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ENTRÉE DE LA MAISON DE VICTOR HUGO, 6, PLACE ROYALE

Musée Carnavalet.

viennent lire le journal et fumer leur pipe à la place même où, le mercredi 12 mai 1627 — au lendemain des

(1) « ... Depuis longtemps la place Royale avait la réputation d'attirer un grand nombre d'enfants qui y trouvaient l'hygiène et la santé. La Trp/graphie médicale de Paris, ou examen des causes qui

édits promulgués par le cardinal de Richelieu contre les duellistes, — François de Montmorency, comte de Bouteville — ce jeune homme que le P. Séguenot admirait fort « parce qu'à vingt-quatre ans, ayant déjà eu dixneuf duels, il n'avait encore tué de sa main que deux de ses adversaires » — descendit de carrosse à trois heures de l'après-midi; des Chapelles et le comte de La Berthe lui servaient de seconds; le comte de Beuvron, son adversaire, était accompagné de Buquet et de Bussy d'Amboise. Ils se saluèrent, retirèrent leurs pourpoints et tombèrent en garde, l'épée d'une main, la dague de l'autre. Quelques minutes plus tard, La Berthe était grièvement blessé et Bussy expirait, la gorge ouverte par l'épée de des Chapelles. Bouteville et Beuvron étaient indemnes, mais tous deux, cinq semaines plus tard mouraient en place de Grève ; « d'un seul coup d'une incroyable promptitude, l'exécuteur trancha le chef de Bouteville, puis l'épée, rouge encore du sang de son ami, descendit sur le col de des Chapelles ».

La vogue persista encore sous Louis XIV, puis des

peuvent avoir une influence marquée sur la santé des habitants de cette ville, par Lachaize, docteur en médecine à Paris (1822, p. 167), dit ceci en parlant du quartier du Marais : Les habitants ont les boulevards pour promenades, et les enfants, qui s'y trouvent en quantité étonnante, sont portés à la place Royale où ils sont exposés en plein air aux rayons du soleil; aussi jouissent-ils d'une meilleure santé que ceux qu'on élève dans la plupart des autres quartiers de l'intérieur. » (L. Lambeau, « La Place Royale, » p. 3î4, 1906. — Darragon, éditeur, 30, rue Duperré, Paris.)

LA PLACE DES VOSGES 215

défections se produisirent, on émigra du côté des Tuileries ou du Palais-Royal, et le canon de la Bastille acheva de mettre en déroute les derniers fidèles de la vieille place. Les boutiques se fermèrent, les hôtels se vidèrent et. les sans-culottes escaladèrent les superbes grilles en fer forgé datant de Louis XIV, que l'on peut encore admirer en partie, car elles ferment la Bibliothèque nationale du côté de la rue Vivienne, et une fabrique d'armes s'installa « place de l'Indivisibilité », — ce fut le nom révolutionnaire de la place Royale débaptisée, qui, sous le Consulat et l'Empire s'appela « Place des Vosges » pour redevenir « Place Royale » de 1815 à 1870, ou, derechef elle reprit le nom de « Place des Vosges ».

Sous Louis-Philippe les artistes remplacèrent les grands seigneurs. Dès octobre 1832, Victor Hugo s'installa au n° 6, dans l'ancien logis de Marion Delorme. où dernièrement la municipalité parisienne a établi le musée charmant et documentaire qui porte le nom du grand poète ; c'est là qu'il écrit Ruy Blas, les Rayons et les Ombres, c'est là que l'émeute envahit, en juin 1848, son appartement de pair de France. « Le défilé dura plus d'une heure ; toutes les misères, toutes les colères passèrent là en silence.., Ils entraient par une porte et sortaient par l'autre. On entendait au loin le canon. Quant ils furent partis, on constata que ces pieds nus n'avaient rien insulté et que ces mains noires de poudre

n'avaient touché à rien » (I). El depuis, un à un, les artistes s'en sont allés ; presque à toutes les portes sont accrochés des écriteaux « Appartement à louer », et cette noble place, une des plus belles de Paris, est abandonnée !

Un Parisien amoureux de la grande ville, H. Galli, qui représente ce vieux quartier au Conseil municipal, a fait ce rêve : Restituer à la place son antique décoration. — Un jardin à la française, aux grands dessins héraldiques, des massifs harmonieux, des parterres diaprés jeteraient comme une immense tapis de fleurs sur ce vaste espace aujourd'hui lugubre et dénudé, et si les ombres illustres des glorieux habitants de la vieille place Royale s'aventuraient dans leur ancien quartier, elles retrouveraient alors, pieusement évoqué, le décor intact de tout son grand passé d'art, d'élégance, de bravoure et de beauté.

(1) Victor Hlco. Actes et Paroles. (Paris Rome, pp. VI et VIT.)

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