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Comparaison, expression figurée

iO INTRODUCTION.

Mais tandis que l'enfant et le poète se complaiseol en ces ingénieuses comparaisons, le savant, l'observateur ne s'en lient pas là. Tout d'abord il tâche de démêler dans ces figures variées les aspects les plus remarquables et les plus caractéristiques'. Puis il veut connaîlre la nature intime de ces vapeurs; il se demande d'où elles viennent, comment elles se forment et se condensent; quelle force les chasse à travers l'espace, d'où elles tirent le feu qui fait l'éclair, comment elles se transforment en pluie, en neige, en grêle dévastatrice. Après la contemplation il veut l'explication; en un mol, il cherche à former une science.

La science des phénomènes qui se passent dans l'atmosphère a reçu le nom de météorologie, parce qu'on avait donné à ces phénomènes eux-mêmes le nom de météores : science vaste et variée^ l'une des plus attrayantes pour l'imagination, et en même temps l'une des plus utiles;

Quoi de plus varié en effet, quoi de plus attrayant pour un esprit observateur, qui aime à se rendre compte des causes : les mouvements de la chaleur et les jeux de la lumière dans

1. Il y a déjà longtemps qu'an a enayi de faire une datiifiealion de* diveria forma da nuaga. Mais comme lea observaleurB d'alori, — qui n'étaienl jamais

allia dana lea nuagei, et ne lea avaient vus, cocnme vous, que d'en bat, ne

connaissaient pas bien encore la formation de ces amas de vapeurs condensées, ils avaient classé les nuages, non pas selon leur nature, mais limplemeat itlon leur tuptcl, leur donnant des noms eitraitt du latin, el qui en expriment l'appiirEni^e. Le mot de cumulus (en latin entatiement) ddsipie ces amas de vapeurs ciiLissées, épaiiseg, qui souvent prenaeni les formes bizarres de ruloei.de itionsii'ts, de montagnes. Les nuages en forme de raies traversant te ciel horiicnlalnmcal reçorent le nom do ttralut (en latin couche), qui exprime leur silualiiin; el ce* légères nuelles qui llalteat haut dans l'air, plumeuses ou colond'aspect, éditées, moutonnées, portent le nom de cima (ou cirrhus) qui lignifie /toroni. Knfln un nuage gris, épais et sombre, bas, prfil à fondre en pluie, ipiclle que soit sa forme, est appelé nimbus (nuage pluvieux). — Il importe de retenir cei noms, fort usités dans les deacriplions.

l'atmosphère, la formation des nuages, Torigine des pluies et des neiges, des orages et de la foudre, des vents et des tempêtes ! Et quoi de plus utile à connaître, puisque notre vie à tous dépend, directement, ou indirectement, de ces phénomènes, tantôt bienfaisants et tantôt redoutables. Et déjà vous avez compris quel intérêt nous avons à savoir ce qui se passe là-haut! — Connaître la cause et la marche de tous ces phénomènes, cela conduirait à les prédire, — comme on peut prédire à coup sûr le point du ciel où devra apparaître un astre quand on connaît son orbite. Pouvoir prédire le temps, ne fut-ce que cinq ou six jours à Tavance, pour les agriculteurs quelle chose importante I Et pour les marins, les pécheurs de nos côtes ! — La seule connaissance de la marche des vents et des tempêtes tournoyantes^ découverte il y a quelques années seulement, a déjà sauvé la vie à des milliers de navigateurs. — Prédire le temps ! Âh ! nous sommes bien loin de là encore ! Y arrivera-t-on jamais? Sans doute, dans une certaine mesure du moins, quand nous serons plus savants. Mais la météorologie est une science si difficile et si compliquée, si peu avancée encore! Or, parmi les causes qui rendent ces études difficiles, il en est une que vous allez comprendre tout de suite : c'est que la plupart de ces phénomènes qu'i] s'agit d'observer se passent bien haut, bien haut audessus de nos tètes ! Comment expliquer ce que l'on ne peut voir que de loin? Plus d'un, parmi les savants du dernier siècle, fatigué, découragé de lever en vain la tête et de sonder en vain l'espace, s'est dit avec envie : e Ah! si onpouvait y aller voir! » Ce n'est pas d'aujourd'hui, comme bien vous le pensez, que les phénbmènes merveilleux de l'atmosphère ont frappé l'imagination et attiré l.a pensée des hommes. Dès qu'il y eut des yeux humains pour contempler le ciel, il y eut aussi des cervelles humaines qui se creusaient pour tâcher d'expliquer ce qu'on voyait là-haut. Pourtant la météorologie est une science toute moderne : je vais vous dire pourquoi.

12 IKTUÔDUCTION.

Les hommes des temps anciens ne pouvaient pas se faire une idée juste de Talmosphère ni des phénomènes qui s*y passent, parce qu'ils se faisaient une idée très fausse de Tensemble de Tunivers. Or tout se tient. Comment connaître le ciel, quand on ne connaît pas même la terre? Chaque homme, alors, chaque nation ne connaissait guère que son pays et les contrées environnantes; tout naïvement, ces gens s'imaginaient que le monde finissait là... Se fiant à leur première impression, ils se figuraient la terre plate. Puis cette terre où ils vivaient leur paraissait, — et c'était bien naturel, — une partie importante de l'univers, la plus importante même, le gros œtivre, pour ainsi dire, de l'édifice. Pour eux, l'univers était en trois parties. Au milieu, la terre, vaste, plate, dis-je, entourée d'eau peut-être, peut-être flottante. Au-dessus s'étendait le ciel, en voûte, posé comme un immense couvercle... c'était la région supérieure, la région de la lumière et de la splendeur; la région des nuages, du soleil et des étoiles : — car ils mettaient tout cela ensemble, et ne distinguaient point l'atmosphère du ciel des aslreSy de l'espace infini. Puis, alors, là-bas, sous la terre, sous les fondements de l'édifice, à la cave, pour ainsi dire, ils imaginaient je ne sais quels abîmes noirs, comme des cavernes immenses : les enfers y en latin tw/ert, lieux inférieurs; en grec hadès^ le sombre ; en hébreu schéol^ le souterrain : espaces ténébreux et maudits. Quant à l'air, pour eux, c'était rien... ou du moins ils ne pouvaient pas s'imaginer que ce fût réellement une matière. Prenant au propre la voûte du ciel, ils se représentaient souvent les étoiles comme de petites lampes accrochées là haut... puis deux grands flambeaux, allumés tout exprès pour éclairer la terre : le flambeau du jour, le soleil; et le flambeau de la nuit, la pâle lune. A cette explication toute naïve des choses, il y avait bien quelques difficultés... on s'en tirait comme ou pouvait! Tout d'abord, par exemple, voici le soleil que l'on voit se coucher le soir, d'un côté de la terre, et qui se lève, le lendemain, à l'opposé...

Il fallait bien imaginer que, pendant la nuit, il faisait le tour, en dessous, invisible, sans doute à travers les noires cavernes de Tabime, pour ressortir au matin de l'autre côté. Et puis les habitants des côtes le voyaient fort bien, au coucher, se plonger dans l'Océan : ils prétendaient même qu'on entendait le frémissement, au moment où il s'y enfonçait, comme d'un fer rouge qu'on plonge dans l'eau... — « Mais à ce compte leur soleil va s'éteindre ! i vous écriez-vous. — N'est-ce que cela? Les anciens Hindous, hommes ingénieux, y avaient bien pensé ; mais ils avaient trouvé moyen de se tirer d'aflaire : ils avaient inventé... deux esprits célestes, chargés de rallumer le soleil tous les matins, au sortir des eaux !

Je dois vous dire que dès l'antiquité, si les gens du peuple se contentaient d'explications de cette force-là, les savants, les penseurs, — et dès lors il y en avait, — ne s'en trouvaient pas satisfaits : ils cherchaient autre chose. Ils observaient déjà; ils raisonnaient ; et la science, petit à petit, commençait à se former. Ainsi dans l'antiquité il y eut des philosophes, des géomètres qui découvrirent la vraie forme, la forme sphérique de la terre, et même la mesurèrent par à peu près. Ils soupçonnaient du moins, s'ils ne pouvaient la mesurer, la grosseur énorme et l'immense distance du soleil, des étoiles. Mais, trompés par les apparences et trop hâtés de conclure, ils gardaient encore la terre immobile au centre du ciel. — La terre n'étant plus plate, il ne suffisait plus d'une demi-sphère pour la couvrir comme d'une cloche : ils se figurèrent alors le ciel comme une sphère entière, creuse, au milieu de laquelle était la terre. Et à cette sphère ils imaginèrent les étoiles attachées. Or comme les étoiles semblent tourner toutes ensemble, se levant d'un côté se couchant de l'autre, on se disait que cette,sphère du ciel tournait tout d'une pièce, avec ses étoiles, autour de la terre. Mais alors... autre difficulté. Comme le soleil, la lune, les planètes, ne paraissent pas tourner du même mouvement que les étoiles, mais avec des vitesses diflé-

rentes, une seule sphère ne sufTisait plus : il fallut en imaginer sept y — autant que de planètes alors connues, — emboîtées les unes dans les autres, et chacune tournant à sa façon, chacune ayant, Cxée contre elle, comme un clou doré dans une voûte, une des planètes... Enfin, puisque à travers toutes ces sphères des planètes on voyait les étoiles, plus éloignées, il fallait bien que ces sphères fussent transparentes : et on les disait de cristal! — Je n'en finirais pas s'il fallait vous exposer tous les systèmes qu'on imaginait pour rendre compte des phénomènes observés. Du moins sachez encore que, non-seulement dans l'antiquité, mais pendant tout le moyen âge aussi, les hommes les plus instruits avaient seuls quelque idée de ces systèmes — déjà plus rapprochés de la vérité, puisque la forme réelle de la terre était reconnue; et que non-seulement les gens du peuple, mais aussi nombre de personnages qui se donnaient pour savants, et imposaient volontiers leurs idées aux autres comme choses indiscutables, en étaient restés à l'antique voûte bleue, et aux noires cavernes sous la terre.

Or voilà qu'un beau jour, — il n'y a pas déjà tant de siècles, — la belle voûte bleue du ciel s'écroula avec fracas; les sphères cristallines aussi se brisèrent... Ce fut une immense débâcle, qui entraîna bien d'autres ruines. Qui a fait le coup ? Ah ! une audacieuse, une téméraire : la sciencCy qui venait de naître à peine ! — Vous comprenez ce que j'entends dire par toutes ces métaphores. Quand par l'observation on eut appris, sans plus pouvoir douter, que la terre n'était pas la partie essentielle et la plus importante, la grosse pièce de la machine de l'univers, mais qu'elle est, au contraire, un tout petit globe, comme un point perdu dans l'espace ; qu'elle n'était point au centre du monde, immobile; que le soleil, lalùne,lesétoiles ne tournaient point autour d'elle, mai^ que c'est elle qui tourne autour dti

soleil, planète parmi les planètes, et non pas même des plus grosses ; quand on sut que les étoiles se comptent non plus par milliers seulement, mais par millions, peut-être par milliards, qu'elles sont situées à des distances incommensurables, effrayantes pour l'imagination ; que les étoiles sont d'énormes soleils, et que le soleil lui-même est une des étoiles... alors on ne pouvait plus se représenter le ciel comme une voûte ni comme une sphère de cristal. Tous les anciens systèmes, créés par l'illusion des sens, par l'imagination, s'évanouissaient nécessairement ; et à la place il restait — la réalité ; la réalité mille fois plus belle, plus grandiose que tout ce que les hommes avaient osé rêver, plus poétique que tout ce que les poètes avaient chanté : l'infini de l'espace, le ciel sans limite, les mondes sans un ni nombre, tournoyant en rondes immenses ; le temps s'agrandissant comme l'étendue, jusqu'à l'infini.

Tout ce grand changement dans les idées, préparé depuis longtemps, s'accomplissait vers le xvi"* siècle, à l'époque de Copernic et de Galilée. On avait compris que, pour savoir la vérité sur les choses de la nature, il fallait non pas imaginer, mais obsei*ver. Et tout de suite on se mit à faire des observations et des expériences. De ces expériences continuées jusqu'à nos jours et qui se font chaque jour encore, il résulte pour nous des connaissances positives^ qui pourront s'étendre, s'agrandir, se rectifier même, — mais qui ne s'écrouleront pas.

En ce qui concerne l'air et les phénomènes qui se passent dans l'air, objet de notre présente causerie, il était devenu désormais impossible de confondre le ciel des nuages avec le ciel des étoilesj l'atmosphère avec l'espace sans borne où flottent les soleils. Il ne vint plus, tout d'abord, en l'idée de personne de douter que l'air ne fût bien réellement une matière; matière très légère, il est vrai, excessivement mobile, subtile comme on disait autrefois, échappant facilement aux yeux, insaisissable à la main. — L'air, dis-je, échappe au regard ; non pas toujours cependant : dans certaines conditions on peut

l'apercevoir. Je vous ferai voir de Tair, comme on voit de l'eau... Il est insaisissable; pourtant il n'échappe pas complètement au toucher non plus, car on sent très bien à la joue, à la main, l'impression d'un souffle, le frôlement du vent, c'està-dire le choc de l'air en mouvement, lancé contre notre corps. L'air est ce qu'on a appelé une matière gazeuse y un gaz (ou plutôt, comme nous le verrons bientôt, un mélange de plusieurs gaz). Nous connaissons, en outre, plusieurs autres gaz, légers, mobiles, insaisissables comme lui. — On se fait une idée de la manière d'être d'un gaz en le comparant avec un liquide. Tandis que l'objet solide garde sa forme, fait sentir une résistance très forte sous le doigt qui le presse, le liquide est chose excessivement mobile. Le liquide n'a pas déforme à lui; il coule, il fuit, il se répand, échappe entre les doigts, suinte par les plus petites fissures, s'agite sous le moindre choc, ne résiste pas sensiblement si on y enfonce le doigt. Le gaz offre des propriétés semblables, mais poussées à l'extrême: beaucoup plus léger, il est infiniment plus mobile aussi, plus fluide, plus difficile à retenir prisonnier ; il filtre à travers des pores ^ imperceptibles, et, s'il est en liberté, se répand en tous sens, se disperse, se dissémine; le moindre effort l'agite avec vitesse, et la main qui le fend n'éprouve pas de résistance appréciable. Les gaz se distinguent par d'autres propriétés encore ; mais celles-ci du moins sont les plus apparentes, celles qui frappent à première vue.

Et maintenant une telle matière, si insaisissable, si subtile, un gaz, l'air enfin, est-il, peut-il être chose pesantefLes anciens disaient non; s'en rapportant à la simple apparence, ils étaient persuadés que l'air était chose absolument légère^ c'est-à-dire aucunement pesante, de poids absolument nul. Un célèbre philosophe de l'ancienne Grèce, Aristote% homme fort habile et savant pour son temps, entreprit de vérifier la chose. Et pour

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