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L'ÉLECTRICITÉ ET LES GRÂCES

descendre. L'intrépide aéronaute plonge, s'enfonce dans cette mer de nuées noires. Les grondements du tonnerre éclataient efiroyablemenl. A chaque éclair, il lui semblait que le ciel tout entier s'embrasait autour de lui; puis devant ses yeux éblouis les ténèbres se refermaient, opaques, aveuglantes. L'électricité était en tel mouvement, que des jets de flamme vacillante, semblables à des aigrettes, à des panaches lumineux, jaillissaient de toutes parts du ballon lui-même, des angles de la nacelle, de la lance du pavillon, des objets métalliques que l'aéronaute tenait à la main. Spectacle merveilleux et formidable I Au milieu de toute cette fureur, l'homme, impassible, observait... Mais Testu-Brissy n'était pas un savant, et ses observations ne nous ont à peu près rien appris de nouveau sur l'électricité des nuages. — Du moins il traversa la couche orageuse sans recevoir aucune atteinte, et quelques instants après il prenait terre sans accident.

Au moyen des observations faites en ballon et de nombreuses expériences exécutées à terre on est arrivé à savoir sur les causes des orages ce qu'il me reste à vous expliquer brièvement.

Même par un temps serein, à quelque distance de la terre, Tair est presque toujours chargé, comme imprégné, si vous voulez, d'une certaine quantité d'électricité. Elle est ordinairement plus forte dans les nuages, et énormément accumulée dans les nuages que l'on nomme orageux. Mais d'où vient cette électricité? — La principale cause de l'électricité de l'air est l'évaporation des eaux, surtout celle des eaux de la mer. Chaque molécule de vapeur qui s'élève de la mer pour s'envoler dans l'atmosphère est pourvue d'une petite dose d'électricité qu'elle emporte avec elle. Cette électricité, naturellement, se répand dans l'air avec les vapeurs elles-mêmes; et comme ces vapeurs forment une énorme masse d'eau, l'électricité répandue dans l'air est aussi en quantité considérable. Puis, lorsque plus tard ces vapeurs se condensent en goût-

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telettes, en aiguilles de glace pour former des nuages, ces gouttelettes, ces aiguilles sont, naturellement, électrisées aussi plus ou moins fortement. Lorsque, par suite de certaines circonstances qui ne sont pas encore bien connues, rélectricité ainsi accumulée dans nn nuage est en quantité énorme, nous avons un nuage orageux. Alors cette force accumulée ne peut pas resterpluslongtempsemprisonnée ; l'électricité se dec/iarjfe; elle fait explosion, pour ainsi dire. L'éclair jaillit: une immense étincelle électrique qui a parfois plus d'unelieue de longueur; un craquement formidable ébranle l'air et se prolonge en longs roulements. Tout est en proportion. Mais que sont ces eiïets divers? Des mouvements. Léleclricité, avons-nous dit, est une fprce; et il est dans la nature d'une force de produire le mouvement. Le bruit, le son, qu'est-ce? Un mouvement, un ébranlement excessivement rapide, une vibration de l'air. L'éclair est chaleur et lumière; mais nous savons que la chaleur ellemême est une sorte de mouvement, la lumière également. — Maintenant, si la communication du mouvement électrique se propage jusqu'au sol, alorsl'éclair semble joindre d'un traitde feu la terre et le nuage. Dans ce cas, nous disons que le tonnerre tombe; les objets qui se trouvent sur le passage de l'électricité sont foudroyés. Des murs ébranlés, des arbres déchirés» des rochers fendus, de lourds objets lancés au loin, — voilà des effets de l'électricité atmosphérique : mouvements encore violents, proportionnés à sa redoutable énergie, comme la danse de nos petites balles à la minime quantité d'électricité que nous avions mise enjeu. Et l'être animé qu'elle atteint est incapable de résister à la secousse, au mouvement désordonné et subit produit dans tous ses organes intérieurs. La mort survient quelquefois sans qu'on puisse voir trace de blessure; tandis que d'autres fois le feu céleste, — l'intense chaleur produite, le brûle, le consume.

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