LA PLACE ROYAL B
quement le kiosque de la loueuse de chaises et le théâtre de Guignol !
Raconter les avatars de la place des Vosges, c'est feuilleter l'histoire de France. A cet endroit, Charles V éleva Thôtel des Tournelles, une sorte de maison des champs entourée de jardins et d'un petit bois touffu « où les rois s'allaient récréer pour la beauté et la com-
modité du lieu » — la rue du Parc-Royal est un souvenir de ces temps abolis. — Plus tard, pendant l'occupation de Paris par les Anglais, alors que « la mort taillait tant et si vite qu'il fallait faire dans les cimetières de grandes fosses où l'on jetait les cadavres par 30 ou 40, arrangés comme lard et à peine poudrés de terre », le duc de Bedford, régent de France s'installe aux Tournelles, — qu'il peuple de « paons et d'oiseaux rares encagés dans une grande volière en fil d'archal éclairée par neuf miroirs ».
Louis XI y habite, François Ier y convoque les « officiers, bourgeois et manants de Paris » pour y gager les fermes des différents impôts de la Ville, — et ce fut le premier des emprunts municipaux, — Henri II, trouvant l'hôtel « mesquin, insalubre et nauséabond », n'y fait que de rapides séjours à l'époque des tournois et des joutes, les lices des Tournelles — sur l'emplacement de l'actuelle place des Vosges — étant fort bien aménagées pour ces fêtes de la lance et de l'épée; pour les cas d'exception, de plus grandes lices étaient établies rue Saint-Antoine. C'est là — entre ce qui est aujourd'hui la rue de Sévigné et la rue de Birague — que le 1er juillet 1559, Henri II, combattant sous les couleurs de Diane de Poitiers et rompant une lance contre le sire de Montgomery, capitaine de sa garde écossaise, fut mortellement blessé. La lance de Montgomery, relevant la visière du casque, pénétra dans l'œil du Roi qui, après dix jours d'agonie, mourut aux Tournelles où il avait été
LA PLACE DES VOSGES
transporté; depuis, nul roi de France n'osa plus habiter ce fatal hôtel, et Catherine de Médicis, veuve de Henri II,