L'ARCHIPÈL DE LA MADELEINE
Pour ravitailler le Rocher-aux-Oiscaux, il faut que la mer soit parfaitement caline, Au moindre souffle qui court sur la surface du golfe, la vague agit comme un bélier contre la falaise escarpée de l'îlot, st rduit en atome tout ce qui commet l'imprudence de passer à portée de son étreinte, Il ne faut done pas s'étonner si, dix heures après son départ de l’Anticosti, le Napoléon IT ïuttant contre une petite brise, faisait l’île Brion, et allait jeter l’ancre dans une des criques de ce groupe, Il était alors cinq heures de l'après-midi, Devant nous se détachaient les flancs rougeñtres de l'île: ils tranchaient sw le bleu de la mer; et vu du tillac, le paysage qui nous entourait, semblait devenir l’avant-plan d'une marine superbe, dont le fond se serait composé des îles de la Madeleine et du Rocher-aux-Oiseaux,
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Ce fut le 25 juin 1534, que Jacques-Cartier découvrit cette partie de l'archipel de la Madeleine, Il lui donna le nom de Brion, en l'honneur de l'amiral de France le vicomte de Chabot, seigneur de Brion ; mais comme ici-bas tout se perd, cette île n'est plus connue par la plupart de nos marins canadiens français que sous le nom de Brillante, pendant que les cartes anglaises la désignent sous le nom de Bryon Island, et que la géographie élémentaire à l'usage des éièves des frères de lu doctrine chrétienne, au Canada, l’appelle poétiquement l'île de Byron, En y débarquant, Cartier et ses compaunons furent si émerveillés par sa prodigieuse fertilité, que le capitaine malouin crut devoir rappeler dans le Discours de son voyage ” le souvenir de ce qu'il y vit ce jour-là,
—< Ces îles sont de meilleure terre que nous eussions oucques vues, en sorte qu'un champ d’icelle vaut plus que toute la terre Neuve. Nous la trouvâmes pleine de grands arbres, de prairies, de campagnes pleines de froment sauvage et de pois qui étaient fleuris aussi épais et beaux comme l’on eut pu voir en Bretagne, et qui semblaient avoir été semés par des Laboureurs. L'on y voyait aussi grande quantité de raisins ayant la fleur bianche dessus, des fraises, roses incarnates, persil et autres herbes de bonne et forte odeur.”
Hélas ! depuis le jour où Cartier mit le pied dans ce lieu enchanteur, Brion à perdu ses airs de paradis terrestre. Ses grands arbres sont disparus les uns après
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les autres. Ses vignes se sont désséchées ; et ses roses incarnates sont mortes, étouffées sous les âpres baisers de la bise du Nord, Seule, la terre de l’île a su conserver sa fécondité ; ses prairies sont restées fameuses dans tout le wolfe Saint-Laurent. Elles fournissent à l'élevage une nourriture saine, qui peut soutenir la comparaison avec Jes meilleurs gazons anglais, Aussi le bétail qu'on y fait paître est-il superbe, et les moutons de Brion ne dépareraient pas Pétal du plus difficile de nos boucliers canadiens, un jour de foire de Pâques,
Jadis, Brion jouissait d'une autre célébrité: c'était là que se réunissaient ces troupeaux de vaches marines qui faisaient nsïvement consigner la remarque suivante, dans le livre de loch de Cartier :
—‘* A l'entour de cette Île 1l y a plusieurs grandes bêtes comme grands bœufs, qui ont deux dents en la bouche comme d’un éléphant, et vivent même en Ja mer. Nous en vimes une qui dormait sur le rivage.”
Champlain fait Ja même remarque quelque part; et longtemps après ec “oyageurs, on venait À l'abri des falaises de ectte île, se livrer à la chasse productive de l'ivoire. Depuis plus d'un siècle les morses ont disparus du solfe. [is ont cherche un refuse dans les solitudes aretiques, et à peine d' nnées en années tréave-t-on sur Les rivages du Labrador ou sur les côtes de l’Anticosti une défense où un crâne de ces mammifères marins,
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indiquer au voyageur que le golfe Saint-Laurent a perdu l’une de ses plus précieuses ressources. Pourchassés sans trêve ni merci, comme l'était autrefois la baleine, comme l’est aujourd’hui la morue, le flétan et le loup marin, les vaches marines ont fini par suivre la loi commune des animaux qui doivent s’éteindre, dans nn avenir assez rapproché,
—# C'est ainsi, nous assure M, l’abbé Provancher, que le lion qu'on ne voit plus qu’en Afrique, se trouvait autrefois en Grèce. L'auroch qui paît encore dans les forêts ‘de la Lithuanie, se rencontrait jadis en France. Le loup a disparu de la Grande Bretagne ; le cerf à bois gigantesque a déserté l’Europe ; le castor n’y est plus qu’extrêmement rare, de même que la tortue, la leutre et le lynx. Le bouquetin ne se voit plus que dans les Pyrénées et les Alpes, et l'ours dans les montagnes de la Suisse, Enfin, il y a plus d’un siècle que l’oiseau appelé le doute a disparu de l'Tle-de-France. La même chose se voit en Amérique, [Le cachalot, la vache marine n'ont pas été vus dans le colfe depuis plus de soixante ans, La morue qui se pêchait autrefois jusqu'à Kamouraska, se rend à peine à présent à Rimouski (*). Le cerf du Canada qu'on chassait jadis sur les bords du Saint-Laurent ne se trouve plus que dans l’ouest: le castor et l’orignal y sont devenus rares, Le lynx roux a quitté l'est du Saint-Laurent, et le din-
[1] Elle ne dépasse guère Ma'ane, maintenant,
don sauvage qui était si commun sur les bords du lac Huron, ne s’y rencontre plus que rarement.”
Aux judicicuses observations de ce naturaliste, j'ajouterai l’expérienec dés enseignements 1e l’histoire. Pendant nlus d'un siècle ct demi, languille fut une des principales ressources de nos habitants : ils en prenaient des quantités prodigieuses entre Trois-Rivières et Qué bec, En 1646 le Journal des Jésuites rapporte que la seule pêcherie de Sillerÿ en donne quarante milliers ! Que devient aujourd'hui cette branche importante d’un commerce jadis si iueratif ? autc d'avoir été protégé, l’anguille va diminuant de jour en jour. Du temps de Charlevoix, les marsouins ct les pourcils venaient prendre leurs ébats jusque dans Île rade de Québec ; aucun de ces soufHeurs ne se hasarderait maintenant au-delà de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. En 1720, Tadoussac était encore remarquable par la pêche de la baleine. Qui, de nos jours, peut se vanter d’avoir harponné l’un de ces cétacés, dans les eaux de l’ancien moulin Baude ? Enfin, l’île Rouge qui, au XV{Tème siècle, était célèbre par ses pêcheries au loupmarin, ne l’est plus guère que par sa solitude et ses naufrages (1).
Quand donc nos lacs, nos rivières, nos mers et nos forêts seront-ils controlés par de sages réglements ? et
(1)—Au mois de juin, M. Abraham avec deux üe ses gendres, s’en alla pour la première fois à la pêche des loups marins ; il en prit la veille de la Saint-Jean quarante à l'île Rouge, et il en fit six barriques d'huile. Journal des Jésuites.
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quand donc nos parlements et nos conseils d'états se mettront-ils dans la tête cet incontestable axiome ?
—Légiférer pour les bêtes, c'est protéger l’homme,
En attendant la solution de ce problème élémentaire d'économie politique, les habitants de Brion ont fait leur deuil de la vache marine, et ont essayé de 8e rattraper sur l’agriculture.
Quelques-uns d'entre eux étaient déjà à bord, et nous offraient leurs services, L'un surtout, M. William Didgewell, insistait pour nous mener à sa métairie qui se trouve à un mille et demi dans l’intérieur, nous invitant à venir y goûter du lait, des gâteaux de sarrasin, et à nous laisser aller aux douceurs de la vie pastorale. Cette proposition fut acceptée de grand cœur.
Parmi les notes et les informations que nous recueilmes sur Brion, nous apprimes que sa population se composait d’une cinquantaine de personnes, reparties dans les cinq maisons de l'île. lle est écossaise, à l’execption d’un français qui habite seul, à l’autre extrémité de Brion, La pêche, l’amour de travail et une erande connaissance de l’agriculture mettent ces insulaires à l'abri du besoin, Chacun jouit ici, d’une modeste aisance et de la plus complète liberté, Ces braves gens ont résolu le problème difficile de vivre sans l’entremise du code municipal ; et ce n’est pas vers leur île que doivent se diriger les avocats, en quête d’un cours d’eau en litige ou d’un procès de bornage.
Néanmoins,
l'isolement les à rendus défiants envers les étrangers : et l’un d'eux me demandait, si un piége ne se cachait pas sous la série de questions imprimées, que lui avait officiellement adressé le comité chargé par l’Assemblée Législ:tive de la province de Québec, de s’enquérir de la tenure des terres dans l'archipel de la Madeleine. J'’eus beau lw donner les meilleures raisons du monde pour l’engager à y répondre, je ne pus le convainere : et je ne crois pas qu’un seul habitant de Brion ait prit la peine de se déranger, pour venir en aide à la commission d'enquête.
Leur île a un peu plus de quatre milles de longueur, sur une largeur de un mille et quart : ses plus hautes falaises ne dépassent pas deux cents dix pieds de hauteur, Les flancs de Brion sont parsemés de cavernes et de trous : ils indiquent l’action incessante de la mer sur cette terre poreuse, où l’eau fraîche est rare.
Les savants sont d'opinion que le groupe de la Madeleine a dû former jadis une masse compacte, Je n'ai pas de peine à les croire ; car, l’amiral Bayfield a constaté que Brion est relié à mi-chemin, d’un côté, aux îles de la Madeleine—distance de 104 milles—-par une lisière de roche ou la sonde donne quatre brasses ; et que, de l’autre côté, un second banc, qui donne sept brasses, la rattache au Rocher-aux-Oiseaux, sis à 10 milles. Par un temps bien calme, l'œil distingue sous le flot, ces dangereux récifs ; et on peut déduire de là, qu’une tempête doit être terrible dans ces parages, surtout avee
trangers :
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unc mer qui crève ainsi du fond. Cela n'empêche pas les habitants d'être aussi hardis marins, qu'ils sont habiles agriculteurs, Leur j rincipal débouché est Amherst, uue des îles de la Madeleine, et il faut que la brise soit bien crrabinée pour les empècher d'aller échanger sur ce marché, leur poisson, leur foin, leurs bestiaux et lcurs denrées,
De frais qu'il était, le vent tomba complétement vers deux heures du matin. Notre longue promenade sur Brion nous avait donné un sommeil de plomb ; etce ne fut qu'après bien des eforts réitérés que notre maître d'hotel parvint à nous fuire hisser nos pantalons et carguer nos bonnets de nuit, Avec unie mer calme, par un soleil radieux, nous venions d'arriver par le travers du Rocheraux Oiseaux, Cinq minutes après, nous grimpions sur le pont ; ct un cri d’admiration saluait ce récif étrange, jeté au milieu de la mer pour faire l'effroi des matelots et le bonheur de la sente aïlée,
Nous étions rendus au 25 juin. Ce matin-à, il y avait 340 aus, que ces rochers avaient été découverts par Jacques Cartier, Poussé par un vent du nord-ouest, il avait été obligé de courir quinze lieues dans le sud-est, et s'était ainsi approché © de trois Îles, desquelles y en avait deux petites droites comme un mur, en sorte qu'il était impossible d’y monter dessus, et entre icelles, y a un petit écueil, Ces îles, ajoute ce marin, étaient plus remplies d'oiseaux que ne serait un pré d'herbe, lesquels
faisaient là leurs nids, et en la plus grande de ces îles y en avait un monde de ceux que nous appellions Margaux, qui sont blancs et plus grands qu’oysons, et étaient séparés en un canton, et en l’autre part y avaient des Godets.... Nous descendîmes au plus bas de la plus petite et tuâmes plus de mille Godets et Apponats (1), et en mîmes tant que voulâmes en nos barques, et en eussions pu, en moins d'une heure, remplir trente semblables barques, Ces Îles furent appelées du nom de Margaux (?).”
Ceci se passait en 1534. Quatre-vingts-douze ans plus tard, en 1626, Champlain croisait dans ces parages, et ne constatait plus que la présence de deux îlots, au lieu des trois relevés par Jacques-Cartier. L'un s'étsit effondré dans la mer, et ses habitants surpris par ce cataclysme, avaient tourbillonné un instant sur le gouffre qui venait d’engloutir leur domaine ; puis, oublieux comme tout être créé, ils étaient partis à tire-d’aile pour aller demander l'hospitalité aux camarades, restés en possession des deux rochers qui sont encore debout aujourd'hui. De même que Cartier, Champlain trouva en passant par là, ‘ telle quantité d’oyseaux appelé éangueux qui ne se peut dire de plus: les vaisseaux, quand
(1) On les nomme perroquets, aujourd’hui : ce palmipède est le grand macareux d'u nord.
(2) Discours du voyage fait par le capitaine Jacques-Cartier, en la terre du Canada, dite Nouvelle France,en l’an 1534, p. 34. A Rouen—de l'imprimerie de Raphaël du Petit Val —MDXCVIII.
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‘ans plus ages, et s, au lieu s'étsit efr ce catale gouffre oublieux l'aile pour és en post aujour-
rouva en d pelé tanux, quand
Imipède est
s-Cartier, en 34, p. 34.
DXCVIIL.
1 fait calme, avec leurs batteaux vont à ces îles, et tuent de ces oyseaux à coups de bâton en quantité qu’ils veu.
lent (1).
Espèce de citadelle, accessible que par escalade, et continuellement rongée par la mer, le Rocher-aux-Oiseaux dépasse, comme aspect, comme étrangeté, tontes les descriptions que ces voyageurs célèbres en ant fait, Longue de 770 verges, large de 270, couvrant une superficie de sept acres et trois quarts, et présentant du côté du sud un précipice perpendiculaire de 80 pieds, qui atteint 114 pieds du côté du nord, l’île principale est couverte de pingouins, d'alques à bec en rasoir. de guillemots, de fous de Bazan et de grands macaurcux du nord. lIis y planent, y pêchent, y couvent et y vivent par millions. Partout, leurs nids couvrent la croupe du brisant, qu'a une lieu en mer, surtout par un clair de lune, on prendrait pour un rocher couvert de neige,—tant il est tapissé de blanc duvet. A trois arpents de cette république ailée, ces oiseaux abasourdissaient déjà notre équipage de leur cris. Nous les voyons à tout instant, tournoyer autour de l'île, prendre terre après quelques minutes de valse fantastique, et s'accroupir sur leurs nids qu'ils retrouvent sans hésiter, au milieu de cette inextricable fouillis. A l'époque de la couvaison, ces Cerniers
sont en si grand nombre, qu'ils font ressembler la cime
(2) Œuvres de Champlain, p. 1084. Edition Laverdière.
à un champ de pomme de terre que la bêche du jardinier viendrait de rechausser,
Le Rocher-aux-Oiscaux est un des nombreux endroits du golfe Saint-Laurent, où il ne faut pas trop flaner. Il n’est permis aux navigateurs de s’en approcher, que lorsque les vents dorment ; et sous pareille circonstance, pas n’est besoin de dire que nos chaloupes n'avaient pas mis grand temps à quitter leurs porte-manteaux. Bientôt, nous mettions le pied sur une étroite lisière de grève, composée d’une série de blocs erratiques, que la mer dans ses jours de fureur, a roulés aux pieds des falaises roussâtres de l’île. Malgré le calme plat qui nous entourait, un assez fort ressac se faisait sentir au rocher. L’épaule herculéenne du lieutenant LeBlanc nous prêta son appui ; et nous sautâmes au bas des échelles que nous devions escalader.
— Bon voyage, messieurs, nous cria-t-il, en nous voyant
nous engager sur le premier échelon. Ayez le pied ferme ; et surtout prenez garde à ces maudits margaux. Un suffit, pour encharogner toute une marine |
Ce volatile était le seul ennemi que nous connaissions! ] à LeBlanc. Un jour, en passant près d’un nid et craignant! de faire mal à la mère, il l'avait doucement reculée de ll 4; main, En récompense de cette attention délicate, le] Qq
lieutenant s'était fait saisir à la joue par une paire de tenaille aussi maternelle que terrible ; et au mépris du décorum, cet officier, vigoureusement éperonné dans
lu jardi- sa course insensée par l’implacable oiseau qui, restait
suspendu à dix lignes de son œil gauche, avait été forcé
endroits de galoper dans cet équipage, devant ses matelots ébahis, aner. Il et de faire ainsi deux fois le tour de l’île. her, que Ce fut en riant aux éclats du récit de cet engagesonstance, ment corps à corps, que nous montâmes à l'escalade. yaient pas Agénor Gravel battait la marche, Nous grimpions à x. Bien-
sa suite : j'étais le serre-file, Déjà une partie de l’ascension se terminait : nous avions derrière nous cinquante pieds d’abîme, et la première échelle était dépassée. Il fallait maintenant se rendre à la seconde, séparée de nous par une corniche longue de cinq pas,
large de dix-huit pouces, et courant sur une pente innous prêtt | clinée (1).
e de grève, que la mer des falaises ui nous enau rocher.
ue nous es q Agenor l’a bien passé, Tire lire, nous voyant
fredonnai-je gaiement, sur l’air des Canards; et fermement, je posai le pied sur l’étroite lisière. En ce moment, un caillou roule sous mon talon ferré. La terre et le tuf s’égrennent sous moi. Je les sens qui cèdent, et connaissions| les entends qui tombent à pic dans l’abîme. Mais avec eteraignant| un sabot de mule on passe partout, me disai-je ; et m’aireculée de la] dant unguibus et rostro, les reins souples comme une lame
délicate, lel d’acier, j'appuis légèrement sur le sol qui cherche à se une paire dé —
Lu mépris du (1) Une petite plate forme, entourée d’une balustrade en fer, sé
dand pare maintenant le point d’intersection des échelles, et rend l’aseronné ANT ension plus commode.
yez le pied
dérober, et saute sur le dernier barreau de la seconde échelle. Celle-ci avait une longueur de quarante pieds. Tout en nage, les yeux fixés sur le sommet qui surplombe, les mains fermement posées sur les barres, je gravissais lentement l’espace, pendant que je traînais sur mon dos, cet étrange frisson que donne le vide. Dix échelons restaient encore ; puis tout était fini, Mais, horreur ! mes jambes se roidissent ! Je viens de sentir distinctement l'échelle osciller dans ses erampons de fer, et se détacher du rocher ! Une sueur froide couvre mon front : mes yeux se ferment involontairement, Le vertige bourdonne dans mes oreilles : il veut s'emparer de mon cerveau ; et déjà je suis envahi par cette attraction mystérieuse qu'exerce toujours l’obfme. sur les proies qu’il veut se donner- Le vide m'attirait : j'allais lâcher prise pour tomber dans lFhorrible spirale, lorsqu'un reste de volonté se prend à refluer vers non cœur. Ma droite ct ma gauche se font tenailles : arrachent le corps à sa dangereuse immobilité ; soulèvent mes jambes, qui sont devenues lourdes comme des masses de plomb, et par un dernier effort me déposent sur la crète dentelée du gouffre.
À quatre-vingts pieds en Fair, je venais d'éprouver ce mouvement de tangage, que ressentent quelquefois sur terre les personnes qui arrivent de la mer; et je ne sais s’il me fallait passer en cette minute, par toutes les aconies du vertige pour en être guéri, mais depuis, j'ai refait cinq ou six fois cette route aérienne, et j'ai grimpé
seconde dans les mâtures les plus hautes, sans jamais éprouver
te pieds. la moindre faiblesse, ni la moindre crainte, qui sur-
Le spectacle qui nous attendait sur l’île, était encore Jarres. J£
7. plus extraordinaire que celui que nous avions contemplé D. AL du pont du vapeur. Pendant que nous nous reposions vide. de sur le maigre gazon du rocher, des myriades de godets, Fu de margaux, de perroquets de mer et de marmettes étaient là, couvant et jacassant, à une longueur de bâton. (2) Divisés en cantons, comme du temps de Cartier Rs La et de Champlain, leurs nids abondaient et surgissaient s'emparer de partout, Ici, c'était celui du margaux, petit creux ie Hd: entouré de branchage et de terre, où reposait un œuf blanc, de la grosseur de celui d’une oie, Là-bas, les macareux du nord dormaient dans les anfractuosités du
de sentir mpons de ue couvre
ne, sur les ait : j'allais
A rocher, ou entraient, puis ressortaient fleymatiquement parale, s° ‘ . x ë à Fe vi
| Los des terriers qu'ils s'étaient creusé à même la falaise, | vers
| Serrés en rang le long des corniches de l’île, ceux-ci,
nailles : ; E ES graves et hautains, faisaient l'effet d’une chambre de bilité ; sOucomme des (1) Les marins canadiens ont conservé à deux de ces espèecs d'oiseaux les noms que leur donna Cartier : celui du mergtx et du godet. Seulement, par abréviation, ils disent god en parlant de co dernier. Champlain avait nommé le inargrux le Htnguer.r
ie déposent