‹ Promenades dans les deux Amérique 1876-1877 [microforme]Chapitre 24 sur 109 · LUS · texte numérisé non relu

LUS

* , SAN-FRANCISCO ” 87

demi couché dans des fauteuils-balançoires en canne, Sans que personne s'occupe de vous. A La partie basse de la ville qui avoisine les quais est consacrée au Commerce de gros. C’est le quar- , tier des entrepôts, des manufactures, des usines, des scieries, des fonderies de fer, des fabriques de toute sorte. On y circule sur de larges trottoirs. Le pa-

« vage des rues y est.rem placé par une épaisse couche

de poussière, tolérable en été, oüilne pleut jamais, mais qui, dans l'hiver, doit se convertir en une boue impraticable. aux piétons. n

À mesure que l'on s'éloigne du centre de la ville, les Constructions en bois deviennent plus com£ munes. Les boutiques sont remplacées par de chat mantes résidences particulières, séparées de li rue par un joli jardin plarifé de yuccas, de myrthes, de géraniums et de fuchsias aux fleurs ‘éclatantes, Nous ne connaissons, en France, ces derniers que sous la forme d'arbustes nains. A San-Francisco, ce sont de petits arbres, formant de véritables bosquets touffus et atteignant parfois la hauteur d’un premier étage Ë

La rue de la Mission, sur une longueur de plus d'un kilomètre, offre tune succession continue de frais jardins et d'élégants cottages; plus loin, elle traverse des terrains stériles couverts cèet là de. quelques misérables huttes en planches ‘grossières, autour desquelles le vent a formé de hautes dunes de sable mouvant, à la surface unie comme la neige. On enfonce jusqu'à mi-jambe dans ces Monticules de poussière impalpable, sans cesse

. déplacés par les caprices de l'atmosplière, C'est là x FT me ù

cependant, sur ce sol ingrat, que se FROMTOnS les jardins de Woodwards.

San-Francisco-est fière, et à juste titre, de ce bel établissement, où se presse, chaqüè dimanche, une foule de promeneurs. Comme toujours, c’est l’eau qui a transformé, en peu d'années, une dune stérile en vertes pelouses -ombragées de beaux arbres, Un musée d'histoire naturelle, une collection fort.complète deS animaux et dés produits du sol californien,

un bel aquarium, un. jardin botanique et zoo-

logique, de vastes serres, une galerie de tableaüx etde sculptures, enfin un restaurant et une salle de concert, telles sont les principales ‘attractions de. . ce beau jardin, que le touriste ne devra pas man-* quer:de visiter. Partout l'eau coule en abondance: des allées sinueuses serpentent à travers les rochers. où croissent de nombreuses variétés d'agaves. vigoureux et de robustes plantes grasses. Le feuillage odorant des myrthes et des eucalyptus vivifie l'atmosphère. De plus, on n’a rien négligé de ce qui peut coñûtribuer à l'dmusement etau oppenn 2 ‘physique de la jeunesse.

C'est ainsi que j'ai remarqué, outre un cirque et un gymnase fort bien organisés, un long bateau en forme d’anneau, flottant sur un bassin circulaire et en suivant les contours intérieurs. Une troupe d'enfant ramant avec énergie; prenaient “plaisir à le faire tourner avec rapidité sur luimême. Un pareil divertissement aurâit, je n'en doute pas, grand succès à Paris sur les bassins des Tuileries, j

Je fus, un jour, témoin d’un curieux spectacle.

)URS trouvent les % è

re, de ce bel nanche, une , C'est l’eau dune stérile arbres, Un on fort. comcalifornien, que et zo0de tableaüx une salle de

tractions de.

a pas man-°

abondance:

les rochers.

s d'agaves.

s. Le feuilptus vivifie gé de ce qui

eloppement

> un cirque n long babassin cirrieurs. Une ; prenaient té sur luiàit, je n'en

bassins des

x spectacle.

SAR FRANCISCO f 89 La veille, j'avais assisté à un meeting républicain

en l'honneur de la candidature de Hayes à la pré-

sidence. La féunion avait eu lieu dans une vaste halle tout enguirlandée et pavoisée de drapeaux et d'emblèmes patriotiques. Sur les murailles se lisaient, affichées en gro: caractères, force réclames et sentencès politiques. a Lasociété, bruyante “et mêlée, était composée

en grande partie de nègres ou d'hommes de cou-

leur fumant, chiquant et consommant les rafraîchissements servis en abondance: sur de longues

tables. De temps en temps, un énergumène; cher-

chant à dominer le tumulte, montait à la tribune

.étexpectorait une sorte de discours accompagné “de gestes et de contorsions véritablement insensées.. . «,

Puis une musique enrâgée, où la grosse caisse, les cymbales et le fifre remplissaient le principal rôle, éclatait brusquement sous les voûtes sonores ;

.. après quoi un nouvel orateur se précipitait à la tribune, ou ‘bien, monté sur uñe table, entamait Un nouveau speech. Be tout pour annoncer qu'une

grande démonstration ou « parade, » c’est le mot

consacré, aurait lieu le lendemain.

” Au jour dit, une colonne d’au moins 8,000 ,ci-

toyens, coiffés d’un képi blanc, revêtus d'un manteau vénitien en tôtle cirée blanche, âvec ces mots inscrits sur le dos : « Æayes Invincible, » porant chaçun, au bout d'une perche, un transparent illuminé, défilaient au‘/pas, rangés militairement quatre par quatre, avec: officiers au manteau"et au képi rougeS en serre-file; chaque section, désignée par une lotiré de l’alphabet, était +, À 8,

précédéo d'une musique semblable à. celle que: j'avais entendue la veille. Une foule ‘immense gârnissait. les trottoirs sur le passage de la colonne ; la cireulation des cars était, interrompue.

* Pendant plus de deux heures, l'interminableprocession défila en bon ordre dans les principales ruës? chaque: hoinme tenait à la main un petit paquet de formé allongée dont je ne m ‘exphiquai pas tout d° abord l'usage.

out à coup, v vers dix heures ct lenies alors . que la colonne, massée sur huit hemmes de front dans la rue Kearney, y occupait uno étendue de | ‘ plus d'un kilomètre. én ligno droite, à un signal donné par üne fusée, chaque homme, tout en continuant à marcher ay pas, mitle feu aux pièces. d'artifice qu'il tenait À la main. Aussitôt, des * fenêtres et des balcons républicains partirent - d'innombr ables fusées, pétards; soleils, feux de Bengale, etc.; les fenêétres démocrale: , seules, restaient fermées ct silenciouses. Pégdant unc demi-heure un feu Re entreméle de frénétiques hurrahs dura sans inter ruption, tandis que a musique, de DIS en plus enragée, estropiait | tant bien que. mal des'airs tirés de Madame Angot. Lorsque” Îles dernièrés fusées rent été consumées, la colonné rentra son quarfier général, sie durmeeting de la veille, illuminé par un Er tot de eppeaux allumé en pleine rue. Fa, chaque citoyen déposa ses insignes et rentra en- a mer suite dans la vie privée. que, A ce sujet, on m'a affirmé qué les personnes res- en el Peclables de la ville s'abstenaient généralement. sons

)JURS

à celle que:

1imense gâr- ? $

la colonne ; ue.

hterminable.

principales in un petit m'exphquai

emie, alors

ics do front” étendue de |

à un signàl out en con-

1 \ aux pièces +.

issitôt, des s partirent ls, feux de es, seules,

dant une » de fréné-

tandis que , estropiait |

dame Annt été coner général, né par un e rue, Là,

rentra en-

onnes 7'es-

iéralement-

: Chaquéparti cherche à.

” SAN=FRANCISCO

de préadre part à plupart des gens qui la composent reçoivent un dollar pour our soirée. C'était aujourd'hui le tour des républicains, Demain, les démocrates : orgiseront une parade exactement semblable, surpasser le parti rival, en exhibant to-plus grand musiciensg de paradistes, de transparents et do ièces d'artifice. Seulement lo: jour de la-parade émocrato, ns balcons. républicains resteront dâns l'ômbre, et les fenêtres formées aujourd'hui * prendroût alors uno revanche éclatante. Du reste, aucüne démonstration hostile du

Chacun résecte lés convictiôns de son voisin.

Pour en finir avec la politique, an me dit que le parti républicain est celui qui compte le plus \ d'adhérents à Sa-Franciséo, et que :

lémocrates. ne*-pourront organiser une aussi, brillante que celle de ce soir: —.

De l'hôtel où je suis logé, au coin de Pine-slreet et de.Kearney, je n'ai que deux cénts pas à faire : pourmo trouver en Chine. On Saibque les Chinois : fgirmillent en Californie et que leur nombre tend toujours à s'accroitre." On évalue aujourd'hui à | trente mille le nombre des fils du Céleste-Empire | fixés à San-lrancisco. Ils n'occupent pas, comme | je lspppôsais, un quartier reculé, C’est au centre “dti ville, à deux pas des artères les plus commerçantes, qu'ils ont pris solidement lacine et que, de là, ils tendent CconStamment à s'étendre, en envahissant peu à peu eldéfinitivement les mai-

Sons voisines. Là où un Chinois s'est'installé, il sera |.

nombre possible dé.

parti opposé. *

jamais les: * parade :,

-ces Sortes dedémonstrations. La |

remplacé par un autre Chinois, mais jamais par un Américain. C'est ainsi que leur colonie, d'abord

restreinte à quelques blocs-ou carrés de maisons, a envahi successivement les blocs voisins, ‘et forné . . maintenant, dans la ville américaine, une véri-

table .enclave chinoise, avec ses mœurs particulières, ses usages et ses.institutions immuables. Jenè me lasse pas dé:parcourir ce quagtier si

nouveau et si intéressant gour moi. - -J'examine : chaque boutique, je regarde tout, j Sun partout ; | C ‘est mon droit ici, les. Chinois sônt habitdés à ces

sortes de. visites et ne s'en préoccupent pas le moins du mondé.

Toute ure population jaune grouille dans. les sous-sols généralement occupés par les boutiques

-des barbiers. Les clients attendent patiemment : leur tour, en mâchant le bétel,. tandis que: “Je ‘ patient présente son crâne barbouillé de savon”

au rasoir agile de l'habile opérateur aux bras nus. Q

À chaque pas un objet nouveau ire mon aften- . tion : tantôt c’est l’étalage d’un marchar de co-

aestibles ; ses denrées, peu ragoûtantes, arrivent À ectemint de Canton; ce sont des poissons racornis et desséchés ; des: canards fumés, à la peau grasse et luisante, aplatis, en forme de galette ; de petits jambons que je soupçonne fort d'appartenir à la race canine,.des œufs amenés soigneusement à un degré de pourriture convenable, des mélanges sans nom, des graisses indescriptibles,-des holothuries, des nageoires de requin et jusqu'aux

fameux nids d’hirondelles si recherchés des gour- ; j CCE

sar pre des éco et « son «TE dan sen | gra viel

e plor pré

noi!

den cam

ries rem

rec 7 Pi

F ges se di

chin leur

vert coul au-(

Le ricu:

URS

jamais par nie, d'abord

le maisons, ns, et fornié .

, une vér i— rg particümuables,.

quagtier si -J'examine r& partout ;

bittés à ces

pent pas le

le dans les s boutiques

patiemment .

dis que-e

é de savon’

r aux bras

mon aften- .

ar de coes, arrivent oissons ra- 8, à la peau galette ; de l'appartenir gneusement e, des méptibles, des t jusqu'aux

s des gour-

SAN=FRANCISCO

mots chinois. Unelodeur nauséabonde s'échappe de ‘ces comestibles é ranges et malpropres.

Les boucheries offrent surtout un aspect repous- : sant. La viandg.crue est éinincée en morceaux presque micros: opiques et rangée par petits tas ; des animaux étranges et suspects, fraichement écorchés, pet et dégouttant d ne s ‘agite au fond de la boutique sombre.

: Plus loin,

‘est un épicier;. on ne dout dans son m: pasin : des cigares, des sandales à semelle épaisse, des billets de loterie, des photographies, e enfin de l'opium - -que chaque client vient chercher muni de son petit pot. Le Vendeur. : plonge une/ baguette dans le vase qui contient la’ précieuse flenrée, retire une pareglle de matière noire et gluante, la pèse n'inutieuse nt, fait rapis dement sgn çaleul à l’aide d' un instrument spécial camposé fe tringles où sont enfilées plusieurs sé ries de boules, fait sonner la moynaie qui lui est remise, ét, au moyen de son pheat NEGEN la recette sur sonlivre. “ g | | Parto t de longues enseik us + iees d lar- 7 : gesbanderoles ên papier de couleur, sur lesquelles se détadhent en lettres d'or les bizarres caractères chinois! Les restaurants sont reconnaissables à, leurs transparents illüminés, à leurs balcons couverts de fleurs et ornés de lanternes èn papier de couleur, aux grosses boules rouges ne au-dessus dela rue.

Les/fruiteries en plein air ne sont pas moins curious Les fruits du pays sont mêlés aux pro-

ntéaet là. Le bouchér, à demi-nu ‘..

à CE \

Page 1