COUR D'UNE MAISON DÉMOLIE RUE VISCONTI
sur lequel glissèrent les hautes mules et les talons rouges des jolies femmes et des gens de goût qui fréquentèrent chez le « divin » Racine (*).
(1) Les pièces étaient encore intactes en 1888. Racine avait chevaux
Par les fenêtres s'entrevoient des cimes d'arbres, et derrière presque toutes ces vieilles demeures mélancoliques surgissent des coins* de verdure où sifflent les merles.
Le calme des jardins profonds s'idéalise ; L'âme du soir s'annonce à la tour de l'église. Écoute... l'heure est bleue et le ciel s'angélise (*).
Encloses entre la rue Jacob, la rue de Seine et la rue Bonaparte, des retraites fleuries se découvrent encore; Tune d'elles recèle un « temple à l'Amitié », touchant dans sa grâce vieillotte, et Mme Charles Max, la très remarquable cantatrice, cueille des brassées de lilas dans les massifs roses encadrant son artistique logis de la rue Jacob... Ce sont les vestiges morcelés des jardins de Racine, ces jardins ombreux dont les grands arbres se confondaient avec ceux de Saint- Germain-des-Prés qui plus tard abritèrent Adrienne Lecouvreur et H. Clairon, car ces deux charmantes artistes succédèrent au poète dans cet hôtel légendaire.
C'est de là que sortirent, le 21 mars 1730, par une nuit sans lune, deux fiacres qui, après avoir longé la Seine, s'arrêtèrent dans les parages de « la Grenouillère », à la hauteur de notre Chambre actuelle des députés. Un
et laquais et possédait un ou deux carrosses. Dans une lettre adressée à son fils, attaché au comte de Bonrepaux, ambassadeur de Hollande, le grand poète le prie d'engager l'ambassadeur « à loger chez lui dans le peu de séjour qu'il fera à Pans ». (17 novembre 1698.)
(1) A. Sauain. Promenade à l'Étang. (Le Jardin de l'Infante.)
LA RUE VISCONTI 43
ordonnateur. M. de Laubinière. descendit de la première voiture; de la seconde, trois portefaix soutenant un étrange fardeau; une fosse fut hâtivement creusée dans la terre humide d'un terrain vague et le paquet y fut déposé : c'était le cadavre d'Adrienne Lecouvreur — du Théâtre Français — morte entre les bras du maréchal de Saxe, d'un mal mystérieux et foudroyant; « comme elle n'avait pas eu le temps de renoncer au théâtre, on n'avait pu obtenir un peu de terre pour l'ensevelir », et les restes de cette femme, qui fut tant aimée, reposent aujourd'hui dans les caves de l'hôtel de Jouvencel, 115, rue de Grenelle, au-dessous d'une remise à voitures; quant à la plaque funéraire, elle est quelque part, dans les combles !
Dix-huit ans plus tard, Mllc Clairon, ce « chiffon coiffé », s'installa hôtel de Ranes. « J'avais besoin, écrit-elle dans ses Souvenirs, d'un peu de calme pour mes études et pour ma pauvre santé déjà fort ébranlée... On me parla d'une petite maison rue des Marais-Saint- Germain; on médit que Racine y avait demeuré... C'est là que je veux vivre et mourir ». Elle y vécut dix-huit ans, y reçut la Cour et la ville, y fut adorée et n'y mourut pas !
Que de souvenirs ! et pourtant cette maison évocatrice n'est pas la seule qui, dans cette rue vénérable,
puisse éveiller notre curiosité et notre respect : tout à côté, aux nos 17 et 19, une émotion plus poignante
Court, del.
Musée de Tours.