‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme]Chapitre 2 sur 26 · XAVIER MARMIER XV · texte numérisé non relu

XAVIER MARMIER XV

familles. Aussitôt le commandant anglais, le chef des bourreaux dans cette horrible exécution, ordonne une charge à la baïonnette. Les malheureux sans armes, sans aucun moyen de défense, sont jetés meurtris, ensanglantés, daus les chaloupes; puis les troupes se divisent par pelotons uvec l’injonction de séparer les maris de leurs femmes, les pères de leurs fils, de leurs files et de les entasser sur différents navires. A mesure que cette cruelle disjonction s’accomplit, les vieillards se lèvent pour bénir, les époux s’embrassent avec un mortel serrement de cœur ; les enfants sanglotent. |

Ni larmes, ni supplications n’adouciront l’inflexible arrêt. L’embarquement doit se faire et se fera sans miséricorde. Quand il est achevé, quand les navires vont jeter au hasard sur les côtes sauvages ces milliers de victimes, une soldatesque effrénée se précipite dans les villages déserts, enlève tout ce q:'e les pauvres proscrits y out laissé et incendie leurs mai- Sons.

En ce jour-là, on à pu dire ce qui fut dit en 1807 après le bombardement de Copenhague : ‘“ Le sang anglais n’a pas coulé, mais l'honneur anglais a coulé par tous les pores!!!

‘ Dans la vie, dit M. Faucher de Saiut-Maurice, je ne connais rien de plus attrayant que le voyage : ?” et un matin, son goût pour les voyages, son attache-

ment pour tout ce qui tient à la France, lentraînait au Mexique.

xvi ÉTUDE PAR’

C'était à l'époque ou nous poursuivions cette ehtreprise si grandiose, hélas ! et si désastreuse. Elle était conçue avec une honnête et vaste pensée. Elle a te glorifiée par des actes de bravoure prodigieux. Si elle avait réussi, les peuples des deux hémisphères auraient été emerveillés de ses résultats. C'était la régénération graduelle de toutes ces républiques de l'Amérique du sud et de l'Amérique centrale qui tombent de revolution en révolution. C'était l’ascendant de la race latine reconstitué dans ces régions dont la race anglo-saxonne prétend s'emparer. C'était au point de vue de nos intérêts matériels, un monde heureux de subir notre influence et de s’allier à nous par des traités de commerce. Et toutes ces belles perspectives annéanties par quelques fautes que nous avons commises, par l’astuce de l’Indien Juarez, par l’insatiable ambition des Etats-Unis ! Quelle fatalité !

M. Faucher de Saint-Maurice qui a lo sang français dans les veines, est attiré par nos clairons, et désire combattre sous nos drapeaux.

Après un examen auquel préside un général de division assisté de deux généraux de brigade, il est attaché à un régiment d'infanterie, avec le titre de capitaine d'état-major, et le voilà qui entre bravement en campagne, si bravement qu'après deux funestes rencontres bientôt il n’y peuttenir. Au siège d’Oajaca, il est blessé : au col de la Angostura dans un intrépide combat, il fait prisonnier de guerre de nouveau blessé, cette fois si grièvement, et ensuite si malade;

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qu'il doit se résoudre à quitter les champs de bataille. Il retourne dans son pays, ayant eu l’'honneur d’être, pour son courage, décoré de la main de l'empereur Maximilien.

Ce magnanime empereur, le descendant des Hapsbourg, condamné à mort par un Juarez! O honte! Ô infâme journée de Queretaro.

Dans sa retraite, M. Faucher de Saint-Maurice recueille ses notes, écrit son livre, heureux de se souvenir, heureux de revoir par la pensée les diverses zones du Mexique, les grands paysages et les grands monuments, heureux surtout de raconter les actions d'éclat de nos soldats, et sa vie dans nos bivouacs et ses relations affectueuses avec nos officiers.

Nous devons aimer ce livre et le mettre à un bon rang dans la bibliothèque canadienne.

XAVIER MARMIER, De l'Académie Française.

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