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LA FOSSE AUX OURS

ours, continuent à engager l'éternel « Martin » à refaire l'ascension de l'arbre ébranché qui se dresse au milieu de la fosse. Les fleurs d'eau s'épanouissent dans les mêmes serres étouffantes et basses, près des orchidées aux formes étranges, et c'est dans le vieil amphithéâtre où professèrent tant d'illustres savants que Mme Madeleine Lemaire — qui parle des roses, des pavots et des pensées aussi merveilleusement qu'elle sait les faire revivre sur ses toiles — initie un auditoire attentif et charmé à la divine beauté des fleurs. Dans les volumes de Curmer, de beaux messieurs vêtus comme Musset échangent avec de jolies dames drapées dans des « schalls Ternaux » de cérémonieux saluts devant « l'Entrée des grandes serres »: lé décor est intact, les enfants jouent aux mêmes places, et sur les mêmes chaises de bois les mêmes grisettes, avec des costumes presque identiques, lisent les mêmes romans-feuilletons. En 1842, c'étaient les Mystères de Paris, d'Eugène Sue ; en 1906, c'est la Môme aux beaux yeux, de Pierre Decourcelle.

De tout temps, ce superbe jardin fut à la mode : Fondé en 1633 par Louis XIII sur un terrain abandonné qui servait de voirie, et dirigé par Gui de la Brosse, le Jardin des Plantes médicinales — ce fut son premier nom — eut des commencements difficiles ; mais Fagon, Tournefort, Vaillant, puis Antoine et Bernard de Jussieu, et enfin Buffon(1), coordonnent, augmentent et embellissent le « Jardin du Roi ». Arrive la

(1) Buffon, qui compta parmi ses plus précieux collaborateurs

Révolution : la Nation met la main sur le « Muséum d'histoire naturelle » auquel on adjoint une ménagerie constituée avec les débris des collections royales installées par Louis XIV au bord du Grand Canal, à Versailles. Bernardin de Saint- Pierre plaida en 1792 la cause des pauvres animaux qui mouraient de faim.

« Les tueronsnous j s'était-il écrié, pour exposerleurssquelettes? Ce serait leur faire injure 1 » et le 4 septembre 1*793 la collection augmente subitement; Geoffroy Saint-Hilaire, travaillant dans son cabinet,

Daubenton et Lacépède, mourut le 16 avril 1888 au Jardin des Plantes, dans le bâtiment qui fait face à la rue Geoffroy-Saint- Hilaire.

Ch. Jacque, Jel.

LE RÉSEKVOIR

(Entrée par la rue Cuvier.)

apprend que deux ours blancs, une panthère, deux mandrilles, un chat-tigre et quelques aigles sont en bas. à sa porte, réclamant l'hospitalité. Ces animaux, en effet, se trouvaient en état de vagabondage : à la suite d'une ordonnance de police, trois ménageries foraines avaient été saisies et expédiées au Muséum sous la conduite de leurs propriétaires indemnisés. Geoffroy Saint-Hilaire fait remiser les cages sous ses fenêtres, nourrit de ses deniers les malheureuses bêtes affamées et élève les saltimbanques à la dignité de gardiens ! Napoléon adresse à la Ménagerie les éléphants du stathouderde Hollande et les ours de Berne (d). Chaque année apporte sa contribution d'animaux rares et de minéraux précieux. Le Jardin des Plantes est fêté, agrandi, embelli. Le 9 juillet 1827 la girafe est présentée au Roi, et c'est un événement parisien : tout est à la girafe, on a des peignes, des broches, des manches et des ombrelles « à la girafe », son nom sert d'enseigne à un magasin de modes du passage du Saumon; on chante même une

Gavarni,

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