SUITE DE L'HISTOIRE DU BALLON
dangereuse qui a merveilleusement réussi; leur com'age est un élan héroïque d'enthousiasme pour la science : c'est la vaillance téméraire des chevaliers de la légende qui risquaient mille fois leur vie pour accomplir quelque brillante et glorieuse aventure. L'autre a tout calculé, tout combiné. Il y a des dangers, il le sait; mais il les prévoit, et il a mis toutes les chances de son côté. C'est le courage réfléchi du savant qui prépare ses moyens de sauvetage, et ne laisse que le moins possible au hasard. Le voyage de Charles et de Robert, par un si beau jour, devait être et fut en effet une heureuse et paisible promenade.
SUITE DE l'histoire DES BALLONS
Je ne puis vous raconter les expériences qui suivirent ces deux premiers voyages, ni vous faire en détail l'histoire des ballons : depuis le temps des Montgolfier près de vingt mille voyages aériens ont été faits. Et d'ailleurs j'aurai occasion de vous raconter plus loin les plus curieuses anecdotes, les plus intéressantes aventures des navigateurs de l'air. Je dois encore, cependant, vous citer quelques noms célèbres, et quelques faits qu'on ne peut passer sous silence dès qu'on parle de l'air et des ballons. — Tout d'abord disons que J. Montgolfier, après avoir € ouvert aux autres la route des cieuxi, suivant l'expression poétique de Charles, s'y élança lui-même l'année suivante dans une belle ascension qui eut lieu à Lyon avec un immense ballon à feu appelé le Flesselles; — car dès ce temps on prit l'habitude de donner des noms aux ballons, comme aux navires. C'était le plus grand ballon qui eût été fait jamais, jusqu'à ces derniers temps ; il avait quarante mètres de diamètre et était magnifiquement orné. Pilâtre et six autres voyageurs accompagnaient l'inventeur; le voyage fut des plus, heureux. Puis d'autres aéronautes, célèbres dans l'histoire de
leur art, s'élèvent à leur tour, soit dans des ballons à feu, auxquels on conserva le nom de montgolfières^ en souvenir de l'inventeur, soit dans des ballons gonflés au gaz : Blanchard, Lunardi, Testu-Brissy, Garnerin qui inventa l'appareil appelé parachute et dont nous parlerons plus loin. Même des dames voulurent aussi se promener dans les airs : madame Thible la première, puis madame Blanchard, la femme de l'aéronaute du même nom, madame et mademoiselle Garnerin. Mais peu à peu on abandonna l'usage des ballons à feu, trop dangereux; et depuis on ne se sert plus que de ballons à gaz. Le plus grand changement qu'on ait fait est de remplacer presque toujours le gaz hydrogène, coûteux, pénible à préparer, nécessitant d'incommodes appareils, par le gaz d'éclairage lui-même, en grande partie formé d'hydrogène et qu'il est facile de s procurer dans les grandes villes*. Le gaz d'éclairage, en effet, est essentiellement constitué d'hydrogène carboné^ c'est-à-dire d'hydrogène combiné avecune quantité considérable de (Carbone, — de charbon, autrement dit, — mais de carbone en atomes flottants, insaisissables, invisibles, de même que celui qui fait partie de l'acide carbonique de l'air : en sorte que le gaz d'éclairage est transparent comme l'hydrogène, comme l'air luimême.
Malgré toutes les ingénieuses précautions du savant Charles, malgré certains appareils de sûreté imaginés depuis, il y eut -d'assez nombreux accidents; beaucoup de ballons furent déchirés, plusieurs aéronautes, une vingtaine environ sur sept ou huit mille depuis le commencement de l'invention, ont péri tristement. Mais aussi faut-il dire que, dans les premiers temps surtout, de téméraires aéronautes semblaient s'ingénier à augmenter le péril pour le plaisir de le braver : c'étaient des imprudences inouïes, des tours à se rompre mille fois le cou; et c'est miracle que la plupart en aient réchappé ! Jugez plutôt : •sans compter ceux qui s'embarquaient juste sur le rivage de la mer, quand le vent pouvait les pousser sur l'océan, c'était Mos-