Fond
avez vu aussi des nuelles légères, en un ciel clair et pur, flolter dans l*air à des hauteurs insondables. Rarement un gros nuage immobile persiste obstinément, avec le même aspect, pendant des heures entières; souvent plutôt on voit les nuées courir, traverser le ciel, emportées par un souille de tempête, comme un vol immense de grands oiseaux gris. — Que dirai -je de la couleur des nuages, ici d'un gris terne et plombé, là noirs comme la nuit; ailleurs d'un blanc léger et doux, quelquefois étincelants de clarté, réfléchissant des blancheurs éblouissantes, comme la neige aux rayons du soleil?
Parmi ces formes changeantes, Timagination se plait à saisir quelques traits fugitifs rappelant des objets connus. On voit tout dans les nuages, tout ce qu'on veut bien voir. . . des châteaux , des tours en ruines, des arbres au feuillage toufl'u, et des pro* fils d'animaux, de monstres grimaçants. Une des formes les plus belles, et les plus ordinaires, c'est celle de montagnes de nuages entassées à l'horizon. Parfois l'illusion est complète et merveilleuse. — Ne voyez-vous pas, là-bas, derrière la colline, se dresser des pics hardis qui n'y étaient point hier? C'est la chaîne immense qu'une fée vient de créer, d'un coup de sa magique baguette, avec des vapeurs enlevées aux réservoirs des mers, et des rayons de lumière pris au trésor du soleil. Voyez : leur base s'appuie sur les lointains; des contreforts sombres, étages les uns derrière les autres, étaient leurs flancs grisâtres. Sur les sommets qui pointent dans le ciel bleu s'étale comme une nappe la blancheur des neiges éblouissantes. Ici on dirait un glacier qui descend sur la pente, là le trait sinueux d'un torrent écumant; du rocher aigu une masse neigeuse surplombante se détache et s'écroule en énorme avalanche... Vous n'avez pas vu les Alpes? La fée vient de les dessiner là-bas pour vous, plus majestueuses et plus poétiques qu'elles ne peuvent être en réalité! — C'est surtout le soir, après une belle journée et quand l'air est tranquille, qu'on voit vers l'horizon s'étendre de gi*andes bandes de nuages, des raies étroites et horizontales,
tantôt cendréesi tantôt blanchâtres. Souvent, assis sur les rochers du rivage, j*ai longuement contemplé ces grandes raies sombres qui se détachaient sur le ciel clair, après le soleil couché, au-dessus de la mer. Quelquefois de légères vapeurs effaçaient, dans la lueur du couchant, la ligne de Thorizon, et le ciel semblait continuer la mer, comme un océan sans limite, montant, se perdant dans Tinfini... Alors les raies de nuages devenaient les îles de cette mer lumineuse, ou des rivages lointains, découpés de caps et de baies.
Mille fois, n'est-ce pas, vous avez admiré, par une claire journée, quand le vent qui régnait le matin tombe vers le midi, le ciel tout ouaté de petites nuelles blanches et floconneuses, semblables à de la laine cardée, souvent semées avec une étonnante régularité. L'enfant de nos grèves compare le réseau qu'elles forment aux petites rides régulièrement entrecroisées que la mer laisse en se retirant sur le sable humide; le pHtre, en les voyant, pense à ses troupeaux et dit que le ciel est à moutons.
■ Mais sous Taquilon qui les roule
» £n mille plis capricieux,
» Murs, palais, temples, tout s*écroule,
» Tout fond dans le vide des cieux;
» Ce n*est plus qu'un troupeau candide
> Qu'un pasteur invisible guide
» Dans les plaines de Thorizon,
• Sous ses pas Tazur se dévoile
» Et le vent d'étoile en étoile
» Disperse leur blanche toison. »
Ainsi disait, décrivant les aspects fantastiques des nuées et leurs illusions changeantes, un de nos grands écrivains, Lamartine; et vous voyez que le poète a simplement traduit en vers charmants la naïve et gracieuse métaphore^ que nos enfants de la campagne avaient bien trouvée sans lui.