‹ Promenades Dans Les NuagesChapitre 42 sur 43 · BALLONS DIRIGEABLES ET BALLONS CAPTIFS · texte numérisé non relu

BALLONS DIRIGEABLES ET BALLONS CAPTIFS

BXPÉRIBHCBS SUR LA DIRBCTION DES BALLOHS.

Je VOUS ai promis de vous dire un mot des efforts tentés pour arriver à diriger les ballons : je tiens ma promesse pour flnir. Dès les premiers temps de l'invention, vous le savez, tout le monde avait conçu l'espoir de diriger dans les airs les globes volants, comme on disait alors. Et déjà des gens enthousiastes voyaient en imagination l'homme parcourir le ciel à son gré sur un vaisseau aérien, comme il traverse en tout sens les mers sur un navire docile au gouvernail. Non seulement on rêva, on imagina; mais aussi on essaya. Bon nombre d'inventeurs attachèrent à leur aérostat des rames comme à une barque, des ailes comme à un oiseau ; ou bien encore, des roues, des hélices semblables aux grandes ailes d'un moulin à vent. Rien ne réussit. Mais tout d'abord il faut que je vous fasse bien comprendre en quoi consiste la difficulté, où est l'obstacle. L'obstacle, il est tout entier dans la vitesse et la force du vent. Si l'air était absolument calme et immobile, il serait facile de diriger un ballon ; avec des ailes ou des hélices, on pourrait toujours le faire avancer, lentement peut-être, mais enfin on irait où l'on voudrait. Le calme parfait de l'air est une chose extrêmement rare ; il n'y faut pas compter. Et le vent, si faible qu'il soit, court avec une grande vitesse : souvenez-vous qu'une brise légère parcourt au moins 3 ou 4 mètres par

seconde, — la vitesse d'un cheval lancé au grand trot, — empor^tant le ballon avec une égale rapidité I Lutter contre ce léger souffle, déplacer en sens contraire un ballon ordinaire, est déjà chose impossible, tant cette vaste surface de toiles lui donne de prise, telle qu'une voile immense. Seulement pour lui tenir tête, à ce vent si modéré, lui résister et rester immobile, il faudrait une force très grande, une force de 10 ou i5 chevaux, peut-être davantage : et la nacelle ne peut porter que cinq ou six hommes !

Maintenant souvenons-nous que le plus ordinairement, surtout dans les hautes régions de Tair, la vitesse du vent est double ou même triple, ce qui rend sa force quatre fois ou neuf fois plus grande... Je n'en dis pas davantage.

Mais qui donc songe à entrer en lutte contre la tempête? Ce qu'il était raisonnable d'espérer, on l'a essayé, dans ces derniers temps ; et dans une certaine mesure on a réussi. La difficulté, vous la comprenez maintenant. Ce qu'ily avait à faire, donc, c'était de diminuer autant que possible la prise que la vaste surface de l'aérostat donne au vent, d'augmenter autant que possible la force motrice^ c'est-à-dire la force qui met en mouvement les appareils destinés à faire avancer le ballon dans l'air, sans toutefois charger trop la nacelle. Celui qui a le mieux réussi jusqu'à présent, c'est un très habile et très ingénieux inventeur, M. Henry Giffard.

Tout d'abord, il se dit qu'il fallait changer la forme du ballon. Au lieu de cette vaste rondeur qui offre tant de résistance au passage à travers l'air, il donna à son ballon une forme très allongée et se terminant en pointe aiguë aux deux extrémités : forme qui rappelle la svelte structure d'un fin navire taillé pour couper les vagues, ou mieux encore celle d'un poisson destiné à se mouvoir agilement au sein des eaux. Ainsi construit, l'aérostat est mieux fait pour fendre l'air; et si le vent lui souffle en face, en sens contraire de sa route, il donne bien moindre prise à ce vent qui se brise contre la pointe, et glisse

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en frôlant le long des toiles. Au filet qui enveloppe ce ballon allongé était suspendue, tout d'abord, une longue et raide barre de bois au lieu de cercle; puis, à cette barre, la plateforme servant de nacelle.

Et maintenant quelle sera la force motrice qui mettra la machine en mouvement? L'homme est faible, son bras se fatigue vite... L'inventeur osa mettre dans sa nacelle une machine à vapeur, avec sa chaudière, son foyer, sa provision d'eau et

de charbon. Mais là-dessus n'allez pasvous figurer une énorme et lourde locomotive, que le ballon n'aurait pas pu soulever de terre: la machine de M. GifTard était toute petite, extrêmement légère (elle pesaitiSO kilogrammes à peine), et d'une force extraordinaire pour sa petite taille: la force deSchevaux, c'està-dire à peu près celle de 20 ou 30 hommes! Celte manhine faisait tourner avec vitesse une sorte de moulinet A trois ailes obliques c semblables aux ailes d'un moulin à vent i, vous disaisje : c'est ce qu'on appelle une hélice. L'effet du tourbillonnement de cette hélice est de pousser en avant la nacelle, et par suite l'aérostat tout entier.

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rabatlent, parfois jusqu'à terre : vous vous souvenez des périls que courut l'aéronaule de Maubeugeet de Fleurus. En de telles circonstances une ascension eoballon captif peut être beaucoup plus dangereuse que ne le serait l'ascension libre.

Dans ces dernières années on a construit d'énormes ballons captifs destinés à donner à de nombreux visiteurs le plaisir de

planer quelques instants dans les airs, et comme un avanl-goAt des émotions d'une \érilahle promenade dans les nuages... Le plus grand et le plus beau de tous est celui que construisit en Î878 M. GilTard, l'inventeur du ballon dirigeable. C'était une œuvre immense, et vraiment magnifique. Imaginez une sphère parfaite, de 36 mètres de diamètre, contenant 25()00 mètres cubes de gaz : c'est le ballon le plus (jrand qui ait jamais été construit'. Sa force ascensionnelle dépasse 25 000 kilogrammes. Sa vaste nacelle ronde, en forme de balcon, peut contenir cin-

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