offrait sur la côte pour donner refuge à ces malheureux ; et cette nuit-là fut peut-être une des plus terribles qu'ils eurent à en-
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DANS LE GNLFE 85 ®
durer. Ils la passèrent à errer au milieu des vagues et des glaces, dans une baie où le grappin ne mordait pas. On ne réussit à débarquer qu’au petit jour, au milieu d’un froid brulant, qui ne tarda guère à faire prendre la baie, et avec elle la chaloupe. Dès lors celle-oi devenait inutile.
ll fallut done se décider à ne pas pousser plus loin. Les provisions furent déburquées ; et de suite on se mit À l’œuvre pour construire des cabanes en branche de sapin (!}, ainsi qu'un petit dépôt, où les vivres furent disposées de manière, à ce que personne ne pût y toucher sans être aussitôt vue par les autres, Puis, on adopta un règlement pour la distribution. Chacun avait droit à quatre onces de colle par jour; et on fit en sorte que deux livres de farine et deux livres de viande de renard pussent servir au repas quotidien de dix-sept hommes ! Une fois la semaine, une cuillérée à bouche de pois venait rompre la monotonie de cette cuisine ; et en vérité, dit le P. Crespel, c'était le meilleur de nos dîners.
Les exercices du corps devinrent obligatoires. Léger, Basile et le P. Crespel allaient couper des fagots et faire du bois : d’autres transportaient l’approvisionne. ment aux cabanes : les troisièmes traçaient au entrete-
(1) Le P. Crespel qui, dans ses missions chez les Outagamis s'était mis au fait de cette étude d’architecture primitive, avoue ingénument que sa cabane était la plus commode.
uaicnt la ronte qui menait à la forêt, Au milieu de ces occupations, les épreuves ne faisaient guère défaut. La vermine rongeait ces malheureux qui n'avaient qu’un change pour tous vêtements, La fumée des huttes et les éblouissantes blancheurs de la neige donnaient à la plupart de douloureuses ophtalmies ; et la mauvaise nourriture, jointe à l’eau de neige, avaient engendré la constipation et le diabète, sans faire, pour cela, ployer d’un cran l’énermne de ces hommes de fer,
Le 24 décembre, le P. Crespel fit dégeler queiques gouttes de vin. La Noël approchait ; et il se préparait à dire la messe de minuit. Elle fut célébrée sans pompe, ni ornements, dans la plus grandes des cabanes, Ce dut être un spectacle sublime que de voir tous ces abandonnés, se recueillir au milieu des solitudes de l’Anti-
costi, et dans leur dénuement sans exemple, se rapprocher d’un enfaut nu et couché dans une étable, pour mêler leurs larmes aux siennes, et pour l’y adorer.
L'année 1737 débuta pour ces pauvres gens d’une manière terrible, Dès l’aube du jour de l'an, Foucauit, envoyé à la découverte, revint avec la poignante nouvelle que la chaloupe avait été enlevée par les glaces. Pendant cinq jours, ce ne furent que gémissements et et lamentations. Tout le monde se sentait perdu. Chaeun voulait mourir, L'esprit de suicide passait et repassait dans ces cerveaux troublés par tant de malheurs, et le P. Crespel ne cessa, pendant ce temps, de leur démontrer la grandeur de l’apostolat de la souffrance :
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cette seule voie que Dieu avait prise pour racheter le genre humain. Illes supplia de se confier en la miséricorde divine; célébra le jour des Rois une seconde messe du Saint-Esprit, pour ie prier de donner sa force et ses lumières à ces âmes si éprouvées, t: parla dans son sermon, de la grandeur de la mission qui incombe à ceux qui se dévouent pour sauver les autres. Touchés per ces bonnes paroles, Foucault et Vaillant s’offrirent pour aller à la recherche de la chaloupe.
—Tant ilest wai, ajoute finement le P. Crespel, que dans quelque situation que l’on soit, on aime toujours à s'entendre élever. L'amour propre ne nous quitte qu'avec la vie.
Bien leur prit de cet excès de zèle. Deux heures après, ils accouraient tous joyeux, et annonçaient à leur« camarades qu’en fouillant la grève et le bois, ils étaient tombés sur un ouigouam indien, et sur deux canots d’ecorce abrités sous des branches. Comme trophée de leur expédition, ils emportaient une hache et de la
graisse de loup-marin.
L'île était habitée !
Il n’y avait plus à en douter, et les éclats de la joie la plus vive succédèrent aussitôt au plus sombre des chagrins, Chacun sentait le courage lui revenir. Le lendemain fut tout aussi joyeux. En pou.sant plus loin leurs excursions, deux matelots découvrirent la chaloupe arrêtée au large, dans un champ de glace, et
en revenant au Cump avec cette heureuse nouvelle, ils firent l’inappréciable trouvaille d’un coffre plein d’habits, que le flot avait arraché à la Æenommée, et que les hasards de la mer étaient venus apporter là,
Mais tous ces rires ne durèrent qu'un éclair, L'épreuve allait revenir plus amère que jamais,
Le 25 janvier, le maître-charpentier mourut presque subitement, Des symptômes alarmants s’accentuèrent de plus en plus. Presque tous les hommes eurent les . jambes enflées: et le 16 février, un coup terrible vint foudroyer le camp, Le capitaine de Freneuse s’en était | retourné vers Dieu, au milieu des prières de l’extrêmeonction, Puis, ce fut au tour de Jérome Bosseman : puis, à celui de Girard: puis, au maître-canonier qui, avant de mourir, abjura Île calvinisme, Chacun, avant l'heure suprême, se confessuit au P. Crespel, et s’éteienait saintement dans la résisnation, Quand tout était fini, les moins faibles se levaient, traînaient au dehors les cadavres de leurs camarades, et les amoncelaient dans la neige, à la porte de la cabane. Nul n'avait la force d’aller plus loin.
Les élements conjurés luttèrent avec ces angoisses terribles. Le 6 mars, unc tempête de neige se déchaîna sur l’île et écrasa sous une avalançghe la cabane du P, Crespel, le forçant à venir se réfugier dans celle des matelots, qui était plus spacieuse. Là, pendant trois jours, ils furent retenus prisonniers par l'ouragan, sans
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pouvoir allumer de feu, n'ayant rien à manger, ne se désaltérant qu'avec de la neige fondue, et voyant périr de froid cinq de leurs camarades,
A tout prix, il fallait sortir de ce tombeau.
En unissant leurs efforts, ils réussissent à déblayer la neige et vont alors aux provisions. JTélas! le froid est piquant, Un quart d'heure suffit pour geler les pieds et les mains de Basile et de Foucault, qu'il faut rentrer à bras dins la cabane, Grâce cependant au dévouement de ces deux hommes, une ration de trois onces de colle vint rompre ce jeûne de trois jours; mais elle fut mangéc avee tant d'avidité, que tous faillirent en mourir, Encouraués par l'exemple de Basile et de Foucnult, Léger, Furst et le P. Crespel courent au bois pour en re porter quelques fagots. Dès huit heures du «soir cette maigre provision est déjà consumée, et le froid devint si intense cette nuitlà, que le sieur Vaillant père fut trouvé mort sur son lit de branches de sapin. Il fallut songer à chanzer de cabane et à déblayer celle du P,. Crespel. Elle était la plus petite, et pouvait être plus facilement chauffée, On ne peut imaginer rien.de plus navrant que ‘le sombre défiléqui se fit alors: les moins écloppés portant sur leurs épaules MM. de Senneville et Vaillant fils qui tombaient par morceaux, pendant que Le Vasseur, Basile et Foucault, ayant les extrémités gelées, se traînaient sur leurs coudes et sur leurs genoux.
Le 17 mars, la mort vint mettre un terme aux souffrances de Basile ; et le 19, Foucault, qui était jeune
et d’une grande force musculaire, s'éteignit après une agonic tertible, Les plaies de ces malheureux ne pouvaient être pansées qu'avec de l'urine, et des lambeaux de vêtements arrachés aux pauvres morts servaient de charpie aux vivants, Douze jours après ces deux départs, les pieds de MM. de Senneville et Vaillant se détachèrent en putréfaction ; mais, au milieu de ces douleurs et de cette infection, ils ne cessaient de mettre leurs confiance en Dieu ct d’unir leurs souffrances à celle du Christ. Le P,. Crespel était ému de cette foi inébranlable et de cette résignation sublime qui semblaient se refléter sur les autres ; car, au milieu de toutes ces horreurs, pas un mot de découragement ne se fit entendre. (Chacun essayait d'apporter à son voisin quelques distractions ou quelques douceurs ; et ce fut ainsi que le ler avril, en allant à la découverte du côté où les canots d'écorce étaient cachés, Léger ramena au | 44 camp un indicn et sa femme.
C'étaient les premières figures humaines qu'on eut vues depuis le départ de la rivière au Pavillon, Le P, k Crespel parlait à merveille plusieurs idiomes sauvages : 0: il expliqua à ces nouveaux hôtes jeur triste situation, pi et les supplia les larmes aux yeux d’aller à la chasse et de À leur apporter des vivres.
L’indien promit solennellement.
4 Le lendemain arrive. Deux jours, trois jours se
Alors n’y pou-
passent : le peau-rouge ne revient pas.
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jours se n'y pou-
vant plus tenir, Léger et le P. Crespel se traînent jusqu'au ouigouam, mais pour constater avec terreur qu’un des canots est disparu |! Rendues prudentes par le malheur, ces deux ombres décharnées s'attelent sur celui qui restait, le transportent j isqu'à leur cabane et l'attachent à leur porte, bien persuidées que l'un des indieus ne quittera pas l'îe, sans venir réclamer sa propriété,
Hélas ! nul ne vint, sinon la terrible visiteuse accoutumée, la mort, Elle enleva successivement MM. Le Vasseur, Vaillant fils, âgé de seize ans, et de Senneville qui en avait vingt, ct était fils du lieutenant du Roy, à Montréal (1). Déagé du soin des malades et n'ayant
(1) Le pèis du jeune de Senneville, avant d'exercer la charge de lieutenant duroy à Moutréul, avait été page de madame la Daujhine, et avait servi dans les mousquetaires, Son fi. était né au Canada.
—On dirait qu'une étrange futalité s'attache à ce nom de Senneville, Lors du naufrage de l'Auguste, M. de Senneville, cadet à l’uiguillette, et mademoiselle de Senneville furent au nombre des Loyés. \
Ce terrible sinistre eut Ll'eu sur les côtes du Cup-Breton en nctobre 1761. L'Auguste était un navire affrété par le général Murray pour rapatrier en France le: officiers, les soldats et les français qui en avaient manifesté le désir. Ils portuient à son bord les soldats du Béarn ainsi que ceux du Royal Roussillon, Parmi les victimes de ce désastres furent les capitaines, MM. le chevalier de la Corne et Bécancour de Portneut : les lieutenants, MM. de Varennes, Godefroy, de la Vérenderie, de Saint-Paul, de Saint-Blin, de Marolles et Pécaudy de Contrecœur : les enseignes en pied, MM. Villebond de Sourdi:, Groschaine-Rainbaut, de Laperière, de la Durantaye et d Espervanche: et les cadets à l’aiguillette, MM. de La Corne de Saint-Luc, le chevalier de la Corne, de La Corne- Dubreuil, de Senneville, de Saint-Paul fils, et de Villebond fils.
A cette nombreuse liste, M Saint Luc de La Corne, qui fut un
plus de vivres, le P. Crespel réunit alors en conseil les survivants. [Il fut décidé de quitter cet endroit funeste et de partir en canot. Pour rendre serviable l’embarcation de l’indien, on l'enduisit de graisse: des avirons furent dégrossis, et le 21 avril fut désigné comme le jour de l'embarquement,.
Une moitié de jambon de renard composait alors tout
le garde-manger de cette troupe d'affamés. [Il avait été entendu qu'on en boirait le bouillon, réservant la viande pour le lendemain : mais dès que les parfums de cet étrange pot-au-feu se firent sentir, chacun se jeta comme un loup sur le gigot, qui fut mangé en un tour de main. ‘“ Bien loin de nous rendre nos forces, cet excès nous en ôta,” dit la relation laissée par le P. Crespel : de sorte que le lendemain ils se réveillèrent affaiblis, plus malades qu'auparavant, ct qui plus est, sans ressources. Deux jours se passèrent alors dans ja faim et Je désespoir. Personne ne voulait lutter plus longtemps contre la mort ; ct déjà, la plupart s'étaient jetés à genoux sur la grève en disant les litanies des agonisants, lorsqu'un coup de fusil retentit sur le rivage,
des cinq survivants de ce naufrage, ajoute les noms de Paul Héry, François Héry, Léchelle, Louis Hervicux, bourgeois, et de inesdames de Saint-Paul, de Mézière, Busquet,,de Villebond, ainsi que ceux de mesüemoiselles de Sourdis, de Senneville et de Mézière.
M. de Lacorne retrouva aussi sur la grève, et enterra le corps d’un régociant anglais nommé Delivier, le second, trois oficiers de lAuguste, le maître d'h@êtel, huit matelots, deux mousses, le cvisinier, douze femmes tant de bourgeois que de soldats seize enfants, huit habitants et trente deux soldats,
nseil les ; funeste l’embar- avirons omme le
lors tout avait été a viande s de cet 1 comme tour de Jet excès Crespel :
afFaiblis, ans resfaim et notemps s à gebuisants,
aul Héry, de inesainsi que ézière.
le corps Hiciers de 5, le cuits seize
C’étuis l’indien. Propriétaire prévoyant, il venait savoir ce qu'était devenu son canot.
En l'apercevant, les malheureux se traînent vers lui, po”ssant les plus navrantes supplications; mais le sauvage n'entend pas de cette oreille, et prend la fuite, Le P. Crespel et Léger sont en bottes: qu'importe ? Ce nouvel abandon rend l’haieine à ces moribonds. Ils se mettent à donner la chasse au fugitif; traversent tant bien que mal la rivière Becsie, et finissent par rejoindre le fuyard, qu'un enfant de sept ans embarrasse dans sa course. Pris comme un lièvre au cullet, le peau rouge, redevenu diplomate, leur indique un endroit du bois où il a caché un quartier d'ours à demi-cuit, et tous ensemble, indien et français, passent la nuit blanche à s’observer mutuellement du coin de l'œil.
Le lendemain, le P. Crespel intime au sauvage l’ordre de le conduire au camp de sa tribu. Le canot contenant l'enfant, devenu un otage, est placé sur un traîneau : Léger et le père récollrt s’attellent dessus, pendant que l’indien marche devant et sert de guide. Au bout d’une lieue de marche la petite caravane débouche sur la mer, ct comme c'était la voie la plus courte, on se décide à la prendre, Mais ici s'élève une nouvelle difficulté. Le canot ne peut contenir que trois personnes. L’'indier a désigné pour l’accompagner son enfant et le P. Crespel
qui, s’embarque au milieu des lamentations de ses camaarades, à qui, cependant, il réussit à arracher le ser.
ment de suivre le rivage dans la direction prise par l’embarcation.
Le soir de ce jour-là, l'indien proposa au père de descendre à terre pour y faire du feu. Ce dernier y consentit, avec d'autant plus de plaisir que la bise était mordante. Mais étant monté sur un monticule de glace pour examiner les alentours, le sauvage profita de ce que le père avait le dos tourné, pour gagner le bois avec son enfant,
La mort seule pouvait maintenant mettre fin à cette série de catastrophés. Abandonné de tous, le P. Crespel s’appuya sur le canon de son fusil, remit ses peines entre les mains de Dieu, et récita les versets du livre de Job. Pendant qu'il priait ainsi, il fut rejoint par Léger. Avec des larmes dans la voix, ce dernier lui annonça que son camarade, Furst était tombé d’épuisement à
uue distance considérable de là, et qu’il avait été obligé
de le laisser sur la neige.
En ce moment, un coup de fusil retentit, La forêt s'ouvrait à quelques pas de là. Léger, que le courage n'avait pas encore laissé, décide le père récollet à l'y accompagner, et au moment de s’y engager, un deuxieme coup de feu se fait entendre, Rendus de plus en plas prudents par l'expérience, les deux abandonnés se gardent bien d’y répondre, [ls marchent, se guidant sur l'endroit d’où viennent ces détonations: ct bientôt, ils débouchent dans une clairière où fumait la cabane d'un chcf indien,
prise par
e de des- Tr y Conétait morace pour ce que le avec son
in à cette P. Creses peines u livre de ar Léger.
| annonça sement à été obligé
La forêt courage let à l'y
un deu-
s de plus andonnés guidant bientôt, a cabane
Ce brave homme leur fit le plus touchant accueil, tout en leur expl‘quant l'étrange conduite du guide du P. Crespel, qui ne les avait ainsi abandonné, que par crainte du scorbut, de la variole, et du “ mauvais air.”
Eofin, ceux-ci étaient sauvés! mais tout n’était pas fini, Furst restait en arrière. Le P. Crespel offrit en cadeau son fusil au chef pour le décider à l’aller chercher. Ce fut peine inutile, ‘ M. Furst, dit la relation, passa la nuit sur la neige, où Dieu seul put le garantir de la mort, car dans la cabane même, nous endurâmes un froid inexprimable, et ce ne fut que le lendemain, comme nous nous disposions à aller au devant de lui, que nous le vîmes arriver.”
Feux jours furent alors consacrés au repos. Pendant ee court espace de temps, ces malheureux qui n’oubliaient pas le serment fait à ceux qui étaient restés à la rivière au Pavillon, recouvrirent assez de leurs forces pour s’embarquer le premier mai et mettre le cap sur Mingan. Le P. Crespel fut le premier à y arriver. Le vent étant tombé en route, ce vaillant home, dans sa hâte de faire expédier aussitôt que possible des secours à ses camarades, s'était fait mettre sur un canot d’écorce et l'avait pagayé seul, pendant l’espace de six lieues de mer.
M. Volant commandait le poste de Mingan. Il reçut ses compatriotes à merveille. Pas un instant ne fut perdu pour aller aux secours de l'équipage de la Renommée : et une grosse chaloupe armée, et bien apprivoisonnée fut dépêchée sous son commandement.