SUITE DE L*HISTOIRE DES BALLONS
ment, qui se faisait enlever non pas dans un char creux, mais debout sur une simple plate-forme, sans appui... Un beau jour il est précipité du haut des nues : cela ne pouvait manquer. Une autre fois c'est Testu-Brissy qui s'enlève à cfeeval, sur un cheval non attaché, posé sur une sorte de balcon : s'il eût été précipité aussi, celui-là, on eût pu dire qu'il ne l'avait pas volé! Ou bien c'est madame Blanchard, qui s'élevait de nuit, dans les fêtes, au milieu des illuminations, emportant dans son ballon des artifices qui devaient éclater en l'air... Un jour, le feu prit au gaz de son ballon, et la pauvre femme, précipitée sur les toits, se tua raide. Son mari avait eu plus de bonheur. Le premier il osa tenter la périlleuse aventure de passer la mer en ballon. Parti d'Angleterre avec le courageux docteur JefTries, il aborda les côtes de France, mais à grand'peine, et après avoir couru mille dangers : je vous raconterai cette histoire.
Le pauvre Pilâtre, le premier navigateur de Vair^ eut un triste sort. Il avait voulu réunir les deux moyens : le feu, le gaz ; son ballon était un globe rempli de gaz, et au-dessous un vaste sac en forme de cylindre formait une montgolfièrey dont l'air était échauffé au moyen d'un réchaud. Impossible d'imaginer une combinaison plus dangereuse. € C'est un foyer allumé sous un baril de poudre! > s'écriait le prudent Charles. Mais Pilâtre ne voulut rien entendre; accompagné d'un jeune homme nommé Romain, il partit de Boulogne-sur- Mer pour traverser la Manche et aborder en Angleterre... Son ballon 'éclata dans les airs, et les deux malheureux jeunes gens, tombant d'une hauteur immense, furent brisés dans la chute.
Mais si plusieurs périrent ainsi, victimes de leur imprudence, quelques autres aussi par suite d'accidents impossibles à prévoir, il ne faut pas cependant s'exagérer le péril ; par un temps qui n'est pas trop défavorable, avec un bon ballon moderne, bien construit, bien conditionné et muni de tous les appareils
nécessaires, un voyage aérien n'est pas plus dangereux, est moins dangereux peut-être qu'une simple promenade en baleau. Et je puis vous citer comme témoin le célèbre aéronaute anglais, Charles Green, qui fit dans sa vie plus de quatorze cents ascensions, de jour et de nuit, passa trois fois la Manche... et mourut tranquillement dans son lit à l'âge de 87 ans.
Il y eut aussi, — pour Tmir gaiement notre récit, — il y eut quelques insuccès célèbres, qui prêtèrent beaucoup à rire, et une multitude de projets, plus inexécutables, plus fous les uns que les autres. En même temps qu'ils enflammaient l'enthousiasme, les globes votants, comme on disait alors, et leurs voyageurs aériens prêtaient à mille gaies plaisanteries. On s'amusait à représenter l'aéronaule comme un chemîier errant