ENTRÉE DE LA CONCIERGERIE SOUS LA RÉVOLUTION
G. Cain, pinxil. (Collect. Jules Clarelie.)
par la porte grise, entourés de geôliers, de gendarmes, d'huissiers du Palais, de valets du bourreau; hommes ou femmes, tous avaient les cheveux préparés et les mains liées derrière le dos; leurs yeux fiévreux, rouges de
larmes, fatigués par l'obscurité des prisons, supportaient difficilement l'aveuglante clarté du jour; ils chancelaient et blêmissaient sous les insultes dont ils étaient cingle ; on leur lançait de toutes parts des ordures, et les malheureux qui marchaient à la mort devaient ainsi franchir celte cour maudite et gravir les marches raides au haut desquelles attendait Samson, devant les charrettes accotées à la grille : c'est là que le bourreau, presque toujours vêtu d'une longue redingote brune et coiffé d'un chapeau bombé à haute forme, identifiait ses victimes d'après les listes de mort qu'il tenait en main, avant de les attacher aux ridelles ou de les lier sur les bancs, face à la foule qui escortait les voitures jusqu'au lieu du supplice.
Tous les condamnés de tous les partis, Marie-Antoinette comme Mme Roland, Charlotte Corday et l'abbesse de Montmorency, Cécile Renaud souriante et la Dubarry sanglotante et échevelée, Danton, Robespierre, les Girondins, Hébert et le vertueux Malesherbes, le maréchal de Noailles ou Camille Desmoulins, les plus braves, les plus nobles, les plus fous, tous avaient foulé ces pavés, avaient franchi cette grille redoutable; et ce décor, le plus sinistre, le plus émouvant de cette énorme tragédie, n'est plus aujourd'hui que l'entrée banale de la « Buvette du Palais » !
Comme aux portes des marchands de vin de banlieue, des fusains empotés dans des caisses vertes, des rhododendrons et des tables de tôle peintes en jaune s'alignent bêtement le long de cette cour sombre où les pavés
Delaunay. sculysit.