THERMO- MÈTRE
ISt PROMENADES DANS LES NUAGES.
est excess\\emeat sensible; la plus petite augmentation de chaleur le fait monter, le plus léger refroid issemenl le fait descendre d'une façon très visible. Librement suspendu dans l'air, il s'échauffe et se refroidit en même temps que l'air, et par conséquent il nous donnera la mesure de ce que nous appelons la température, — à une condition toutefois, c'est qu'il soit gradué, qu'il porte des degrés convenablement tracés pour servir de comparaison. Pour graduer un thermomètre {à mercure), on le plonge d'aboixl dans un vase plein de glace ou de neige fondante. Le liquide baisse; au point où il s'arrête, on fait un petit trait et l'on marque un zéro. Puis on enferme l'appareil dans un vase où Von fait bouillir de l'eau, de telle sorte qu'il soit tout entier plongé dans la vapeur de l'eau bouillante. Le mercure s'élève beaucoup; au point où il arrive, vers l'extrémité de la tige, on fait une autre marque et on écrit 100 degrés. Le thermomètre étant alors fixé sur sa planchette, on divise l'intervalle entre ces deux points en cent parties égales ; chaque partie représente ce que nous nommons un degré de chaleur. Puis on prolonge les divisions au-dessous du 0, autant qu'il est nécessaire. On a '""VuW* ^*^^^ construit ce qu'on appelle l'échelle du therrtiifUR SA momëtre. Mais observons bien une chose : en marquant au point inférieur, nous n'avons pas entendu exprimer par là qu'à ce degré il n'y a plus de chaleur du tout; loin de là. C'est tout simplement une désignation convenue pour dire: le degré de chaleur auquel la glace commence à fondre. Ce point de départ étant choisi, nous disons, pour donner l'idée exacte d'une certaine température : 10 degrés, ou 15 degrés, ou 20 degrés au-dessus de zéro, ou au-dessus de ta glace fondante. Mais il existe, on observe très souvent des températures plus froides que celle-ci : lorsqu'il gèle
1res fort, par exemple. Et alors nous donnons la mesure de celle quantité de chaleur encore moindre en disant, je suppose : le thermomètre marque 40 degrés, ou 20 degrés audessous de zéro, au-dessous de glace ^.
Maintenant que nous savons observer le thermomètre et inscrire les températures comme nos aéronautes eux-mêmes, nous allons pouvoir mesurer exactement Tintensité du froid qui nous gèle là-haut ... ce sera une consolation. Car il fait bien froid, savez-vous, à ces hauteurs ; et il n'est pas besoin d'attendre les indications du thermomètre pour s'en aperce-
voir!
Vous comprenez facilement que la température de l'air, à de grandes altitudes aussi bien qu'à terre, varie beaucoup suivant les saisons, suivant les heures de la journée, selon que le ciel est couvert ou que le soleil rayonne, que le vent souffle du nord ou du midi. Ainsi à une certaine hauteur où un acronaute a observé un jour un air doux et tiède, il se peut qu'un autre jour un autre observateur éprouve un froid vif et mordant. Ce qu'il faut entendre, c'est que, d'une manière générale, plus on s'élève dans l'atmosphère, plus la chaleur diminue. Seule-
1. Pour abréger, on est convenu de représenter dans récriture le mot degré par un petit * écrit en haut des chifTres; de pinson marque du signe -{- les degrés comptés au-dessus de zéro, et du signe — les degrés comptés en dessous. On écrit par exemple + 10*, + i2*; ou — 2", — 7*; vous lirez plui 10 degrés, plus 12 degrés; ou bien moine 2'', moitu 7 degrés, c'est-à-dire 10 ou 12 degrés de chaleur en plus, 2 ou 7 degrés en moins de la température à laquelle la glace commence à fondre. Il faut encore vous dire que le thermomètre ainsi gradué est celui qu'on appelle le thermomètre centigrade (à cent divisions) ; autrefois, d'après les indications d*un savant nommé Réaumur, qui s*était beaucoup occupé de la mesure de la température, on divisait Tintervalle entre le point de glace et celui de Teau bouillante, non pas en 100 parties, mais en 80 seulement. Les degrés de Véchelle, de la division ainsi faite, étaient donc plus grands : mais il suffit d'être averti, et on peut tenir compte de la différence. Vous verrez souvent d'anciens thermomètres qui portent marqués sur leur planchette, d'un côté du tube seulement quelquefois, les degrés de Réaumur. Mais cette division est aujourd'hui tout à fait abandonnée, parce que la division en 100 parties est plus commode. Donc, quand on parle de degrés à notre époque, c'est toujours de degrés centigrades qu'il s'agit.
ment cette décroissance de la température n'est pas régulière, mesurée, comme la diminution dépression par exemple. Ainsi, après avoir traversé en montant une couche d'air assez froide, il peut arriver qu'on en rencontre au-dessus une autre qui, aii^ lieu d'èlre plus froide encore comme on s'y attendait, soit au contraire plus tiède. Mais c'est là l'exception ; et cela n'empêchera pas que si, dans le même voyage, l'aéronaute s'élève à des hauteurs plus grandes encore, il ne fmisse par ressentir un froid de plus en plus intense. Laissons de côté pour un moment les cas exceptionnels ; supposons des conditions ordinaires, moy^nnes, comme on dit. Nous sommes partis par une belle journée, il vous en souvient, et le thermomètre au moment du départ, à Vombre, marquait, par exemple, 20°: ce qui est une haute température d'été : aussi fûtes-vous étonnés de voir nos voyageurs embarquer dans la nacelle de lourds paletots et de chaudes couvertures. Mais quelques minutes étaient à peine écoulées, et le ballon arrivé vers 400 mètres de hauteur, que déjà nos voyageurs éprouvaient l'impression d'une délicieuse fraîcheur; une douce température de printemps, 15*" environ. On monte, on monte, et vers 4000 mètres le thermomètre marque 10"*; 6* ou 7"* vers 2000 mètres. A 3500 mètres environ, le petit instrument dit 0° — et nous sommes en hiver. Passer ainsi en peu de minutes de juillet à décembre! Nos voyageurs, habitués à. la chaleur, sentent rudement le contraste. Ils sont saisis. Ah! voilà que les couvertures de voyage et les bons paletots fourrés vont être estimésà leur valeur ! Enveloppez-vous bien les jambes, mes amis; ce panier à jour n'a rien de chaud! — Et si nous nous élevions à 6000 ou 7000 mètres? Là règne un froid noir. Là on est transi, on a l'onglée, on a les mains bleues... Et en bas, au-dessous de nous, il y a des gens qui soufflent, qui suent de chaleur! — Toujours à cette hauteur de 7000 mètres l'aéronaute Sivel, le même qui périt si tristement comme je vous l'ai raconté, observa un froid de — 24° : une température de Sibérie! Dans sa grande ascension, où lui aussi faillit mourir,
M. Glaisher a trouvé celte même température, — 24®, pour le plus haut point de sa course, H 000 mètres. Mais voici plus encore : en plein mois de juillet, deux savants, MM. Bixio et Barrai, à la hauteur de 7000 mètres voient le thermomètre descendre jusqu'à 39° au-dessous de zéro. Un froid mortel! — Mais quelle sorte de température rencontrerait donc à cette hauteur un aéronaute qui partirait de terre en plein hiver, quand il gèle ici-bas à pierre fendre?
Vous comprenez combien le froid intense des hautes régions ajoute de souffrances à celles que l'aéronaute éprouve par suite de la rareté de Tair. Là nul abri; isolé, immobile dans sa nacelle... Ah! oui, diriez-vous : il n'y a pas grande place pour faire de l'exercice, afin de se réchauffer I > De l'exercice? Mais vous oubliez donc que c'est à peine si le pauvre voyageur a la force de faire un mouvement ? A une hauteur modeste de 4000 ou 5000 mètres, souvent il peut être déjà fort incommodé par le froid. Une seule chose tempère cette impression : c'est que l'aéronaute ne sent aucun souffle de vent, pour des raisons que je vous expliquerai plus lard. Or vous devez savoir par expérience qu'on supporte bien mieux un froid très vif, par un temps absolument calme, qu'un froid beaucoup moins rigoureux lorsqu'un vent rapide vous fouette, pénètre, semble-t-il, jusqu'à votre peau, malgré l'épaisseur des vêtements, et vous coupe, comme on dit, le visage. — Un jour, un pauvre aéronaute italien, nommé Zambeccari, venait de tomber dans la mer avec son ballon... Trempé jusqu'aux os, il a encore la force de jeter dehors un très lourd appareil. Le ballon, délesté tout à coup d'un poids très grand, se relève soudain, s'élance dans l'airavec la rapidité d'une flèche. Il atteint une hauteur énorme, où régnait un froid extrême : de plus, le mouvement du ballon fendant l'airavec vitesse faisait tomber sur l'aéronaute un souffle rapide et glacé. Ses vêtements mouillés gèlent sur son corps; il perd connaissance. Quand il reprit ses sens, au milieu de cruelles souffrances, ses mains avaient gelé... il fallut lui cou-
*4 ii'iL- i'- -^- :l.*i^
' •> V -i".. - .,.1 li 1 .rr - ^ " :.- - • ., .- ' .^f T ^
«rf '>£ *
"Z — ^ z'jr
^.•. -c^::^.t^:^i r: ri tz-lI;-. £ L- i^i: len iJ le
à>:x.:^ v.z:a:.^. c ^'ilr.zLz^i^. s'assUd s'ezicn, > disait éner- ->;-.>rr->ût à ^5 couijiriiiiis qj 5^ tralziicnt i peÎDe el seinhx^j-erj*. pr-^rU i d^îaLilir, un viLlml oarit-^dce, •^i\er>anl avec ses tio Jj^s on daL-eieîJLi pisso^e d-s Alj-s, c qiii^oDq je s'assied w'enJort, et quiconque s'enJvrt no se rêTeî'ie plus! > Les récits de- montagnards sont pleins de tra-iqaes histoires cent fois rép'ft^.e> : voya-eurs égarés, en-ouidis par le froid, auxquels la nei;!e (ait un linceul...
Mais ce qui vous étonnera peut-élre, c'est qu en ballon, comme auifsi sur les montagnes, lorsque le ciel est pur, ou quand on
a dépassé la hauteur des nuages, les rayons du soleil, à travers cet air froid, vous arrivent pénétrants et vifs, parfois d'une ardeur insupportable. Un savant observateur, de Saussure, raconte avec étonnement qu'il a été fort incommodé par la chaleur du soleil en gravissant le Mont-Blanc, en plein au milieu des neiges. < Vous êtes plongés, dit-il, dans un bain d'air glacial, la bise aiguë vous coupe le visage ; et en même temps les rayons du soleil vous tombent sur la tête, perçants comme des flèches ! > Aussi le guide Jorasse, un grimpeur déterminé, robuste montagnard, disait-il, mais sérieusement, à ses compagnons, que s'il avait à gravir une autre fois les plus hauts sommets du Mont-Blanc, il n'emporterait pas avec lui les moindres provisions :on n'a pas d'appétit; mais seulement un parasol... et un flacon d'eau de Cologne ! Beaucoup d'aéronaules ont éprouvé les mêmes sensations étranges, c A 4500 mètres, dit l'astronome Flammarion, dans le récit d'un de ses voyages aériens, nous avions un froid de i^*" au-dessous de zéro; tandis que le soleil était d'une chaleur intolérable sur nos têtes. > Chose surtout incommode, le rayonnement du soleil vous brûle le visage, le cou, vous chauffe le corps d*un côté, l'autre côté gèle... Pour égaliser un peu la température, il faudrait donc se tourner devant le soleil comme un rôti devant le feu! — à moins que le ballon lui-même ne tourne, ce qui est fort ordinaire.
Il y a, du reste, un moyen de mesurer cette force de rayour nement. Prenons notre thermomètre que nous tenions soigneusement à l'ombre, et qui nous marque la température de l'air environnant; présentons-le en face au soleil. Nous le voyons monter rapidement et d'un grand nombre de degrés, bien plus qu'il ne ferait, à terre, en semblable circonstance.
La raison de ce phénomène, en apparence bizarre, vous la comprenez sans peine. La chaleur rayonnante que nous lance directement le soleil et que nous ressentons si vivement, est, vous le savez par expérience, arrêtée par le moindre nuage. La
plus légère vapeur, presque invisible, Tattéiiue, la tempère beaucoup ; tandis que ses rayons traversent sans nul obstacle l'air froid, en même temps rare, extrêmement limpide et léger des grandes hauteurs, transparent pour la chaleur comme il est transparent pour la lumière.
Mais nous ne sommes pas seuls à éprouver cette influence; le ballon, lui aussi, s'en ressent. Sous ses toiles demi-transparentes, le gaz s'échauffe, absolument comme l'air sous le vitrage d'une serre. S'échauffant, il se dilate; il augmente de volume. Le ballon se tend, se gonfle davantage, la poussée augmente. Conséquence : nous montons plus vile. Lorsqu'on sort, par exemple, d'un nuage, aussitôt que l'aérostat pénètre dans l'air diaphane, que les rayons du soleil frappent le globe, il semble s'alléger comme si on eût jeté du lest. 11 reprend un plus vif essor; on dirait que le soleil l'attire en haut. Vous vous souvenez que la seule dilatation de l'air fortement chauffe suffit pour faire monter les montgolfières ; mais vous vous étonnez peut-être que la simple chaleur du soleil produise un effet sensible. — Un jour, à Dijon, des aéronautes avaient fait gonfler d'air leur ballon, afin de bien faire sécher sa toile fraîche vernie. C'était un beau jour de mai, le soleil frappait en plein le dôme de l'aérostat ; l'air intérieur s'échauffait. Tout à coup, le globe se dégage, s'enlève doucement dans les airs. Stupeur des hommes d'équipe! On n'avait pris aucune précaution pour l'assujettir très fortement au sol; qui se serait attendu à pareille escapade? Le fugitif n'alla pas bien haut, il est vrai, et son petit voyage en pleine liberté, par-dessus toits et murs, ne dura pas bien longtemps. On le ressaisit, on le ramène à ses arrêts ; on l'amarre bien, cette fois. — Ainsi un ballon plein d'air s'était enlevé avec son filet, son cercle, brisant des cordages et arrachant de terre un piquet, le tout par l'effet d'un simple coup de soleil, par la faible dilatation que cette chaleur modérée avait pu produire.
LB VENT ET LA ROtfTE
tt Mais où donc allons-nous enfin? » — Où nous mènera le vent. Recommandons-nous à Éole^y le dieu des aéronautes... Eole, en ce moment, dispose de nos destinées; où il voudra, nous irons. — Nous pouvons bien, par des manœuvres combinées, nous élever ou nous abaisser à notre gré, choisir, dans une certaine mesure, le moment ou même le terrain de notre descente. Tant que nous avons du gaz et du lest, nous sommes maîtres de nos mouvements en hauteur, dans le sens de la verticale. Mais pour ce qui est, au contraire, de la direction, du mouvement dans le sens horizontal, nous sommes les esclaves du vent. Le plus léger zéphyre nous emporte aussi irrésistiblement que la plus violente tempête; notre vaste globe est le jouet de tous les souilles de Tair, aussi bien que la frêle bulle de savon irisée que vous avez livrée à la brise.
L'aérostat dans Tair n'est pas dans la situation du navire sur la mer, du navire qui, poussé par le vent, peut, profitant de la résistance de l'eau, biaiser avec le vent, prendre une marche oblique à sa direction dans un sens ou dans Tautre, et même, par des marches obliques habilement combinées, gagner contre lui et se transporter en sens contraire de son courant. Il est, hélas ! comme la feuille sèche que la rivière emporte, et qui suit tous ses remous. Nous ne naviguons pas, nous flottons. — Ah! naviguer dans les airs, aller où l'on voudrait, diriger les bal' Ions enfin, comme on dirige une barque, quel rêve charmant I Mais jusqu'ici ce n'est qu'un rêve. Que n'a-t-on pas imaginé, combiné, essayé à grands efforts de génie, à grands frais, pour réaliser cette chose impossible, — impossible jusqu'à présent, — diriger un ballon ! Les uns ont mis à leur aérostat des voiles, les autres des rames, ou d'immenses ailes, pour le faire voler comme un oiseau; d'autres enfin des hélices ou ailes tournantes