‹ Promenades Dans Les NuagesChapitre 14 sur 43 · LES BALLONS DU SIÈGE DE PARIS · texte numérisé non relu

LES BALLONS DU SIÈGE DE PARIS

de Tatr, partant pour aller demander un gîte dans quelque planète lointaine, et léger de bagage :

t Dans sa poche un bqmiet de nuit, t Pour la lune un mot de crédit... »

{Chanson du temps.)

Si les voyages les mieux réussis excitaient ainsi la gaité, je VOUS demande quels éclats de rire, quel feu roulant de plair sauteries accueillaient les expériences manquées! — Un jour, en 4785, un certain abbé Miolan devait s'élever du jardin du Luxembourg à Paris, et naviguer dans les airs avec une merveilleuse facilité, au moyen d'un appareil de son invention. Cela fit grand bruit, et en présence d'une foule énorme la machine fut gonflée... Le ballon, mal combiné, mal construit, ne put pas seulement se soulever de terre. Certains spectateurs, exaspérés, le mirent en pièces. Ce fui, comme on dit vulgairement, un four... un four immense. Plus le téméraire inventeur avait promis de merveilles, plus il avait fait sonner la trompette, plus il est accablé de ridicule, raillé, bafoué. On en ût des chansons. — Mais pensez si Ton dut rire, quand un plaisant ingénieux, en faisant Yanagranime\ s'avisa de trouver dans le nom même de l'infortuné inventeur, Vabbé Miolan^ les mots : Ballon abîmé! — Bizarre coïncidence, qui semble un vrai fait exprès; les anciens auraient dit : un présage!

LBS BALLONS DU SliCE DB PARIS

Yoilà donc un siècle que les ballons sont inventés. A quoi ontils servi jusqu'ici, demanierez-vous peut-être? Quel service nous a-t-il rendu, cet « enfant > que Franklin vit naître... et qui doit avoir eu le temps de grandir I — Il n'a pas réalisé toutes les

1. Anagramme : sorte de jeu de mots qui consiste à retourner les lettres d'un nom pour tâcher de produire, en les combinant autrement, des mots offrant un sens raisonnable.

merveilles qu'en atlendaient les enthousiastes spectateurs des premiers voyages aériens; mais il n'a pas été non plus inutile. Les aérostats ont rendu de sérieux services à la défense du pays, à la science.

C'était une idée bien naturelle que celle de s'élever i grande hauteur dans un ballon captifs c'est-à-dire retenu par des cordes, pour observer de loin, à la guerre, les manœuvres de l'ennemi, connaître son plan de bataille, déjouer ses ruses, dominer les remparts d'une place assiégée. Mais cette opération, comme vous l'imaginez bien, offre mille dan* gers. Pourtant l'invention des ballons était vieille' de quelques années à peine, quand de braves officiers français osèrent les ^premiers tenter cette aventure périlleuse. C'était en 4794, alors que les jeunes armées de la République tenaient tête à toute l'Europe coalisée contrenous. Sous les ordres d'un savant et intrépide officier nommé Coutelle, des ballons furent construits et transportés à l'armée du Rhin, qui opérait alors aux environs de Maubeuge ; un corps d'aérostier s fut créé pour exécuter les manœuvres nécessaires, très difficiles au milieu des camps.

Transporté sur le terrain, au milieu de l'armée, le ballon s'élevait, retenu par deux cordes. Du haut de la nacelle le vaillant Coutelle dominait la campagne, semblait planer sur l'ennemi, déconcerté de tant d'audace, comme un épervier qui plane sur des petits oiseaux. Il surveillait tous les mouvements des troupes ennemies, et par des signaux convenus il les faisait connaître à nos généraux. Les Autrichiens faisaient tirer contre le ballon des coups de fusil , des coups de canon : qu'importe 1 Parfois aussi quelque rafale s'abattait sur le globe, le ballotait, le rejetait vers la terre, et le heurtait même rudement contre le sol. On ne se laissait pas effrayer. Pendant la bataille de Fleurus le ballon ne cessa de planer au-dessus du champ de mêlée, et les avis que donna Coutelle contribuèrent grandement i la victoire. Croirait-on que depuis, pendant les grandes guerres

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