‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme]Chapitre 24 sur 26 · HAS AAA ANSE SR · texte numérisé non relu

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sans le savoir, le pied du marchand de poisson ou du spéculateur de charbon de terre. Non ! Ce que le temps et la rage des hommes avaient démantelé et fini par niveler, reprenait une forme sous le coup de baguette de la pensée, La ville royale surgissait de nouveau hors des mornes qui la recouvrent, pour m'apparaître avec sa cathédrale, son théâtre, sa brasserie, ses chapelles, ses hôpitaux, ses couvents, ses riches demeures, La brise du golfe m’apportait alors des bruits de clairons et des roulements de tambours. De fortes patrouilles parcouraient en cadence ces remparts disparus, qui miraient de nouveau leurs massives assises dans l'eau dormante de leurs fossés. Le lourd pont-levis chargé de protéger la ville du coté de la campagne, se levait au commaudement d’un cflcier supérieur, et allait se boucler à de gigantesques supports, La batterie tournante qui en défendaient l'entrée se mettait à tonner, comme aux jours de parade de jadis, et du côté de la mer, des corsaires taillés pour ka course sortaient du port qui leur servait de nid, ct se couvrant de toiles, allaient courir sus à l'Anglais. Puis les mauvais jours arrivaient à tire-d’aile. Bigot qui devait débuter par la catastrophe de la flotte du duc d’Anville, pour finir par être si fatale

à ia Nouvelle France tout entière, était là. Ilenve.|

loppait le malheureux Louisbourg dans les effluves de son mauvais-œil. Commissaire-ordonnateur de la colonie du Cap-Breton, il apportait déjà au règlement de la solde des hommes, ce manque de régularité qui, plus tard, devait le faire embastiller. La garnison sel

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des casernes, ainsi que des Re pe er A s magasins du roi; pendant

ant des divisions 1 i s intestines, prêchai guerre sainte, et faisant inscri lies ot scrire sur ses drapeaux les jots “* 1 il disperandum Christo duce,” venait siége devant la redoutable forteres U aa x ÉTAT se, uc lutte ter- | s'engageait alors; lutte étrange, où se de la veille s’obstinaient à se Dati: N ù Rae A en et à mourir au nom De Fe tandis qu’à leur tour les officiers, ce : Hs e Saint-Louis, dont pas un n’eût rougi d gueil à la pensée de tomber au ch: ’ Rue s'obstinaient pa Ne er ee par une fatale erreur, à se méfier de 1 ats. Et, consé ss | ; quence fatale! Loui i Louisbourg l’impr i a A g l’imprenable, tombait entre les mains d’ ie rime | Dit . e paysans, commandée par William Pe s etl arch: \ , Le marchand dont l'enseigne se trouvait à Le. Fo oint, un des bourgs ignorés de la N RES re L ni gs 19 a Nouvelle Angleterre à it que de graves diplomates s’ .

rendre le Cap Breton à la Fr : ance, en :

prise par de la Bourdonnaye one Pie lo: re ) gueil du vieu RUE me montait à la figure, en songeant a n avions pi ] i < = ns pas toujours été les vaincus de ces Rue que longtemps avant la chute de Louisb rs avant le traité d’Aix-la-Chapelle a | un capitai de Dieppe avait, avec une sold de ES M lord James Stuart de se nie i Pa ee mettre entre les mai EE mains du capitaine Claude le fort du

Port-aux-Baleines, où cet aventureux seigneur écossais était venu planter l’étendard du roi d'Angleterre (1).

À mesure que ces rêves de jadis passaient devant moi, pour aller se perdre au milieu des spirales bleuâtres de la fumée de mon cigare, ces fanfares de guerre, ces bruits devenaient de moins en moins distincts. Bientôt ils s'évanouirent. Seule, je n’entendis plus que la grande voix de la mer qui, # son tour, venait me raconter les mystérieux épisodes qui se sont déroulés au pieds des falaises du (ap-Breton. Devant mes yeux épouvantés passa alors comme l'éclair, un navire démâté, pourchassé par un ouragan de sud-est, Sur son tillac, je distinguais les mâles figures des jésuites Lallemand, Noyrot et de Vieuxpont, et j’entendais l'équipage constsrné chanter d’une voix tremblante le Salve Régina, pendant que le vaisseau affolé courrait toujours sur l'aile de la tourmente, Tout-à-coup un craquement terrible se fait entendre ; ces malheureux — à l’escephon de dix — viennent de s’abîmer sur les îles Canso, et bientôt mor oreille navrée n’est plus frappée que par la voix forte du P. Noyrot qui, entraîné par un énorme paquet de mer, psalmodie fermement ;

— In manus tuas Domine, commendo spiritum meum

Puis la vague suivante me montre à la hauteur de Louisbourg, le Chameau, “ grande et belle flûte du roi,

{1) Stuart fut amené en France au mois de décembre 1629, et remis entre les mains de Richelieu.

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commandée par M. de Voutron.” Naguère partie joyeuse des côtes de France, elle se trouvait maintenant en pleine perdition. Des éclésiastiques, de brillants officiers, des dames, un gouverneur des Trois-Rivières, M, de Louvigny, un intendant habile, M. de Chazel, venu pour remplacer M. Bézon, des soldats, des marins, des paysans se trouvent à bord. Mais que sont le rang, la puisance, la jeunesse, la beauté, l’habieté, la science, la force et le courage, devant le moindre des sauvages caprices de l'océan ? Un simple soulèvement-de sa vaste poitrine, a sufli pour précipiter corps et biens la frégate du roi au fond de l’abimne,

Chaque flot qui passait ainsi devant moi, avait sa lugubre histoire. L'un, engloutissait la frégate anglaise, le Nassau; démâtait et dispersait la flotte de l'amiral Holburn. L'autre, roulait des cadavres inconnus, des épaves oubliées, des navires sans noms. Un troisième plus aristocratique, ne voulait servir de suaire qu'aux naufragés de l’Auguste, Il courait porter sur la grève désolée les dépouilles de messeigneurs de Varennes, de Portneuf, de la Vercndrye, d’'Espervenche, de la Corne de Saint-Luc, de Marolles, de Pécaudy de Contrecœur, de Saint Blin, de Villebond de Sourdis, dela Darantaye; et celles des nobles et puissantes dames de Saint Paul de Mezières, de Sourdis et de Senneville. A côté de

ces noyés de haute lignée, ficttaient épars ics corps des grenadiers des régiments du Béarn et du Royal Roussillon, glorieux débris échappés aux batailles des plaines

d'Abraham et de Sainte-Foye, pour servir de pâture aux requins du golfe Saint-Laurent, et blanchir de leurs os les rives désertes du Cap Breton.

Franchement, le cigare que je fumais ne me tournait pas les idées à une folle gaicté. J’en secouai les cendres sur le plat-bord et, le lançant à la mer, j'allais essayer de jeter avec lui l'étrange vision qui m’obsédait, lorsque j'aperçus le ravissant groupe des îles de la Madclaine. Le soleil était à son couchant, et les collines rouges qui bordent la grève, se détachaient admirablement sur le vert des prairies qui prenaient une teinte mordorée, sous les rayons solaires. Le steamer entrait dans l’Anse-à-la. Cabane. En face de nous était le phare: et un peu à gauche, le village acadien éparpillé le long du demi-cerele formé par la crique. Tout autour du Napoléon III, des berges aux voiles peintes en rouge couraient chargés de poisson, et laissaient arriver sur la grève. On ferlait la toile: puis on démâtait ; et tout aussitôt de robustes pêcheurs au teint hâlé, aux bras nus, faisaient la chaîne et jetaient la morue, le hareng, le homard aux femmes qui les ramassaient et les empilaient sur le rivage. Dessinez à l'extrémité de ce paysage une petite grotte, som. bre, mystéricuse, qui montre aux poissons sa gucule béante: jetez un peu plus loin un rocher percé à jour, en ayant soin de laisser entrevoir à travers son arche les franges bleues de la mer, et vous aurez une marine de ces plus originales.

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Bien d’autres voyageurs que nous ont été frappés par l'aspect poétique des îles de la Madeleine. L'un d'eux, le savant amiral Bayfeld chargé d'en faire le relevé hydrographique, ne pouvait s'empêcher de consigner en ces termes, dans son ‘ Pilote du Saint-Laurent,” les impressions que lui avait causé l'approche de ce groupe:

— Par une journée chaude et ensoleillée, l'œil ne peut se rassasier de contempler ces falaises multicolores, où le rouge est la couleur dominante, et où le jaune blafard des lagunes de sable fait antithèse au vert tendre des paturages, au vert sombre des bois, au bleu saphir du oiel et de la mer. Ces contrastes produisent alors un effet extraordinaire, et contribuent à donner à cet archipel un cachet artistique, qu’on ne saurait retrouver aux autres îles du golfe Saint-Laurent. Par les jour de gros temps, lorsque le vent d'est fouette et fait rage, le paysage change, il est vrai ; mais il n’en reste pas moins aussi caractéristique. Alors les pics isolés des îles, leurs falaises échiffées, se glissent, apparaissent confusément à travers la pluie le brouillard, et semblent reliés entre eux par une ceinture de brisants qu! masquent presqu’entièrement les bancs de sables et les lagunes. Garde à vous matelots! n’approchez pas alors impunément de la Madeleine. En voulant la serrer de trop près, vous talonneriez, et vous seriez naufragés avant d’avoir pu même éventer le danger.

C’est ce qui arriva au Napo!éon III, jors de sa croisière de 1875. En voulant lui faire prendre la passe

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