‹ Promenades Dans Les NuagesChapitre 26 sur 43 · EFFETS DE LUMI&RE DANS LB0 NUAGES · texte numérisé non relu

EFFETS DE LUMI&RE DANS LB0 NUAGES

Qui dira les merveilleux effets de lumière quand les rayons du soleil se jouent à travers les nuages, se brisent et rejaillissent sur ces milliards de gouttelettes transparentes, ou sur ces aiguilles cristallines, semblables à des diamants taillés à facettes! Les mêmes phénomènes lumineux que nous pouvons observer

1. Les aiguilles de glace des nuages oot le plus souvent une longueur de 2 à 4 dixièmes de millimètre, et une épaisseur deâ à 5 centièmes de millimètre.

d'en bas se montrent aussi dans les hautes régions, et plus admirables encore ; et surtout il était curiëuK d'aller les examiner de près. Le plus beau de tous, le spleadide arc-en-ciel a souvent été observé en ballon. De plus les observateurs de la terre ne peuvent jamais apercevoir qu'un demi-cercle tout au plus : la terre leur cache le reste ; tandis qu'au-dessus des nuages les voyageurs aériens, eu des circonstances favorables, peuvent voir le cercle tout entier. C'est magnifique 1 Repré-

sentez-vous sagrande courbe, si régulière et si pure, ornée de couleurs d'une vivacité extrême, complète, ou bien visible & moitié seulement et enfonçant ses deux pieds dans les vagues grises d'une mer de nuages, au-dessous de la nacelle. — Vous savez que l'arc-en-ciel est un effet de la lumière du soleil, dont les rayons se réfractent, c'est-à-dire se brisent dans les gouttes diaphanes d'un nuage déjà transformé en pluie, puis se réfléchissent, rejaillissent vers les yeux du spectateur. L'explication complète du phénomène, de la forme arrondie de l'arc, de ses nuances si riches et si doucement fondues nous entraînerait

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trop loin de aolre sujet. Du moins vous avez retenu les condi* lions de sa formation : il apparaît toujours à Uopposé du so« leil. Il faut de plus pour le produire des gouttes de pluie déjà formées, non pas la fine poussière d*eau qui constitue les nuages ; il faut que le rayon du soleil frappe en plein sur ces gouttelettes : chacune alors brillera comme un diamant ; mieux encore, comme une perle de rosée sur l'herbe de la prairie, au lever du soleil. Et en effet, c'est le même phénomène. L'ensemble de ces gouttes rayonnantes dessine dans le nuage pluvieux la belle courbe, quelquefois complète, quelquefois brisée comme par fragments, quand la partie du ciel où elle devrait se continuer n*est pas semée de gouttes d'eau. Ce radieux phénomène est, comme vous le savez, le signe d'une averse qui va choir sur vous, ou bien peut-être un peu plus loin. La pâle clarté de la lune peut aussi, en frappant sur un nimbus qui se résout en pluie, donner naissance à un arc. Mais Varc-en-ciel lunaire^ naturellement, est beaucoup moins brillant, et ses couleurs sont ternes.

D'autres apparences encore se montrent au sein des nuages, produites par les rayons du soleil différemment reflétés. Ce sont, par exemple, des cercles de lueur blanche, ou colorés comme Tarc-en-ciel, mais de nuances plus pâles, entourant comme d'une auréole l'ombre de l'aérostat. — Car j'oubliais de vous dire qu'un des effets de lumière les plus curieux à observer en ballon, c'est l'ombre du ballon lui-même qui se projette tantôt sur le sol, tantôt sur les nuages. Souvent on la voit comme une petite tache noire, arrondie, qui glisse sur les champs et les prairies. Mais quand on est à grande hauteur, cette tache, rapetissée par la distance, est difficile à distinguer parmi les ombres des autres objets sur le sol; on la reconnaît à son mouvement rapide. Quand c'est un nuage qui se trouve derrière le ballon, à l'opposé du soleil, c'est naturellement sur lui que se forme Tombre; et alors elle se dessine beaucoup plus grande en apparence, souvent très noire, très nettement déta-

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chée sur te foad blanc du nuage éclairé eo plein. On voit, découpés comme des ombres chinoises, le globe, la nacelle avec ses cordages, puis les aéronautes eux-mêmes, dont l'ombre reproduit le profil elles gestes... amusante comédie dont s'égaient nos voyageurs. C'est alors qu'en certains cas ils peuvent apercevoir ces cerclesde lumière dont nous parlions, blancs ou

colorés de nuances pâles, qui couronnent leurs ombres comme d'une gloire. Ce phénomène porte le nom A'anlhélie, c'est-àdire opposé au soleil, mot exprimant la condition dans laquelle il se produit.

Mais d'autres fois au contraire, c'est du côté du soleil, autour de l'astre lui-même, qu'apparaît un beau cercle lumineux auquel on donne le nom de halo, qui signiiie couronne. Pour produire le phénomène, il faut qu'il y ait entre l'observateur

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elle soleil un de ces nuages légers etdemi-lraasparents formés d'aiguilles de glace: c'est donc surtouL au milieu des «ni» des hautes régions que dos navigateurs le verront apparaître. Les rayons du soleil traversent les fines aiguilles transparentes, taillées à facettes; ils s'y brisent comme dansun diamant qui scintille aux lumières, comme dans tes gouttelettes d'eau oii se forme

l'arc-eo-ciel. Aussi la couronne du halo est-elle ornée denuances semblables à celles de l'arc-en-ciel lui-même, mais plus pÂles. Quelquefois, au lieu d'un seul cercle, il en apparaît plusieurs, qui s'enveloppent les uns les autres ou s'entre-croisent. En d'autres circonstances on voit briller, à quelque distance du soleil, Untôtàdroite,tantôtà gauche, parfois au-dessus ou audessous, un ou même deux faux soleils ... Ce sont des taches de

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lumière, rondes ou ovales, parfois extrêmement brillantes, et qui rayonnent vivement comme l'astre lui-même; en sorte qu'on croirait voir < deux ou trois soleils dans les cieux ». Ces images resplendissantes portent le nom de parkélies, qui sjgniûe à côté du soleil. D'autres fois c'est dans une couche.de nuages, au-dessus ou au-dessous du soleil véritable, qu'apparaît la brillante image. C'est l'efTel de la vive lumière du soleil

qui se réQéchilsur les facettes des millions d'aiguilles de glace, à peu prés comme sur autant de petits miroirs : et le phénomène, il n'est pas besoin de vous le dire, n*a rien de plus prodigieux que les deux soleils que vous apercevez quand , l'astre se miredans l'eau paisible d'un étang. ...Lesapparences produites par la lumière réfléchie sur ces aiguilles de glace dont souvent leshautesrégionsdcralmosphère sont remplies, sont extrêmement variées, et splendides. Tantôt c'est une

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grande raie verticale de lumière passant par le soleil, qui figure aumilieu des nuées légères unecofonnelumineuse. End'autres circonstances, on aperçoit en outre une raie brillante horizontale croisant la première, en sorte que l'ensemble dessine une croix de lumière avec le soleil rayonnant au centre, parfois

de plus couronné d'un halo. De semblables apparences peuvent aussi se produire dans la nuit, autour de la lune : îl y a des halos lunaires, des colonnex et des croix lunaires; il apparaît parfois de fausses lunes o\iparasélènes{»aprksde la lune): seulement ces phéncfmènes sont beaucoup moins brillants que ceux auxquels donnent naissance les vifs rayons du soleil. Dans sa belle expédition nocturne de Paris en Allemagne, — toute une

nuit passée en ballon — l'astronome Flammarion obseiTa avec admiration \in magnifique halo lunaire orné de couleurs pâles.

Tous ces beaux efîels de lumière que les aéronautes ont eu souvent occasion d'admirer au milieu des nuages où se forme la neige, on peut les apercevoir aussi, mais beaucoup plus rare-

ment, et moins bien, de la terre. Or vous n'imaginez pasàcoinbien de mythes absurdes et de légendes fabuleuses ont donné lieu, dans l'antiquilé et au moyen âge, ces înoiTensives clartés, que de fiayeurs elles ont inspirées ! Les liommes des temps anciens, vous le savez, ignorants et crédules, superstitieux à l'excès, voyaient partout des prodiges et des présages. Toute chose qui semblait inexplicalile était alors tenue pour mystérieuse et sur-

naturelle. Surtout ce qui pouvait se montrer au ciel — ou dans les hautes régions de Tair, c'était pour eux la même chose, — était regardé comme un signe d*en haut, une annonce de ce qui devait amver. Selon l'aspect du phénomène, selon les dispositions de leurs âmes, c'élait une marque de la colère du ciel, ou bien, tout au contraire, de sa faveur. Rappelez-vous, par exemple, l'épouvante universelle lorsqu'il se montrait une comète! — f En ce temps>Ià, raconte naïvement tel vieil auteur du moyen â<re, on vit dans le ciel des choses effrayantes : trois soleils brillèrent à la fois... trois soleils qui se combattaient! (entendez: qui lançaient l'un .vers l'autre leurs rayons). C'était l'annonce de guerres horribles ! » — Une autre fois toute une multitude en marche avait vu, au lever du soleil, une colonne de feu brillant dans les nuées devant eux, et qui semblait leur montrer leur chemin vers l'Orient. — c Miracle ! ô miracle ! Une croix lumineuse est apparue dans le ciel. — Voyez-vous cette croix rayonnante? Compagnons, c'est le signe de la victoire! » — Ils se précipitent, exaltés, sûrs du triomphe, d'un élan irrésistible; et en effet, ils remportent la victoire. Aujourd'hui les phénomènes de la nature ne sont plus pour nous des prodiges; mais ce sont toujours des merveilles : — le sens même du mot a changé depuis l'antiquité. Nous ne les admirons pas moins: au contraire; mais nous n'en sommes plus effrayés. Et si par exemple une colonne de clarté ou une croix lumineuse apparaît dans les nuées, tout en contemplant le brillant météore et ravis de sa splendeur, nous nous disons tout tranquillement : c Effet de neige ! >

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