‹ Promenades dans ParisChapitre 30 sur 70 · VUE PRISE DES TR AYA DX DU MÉTROPOLITAIN · texte numérisé non relu

VUE PRISE DES TR AYA DX DU MÉTROPOLITAIN

Cliché de L.-P. Aubey.

friables par l'humidité qu'on n'y peut toucher qu'avec d'infinies précautions : devant nous sont dressés des bas-reliefs intacts ou morcelés, des chapiteaux écornés des débris de colonnes, des stèles, des inscriptions. M. Héron de Yillefosse a emprunté à M. Ch. Normand,

l'crudit et passionné président des Amis des Monuments, un morceau de bois pointu et, agenouillé sur un journal dans la terre grasse, il s'ingénie délicatement à dégager de la couche de boue qui les souille quelques inscriptions romaines tracées en beaux caractères lapidaires. Près de lui M. Ch. Sellier, notre dévoué collaborateur à Carnavalet, inspecteur des fouilles parisiennes, nettoie amoureusement un grand bas-relief où trois personnages se devinent drapés dans des péplums. . .

Autour de nous, sur des morceaux de colonnes et des débris de chapiteaux sont étalés des crampons de fer rongés de rouille, des fragments de verre irisé qui scintillent comme des plumes de paon, un mortier, des poteries, et nous prenons nos notes hâtives en une tranchée dont les parois éventrées sont composées des débris de tous les siècles : c'est un mélange de terres brunes, jaunes et rouges, de pierres grises, de briques pulvérisées, de plâtras obstruant des voûtes de caves et des entrées de souterrains ; au milieu de cet étrange amalgalme furent trouvées ces belles pierres fleuries de sculptures qui nous démontrent combien devait être somptueuse la Lutèce des Antonins durant l'occupation romaine.

Partout travaillent les terrassiers, larges pantalons de velours fané, chemises roses ou bleues relevées sur des bras musclés, tannés par les soleils et les pluies, la tête couverte d'un feutre décoloré aux bords rabattus... A droite, à gauche, des enclumes, des forges portatives,

des échelles engagées dans les fosses ; au fond se meuvent les hauts bras noirs d'une immense grue, et les sifflements couvrent le vacarme produit, sous les murs de la Préfecture de Police, par d'assourdissants tôliers frappant à toute volée sur les revêtements de fer qui supporteront la future gare du Métro de la Cité.

Il s'agit maintenant d'aller rejoindre sous la Seine les ouvriers qui y travaillent. M. Faillie, conducteur principal des travaux, dirige magistralement depuis des mois cet immense chantier; c'est lui qui veut bien nous guider dans cette expédition, pénible pour un néophyte. «Vous n'avez pas peur?... votre cœur ne vous joue pas de mauvais tours?... alors en route! » — Un aimable compagnon, M. Marcel Vernet, abandonnant les artistiques photographies qu'il était en train d'exécuter d'après les bas-reliefs découverts hier, est venu se joindre à nous ; nous gagnons les pilotis, revêtus de cottes de toile et de culottes brunes semblables à celles des matelots, sur la tête un large chapeau-cloche ; nous grimpons des échelles- et arrivons à hauteur de quai devant ces longs tuyaux rouges si décoratifs de loin, beaucoup moins séduisants quand il s'agit de s'y introduire et d'y dégringoler ! Une cloche à air comprime, une sorte de bouchon de fonte, large de 2 mètres, les

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surmonte : c'est la « chambre de compression » ; au milieu une minuscule ouverture, c'est le « trou d'homme » entrée d'un accès pénible.

Enfin nous voici tassés dans la petite cage circulaire, on visse solidement la porte de fer. . . « Respirez lentement, et quand les bourdonnements d'oreilles seront trop pénibles, pincez-vous le bout du nez en avalant votre salive », telle est la consigne. M. Faillie, le manomètre à la main, donne le signal, et l'air comprimé commence à emplir, en sifflant, notre cloche.

Au bout de quelques secondes la sueur perle, on étouffe, puis les tempes battent, il semble que toute une école de tambours s'est installée dans nos oreilles pour y exécuter ses assourdissants exercices. Cette aimable opération s'appelle « l'éclusage ». On nous hurle d'excellents avis, nous n'entendons rien, absolument rien ; la pantomime triomphe et nous nous pinçons énergiquement le nez, mais comme notre gorge est totalement contractée il est infiniment plus difficile d'avaler la salive... M. Faillie fait lever le couvercle du tuyau de descente, un air humide et froid sort de ce trou.

Que c'est noir ! que c'est profond ! et combien ces étroits crampons de fer fichés le long du tuyau sont peu engageants ! . . . Mais il ne s'agit pas de reculer ni d'écouter ses nerfs... Allons-y le plus gaiement possible. Mes deux compagnons disparaissent dans le trou, je m'y enfonce à mon tour, précédé par un ouvrier qui

guidera mes pieds hésitants dans le tâtonnement des échelons. Il fait une chaleur horrible ; cependant, par moments, de grands tourbillons de vent frais qui soufflent d'en bas nous enveloppent et nous fouettent. Mais

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